Pierre Louis Manuel

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Pierre Louis Manuel

alt=Description de l'image Pierre Louis Manuel Ducreux Alix BNF Gallica.jpg.
Naissance 1er juillet 1751
Montargis
Décès 14 novembre 1793 (à 42 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France

Pierre Louis Manuel, polygraphe et homme politique français né le 1er juillet 1751 à Montargis, guillotiné à Paris, le 14 novembre 1793[1]. Il est le quatrième député de la Seine à la Convention nationale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une humble famille de marchands de toile, sa mère était originaire de Montargis et son père de Barcelonnette, vendeur ambulant de passementerie. Destiné à la prêtrise, Il fait de bonnes étudesau collège des Barnabites de Montargis, puis au grand séminaire de Sens. Il entre dans la Congrégation enseignante de la Doctrine chrétienne, tonsuré en 1774, il y reste peu de temps et part pour Paris en 1775, renonçant définitivement à cette carrière. Répétiteur dans un collège parisien, il est ensuite pensionné comme précepteur chez un financier. À l'époque, il publie quelques ouvrages sous le manteau et se fait colporteur d'ouvrages clandestins.

Selon les Mémoires de Lenoir ( « Sûreté » 19 / f. 57 et note 58), il était l'un des espions salariés par la police de Paris et aurait ainsi dénoncé un dénommé Sanson, garçon d'imprimerie protégé par Necker. Toujours selon la même source, lors d'une perquisition, on saisit à son domicile des ouvrages clandestins de sa composition et « une garniture de boutons représentant des figures de l’Arétin. Il était sur le point d’être conduit à Bicêtre quand le duc d’Orléans le « réclama » ainsi que sa « garniture de boutons ».

Il est écroué à la Bastille du 3 février au 7 avril 1786 pour l'une de ses productions clandestines ou encore pour des nouvelles à la main qu'il déclare lors de son interrogatoire tenir de M. de Rumard, conseiller au parlement. Bien qu'il prétende n'avoir souffert lors de son incarcération « d'autre incommodité que l'ennui » (Peuchet, op. cit. p. 251), il en garde un grand ressentiment contre l'administration policière d'Ancien Régime. Selon le même auteur, il est à l'époque l'un des admirateurs du comte de Mirabeau, dont il éditera les Lettres à Sophie, en 1792.

Durant l'été 1789, il participe aux événements parisiens avec enthousiasme, joue un grand rôle dans les premières émeutes et devient membre de la municipalité provisoire de Paris, « administrateur de la police, du département de la librairie, des spectacles et attributions accessoires ».

Il est avec Léonard Bourdon l'un des signataires des diplômes remis aux Vainqueurs de la Bastille. Il rentre au Club des Jacobins. À la fin de l'année 1789, dans le troisième numéro des Révolutions de France et de Brabant, il dédie un article au nom de la société des Amis de la Constitution de Montargis dont il est président, au duc de Chartres.

En septembre 1791, il est élu procureur syndic de la municipalité de Paris, responsable de l’exécution des lois et arrêtés. Suspendu un temps par le directoire du département de Paris, il est défendu par la Législative qui lui rend sa place. Le 17 avril 1792, il accuse Beaumarchais de malversation dans l'affaire des fusils de Hollande et ce dernier est arrêté le 23 août.

Bras droit du maire Pétion, il l'accompagne de son action. Il est ainsi l'un des instigateurs de la journée du 20 juin 1792. Le 30 juillet, la Législative décrète la suppression de la Commune, mais, menacée d'une insurrection par Manuel, elle n'en fait rien. Il soutient toujours l'action de Pétion et des 47 sections lors des journées du 3 au 10 août 1792 comme membre de la commune insurrectionnelle.

Le 13 août, il est nommé procureur syndic de la Commune de Paris et après en avoir fait proposition devant l'Assemblée, il escorte Louis XVI à la prison du Temple. Il est jusqu'à sa mort en fréquente relation avec le souverain déchu auquel il apprend en personne l'instauration de la République.

Chargé par le conseil général de l'Assemblée d'assurer la tranquillité du Temple le 3 septembre, son rôle dans les massacres de Septembre est controversé. Certains témoignages l'accusent de laxisme, d'autres, comme celui de Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, lui prêtent une complicité avec les massacreurs. Selon d'autres sources, peu avant les Massacres, il requiert la sortie des prisonniers pour dette ainsi que celle de madame de Tourzel et de Jean-Jacques du Val d'Éprémesnil. Il se défend avec véhémence de toute responsabilité dans les événements, accuse la ville de Paris d'être complice, selon ses termes, de cette « Saint-Barthélémy des Français » et ses propos suscitent une dispute au club des Jacobins avec son collègue Jacques Alexis Thuriot.

Élu à la Convention nationale, comme député de la Seine, il est nommé “commissaire chargé de rendre compte de l'état de la ville de Paris”, puis suppléant au Comité d’instruction publique. Il obtient la suppression de la croix de Saint-Louis mais sa proposition de vente du château de Versailles est refusée.

Son attitude envers le roi se modifie ouvertement dès le 7 novembre lorsque le député Mailhe présente un projet de décret sur le jugement du roi et les formes pour y procéder. Manuel propose que tout défenseur de Louis XVI soit sous la sauvegarde de la loi. Le 3 décembre, il donne son avis sur le sort de Louis XVI et le 6, il déclare à la Convention : « La Convention nationale ne peut commettre un assassinat. Je demande que Louis XVI soit entendu. » Ses interventions en faveur du roi font croire un moment qu’il est devenu fou. Le 15 décembre, il est exclu du Club des Jacobins. Un mois plus tard, en dépit de ses positions affichées, il vote la culpabilité du roi comme tous ses collègues. Le lendemain, il vote pour la ratification du jugement du peuple, le 17 janvier, pour la détention dans un fort ailleurs qu’à Paris, puis la déportation. Il donne alors sa démission. Les membres de la Montagne l’accusent en tant que secrétaire de séance, d’avoir tenté de falsifier les résultats de l’appel nominal.

Retiré de la vie politique, il se serait rendu selon Nougaret dans un château à Fontainebleau. Il est finalement arrêté en février 1793 à Montargis où il se tenait caché. Transféré à Paris, il comparaît devant le Tribunal révolutionnaire. Condamné à la peine de mort pour avoir voulu sauver le roi, il est guillotiné le 24 brumaire an II (14 novembre 1793).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Lettre d'un officier des gardes du corps, 1786, in-8.
  • Coup d'œil philosophique sur le règne de St Louis, Paris, 1786, in-8.
  • L'Année française ou Vie des hommes illustres qui ont honoré la France ou par leur talens ou par leurs services et sur-tout par leurs vertus. Pour tous les jours de l'année, Nyon – Paris, 1788, 4v., in-12.
  • Les Voyages de l'opinion dans les quatre parties du monde, 1789 (six numéros d'un journal éphémère).
  • Sa place d'administrateur de la police et du département de la librairie au sein de la municipalité puis de la Commune, lui permet de composer l'un de ses ouvrages majeurs, La Police de Paris dévoilée, avec Gravure et Tableau (II tomes, Paris, Garnery, 1791, 2 vol, in –8). Cette collection des documents de la Bastille enrichis des commentaires de l'auteur est une charge contre l'Ancien Régime et sa police qui connut un vif succès.
  • Lettres sur la Révolution, 1792 (attribué par Michaud).
  • Il est l'éditeur des Lettres originales de Mirabeau : écrites du donjon de Vincennes [à] Sophie Ruffey, marquise de Monnier Paris, Garnery, 1792. Ces publications lui valurent un procès qu'il remporta contre la famille de l'intéressé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Philippe-Joseph-Benjamin Buchez (ed.), Histoire parlementaire de la Révolution française... , Paris, Paulin, 1835, t. VIII, t. XXII
  • Charpentier, La Bastille dévoilée- ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire..., Paris : Desenne, 1789-90, 2 v.
  • Jean-Baptiste Cléry, Journal de ce qui s'est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, suivi des dernières heures de ce prince par l'abbé Edgeworth de Frémond, son confesseur et de détails curieux sur les quatre prisonniers du temple qui ont survécu à Louis XVI, Paris, Amédée Saintin et Thomine, 1838.
  • Jean Charles Pierre Lenoir, Mémoires manuscrits, Bibliothèque municipale d'Orléans, ms 1422.
  • Pierre Jean Baptiste Nougaret, Histoire de la guerre civile en France..., Paris, Lerouge, 1803, t. II

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules-Édouard Alboize de Pujol et Auguste Maquet, Les Prisons de l'Europe... , Paris, 1845, t. II.
  • Nicolas Toussaint Lemoyne Desessarts (et alii), Les siècles littéraires de la France..., Paris, 1801, t. IV.
  • « Pierre Louis Manuel », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]
  • Jacques Peuchet, Mémoires des contemporains [...] Mémoires sur Mirabeau..., Paris, Bossange, 1824, 5e livraison, t. I, 1er volume.
  • Huguette Leloup-Audibert, Pierre Louis Manuel 1753-1793, du pouvoir à l'échafaud, Éditions de l'Ecluse, 2006