Pédé

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Pédé ou PD (abréviation phonétique) est un terme servant à désigner une personne homosexuelle. En soi péjoratif, ce terme est la plupart du temps utilisé comme insulte homophobe. Il est aussi de plus en plus fréquemment repris par la communauté homosexuelle s'assumant, comme terme d'auto-désignation, sans connotation péjorative[1].

Sommaire

[modifier] Origine du mot

Étymologiquement, le mot est une apocope de « pédéraste », un terme employé à l'origine pour désigner la relation particulière entre un homme mûr et un jeune garçon dans la Grèce antique, non seulement dans le domaine sexuel mais aussi éducatif. Apparu en langue française au XVIe siècle au sens d’« amour des garçons », il connaît rapidement une série de glissements sémantiques qui l’éloigneront considérablement de sa signification première. C'est au XIXe siècle que le terme de pédéraste si diffuse plus largement en prenant la valeur erronée d'« homosexuel »[2]. Le diminutif « pédé » apparaît quant à lui vers 1836[2], suivi de sa féminisation « pédale » vers 1935[3], pédoque en 1953 [2] et péd en 1972[2].

Il désigne aujourd'hui les personnes de sexe masculin ayant des relations homosexuelles, l'équivalent principal pour les femmes étant « gouine ». Sa consonnance, due à la racine grecque commune paid « enfant », le fait souvent confondre à tort avec le terme « pédophile », désignant l'attirance sexuelle d'un adulte envers les personnes impubères, quel que soit leur sexe.

Article détaillé : pédérastie.

[modifier] De l'insulte…

L'expression est utilisée pour toute personne dont l'orientation sexuelle - réelle ou supposée - n'est pas hétérosexuelle. Elle est employée en général envers les hommes jugés trop efféminés, ne répondant pas aux normes de la virilité[4]. Ce mépris est sensible dans les phrases « on n'est pas des pédés » ou « c'est pas un truc de pédé ».

Le mot pédé, souvent associé à l'adjectif sale est une des insultes des plus répandues (avec enculé qui fait référence à la pratique de la sodomie)[5]. C'est une injure souvent prononcée, et même banalisée. Elle fait cependant partie des insultes homophobes destinées à rabaisser les garçons efféminés et/ou les homosexuels[6]. L'usage de cette insulte est passible de condamnation.

Le mot est aussi utilisé dans l'expression « casser du pédé » pour désigner des violences homophobes, généralement commises en groupe[7]. C'est, par exemple, l'expression utilisée par les agresseurs dans l'affaire François Chenu.

Parmi les autres expressions argotiques, on trouve fiotte, folle, lope, tante, tata, tapette ou encore tarlouze.[3] Au Québec, l'expression principale est fif.

[modifier] … à sa réappropriation

Face à une telle agression verbale, certains homosexuels, à force d'être insultés, se revendiquent de cette appellation[8]. L'expression est souvent utilisée dans la "communauté" pour se désigner en désamorçant la charge homophobe de l'insulte, en montrant que l'injure ne touche pas les personnes concernées[9]. « Je suis pédé, et alors ? »

Cependant, de plus en plus d'homosexuels masculins critiquent cette attitude et la refusent catégoriquement, arguant du fait qu'il reste pour le moins contradictoire et contre-productif de revendiquer le droit au respect et à la dignité tout en s'auto-définissant par un terme depuis toujours péjoratif et communément admis comme étant une insulte. En effet, de la même façon qu'on peut comprendre qu'un Maghrébin refuse d'être défini par le terme « bougnoule » ou un Noir par le terme « nègre », on peut admettre qu'un homosexuel refuse d'être défini par le mot pédé.

[modifier] Quelques raisons du choix

Le mot homosexuel est trop connoté médicalement. De plus, il fait référence aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Le mot gay, bien que d'origine française, est trop connoté anglo-saxon. Il peut aussi être associé à une certaine catégorie de beaux jeunes hommes du Marais.

Le mot pédé, de par son origine est plus militant, combatif, de même que le mot anglais queer, signifiant au sens premier « bizarre », repris pour être une théorie universitaire. Le mot pédé n'a toutefois pas connu la même fortune en France que le mot queer aux États-Unis, où son usage militant est devenu courant dans les milieux universitaires.

[modifier] Quelques exemples de réappropriation

[modifier] Notes et références

  1. Didier Eribon, « Pédé » in Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003, p. 355.
  2. abcd Alain Rey, PédérasteDictionnaire historique de la langue française
  3. ab Dictionnaire Larousse de l'argot, 1990.
  4. « La Tante, le policier et l'écrivain », Revue d'Histoire des Sciences Humaines n° 17, 2007.
  5. « J'ai cru que t'étais pédé, j'ai eu trop peur », Libération, 7 mai 2007.
  6. Rapport sur l'homophobie 2005 de SOS Homophobie.
  7. « Le pédé reste une cible facile », Archives homos
  8. « L'homosexualité : du secret à la fierté », Sociétés n° 73, 2001.
  9. « Le mouvement homosexuel français face aux stratégies identitaires », Les Temps modernes, mai-juin 1975.
  10. P'tit pédé de Renaud
  11. Site des Panthères roses
  12. Pédérama : les 10 commandements des pédés


[modifier] Voir aussi

Voir « pédé » sur le Wiktionnaire.

[modifier] Liens internes

[modifier] Bibliographie

  • François Delor, Homosexualité, ordre symbolique, injure et discrimination, Bruxelles, Labor, 2003.
  • Didier Eribon, « Ce que l'injure me dit » in Papiers d'identité, Fayard, 2000.
  • Antoine Pickels, Un goût exquis, essai de pédesthétique, collection éthique esthétique, éditions cercle d'art, 2006.
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