Pierre Minuit

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Pierre Minuit.

Pierre Minuit, Peter Minuit ou Pieter Minnewit, né à Wesel vers 1580, mort à Saint-Christophe le 5 août 1638, est le 3e gouverneur de la colonie de la Nouvelle-Néerlande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les parents de Pierre Minuit, calvinistes wallons originaires de Tournai, s’étaient installés en Rhénanie pour fuir les persécutions religieuses alors que la ville faisait partie des Pays-Bas espagnols. Leur fils Pierre naquit alors dans le duché de Clèves car la ville de Wesel était devenue un refuge pour les protestants dès 1540.

De nombreux noms de famille sont « néerlandisés » à l’époque, dont Rapalje pour Rapaille ou Minnewit pour Minuit. Un autre usage courant était de donner aux gens comme patronyme le nom de la ville dont ils étaient originaires dans les Provinces-Unies des Pays-Bas.

Tulipier sous lequel la vente de l'île de Manhattan aurait été négociée.

La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales fait remplacer Willem Verhulst, gouverneur impopulaire de la Nouvelle-Amsterdam, par Minuit qui débarque sur l’île de Manhattan le 4 mai 1626[1]. Selon la légende, Pierre Minuit se rend célèbre en achetant, le 24 mai 1626, l’île de Manhattan aux Amérindiens Manhattes, en échange de verroterie et autres colifichets, pour l’équivalent de 60 florins néerlandais, équivalant à 24 dollars US du XIXe siècle.

Soucieux de défendre les intérêts des colons, il se distingue par son attention à préserver aussi les intérêts des Indiens, en vertu du principe qu’une intégration harmonieuse de deux cultures vaut mieux que le rejet de la « moins » civilisée, qui amène, le plus souvent, des conflits.

Afin de garantir un monopole aux importations en provenance des Provinces-Unies des Pays-Bas, la compagnie des Indes occidentales interdit aux colons le tissage de la laine ou de la toile, ainsi que la fabrication de drap ou de tout autre tissu sous peine d’être bannis ou punis comme parjures.

En 1631, la compagnie néerlandaise des Indes occidentales a suspendu Minuit de son poste. L’année suivante, il est rappelé aux Provinces-Unies pour expliquer ses actions, suite aux démêlés qui l’avaient opposé au ministre de la colonie, ainsi qu’à la convoitise et aux intrigues d’un directeur de la compagnie néerlandaise des Indes occidentales voulant imposer son neveu en tant que gouverneur. En août, il est licencié et remplacé comme directeur-général par Wouter van Twiller.

Son ami Willem Usselincx, également déçu par la compagnie des Indes, a attiré l’attention de Minuit sur les efforts entrepris par les Suédois en vue de fonder une colonie sur le fleuve Delaware au sud de la Nouvelle-Hollande. En 1636 ou 1637, Minuit conclut des arrangements avec en:Samuel Blommaert et la couronne suédoise pour créer la première colonie suédoise dans le Nouveau Monde et en devenir le premier gouverneur. Située sur le cours inférieur du fleuve Delaware, dans le territoire auparavant revendiqué par les Hollandais, elle reçut le nom de Nouvelle-Suède. Au printemps 1638, Minuit et sa compagnie arrivent à bord du Fogel Grip et du Kalmar Nyckel à Swedes’ Landing (« Débarquement des Suédois »), aujourd’hui Wilmington (Delaware)). Ayant été directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, et le prédécesseur du gouverneur d’alors, William Kieft, Minuit connaissait le statut des terres bordant le Delaware. Il savait que les Néerlandais avaient établi des actes pour les terres à l’est du fleuve (New Jersey), mais pas pour les terres à l’ouest (le Maryland, le Delaware et la Pennsylvanie). Ils se sont donc principalement installés au Delaware où Minuit construit Fort Christina cette année.

Le Kalmar Nyckel était l'un des navires sous le commandement de Pierre Minuit lorsque la Suède était une puissance coloniale. Photo de la réplique construite en 1997, basée à Wilmington, Delaware.

En choisissant la rive ouest du fleuve, Minuit s’affranchit des contraintes territoriales imposées par les Néerlandais et il rassembla les sachems des tribus Delawares locales. Les sachems des Susquehannocks étaient aussi présents. Ils tinrent un conclave dans sa cabine sur le Kalmar Nyckel, et il persuada les sachems de signer quelques actes qu’il avait préparés afin de résoudre d’éventuels problèmes avec les Néerlandais. Ces actes ne survécurent pas. En effet, les Suédois déclarèrent que le segment de terre acquis incluait les terres à l’ouest du fleuve Sud et en dessous le fleuve Schuylkill ; en d’autres termes, l’actuelle Philadelphie, le sud-est de la Pennsylvanie, le Delaware, et le Maryland. Le sachem Delaware Mattahorn, qui était un des participants de la transaction, soutenait au contraire que la taille des terres achetées était égale à celle qu’il faut pour planter « six arbres », et que le reste des terres occupées par les Suédois était volé.

Le directeur Kieft s’opposa à l’accostage des Suédois, mais Minuit ignora sa missive car il savait que les Néerlandais étaient militairement impuissants à ce moment. Minuit termina Fort Christina en 1638, puis repartit pour Stockholm pour embarquer un deuxième groupe de colons. C’est alors qu’il fit un détour par les Caraïbes à embarquer une cargaison de tabac à revendre en Europe pour rentabiliser le voyage. Un ouragan survenu à Saint-Christophe lui fut fatal. Les fonctions officielles du gouvernorat furent reprises par le lieutenant Måns Nilsson Kling, dont le grade fut élevé à celui de capitaine pendant les deux ans nécessaires au gouvernement pour nommer et envoyer le nouveau gouverneur en Amérique. Les Suédois eurent le temps de réaliser neuf expéditions à la colonie jusqu’en 1655, date à laquelle les Hollandais capturèrent la colonie.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative sur la cathédrale Saint-Willebrord de Wesel, en Allemagne, dont Pierre Minuit fut Diacre

Aujourd’hui, une place située à proximité de Battery Park, sur la pointe sud de Manhattan porte le nom de Pierre Minuit[2].

Une pierre et une plaque commémorative, "Shorakkopoch Rock", ont été élevées, à Inwood Hill Park à New York, à l'endroit où s'élevait un tulipier sous lequel, selon la légende, la vente de l'île de Manhattan a été négociée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Vander Cruysen, Pierre Minuit : l'homme qui acheta Manhattan, Bruxelles, éditions Jourdan,‎ 2013, 223 p. (ISBN 978-2-87466-316-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Goffin, Les wallons, fondateurs de New Yorkéditeur=Institut Jules Destrée,‎ 1970, p. 95
  2. New Amsterdam Plein & Pavilion