Stuxnet

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Stuxnet est un ver informatique supposé développé conjointement par les États-Unis et Israël pour s'attaquer à des systèmes iraniens, sans que rien ne l'ait encore prouvé aujourd'hui. Le programme aurait pu être initié sous l'administration Bush et a continué sous l'administration Obama[1]. Il fait partie de l'opération Olympic Games.

Spécifique au système Windows, il a été découvert en par VirusBlokAda, société de sécurité informatique basée en Biélorussie. La complexité du ver est très inhabituelle pour un malware. Il a été décrit par différents experts comme cyber arme, conçue pour attaquer une cible industrielle déterminée[2]. Il s'agirait d'une première dans l'histoire[3].

C'est le premier ver découvert qui espionne et reprogramme des systèmes industriels[4], ce qui comporte un risque élevé. Il cible spécifiquement les systèmes SCADA utilisés pour le contrôle commande de procédés industriels. Stuxnet a la capacité de reprogrammer des automates programmables industriels (API)[réf. nécessaire] produits par Siemens et de camoufler ses modifications. Les automates programmables Siemens sont utilisés tant par quelques centrales hydro-électriques ou nucléaires que pour la distribution d'eau potable ou les oléoducs[5].

Le ver a affecté 45 000 systèmes informatiques, dont 30 000 situés en Iran, y compris des PC appartenant à des employés de la centrale nucléaire de Bouchehr. Les 15 000 autres systèmes informatiques sont des ordinateurs et des centrales situés en Allemagne, en France, en Inde et en Indonésie[5], utilisateurs de technologies Siemens.

Mode d'attaque[modifier | modifier le code]

Il a été signalé pour la première fois par la société de sécurité VirusBlokAda (en) mi-juin 2010, et des antécédents ont été retracés jusqu’à juin 2009.

Le virus s’attaque aux systèmes Windows à l’aide de quatre attaques dont trois « zero day » (y compris la vulnérabilité CPLINK (en) et la vulnérabilité exploitée par le ver Conficker) et vise les systèmes utilisant les logiciels SCADA WinCC (en)/PCS 7 de Siemens.

Le virus est inoculé par des clés USB infectées ; il contamine ensuite d’autres ordinateurs WinCC du réseau à l’aide d’autres exploits. Une fois dans le système, il utilise les mots de passe par défaut pour faire des requêtes au logiciel[6]. Siemens déconseille cependant de changer les mots de passe par défaut car « cela pourrait affecter le bon fonctionnement de l’usine »[7].

La complexité du ver est inhabituelle pour un malware : l’attaque demande des connaissances en procédés industriels et en failles de Windows à un moment donné, et marque la volonté de perturber des infrastructures industrielles[6],[4]. Le nombre d’exploits Windows « zero day » utilisés est également inhabituel : ces exploits non découverts, rares et précieux, ne sont en effet pas normalement gaspillés par les pirates au point d'en mobiliser quatre dans le même ver[8]. Stuxnet a une taille d’un demi-mégaoctet et est écrit dans différents langages de programmation (y compris C et C++) ce qui est également peu courant pour un malware[6],[4].

L'Iran, cible d'une cyber-attaque israélienne ?[modifier | modifier le code]

Carte des principales installations nucléaires iraniennes

Un porte-parole de Siemens a indiqué que le ver avait été trouvé sur 15 systèmes dont 5 sont situés en Allemagne dans des usines abritant des systèmes de contrôle de processus industriels. Siemens indique qu’aucune infection active n’a été découverte et qu’aucun dommage causé par le ver n’a été signalé[9]. Symantec indique que la plupart des systèmes infectés sont en Iran[10] (près de 30 000 sur 45 000 ordinateurs infectés[11]), ce qui a conduit à penser qu’il avait pu viser délibérément une « infrastructure de grande valeur » en Iran, vraisemblablement liée au programme de recherche nucléaire[8]. Ralph Langner, un chercheur en cyber sécurité allemand, indique que la cible visée a probablement été atteinte[12].

L'Iran a accusé un État ou une organisation étrangère de l'avoir délibérément visé[5]. L'analyste Bruce Schneier a qualifié d'intéressante l'hypothèse selon laquelle la centrale nucléaire de Bouchehr aurait été visée, tout en considérant qu'il manquait de preuves[13]. L'Iran a indiqué que dans la mesure où les ordinateurs d'employés de la centrale avaient été touchés, la centrale l'avait aussi été[5]. Début octobre 2010, à l'occasion d'un article sur l'Unité 8200, une section de l'Aman, le service de renseignement militaire israélien, Le Figaro écrivait :

« Des indices découverts dans les algorithmes du programme Stuxnet, ayant infecté, entre autres, les systèmes informatiques iraniens, feraient référence à l'héroïne biblique Esther. Les liens éventuels entre cette offensive virtuelle et Israël ne seront sans doute jamais prouvés, mais la suspicion des milieux du renseignement est forte[14]. »

En novembre 2010, des chercheurs de Symantec et de Langner Communications ont affirmé que le ver visait les systèmes de contrôle des turbines à vapeur tels que ceux utilisés à la centrale nucléaire de Bouchehr et des éléments clés de centrifugeuses[15]. En effet, le virus aurait modifié à l'insu des opérateurs de la centrale les vitesses de rotation des centrifugeuses entraînant une dégradation de celles-ci[16] et des explosions[17]. Des chercheurs de Symantec avaient également indiqué auparavant que Stuxnet avait une date « de destruction » fixée au [13].

Le général israélien Gabi Ashkenazi a affirmé, lors de son départ à la retraite, être le père du ver Stuxnet[18]. Dernièrement[Quand ?] un officier israélien a déclaré, durant une fête célébrée pour son départ en retraite, que le virus était une création israélienne[19].

La Russie a dénoncé une coopération entre les États-Unis et Israël pour la création de ce ver et a déclaré que ce projet aurait pu aboutir à une catastrophe plus grande que celle de Tchernobyl. Elle a demandé à l'OTAN d'enquêter sur cette affaire[20]. Une enquête approfondie du New-York Times confirme d'ailleurs cette hypothèse de coopération américano-israélienne[21].

Analyse de Stuxnet[modifier | modifier le code]

En février 2011, Symantec publie une analyse complète de Stuxnet. Les spécialistes estiment qu'il a fallu 6 mois de développement et une équipe de 5 à 10 personnes pour écrire le programme, avec au moins un ingénieur connaissant parfaitement les équipements industriels visés[22]. Microsoft, quant à lui, estime que le temps nécessaire pour créer Stuxnet était de « 10 000 jours⋅homme », sans compter l'équipe qui a volé les certificats Verisign de Realtek Semiconductor Corps et JMicron Technology Corp à Taïwan, ainsi qu'une équipe en Iran qui a vraisemblablement fourni les renseignements nécessaires à cette opération[22].

Le programme est très complexe et extrêmement bien écrit, ce qui montre une volonté hors du commun pour parvenir au but recherché, et exclut que ce soit le travail d'un groupe privé.

L'architecture du programme est très complète pour un ver informatique, elle comporte différentes parties :

Protection[modifier | modifier le code]

Le ver est capable de s'exécuter en trompant un processus du cœur de Windows (Ntdll.dll[23]), et en leurrant les anti-virus les plus connus. Il possède aussi des portions chiffrées qui interdisent toute lecture du virus non chargé en mémoire. Une particularité intéressante est qu'il ne s'attaque pas aux ordinateurs qui possèdent l'antivirus ETrust v5 et v6.

Propagation[modifier | modifier le code]

Le ver utilise 2 failles, depuis identifiées sous les références MS10-061 (vulnérabilité d'un service d'impression[24]) et MS08-067 (vulnérabilité du service Server permettant l'exécution distante de code[25]), pour se propager sur le réseau connecté à l'ordinateur infecté, ainsi qu'une 3e faille dite 'LNK Vulnerability' (CVE-2010-2568[26]) pour se propager sur les disques amovibles et clés USB.

À l'origine, Stuxnet s'est propagé à partir du PC portable d'un des ingénieurs connecté à un ordinateur infecté de l'usine de Natanz. Automatiquement, le ver s'est propagé sur le PC portable de l'ingénieur. L'ingénieur en question s'est déconnecté de l'ordinateur infecté. Une fois l'ordinateur connecté à Internet, le ver s'est répandu sur Internet en affectant les systèmes informatiques de nombreux pays.

Installation[modifier | modifier le code]

Le ver, une fois exécuté avec succès sur un ordinateur sain, va s'installer. Pour ce faire il utilise deux autres failles, encore non connues de Microsoft au moment de la création de Stuxnet, pour obtenir les droits administrateur.

  • La première a été référencée et corrigée par Microsoft sous le no MS10-073. Cette faille fonctionne à l'aide d'un faux layout de clavier, spécialement forgé.
  • La seconde est une faille dans l'ordonnanceur de tâche, et ne possède pas encore de patch au moment de l'analyse de Symantec en février 2011.

Ces deux failles permettaient d'exécuter du code arbitraire avec les droits administrateur. Une fois les droits obtenus, le ver installe les composants suivants :

  • Deux rootkits qui lui permettent de s'exécuter au démarrage, de leurrer les protections anti-virus et de se copier sans se faire détecter sur les disques amovibles comme les clés USB (grâce au vol des certificats Verisign).
  • Une procédure de réinstallation, si une de ses ressources est effacée.
  • Sa charge utile pour attaquer les équipements Siemens visés : Cette partie spécifique extrêmement complexe comporte 2 sous-parties : une procédure de leurre des outils de monitoring et une procédure de contrôle du logiciel Siemens.
  • Un serveur pour envoyer et recevoir des informations et des données : Sa première action est de communiquer avec deux serveurs de contrôle : www.mypremierfutbol.com et www.todaysfutbol.com
  • Un mécanisme complexe de mise à jour pour exécuter le nouveau code reçu via ces serveurs si besoin.
  • Un mécanisme de désinstallation.
  • Un mécanisme P2P de mise à jour si une nouvelle version est disponible sur un autre ordinateur infecté.

Outil de suppression[modifier | modifier le code]

Le , Siemens met à disposition de ses clients un outil capable de détecter et supprimer le ver[27].

Le , Microsoft annonce le Bulletin de sécurité MS10-046[28]

Le , un outil de suppression est mis à disposition par BitDefender.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) David E. Sanger, « Obama Order Sped Up Wave of Cyberattacks Against Iran », The New York Times,‎ 1er juin 2012 (consulté le 5 juin 2012)
  2. (en)« This is the first direct example of weaponized software, highly customized and designed to find a particular target. », Stuxnet malware is 'weapon' out to destroy… Iran's Bushehr nuclear plant?
  3. (en)« Researchers at Symantec […] say it is the first worm built not only to spy on industrial systems, but also to reprogram them. », Siemens: Stuxnet worm hit industrial systems
  4. a, b et c (en) Robert McMillan, « Siemens : Stuxnet worm hit industrial systems », Computerworld,‎ (consulté le 16 septembre 2010).
  5. a, b, c et d (en) Thomas Erdbrink et Ellen Nakashima, Iran struggling to contain 'foreign-made' computer worm, The Washington Post,
  6. a, b et c (en) Gregg Keizer, « Is Stuxnet the ‘best’ malware ever ? », InfoWorld (en),‎ (consulté le 16 septembre 2010).
  7. (en) Tom Espiner, « Siemens warns Stuxnet targets of password risk », cnet,‎ (consulté le 17 septembre 2010).
  8. a et b (en) Jonathan Fildes, « Stuxnet worm ‘targeted high-value Iranian assets’ », BBC News,‎ (consulté le 23 septembre 2010).
  9. (en) crve, « Stuxnet also found at industrial plants in Germany », The H (en),‎ (consulté le 18 septembre 2010).
  10. (en) Robert McMillan, « Iran was prime target of SCADA worm », Computerworld,‎ (consulté le 17 septembre 2010).
  11. (en) Ellen Nakashima, U.S. power plants at risk of attack by computer worm like Stuxnet, The Washington Post,
  12. (en) Mark Clayton, t « Stuxnet malware is ‘weapon’ out to destroy… Iran’s Bushehr nuclear plant? », The Christian Science Monitor,‎ (consulté le 23 septembre 2010).
  13. a et b (en) Bruce Schneier, « Schneier on Security : The Stuxnet Worm »,‎ (consulté le 23 septembre 2010).
  14. Adrien Jaulmes, « Cyberattaques en Iran : une unité israélienne suspectée », Le Figaro,‎ 5 octobre 2010 (consulté le 10 juin 2012)
  15. (en) Glenn Kesler, Computer worm may have targeted Iran's nuclear program, The Washington Post,
  16. http://www.publicsenat.fr/emissions/le-docu/la-guerre-invisible/117043
  17. http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/06/20/flame-un-virus-espion-d-etat_1721182_651865.html
  18. Olivier Robillart, « Un général israélien affirme être le « père » de Stuxnet », sur www.clubic.com,‎ 17 février 2011 (consulté le 10 juin 2012)
  19. tempsreel.nouvelobs.com Israël s'en est pris au nucléaire syrien et iranien.
  20. http://nanojv.wordpress.com/2011/01/28/stuxnet-rosatom-bushehr-123/
  21. (en)David E. Sanger, « Obama Order Sped Up Wave of Cyberattacks Against Iran », New York Times,‎ 1er juin 2012 (consulté le 10 juin 2012)
  22. a et b Analyse complète de Stuxnet publié par Symantec (en) [PDF] [1]
  23. What is the ntdll.dll file ? ComputerHope.com
  24. Microsoft Security Bulletin 14/09/2010
  25. Microsoft Security Bulletin 23/10/2008
  26. Microsoft Security Advisory 2286198 16/07/2010
  27. [2]
  28. [3]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source originale partielle[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Flame, qui pourrait être lié à Stuxnet
  • Duqu

Liens externes[modifier | modifier le code]

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