Nicolas Bergasse

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Nicolas Bergasse

Description de l'image  Bergasse.jpg.
Naissance 24 janvier 1750
Lyon
Décès 28 mai 1832 (à 82 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Pays de résidence France
Profession Avocat, député constituant
Formation
Juriste

Nicolas Bergasse (né le 24 janvier 1750 à Lyon - mort le 28 mai 1832 à Paris) était un juriste, philosophe et homme politique français, dont l'activité s'exerça principalement pendant le début de la Révolution au sein du courant monarchien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un négociant de Lyon, Nicolas Bergasse est éduqué d'abord chez les Jésuites, puis chez les Joséphistes et enfin chez les Oratoriens. De façon éphémère, il enseigne la philosophie et la rhétorique dans les collèges de l'Oratoire. Reprenant des études de droit, il devient avocat au présidial et secrétaire auprès du lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon. Il arrive à Paris en 1775 où il est reçu avocat au Parlement. Fréquentant les salons, il rencontre Manuel, Jean-Jacques Rousseau, Sieyès, Lanthenas, Roland et son épouse, et devient l'ami de Brissot.

Passionné par le magnétisme animal lancé par le fameux Franz Anton Mesmer, il voit dans le mesmérisme un modèle de l’ordre social auquel il aspire. En 1783, pour soutenir financièrement le médecin allemand, il fonde avec le banquier Guillaume Kornmann, la Société de l'Harmonie Universelle. Mais bientôt il se détourne du maître à qui il reproche son enrichissement personnel, et se lance dans la lutte contre le despotisme politique avec Brissot et Clavière (Société gallo-américaine) et en 1788.

Dès 1786, il profite de l'affaire d'adultère de son ami Kornmann pour faire le procès de la corruption et du despotisme, ce qui lui vaut une remarquable notoriété (voir l’affaire Guillaume Kornmann). Bien qu'il perde cette cause qui l’oppose à Beaumarchais, l’opinion publique soutient ses prises de position. Beaumarchais se venge en le mettant en scène dans "La mère coupable" sous le nom de Bergearss. En 1788, il adhère à la Société des amis des Noirs et plaide pour l'égalité des droits entre les hommes et la reconnaissance de certaines libertés.

En janvier 1789, il publie sa Lettre sur les États généraux , brochure où il réclame l'égalité des droits, l'abolition des ordres et une division des États généraux en deux chambres. En même temps, il se montre favorable à un pouvoir royal fort. Il estime que le monarque doit être doté d'un droit de veto absolu et réserve le suffrage censitaire aux propriétaires.

Élu député par le tiers état de Lyon aux États généraux, il se range vite du côté de Mounier, chef de file des monarchiens. Membre du Comité de constitution, il se montre réticent à une Déclaration des droits de l'homme et demande une rapide réorganisation de l'ordre judiciaire pour rétablir la justice et la liberté dans le Royaume. A partir de la période prérévolutionnaire, Bergasse soutient et développe une théorie politique particulièrement originale qui mêle profondément des considérations philosophiques et juridiques: la souveraineté de la raison universelle. Après l'adoption du monocamérisme et du veto suspensif, le député démissionne du Comité de constitution le 12 septembre 1789, puis cesse de siéger à la Constituante.

En 1790, il s'oppose à la vente des biens de l'Église, aux assignats et à la création des départements, rompant ainsi avec ses amis Brissot et Condorcet. Ses objections sont fondées sur des principes monétaires et financiers mais aussi des principes de droit et de morale. En ce qui concerne les aspects monétaires, il s´appuie sur la théorie bien établie par Adam Smith des lettres de change ou Doctrine des effets réels, qui rendent les Assignats invalides comme forme de circulation à ses yeux. Il critique la dépossession des créanciers du clergé et l´impact négatif de cette dépossession sur le crédit. Il prédit l´érosion monétaire, la tendance à favoriser les agioteurs et la spéculation, la fuite des capitaux (métaux précieux) et l´érosion de la balance commerciale. Après Varennes, il devient conseiller du roi Louis XVI et lui suggère de refuser la Constitution qu'il qualifie de "grande absurdité". Dans ses nombreux écrits, il rejette toute idée de souveraineté populaire ou de contrat social.

En septembre 1791, il épouse Perpétue de Petit-Thouars, entrant ainsi dans l'ancienne noblesse. Pour Louis XVI, il rédige une adresse aux départements et en juillet 1792 un projet de constitution monarchique, projet aujourd'hui disparu. Étant compromis, après le 10 août, par la découverte de sa correspondance, il entre dans la clandestinité sans chercher à émigrer. Dénoncé le 16 nivôse an II (5 janvier 1794), il est arrêté près de Tarbes, mais il semble bénéficier de la protection de Barère, qui retarde son transfert vers Paris. Bergasse comparaît seulement le 13 brumaire an III (4 novembre 1794), après la chute de Robespierre, devant le Tribunal révolutionnaire qui l'acquitte.

Sous la Restauration, il soutient Louis XVIII mais est rapidement déçu par le nouveau régime. Dans un ouvrage publié en 1821, il demande l'annulation de la vente des biens des émigrés et leur indemnisation. À l'origine de la Sainte alliance, il combat la franc-maçonnerie et l'esprit révolutionnaire. Apprécié par Charles X qui finit par le nommer Conseiller d'État honoraire quelques jours avant la chute du régime, Bergasse est alors profondément déçu par la Révolution de 1830. Dès lors, il se retire de la vie publique et meurt à Paris le 28 mai 1832.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications parues sur la lutte en faveur du Mesmérisme

Source : Joseph-Philippe-François DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal, volume II, 2ème édition – 1819

  • Lettre d'un médecin de la faculté de Paris à un médecin du collège de Londres ; ouvrage dans lequel on prouve que le Magnétisme animal n'existe pas – 1781
  • Considérations sur le Magnétisme animal, ou sur la théorie du monde et des êtres organisés – 1784

Publications parues dans le cadre de l'Affaire Kornmann (1787-1789)

  • Mémoire sur une question d'adultère, de séduction et de diffamation, pour le sieur Kornmann contre la dame Kornmann, son épouse, le sieur Daudet de Jossan, le sieur Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais et M. Le Noir, Conseiller d’État, ancien lieutenant de Police suivi de Pièces Justificatives – 1787
  • Observations de M. Kornmann sur un écrit de M. de Beaumarchais – 1787
  • Note de M. Kornmann relative à son procès contre Beaumarchais – 1787
  • Observations du sieur Kornmann en réponse au mémoire de M. Lenoir – 1787
  • Nouvelles Observations pour le sieur Kornmann contre M. Lenoir – 1787
  • Observations du Sieur Kornmann sur une lettre du Sieur Daudet, à l'imprimeur Muller – 1787
  • Mémoire du sieur Kornmann en réponse au mémoire du sieur de Beaumarchais – 1787
  • Observation du Sieur Kornmann sur un Ecrit signé Séguin et Dubois (suivi de Réponses des Propriétaires Associés dans l’acquisition des Quinze-Vingts aux Réflexions du Sieur Kornmann) – 1787
  • Discours sur l’humanité des juges dans l’administration de la justice criminelle – 1787.
  • Réflexions préliminaires dans la cause du sieur Bergasse avec le prince de Nassau – 1788
  • Observations du sieur Bergasse, sur l'écrit du sieur de Beaumarchais, ayant pour titre : « Court mémoire, en attendant l'autre », dans la cause du sieur Kornmann – 1788
  • Précis pour le sieur Kornmann contre le sieur Le Page, docteur en médecine – 1788
  • Considérations sur la liberté du commerce. Ouvrage où l'on examine s'il est avantageux ou nuisible au Commerce que le transport des denrées et des Marchandises soit réduit en un privilège exclusif, Londres, 1788.
  • Observations du sieur Bergasse, dans la cause du sieur Kornmann – 1789
  • Plaidoyer prononcé à la Tournelle-criminelle, le jeudi 19 mars 1789, par le sieur Bergasse, dans la cause du sieur Kornmann– 1789

Œuvres parues pendant la Révolution française et la Restauration :

  • des Discours et Rapports prononcés à l'Assemblée constituante ;
  • parmi celles-ci figure Protestation contre les Assignats-Monnoie (1790);
  • un Essai sur la loi, la souveraineté et la liberté de la presse (1817) ;
  • un Essai sur la propriété (1821), où il attaque la vente des biens nationaux, etc.

Au commencement de la Révolution française, on fit paraître plusieurs fois sous son nom des pamphlets odieux auxquels il n'avait en aucune part.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Maurice Lever, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Fayard, 2004, tome 3, chapitre III.
  • Patrick Arabeyre, Jean-Louis Halpérin et Jacques Krynen [dir.], Dictionnaire historique des juristes français. XIIe-XXe siècle, Paris, PUF, 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thérence Carvalho, « Nicolas Bergasse et la souveraineté de la raison universelle », Journal of Interdisciplinary History of Ideas, 2013, vol. 2, n° 1, pp. 1-23 (en ligne sur http://www.ojs.unito.it/index.php/jihi/issue/current/showToc).
  • Jean-Denis Bergasse, D’un rêve de réformation à une considération européenne : MM. les députés Bergasse (XVIIIe – XIXe siècles), édité par l’auteur, 1990.
  • Louis Bergasse, Un philosophe lyonnais : Nicolas Bergasse, Essai de philosophie chrétienne sous le premier empire, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 1938.
  • Louis Bergasse, Un défenseur des principes traditionnels sous la révolution : Nicolas Bergasse, avocat au parlement de paris, député du tiers état de la sénéchaussée Lyon 1750-1832, Librairie Académique Perrin, Paris, 1910.
  • René Martineau, Un avocat du temps jadis, Nicolas Bergasse, Ducourtieux et Gout, Limoges, 1907.
  • Léopold de Gaillard, Autres temps : Nicolas Bergasse, député de Lyon à l’Assemblée constituante ; deux enclaves de l’ancienne France : Orange et Avignon, Librairie Plon, Paris, 1893.