Église wallonne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Intérieur de l'église wallonne de Delft.

Une église wallonne (en néerlandais : Waalse kerk ; en allemand : Wallonische Kirche) est une église calviniste des Pays-Bas et de ses anciennes colonies dont les fondateurs étaient originaires des Pays-Bas méridionaux (Belgica Regia) et de France et dont la langue usuelle est jusqu'à aujourd'hui le français. Les membres de ces églises sont appelés réformés wallons (néerlandais : Waals Hervormd ; avant 1815, également Waals Gereformeerd) et ont été pendant longtemps distincts des Nederduits Hervormden, qui utilisent le néerlandais comme langue usuelle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Intérieur de l'église wallonne de Zwolle.

Des origines à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIe siècle, de nombreux calvinistes en provenance des Pays-Bas méridionaux ont fui vers le nord, essentiellement vers la Hollande. Ils étaient tellement en grand nombre qu'ils ont créé des paroisses francophones séparées : 43 au total. Celles-ci agissaient indépendamment des communautés bas-allemandes. D'autres groupes de réfugiés ont émigré en Angleterre ou dans les principautés allemandes ; la communauté la plus importante à cet égard étant établie depuis 1594 à Hanau-sur-le-Main (actuellement : Wallonisch-Niederländische Gemeinde) .

À la fin du XVIIe siècle, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes en 1685, beaucoup de Huguenots ont fui la France pour les Provinces-Unies et l'Allemagne. De même, ils ont incorporé en grande partie les communautés wallonnes réformées ou ont fondé de nouvelles communautés. Pour cette raison, le nombre d'églises wallonnes a augmenté jusqu'à 80 sans compter les églises établies en Allemagne.

À la suite de l'intégration croissante de ces réfugiés dans la société néerlandaise, notamment au cours du XVIIIe siècle, le nombre de paroisses wallonnes a diminué rapidement. Finalement[Quand ?], il n'en reste que quatorze. À partir de 1815, elles relèvent, tout comme les communautés écossaises anglophones, de la Nederlandse Hervormde Kerk, tout juste créée, et depuis 2004, elles sont membres de la Protestantse Kerk in Nederland.

Liens entre la famille d'Orange-Nassau et l'Église wallonne[modifier | modifier le code]

Il y eut très tôt des liens entre le famille d'Orange-Nassau et l'Église wallonne : Louise de Coligny (1555-1620), fille de Gaspard de Coligny et épouse de Guillaume le Taciturne, fréquenta, tout comme son fils Frédéric-Henri, l'église wallonne de La Haye située dans l'ancienne chapelle la cour au Binnenhof. Maurice de Nassau, autre fils de Guillaume d'Orange, assista aussi régulièrement aux offices de l'église de La Haye.

Sous le stathoudérat de Frédéric-Henri, les liens se resserrèrent encore, notamment à travers la personne d'André Rivet, pasteur de l'église de La Haye mort en 1651. Il fut notamment gouverneur de Guillaume II et joua un rôle important dans le mariage de celui-ci avec Marie Henriette Stuart. Guillaume III, leur fils unique, fut baptisé dans l'église de La Haye.

Les églises wallonnes de la Barrière[modifier | modifier le code]

Vers la fin de la guerre de Succession d'Espagne, la France signa en 1713 le traité des Barrières avec les Provinces-Unies : ce traité accordait le droit aux Provinces-Unies d'établir des places fortes dans diverses villes des Pays-Bas autrichiens (Charleroi, Furnes, Gand, Menin, Mons, Namur, Tournai et Ypres).

Des églises wallonnes se sont installées dans ces villes à la suite des militaires hollandais. Ces églises ont accueilli de nombreux protestants français venus faire baptiser leurs enfants ou bénir leur mariage, ce qu'ils ne pouvaient plus faire en France à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes.

Le traité des Barrières fut dénoncé par l'empereur Joseph II en 1781 et le traité de Fontainebleau supprima les garnisons hollandaises en 1785.

Vue d'ensemble[modifier | modifier le code]

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

L'église wallonne de Breda.

Il y a des paroisses wallonnes réformées dans les villes suivantes :

La langue usuelle dans les quatorze paroisses est toujours le français, aussi bien pour le culte que pour les autres activités. Toutefois, lors de moments informels, le néerlandais est également utilisé. Le nombre de membres pour chaque paroisse est faible et il n'y a que six pasteurs pour tous les Pays-Bas, ce qui fait beaucoup d'églises pour eux mais ils célèbrent un office tous les quinze jours.

Les communautés wallonnes forment une assemblée séparée au sein de la Protestantse Kerk in Nederland et envoient leur propre délégué aux synodes. Elles entretiennent des liens solides avec les églises réformées francophones en Belgique, en France et d'autres pays.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Angleterre[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Certains réformés wallons s'installent dans le nouveau monde en Nouvelle-Néerlande, notamment à la Nouvelle-Amsterdam qui allait devenir plus tard la ville de New York. Bien que le nom Wall Street (signifiant « rue du mur » en anglais) tienne de l’existence d’un seul et même mur, à la place de la rue actuelle, les plans de la Nouvelle Amsterdam montrent deux noms différents pour cette rue. « De Waal Straat » (nom néerlandais) ne se rapporte pas à un mur, mais à un important groupe de colons wallons qui participèrent à la création de la Nouvelle Amsterdam, puisque étymologiquement, en néerlandais, un Wallon se dit « Waal ». En effet, vers 1630, la population totale de Nouvelle-Néerlande était de 300 personnes, dont une grande majorité de Wallons. La baie de Wallabout, située au nord de Brooklyn, tire son nom d'une déformation du néerlandais Waal bocht qui veut dire baie wallonne, nom choisi à cause de l'implantation de plusieurs familles wallonnes.

Brésil[modifier | modifier le code]

Statistiques[modifier | modifier le code]

L'église wallonne de Zwolle.
Nombre des réformés wallons aux Pays-Bas après recensement
Année 1849 1859 1869 1879 1889 1899 1909 1920 1930 1947 1960 1971
Nombre 8 435 9 689 10 258 9 529 8 953 9 857 9 660 8 962 6 358 4 067 3 058 1 505

Lors du dernier recensement de 1971, 1 505 réformés wallons ont été dénombrés sur l'ensemble des Pays-Bas dont 570 en Hollande-Méridionale, 550 en Hollande-Septentrionale, 125 dans la province d'Utrecht, 95 en Gueldre et 85 dans le Brabant-Septentrional. Il s'agissait de 350 personnes à Amsterdam, 245 à La Haye, 85 à Rotterdam et 50 à Utrecht. Ces chiffres ont encore diminué entretemps à la suite de la sécularisation.

Édifices[modifier | modifier le code]

Liste des pasteurs de l'église wallonne de Nimègue dans la chapelle de la Stevenskerk

L'église wallonne d'Amsterdam est une ancienne chapelle dont l'Église catholique a été expropriée en 1578 et qui a été mise à disposition des réfugiés réformés.

L'église wallonne de Delft est à l'origine la chapelle du couvent Sainte-Agathe situé près de l'actuel Prinsenhof. La chapelle date du XVe siècle et a été en 1572 la chapelle de cour du prince Guillaume d'Orange. Depuis 1585, la chapelle est utilisée par l'église wallonne. Tous les quinze jours, il y a un office en français le dimanche matin à 10h30.

À Leyde, l'église wallonne est établie dans la chapelle de l'ancien hospice Catharina (Catharina-Gasthuis). Dès le début du XVIIe siècle, la chapelle de de l'hospice a été aménagée pour les services religieux protestants. À partir de 1818, la communauté wallonne est devenue propriétaire de l'église.

À La Haye, les Hugenots ont fait usage à partir de 1591 de la chapelle de cour du Binnenhof, depuis lors démolie. En 1808, une nouvelle église a été inaugurée au Noordeinde.

L'église wallonne de Breda était initialement la chapelle du béguinage.

À Dordrecht, l'ancienne église wallonne a été transformée en un magasin de vêtements de sport, mais des offices en français ont encore lieu deux fois par mois au Hof.

Des églises wallonnes se trouvent aussi dans les villes de Groningue, de Zwolle et de Haarlem.

À Naarden, une ancienne église wallonne est maintenant utilisée comme mausolée de Comenius.

L'ancienne église wallonne de Voorburg (commune de Leidschendam-Voorburg) est maintenant utilisée par une autre communauté réformée.

L'église wallonne de Bois-le-Duc a été construite en 1847 en style néogothique primitif d'après les plans de l'architecte Arnoldus van Veggel. L'église a été achetée en 1956 par la communauté luthérienne qui l'a fréquentée jusqu'en 2004.

L'église wallonne de Nimègue a été détruite le 22 février 1944 pendant le bombardement dit d'erreur par les Alliés. L'église utilise parfois une chapelle dans la Stevenskerk. Elle a fusionné en 1972 avec l'église wallonne d'Arnhem.

Institutions[modifier | modifier le code]

Collège Wallon de Leyde[modifier | modifier le code]

Il s'agissait d'un séminaire de théologique, dépendant du synode wallon et lié à l'université de Leyde. Destiné à la formation des pasteurs francophones, il fut fondé en 1606 et ferma ses portes en 1699. Il était situé Groenhazengracht à Leyde.

Hospice Wallon d'Amsterdam[modifier | modifier le code]

Bartholomeus van der Helst - Les Régents de l'Hospice Wallon d'Amsterdam en 1637

L'église wallonne d'Amsterdam a établi, dès 1630, un orphelinat destiné à recueillir les nombreuses victimes des persécutions anti-protestantes. Un nouveau bâtiment, plus spacieux, fut construit en 1671 par le grand architecte Adriaan Dorstman. Cet édifice abrite aujourd'hui l'Institut Français des Pays-Bas.

Réformés wallons célèbres[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. B. Andry, A. Daullé, D. Ollier, Ph. Poulain & A. Trocmé, Églises wallonnes de la Barrière : Tournai, Armentières, Menin, Ypres et Namur, Impr. Roland, Le Cateau, 1894 [Lire en ligne sur NordNum]
  • REGISTRES DES BAPTÊMES, MARIAGES & INHUMATIONS - Liste des Membres de l'Église wallonne hors de Tournai - Abjurations à Tournai et à Menin - XVIIIe SIÈCLE - Gilles Mesnil - (ISBN 2-9526306-1-5)

Sources[modifier | modifier le code]

  • (nl) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en néerlandais intitulé « Waalse kerk » (voir la liste des auteurs)
  • Une église réformée au 17 siècle ou Histoire de l'Église wallonne de Hanau depuis sa fondation jusqu'à l'arrivée dans son sein des Réfugiés Français, d'après des documents inédits et impartiaux par J.B.Leclercq, docteur en Théologie et pasteur de l'église wallonne, Hanau, imprimerie des orphelins, 1868 ; Fac-similé et traduction allemande par le Consistoire de la communauté Wallo-néerlandaise de Hanau - auf Deutsch übersetzt durch das Consistorium der Wallonisch-Niederländischen Gemeinde - Hanau 1996 Die Geschichte der Wallonischen Kirche von Hanau von ihrer Gründung an bis zum Eintreffen der Französischen Réfugiés.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]