Tchernychevskoïe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

54° 38′ 00″ N 22° 44′ 00″ E / 54.63333333, 22.73333333 ()

Vue de l’ancienne église luthérienne d’Eydtkuhnen (Tchernychevskoïe) aujourd’hui en ruines

Tchernychevskoïe (jusqu’en 1938 : Eydtkuhnen, et de 1938 à 1946 : Eydtkau), en russe Чернышевское, est un village de l’oblast de Kaliningrad en Russie qui marque la frontière avec la Lituanie et qui était autrefois la frontière, jusqu’en 1945, entre l’Allemagne (Prusse-Orientale) et la Russie. Il se trouve sur la rive gauche de la rivière Lepone qui marquait déjà la frontière entre la Prusse et la Livonie à partir de 1422.

Historique[modifier | modifier le code]

Le lieu a été mentionné pour la première fois au XVIe siècle, en 1525. La presque totalité des habitants du village meurt pendant l’épidémie de peste de 1709-1710. Il est repeuplé une vingtaine d’années plus tard par des colons protestants chassés de Salzbourg, comme à Trakehnen et d’autres villages des environs. Il n’y avait que 125 habitants au milieu du XIXe siècle et lorsque la Preußische Ostbahn construit une ligne de chemin de fer jusqu’ici, Eydtkuhnen est relié à Königsberg et connaît un développement fulgurant. Il se trouve en effet à la frontière du royaume de Prusse et de l’Empire russe. C’est ici que l’écartement des voies prussien change pour laisser place, de l’autre côté de la frontière, à des voies plus larges. Lorsque l’on part de Saint-Pétersbourg, capitale de l’Empire russe, c’est ici que l’on change de train pour continuer. Dans l’autre sens, les wagons changent d’écartement à la gare de Wirballen, à deux kilomètres, première gare de l’Empire russe, dans le gouvernement de Kowno.

Vue de la salle d’attente réservée à la haute noblesse et aux familles impériales à la gare d’Eydtkuhnen (1863)

La ville a déjà 3 253 habitants en 1875, quinze ans plus tard, et une grand atelier de chemin de fer s’y installe en 1894. Le légendaire et luxueux Nord-Express, de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits, qui faisait Paris-Saint-Pétersbourg s’y arrêtait. La gare-frontière est mentionnée par nombre d’auteurs russes, comme par exemple Dostoïevski, Tchékhov ou Maïakovski[1].

La gare d’Eydtkuhnen est construite d’après les plans de Friedrich August Stüler, et l’on construit une nouvelle église luthérienne en briques entre 1883 et 1889[2]. En 1905 la ville fait partie du Regierungsbezirk (district de gouvernement) de Gumbinnen et de l'arrondissement de Stallupönen. Elle a une église luthérienne-évangélique, une synagogue, un poste de douane principal et un poste de douane local et compte 3 707 habitants[3] en majorité luthériens[4].

Eydtkuhnen est fortement endommagé par les troupes impériales russes au début de la Grande Guerre, aussi la ville est en grande partie rebâtie après la guerre grâce à des fonds prussiens d’entraide et de nouveaux bâtiments en style néogermanique apparaissent. Il y déjà 10 500 habitants en 1923 (Eydtkuhnene a obtenu le statut de ville l’année précédente). L’entre-deux-guerres marque donc une période florissante pour la ville d’Eydtkuhnen, d’autant plus que la Reichstraße 1, autoroute partant d’Aix-la-Chapelle, y arrive en 1935. C’est la voie de terre principale d’Allemagne la traversant d’ouest en est, et l’une des plus modernes de son époque en Europe. Eydtkuhnen est renommé Eydtkau en 1938.

Arrivée à Eydtkau de populations allemandes germano-baltes de Lituanie, après le déclenchement de la guerre à l’est en 1941

Cette période florissante cesse à tout jamais à cause de la Seconde Guerre mondiale, surtout après 1941 et l’intensification de la guerre sur le front est. La ville est bombardée par l’aviation anglo-américaine à partir de 1943, et ensuite par l’Armée rouge victorieuse qui achève de la détruire. Toute la population doit s’enfuir à l’hiver 1944-1945, n’y restent que quelques vieillards allemands, ou quelques centaines de Lituaniens.

La ville détruite est baptisée Tchernychevskoïe du nom d’un officier soviétique mort au combat à proximité et des réfugiés venus de Russie soviétique s’y installent pour la reconstruire à nouveau. Démarre ainsi une nouvelle ère. Tchernychevskoïe, qui n’est plus désormais qu’un village, fait partie de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, puis à partir de 1991 de la nouvelle Fédération de Russie. Elle perd à l’époque soviétique sa gare, qui n’a plus de raison d’être comme frontière, au profit de Kybartai (ex-Wirballen) qui se trouvait aussi en URSS. Lorsqu’à nouveau la frontière s’est recréée, cette fois-ci entre la nouvelle Lituanie et la nouvelle Russie, des projets de construire une gare comme autrefois se sont fait jour, mais ce n’est qu’à l’entrée de la Lituanie dans l’Union européenne qu’ils se sont concrétisés. La gare commence à être construite en 2008.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans son poème Camarades
  2. Elle est aujourd’hui en état de désolation et tombe en ruines.
  3. Chiffre de 1900
  4. Repris du guide Meyers de 1905

Personnalités[modifier | modifier le code]