Pédé
Pédé est un terme servant à désigner un homosexuel masculin. Cette dénomination est généralement utilisée comme insulte homophobe. Elle peut aussi être usitée au même titre que le mot « putain », dans le langage populaire et grossier, sans être particulièrement empreinte d'intention homophobe. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre (à titre d'exemple) : « Putain, t'as vu ce match, quel pédé cet arbitre ! ». Toutefois, en tant qu'injure homophobe, l'emploi du terme « pédé » est punissable par la loi française de six mois d'emprisonnement et 22 500 euros d'amende[1].
Il est parfois aussi repris par la communauté homosexuelle s'assumant, comme terme d'auto-désignation, sans connotation péjorative. En somme, la connotation du terme est à analyser avant tout en lien avec l'identité du locuteur, par exemple homosexuel ou non, mais aussi avec la situation d'utilisation du terme, présence par exemple d'hostilité ou non[2].
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Origine du mot[modifier]
Étymologiquement, le mot est une apocope de « pédéraste », un terme employé à l'origine pour désigner la relation particulière entre un homme mûr et un jeune garçon dans la Grèce antique, non seulement dans le domaine sexuel mais aussi éducatif. Apparu en langue française au XVIe siècle au sens d’« amour des garçons », il connaît rapidement une série de glissements sémantiques qui l’éloigneront considérablement de sa signification première. C'est au XIXe siècle que le terme de pédéraste se diffuse plus largement en prenant la valeur erronée d'« homosexuel »[3]. Le diminutif « pédé » apparaît quant à lui vers 1836[3], suivi de sa féminisation « pédale » vers 1935[4], pédoque en 1953[3] et péd en 1972[3].
Il désigne aujourd'hui les personnes de sexe masculin ayant des relations homosexuelles, l'équivalent principal pour les femmes étant « gouine ». Sa consonance, due à la racine grecque commune paid « enfant », le fait souvent confondre à tort avec le terme « pédophile », désignant l'attirance sexuelle d'un adulte envers les personnes impubères, quel que soit leur sexe.
De l'insulte…[modifier]
L'expression est utilisée pour désigner un homosexuel. Elle peut être employée à l’égard d'hommes jugés trop efféminés ou ne répondant pas aux normes de la virilité[5]. Ce sens est notable dans les phrases « on n'est pas des pédés » ou « c'est pas un truc de pédé ».
Le mot pédé, parfois associé à l'adjectif sale, est une insulte des plus répandues (tout comme Enculé de ta race, qui fait référence de façon appuyée à la pratique de la sodomie)[6]. Ce terme, souvent prononcé, voire banalisé, reste la plupart du temps une injure et est référencé comme faisant partie des insultes homophobes destinées à rabaisser les garçons efféminés et/ou les homosexuels[7]. L'usage de cette insulte est passible de condamnation.
Le mot est aussi utilisé dans l'expression « casser du pédé » pour désigner des violences homophobes, généralement commises en groupe[8]. C'est, par exemple, l'expression utilisée par les agresseurs dans l'affaire François Chenu.
Parmi les autres expressions argotiques, on trouve fiotte, folle, lope, lopette, tante, tata, tantouse, tafiole, tapette ou encore tarlouze[4]. Au Québec, l'expression principale est fif.
…à sa réappropriation contestée[modifier]
Face à une telle agression verbale, certains homosexuels, à force d'être insultés, se revendiquent de cette appellation[9]. L'expression est souvent utilisée dans la « communauté » pour se désigner en désamorçant la charge homophobe de l'insulte, en montrant que l'injure ne touche pas les personnes concernées[10]. « Je suis pédé, et alors ? »
Cependant, de plus en plus d'homosexuels masculins critiquent cette attitude et la refusent catégoriquement, arguant du fait qu'il reste pour le moins contradictoire et contre-productif de revendiquer le droit au respect et à la dignité tout en s'auto-définissant par un terme depuis toujours péjoratif et communément admis comme étant une insulte. De la même façon qu'un africain peut s'indigner d'être défini par le terme « nègre », un homosexuel peut s'offusquer d'être défini par le mot pédé (on peut toutefois relever un mouvement similaire de réappropriation avec la négritude d'Aimé Césaire).
Quelques raisons possibles du choix de pédé pour s'auto-désigner[modifier]
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Le mot homosexuel serait trop connoté médicalement. De plus, il fait référence aussi bien aux femmes qu'aux hommes.
Le mot gay, bien que d'origine française, est trop connoté anglo-saxon. Il peut aussi être associé à une certaine catégorie de beaux jeunes hommes du Marais.
Le mot pédé, de par son origine, serait plus militant, combatif, de même que le mot anglais queer, signifiant au sens premier « bizarre », repris pour être une théorie universitaire. Le mot pédé n'a toutefois pas connu la même fortune en France que le mot queer aux États-Unis, où son usage militant est devenu courant dans les milieux universitaires.
Il reste en revanche plus spécifique pour l'autodésignation des homosexuels masculins, queer pouvant désigner (en français également) toute personne refusant les assignations de genre.
Quelques exemples de réappropriation[modifier]
- Dans le film Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, un adolescent se regarde dans un miroir en répétant : « Je suis pédé ».
- Le titre du film Pédale douce, qui reprend le jeu de mot (avec un dérivé de pédé au féminin).
- La chanson Petit Pédé de Renaud, et celle des Wampas, Mon Petit Pédé, hommage à la première.
- Le groupe de militants Les Panthères roses, qui se définit comme un « groupe de gouines, pédés et trans en colère »[11].
- L'émission Pédérama, menée par un collectif LGBT sur Radio libertaire[12].
Notes et références[modifier]
- loi et répression
- Didier Eribon, « Pédé » in Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003, p. 355.
- Alain Rey, Pédéraste, Dictionnaire historique de la langue française
- Dictionnaire Larousse de l'argot, 1990.
- « La Tante, le policier et l'écrivain », Revue d'Histoire des Sciences Humaines n° 17, 2007.
- « J'ai cru que t'étais pédé, j'ai eu trop peur », Libération, 7 mai 2007.
- Rapport sur l'homophobie 2005 de SOS Homophobie.
- « Le pédé reste une cible facile », Archives homos
- « L'homosexualité : du secret à la fierté », Sociétés n° 73, 2001.
- « Le mouvement homosexuel français face aux stratégies identitaires », Les Temps modernes, mai-juin 1975.
- Site des Panthères roses
- Pédérama : les 10 commandements des pédés
Voir aussi[modifier]
Liens internes[modifier]
Bibliographie[modifier]
- François Delor, Homosexualité, ordre symbolique, injure et discrimination, Bruxelles, Labor, 2003.
- Didier Eribon, « Ce que l'injure me dit » in Papiers d'identité, Fayard, 2000.
- Antoine Pickels, Un goût exquis, essai de pédesthétique, collection éthique esthétique, éditions cercle d'art, 2006.