Nechung

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29° 40′ 17″ N 91° 03′ 21″ E / 29.67138889, 91.05583333

Nechung Chok

Nechung ou Nechung Chok (tibétain : གནས་ཆུང་དགོན།, « la petite résidence », chinois :乃琼寺) est un monastère tibétain, siège de l'Oracle d'État du Tibet. Il est aussi parfois nommé Sungi Gyelpoi Tsenkar, littéralement « la Forteresse Démoniaque du Roi-Oracle »[1].

Il est situé à environ dix minutes de marche en aval du monastère de Drepung, et fut la demeure de Pehar, dont on disait qu'il avait trois têtes et six bras, chef des gardiens protecteurs de la tradition Gelugpa (école des bonnets jaunes), et le siège de l'Oracle de Nechung[2]. C'est un monastère de taille moyenne qui abritait jusqu'à une centaine de moines[3].

Sommaire

Histoire et fonction [modifier]

Des moulins à prières à Nechung Chok, Lhassa.

Il fut le siège de l'Oracle d'État jusqu'en 1959, date à laquelle il s'enfuit avec le Dalaï-lama pour l'Inde, où il réside actuellement en exil à Dharamsala. Les Dalaï-lamas l'ont traditionnellement toujours consulté avant de prendre des décisions importantes[4]. Selon Thubten Ngodup, seuls 6 des moines du monastère purent s'enfuir, et de ceux qui restèrent au Tibet, une poignée survécurent[5].

Il fut également la résidence du Protecteur Pehar, une divinité horpa, qui se trouvait à l'est du lac Kokonor. Selon la tradition, celui-ci aurait été mené à l'origine au temple de Samyé par Padmasambhava, qui lui aurait demandé de protéger le dharma[6]. D'autres sources évoquent son rapatriement par Tara Lugong, un général bön, qui avait pris possession d'une école de méditation dans les environs de Kanchow appartenant aux Bhaţa Hor, une tribu ouighour, durant le VIIIe siècle. Pehar fut considéré comme la divinité protectrice des trésors du monastère de Samyé puis, plus tard, comme le « protecteur de la religion »[7].

Nechung, Tibet.JPG

À l'époque de Lobsang Gyatso, le cinquième Dalaï-lama (de 1642 à 1682), Pehar déménagea d'abord de Samyé à Tse Gugtang puis au site actuel du monastère de Nechung[8].

Malgré le fait que l'Oracle d'État soit un moine nyingmapa, son autorité a été acceptée par les Gelugpas et il est dorénavant choisi pour sa réceptivité à la possession par l'Oracle de Nechung durant la transe[9]. Il est considéré comme étant l'intermédiaire portant la parole de Dorje Draken, l'un des avatars de Pehar parmi les humains[10].

Quand l'Oracle est possédé par Pehar, il devient très agité, a la langue pendante et les yeux injectés de sang, présente une force surhumaine, soulevant de lourds poids et tordant des épées etc. Il marmonne des mots qui sont enregistrés et interprétés par des moines, et bénit le grain qui est plus tard distribué aux foules[11],[12].

À la différence de la plupart des shamans d'Asie centrale, dont on dit qu'ils abandonnent leur corps lorsqu'ils sont en transe et voyagent tout autour des terres des esprits d'où ils rapportent des messages, les oracles tibétains agissent en tant que « portes-parole des dieux ou esprits qui les possèdent et parlent à travers eux, la plupart du temps sans qu'ils aient connaissance de ce qui est dit en cette occasion, bien qu'ils répondent directement aux questions de ceux qui viennent les consulter ». La tradition des oracles a été héritée d'une religion pré-bouddhiste, le Bön. Le « grand » cinquième Dalaï-lama fut « le premier à institutionnaliser l'Oracle d'État de Nechung »[13].

Le monastère de Nechung fut presque entièrement détruit durant la révolution culturelle et l'annexion du Tibet par la Chine, mais a été en grande partie restauré, une grande statue de Guru Rinpoché (Padmasambhava) ayant été installée au second étage[14]. Il y a un collège de débats dialectiques à l'est de Nechung qui rassemble de nouveau aujourd'hui de jeunes étudiants.

À noter qu'un nouveau monastère de Nechung a été construit à Dharamsala, en Inde[15].

Notes et références [modifier]

  1. Dowman (1988), pp. 66-67.
  2. Mayhew and Kohn (2005), p. 22.
  3. Chapman (1940), p. 201.
  4. Prince Peter (1979), pp. 51-56.
  5. Thubten Ngodup, op. cit., p. 111
  6. Dowman (1988), p. 67.
  7. Stein (1972), pp. 68, 189.
  8. Dowman (1988), p. 67.
  9. Dowman (1988), p. 67.
  10. Mayhew and Kohn (2005), p. 22.
  11. Stein (1972), pp. 187-188.
  12. Chapman (1940), p. 317.
  13. Prince Peter (1979), p. 52.
  14. Mayhew and Kohn (2005), p. 22.
  15. Osada et al (2000), p. 83.

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • (en) F. Spencer Chapman, Lhasa: The Holy City, Londres, Readers Union Ltd., 1940 
  • (en) Keith Dowman, The Power-places of Central Tibet: The Pilgrim's Guide, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1988 (ISBN 0-7102-1370-0) 
  • (en) Bradley Mayhew et Michael Kohn, Tibet, Lonely Planet Publications, 2005 (ISBN 1-74059-523-8) 
  • (en) Pierre de Grèce et du Danemark, Tibetan Oracles in The Tibet Journal (Summer 1979), vol. 4, t. 2, 1979, p. 51-56 
  • (en) Yukiyasu Osada et Atsushi Kanamaru, Mapping the Tibetan World, Tokyo, Kotan Publishing, 2000 (ISBN 0-9701716-0-9) 
  • (en) R. A. Stein, Tibetan Civilization, Stanford University Press, 1972 
  • Thubten Ngodup, Nechung, l'oracle du Dalaï-lama, avec Françoise Bottereau-Gardey et Laurent Deshayes, Presses de la Renaissance, Paris, avril 2009, (ISBN 978-2-7509-0487-6)

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]