Match de football RFA – Autriche (1982)

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Contexte
Compétition Coupe du monde de football de 1982
Date 25 juin 1982
Stade El Molinón
Lieu Gijón, Asturies
Drapeau de l'Espagne Espagne
Affluence 41 000 spectateurs
Résultat
Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 1 - 0 Drapeau : Autriche Autriche
Mi-temps 1 - 0 0
Buteur(s) RFA
But inscrit après 11 minutes 11e Horst Hrubesch
Cartons Autriche
Averti après 32 minute(s) 32e Walter Schachner
Averti après 32 minute(s) 32e Reinhold Hintermaier
Arbitrage Bob Valentine

Le match de football RFA contre Autriche a eu lieu le 25 juin 1982 à Gijón en Espagne pendant la coupe du monde 1982. Appelé quelquefois en France le « match de la honte », il est connu en allemand sous le nom de « Nichtangriffspakt von Gijón » (le pacte de non agression de Gijón) ou « Schande von Gijón » (la honte de Gijón).

C'est un match du premier tour opposant deux équipes du Groupe 2. Il a été surnommé le match de la honte car son résultat a été mis en cause, certains observateurs dénonçant un accord passé entre les deux équipes pour pouvoir toutes deux se qualifier pour le second tour de la Coupe du Monde au détriment de l'équipe d'Algérie de football.

Contexte du match[modifier | modifier le code]

L'Allemagne est alors encore divisée entre Est et Ouest. La sélection d'Allemagne de l'Ouest, la RFA, joue dans le groupe 2 opposée à l'Algérie, au Chili et à l'Autriche. À la surprise générale, la Mannschaft trébuche devant l'Algérie en perdant son premier match (1-2). Ce résultat est historique car c'est la première fois qu'une équipe européenne perd face à une équipe africaine en coupe du monde. Avant le match, l'équipe ouest-allemande était pourtant sûre d'elle ; certains joueurs déclaraient ainsi que le cinquième but de l'Allemagne serait dédicacé au nouveau bébé d'un des joueurs, le sélectionneur Jupp Derwall ajoutant lui qu'en cas de défaite, il rentrerait au pays à pied. Le lendemain, l'hebdomadaire sportif ouest-allemand Kicker Sportmagazin publia à sa une la photo du gardien ouest-allemand Harald Schumacher se prenant la tête à deux mains. De son côté l'Autriche bat le Chili (1-0).

Lors des deuxièmes matchs l'Allemagne de l'Ouest se ressaisit en écrasant le Chili (4-1) tandis que l'Algérie perd contre l'Autriche (0-2). À ce stade le Chili est déjà éliminé.

Les deux derniers matchs du groupe 2 sont décisifs pour la RFA, l'Autriche et l'Algérie. Le 24 juin, à la mi-temps de son match contre le Chili, l'Algérie mène 3-0, un score qui lui permet à ce moment-là d'être qualifiée (sauf si dans le match du lendemain l'Allemagne de l'Ouest avait battu l'Autriche par un seul but d'écart sur le score de 4 buts à 3, un score qui aurait permis à l'Autriche, à égalité en différence de buts avec l'Algérie à +2, de lui passer devant grâce à une meilleure attaque : 6 buts marqués contre 5). Mais l'Algérie a encaissé deux buts en seconde mi-temps, frôlant même le match nul en fin de rencontre mais s'imposant finalement 3-2. Dès lors un arrangement devient possible entre Allemands de l'Ouest et Autrichiens avec un simple score de 1-0 pour la Mannschaft, plus probable que 4-3. C'est donc une victoire par 3 à 0 de la RFA face à l'Autriche que l'Algérie doit espérer pour passer grâce à une meilleure attaque, mais un match nul ou une victoire de l'Autriche la qualifie également. La RFA va assumer son statut de favori du groupe en finissant à la première place grâce à une victoire sur l'Autriche 1 à 0. Les deux équipes ont-elles préféré assurer le coup et s'arranger entre elles pour être totalement sûres d'être qualifiées toutes les deux ? C'est l'avis de nombreux observateurs, spectateurs, téléspectateurs, commentateurs, journalistes notamment Espagnols, Allemands, Autrichiens et Algériens. L'arrangement serait que l'Autriche n'étant pas sûre d'éviter de perdre par 3 à 0, ce qui l'éliminerait, aurait préféré ne pas tenter la victoire ou le nul qui lui donnait pourtant la première place du groupe, mais laisser l'Allemagne gagner : en échange cette dernière s'engageait à ne pas marquer plus de deux buts maximum. Les partisans du non-complot pensent plutôt qu'après son premier but précoce, la RFA préféra conserver ce score qui la qualifiait en jouant plutôt en défense, tandis que les Autrichiens, ne croyant déjà plus en leur victoire ou à un match nul, ont joué le même jeu pour ne pas en encaisser plus et être éliminés à la différence de buts avec l'Algérie, ce qui expliquerait la passivité du jeu.

Résultats du groupe[modifier | modifier le code]

16 juin Allemagne de l'Ouest Drapeau : République fédérale d'Allemagne 1 2 Drapeau : Algérie Algérie
17 juin Autriche Drapeau : Autriche 1 0 Drapeau : Chili Chili
20 juin Allemagne de l'Ouest Drapeau : République fédérale d'Allemagne 4 1 Drapeau : Chili Chili
21 juin Autriche Drapeau : Autriche 2 0 Drapeau : Algérie Algérie
24 juin Algérie Drapeau : Algérie 3 2 Drapeau : Chili Chili
25 juin Allemagne de l'Ouest Drapeau : République fédérale d'Allemagne 1 0 Drapeau : Autriche Autriche

Classements[modifier | modifier le code]

À l'époque, une victoire vaut 2 points et le nul 1 point (ce qui permettait une égalité entre l'équipe qui avait 1 victoire, 1 nul et 1 défaite et celle qui faisait 3 nuls). Depuis la coupe du monde 1994, la règle de la victoire à 3 points a été adoptée. Toutefois cela ne changerait rien au classement qui suit.

Classement avant le dernier match RFA / Autriche :

Classement avant le dernier match
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : Autriche Autriche 4 2 2 0 0 3 0 +3
2 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 5 0
3 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 2 2 1 0 1 5 3 +2
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 3 8 -5

Classement final :

Classement final
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 4 3 2 0 1 6 3 +3
2 Drapeau : Autriche Autriche 4 3 2 0 1 3 1 +2
3 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 5 0
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 3 8 -5

Classements finaux hypothétiques[modifier | modifier le code]

Classement final si la RFA avait gagné par au moins trois buts d'écarts (exemple avec 3 - 0) :

Classement final
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 4 3 2 0 1 8 3 +5
2 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 5 0
3 Drapeau : Autriche Autriche 4 3 2 0 1 3 3 0
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 3 8 -5

Classement final si la RFA fait match nul (exemple avec 0 - 0) :

Classement final
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : Autriche Autriche 5 3 2 1 0 3 0 +3
2 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 5 0
3 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 3 3 1 1 1 5 3 +2
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 3 8 -5

Classement final si la RFA perd (exemple avec 0 - 1) :

Classement final
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : Autriche Autriche 6 3 3 0 0 4 0 +4
2 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 5 0
3 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 2 3 1 0 2 5 4 +1
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 3 8 -5

Classement final si l'Algérie avait gagné son match contre le Chili 3-0 et que la RFA avait battu l'Autriche sur le score de 4-3

Classement final
  Équipe Pts J G N P BP BC Diff
1 Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 4 3 2 0 1 9 6 +3
2 Drapeau : Autriche Autriche 4 3 2 0 1 6 4 +2
3 Drapeau : Algérie Algérie 4 3 2 0 1 5 3 +2
4 Drapeau : Chili Chili 0 3 0 0 3 1 8 -7

Le match[modifier | modifier le code]

Feuille de match[modifier | modifier le code]

25 juin 1982
Drapeau : République fédérale d'Allemagne Allemagne de l'Ouest 1 – 0 Drapeau : Autriche Autriche El Molinón, Gijón
Spectateurs : 41 000
Arbitrage : Bob Valentine (Écosse)

Hrubesch But inscrit après 11 minutes 11e

(Rapport)

Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
RFA
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Couleurs de l’équipe
Autriche
RFA:
GK 1 Harald Schumacher
DF 2 Hans-Peter Briegel
DF 3 Paul Breitner
DF 4 Karlheinz Förster
DF 6 Wolfgang Dremmler
MF 7 Pierre Littbarski
FW 9 Horst Hrubesch Remplacé après 68 minutes 68e
FW 11 Karl-Heinz Rummenigge Remplacé après 66 minutes 66e
MF 14 Felix Magath
MF 15 Uli Stielike
DF 20 Manfred Kaltz
Remplaçants:
GK 21 Bernd Franke
GK 22 Eike Immel
DF 5 Bernd Förster
FW 8 Klaus Fischer Entré après 68 minutes 68e 
MF 10 Hansi Müller
DF 12 Wilfried Hannes
FW 13 Uwe Reinders
FW 16 Thomas Allofs
MF 17 Stephan Engels
MF 18 Lothar Matthäus Entré après 66 minutes 66e 
DF 19 Holger Hieronymus
Entraîneur:
Drapeau de l'Allemagne Jupp Derwall
AUTRICHE:
GK 1 Friedrich Koncilia
DF 2 Bernd Krauss
DF 3 Erich Obermayer
DF 4 Josef Degeorgi
DF 5 Bruno Pezzey
MF 6 Roland Hattenberger
FW 7 Walter Schachner Averti après 0 minute(s) 0e
MF 8 Herbert Prohaska
FW 9 Hans Krankl
MF 10 Reinhold Hintermaier Averti après 32 minute(s) 32e
DF 19 Heribert Weber
Remplaçants:
GK 21 Herbert Feurer
GK 22 Klaus Lindenberger
MF 11 Kurt Jara
DF 12 Anton Pichler
DF 13 Max Hagmayr
MF 14 Ernst Baumeister
MF 15 Johann Dihanich
MF 16 Gerald Messlender
MF 17 Johann Pregesbauer
FW 18 Gernot Jurtin
FW 20 Kurt Welzl
Entraîneurs:
Drapeau de l'Autriche Felix Latzke & Georg Schmidt

Déroulement[modifier | modifier le code]

Au bout de onze minutes de jeu, Hrubesch ouvre le score pour la RFA. Si le score en reste là, le résultat est «gagnant-gagnant » pour les deux équipes. Dès lors, les joueurs vont se contenter de passes inoffensives jusqu'à la fin de la partie[1]. Le public qui assiste à ce spectacle de « non-jeu » est d'abord stupéfait, puis ne tarde pas à manifester sa désapprobation. Des supporteurs algériens présents dans les tribunes brûlent des pesetas afin de signifier que le match a été acheté, tandis que de nombreux spectateurs espagnols agitent des mouchoirs blancs, geste traditionnel de protestation dans les stades du pays et adressent aux joueurs des deux équipes des cris de "fuera" qui signifie Dehors[2]. Un supporter algérien tenta même d'entrer sur le terrain[3] (mais en fut empêché par la Garde civile espagnole). Le match fut critiqué par de nombreux supporteurs Allemands de l'Ouest et autrichiens qui espéraient assister à un remake du match du deuxième tour de la Coupe du Monde 1978 où l’Autriche avait battu l'Allemagne 3-2 et du même coup privé cette dernière de pouvoir disputer le match pour la troisième place de cette coupe du monde 1978 (un match qui fut surnommé le Miracle de Cordoba, et qui fut la première victoire autrichienne sur l'Allemagne depuis 47 ans (1931), et également la dernière victoire de l'Autriche contre son voisin allemand à ce jour). Un autre fan allemand brûlera un drapeau allemand pour protester contre l'attitude de son équipe.

De nombreux commentateurs qui couvraient le match à travers le monde, y compris Hugh Johns pour ITV, ont condamné ce qui se passait en face d'eux[2]. Michel Denisot qui commenta le match pour TF1 avec Henri Michel fut le premier à déclarer que c'était le match de la honte et prononcera cette phrase : « on devrait retirer leurs licences à ces 22-là ». Pour protester contre l'attitude des deux équipes, les représentants de l'équipe d'Algérie quittèrent le stade. Le président de la fédération algérienne de football, Hadj Sekkal, déclara que son pays dénonçait la parodie de match qui s'est déroulé devant 50 000 spectateurs, que le public n'avait même été respecté que c'était vraiment dommage ; il accusa les deux pays d'avoir porté un grand coup à l'éthique sportive[4]

Le soir même du match, au cours de la retransmission, le commentateur allemand Eberhard Stanjek avait dénoncé sur l'antenne d'ARD l'attitude des deux équipes. Il resta muet pendant plusieurs minutes pour manifester sa protestation (il déclara : "le jeu qu'on nous propose est honteux, tous les moyens ne sont pas bons"), son collègue Armin Hauffe qui commenta le match pour la radio ouest-allemande ajouta que la DFB devait une explication à tout le monde et que la honte qui entachait la réputation du football dans ce stade de l'indignation était considérable[5]. Tandis que le commentateur autrichien Robert Seeger qui commenta le match pour la chaîne de télévision autrichienne ORF avait enjoint les téléspectateurs autrichiens d'éteindre leur télévision (un fait unique dans l'histoire de la télévision autrichienne) et refusé de prononcer un mot au cours de la dernière demi-heure de la rencontre, 26 ans plus tard dans une interview accordée au magazine allemand en ligne Spiegel Online, Seeger révéla qu'au cours de la retransmission il avait lâché "j'ai honte du jeu de cette équipe autrichienne car je ne comprends pas qu'ils soient si passifs dans le jeu pour qualifier les deux équipes". Seeger dira également que certains joueurs autrichiens ont réclamé sa démission[6].

Suite de la compétition pour les protagonistes[modifier | modifier le code]

À l'issue de la partie, la RFA et l'Autriche ont gagné leur place au second tour, tandis que l'Algérie est éliminée. L'Autriche ne passe ensuite pas les poules du second tour. L'équipe d'Allemagne joue un autre match controversé lors de cette même coupe du monde, la fameuse nuit de Séville. Qualifiée aux tirs au but à la fin de ce match, elle échoue en finale face à l'Italie.

Révélations et commentaires ultérieurs[modifier | modifier le code]

Après le match, les protestations sont nombreuses. Un journal espagnol va jusqu'à appeler le match el Anschluß, en référence à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938[2].

La presse internationale était révoltée, certains journaux parlaient plus tard d'un « porno footballistique de mauvais goût » ou d'une « farce scandaleuse et intolérable ». La gazette espagnole « El Comercio » commentait le match sur la page où figurent en temps normal les faits divers. « Allemagne et Autriche - deux loques » écrivit même le journal espagnol « Marca » le lendemain. Le match suscite également l'indignation en Allemagne de l'Ouest et en Autriche. Kicker Sportmagazin s'est refusé à évaluer le match ou les joueurs : « Nous ne pouvons donner d'étoiles à aucun participant, car il n'y a pas eu de match de foot à Gijón. » sous le titre « Car ils ne savent pas ce qu'ils ont causé » (« Denn sie wissen nicht, was sie tun » en allemand)[7]. La presse ouest-allemande était furieuse, le quotidien allemand Bild titra « Honte à vous »[2]. Un autre journal ouest-allemand considéra que le triomphe de l'Allemagne de l'Ouest sur l'Autriche était plus honteux que la défaite ouest-allemande contre l'Algérie[8]. Dans une interview accordée au célèbre journal ouest-allemand « Welt », Willi Schulz, vice-champion du monde ouest-allemand en 1966 et demi-finaliste en 1970, traita les deux équipes de « gangsters » et demanda à Hans Kindermann, alors président du Conseil de surveillance de la DFB, de tout mettre en œuvre afin que les joueurs allemands impliqués soient punis pour cet événement scandaleux[5]. Plusieurs joueurs et dirigeants allemands expriment leur manque absolu de compréhension envers ces critiques véhémentes : l'entraîneur Jupp Derwall insiste sur le fait que l'équipe voulait se qualifier et non pas jouer au football, tandis que le jeune Lothar Matthäus déclare que seule la qualification compte[2]. Quand des fans allemands s'étaient réunis devant l'hôtel des joueurs allemands pour protester, ces derniers ont lancé des bombes à eau sur eux depuis leurs balcons[1]. Encore plus extraordinaires furent les commentaires du chef de la délégation autrichienne Hans Tschak : « Naturellement le match d'aujourd'hui a été joué tactiquement. Mais si 10 000 fils du désert voulaient déclencher un scandale dans le stade c'était juste pour montrer qu'ils avaient trop peu d'écoles. »[1]. Le journal français l'Equipe dira que les 22 acteurs de cette rencontre méritaient 22 cartons rouges et que les deux équipes ont volé 45 000 spectateurs et terni sérieusement leurs réputations. La fédération algérienne enverra un télex à la FIFA pour qu'elle disqualifie les deux équipes de la compétition, la FIFA répliquera que l'Allemagne avait tout à fait le droit de jouer la prudence et la sécurité[9].

Malgré de nombreux appels à des sanctions ou même à l'annulation du résultat ,la FIFA n'agit pas directement par rapport à ce résultat, mais décide qu'à compter de la prochaine coupe du monde les deux derniers matchs du premier tour se dérouleront simultanément, limitant ainsi fortement les possibilités de tels calculs stratégiques[1]. Un souhait de Franz Beckenbauer qui avait rejeté la faute sur le système et déclaré : «Il faut faire jouer les deux derniers matchs de chaque groupe le même jour et la même heure»[10]. L'UEFA prendra la même décision à l'occasion du Championnat d'Europe de football 1984.

Le joueur du Bayern Munich, Wolfgang Dremmler déclara «ce qui compte c'est que nous avons gagné et que les mauvais matchs font partie des risques qu'encourent les spectateurs» tandis que l'attaquant autrichien Hans Krankl réagit de manière différente, il dira qu'il n'y a pas eu d'entente, que les Autrichiens ne voulaient juste pas se fatiguer et n'avaient pas le moral, que les Allemands devaient gagner mais qu'ils n'étaient pas bons non plus, qu'ils avaient peur puis Hrubesch a ouvert la marque, les Allemands étaient tellement contents. Ils ne savaient pas que les Autrichiens étaient exténués. Krankl expliquera aussi qu'après la mi-temps, le joueur allemand Paul Breitner est venu les voir et leur a dit : «vous n'allez quand même pas chercher à égaliser. Nous avons réussi, nous avons réussi. C'est dans la poche.» On a dit : «OK». Krankl ajouta qu'il comprenait que les spectateurs aient été indignés, surtout ceux qui étaient dans le stade, parce que ce jeu n'était vraiment pas beau à voir. Il est possible de faire tourner le ballon pendant cinq à dix minutes, mais à Gijón, c'était trop[5].

Si l'existence d'un accord entre les deux équipes au cours du match ne fait guère de doutes, la nature de celui-ci continue d'être discutée. Ainsi, en janvier 2007, le journal émirien Al-Ittihad publie un entretien avec l'un des joueurs allemands de l'époque, Hans-Peter Briegel, dans lequel celui-ci affirme que l'Allemagne avait bien triché, et présente ses excuses à l'Algérie. Il déclare cependant par la suite que ses propos ont été déformés, mais ces deux informations contradictoires suffisent à relancer la polémique. En fait, la contradiction dans les versions proposées par les différents acteurs porte sur l'existence d'un accord explicite entre les deux équipes. Ainsi, l'attaquant autrichien Walter Schachner, seul joueur autrichien qui semble avoir réellement essayé de marquer au cours du match, (il prendra d'ailleurs un carton jaune en seconde mi-temps pour avoir protesté contre une décision de l'arbitre écossais Bob Valentine)[11] affirme que certains joueurs des deux équipes se sont mis d'accord à la mi-temps pour que le score n'évolue plus, lui-même n'ayant pas été averti il affirma en avoir entendu parler pour la première fois quand il s'est plaint auprès de son entraîneur de n'avoir reçu aucun ballon. Un autre acteur du match, le défenseur autrichien Bernd Krauss relativisa pour sa part le scandale expliquant que les deux équipes n'avaient pas besoin de passer un accord et que à 1-0 les joueurs des deux équipes ont commencé à faire les comptes et des passes en retrait, il révéla que seul Briegel et Schachner ont tenter d'accélérer le jeu, et tous les autres joueurs se demandaient: "Mais qu'est-ce qui leur arrive[12] ? En revanche, le gardien autrichien Friedrich Koncilia a expliqué qu'il n'y aurait eu besoin d'aucune discussion, l'attitude des deux équipes s'expliquant simplement par la situation favorable. C'est aussi l'opinion du patron de la défense allemande Karl-Heinz Förster qui nie l'existence d'un arrangement mais reconnaît qu'il y a eu dans la pratique comme un « pacte de non-agression » (das war ja ein Nichtangriffspakt) et exprime un peu de compréhension à propos de la colère des supporteurs algériens. Forster avoua que le jeu ne pouvait pas être regardé au milieu de la seconde mi-temps.

le 26 février 2007, Hans Krankl avoua avoir honte de ce que l'Allemagne et l'Autriche ont fait aux Algériens, Krankl reconnait que la partie était extrêmement mauvaise mais jure que rien n'avait était convenu avant le match. L'unique buteur du match Horst Hrubesch ne voyait lui pas de raison de de s’excuser même si c'était vraiment moche comme spectacle, Karl-Heinz Rummenigge, le capitaine allemand réfute lui l'idée d'une triche, tandis que Manfred Kaltz dira que c'était assez comique[13].

Pourtant, en 2008, lors de la cérémonie organisée par le tri-hebdomadaire algérien "le buteur" au cours de laquelle il décerna le titre de meilleur joueur algérien de l'année à Rafik Saifi, Harald Schumacher, l'ancien gardien ouest-allemand reconnait en présence notamment de Rabah Madjer et Lakhdar Belloumi, que le match était truqué, il déclara que dans la vie, un jour ou l'autre, il fallait savoir reconnaître ses erreurs et demanda pardon à Mahieddine Khalef, (le sélectionneur algérien de l'époque) et à tout le peuple algérien[14] et proposa l'organisation d'un match entre les équipes d'Algérie et de RFA qui avaient participé à cette coupe du monde 1982.

En 2010, Lothar Matthäus dément toute entente entre les deux équipes expliquant que les deux équipes avaient essayé de gagner sans faire cas de facteur extérieur et clame n'avoir jamais reçu d’instruction pour truquer le match et cela n'était pas arrivé[15].

Le 18 décembre 2013, près de 32 ans après les faits, dans un entretien au journal arabophone algérien, Elkhabar erriadhi, l'ancien défenseur allemand Uli Stielike explique que la RFA voulait gagner par un seul but et que l'Autriche pouvait se qualifier en perdant sur le même score, il enchaîna en déclarant que ses coéquipiers voulaient battre l’Autriche par un score plus lourd, et qu’ils étaient tout proche de rajouter un second but qui s’était écrasé sur le poteau. Au retour des vestiaires, il explique que le mot d’ordre était prudence, et qu’ils préféraient attendre l’adversaire et procéder par contre, mais les Autrichiens ne voulaient pas attaquer, voilà ce qui explique selon lui la passivité du jeu et que ce n’était en aucun cas un complot contre l’Algérie[16].

Le 30 juin 2014, le jour du huitième de finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2014 entre l'Allemagne et l'Algérie (victoire 2-1 de l'Allemagne), le quotidien le parisien interviewa l'ancien défenseur allemand Karl-Heinz Forster et l'ancien capitaine de la sélection algérienne Ali Fergani, interrogé sur le match RFA-Autriche, Forster déclara qu'au départ il n'était pas prévu que ses coéquipiers se contentent de cette avance de 1-0 et qu'ils n'ont pas bouclé de pacte avec leurs adversaires et que c'est en début de seconde période que les allemands savaient que ce score arrangeait les autrichiens et les allemands qui ont donc décidé de ne plus jouer à fond. Forster reconnait aussi que lui et ses coéquipiers sont allés vraiment trop loin et que pour les spectateurs c'était horrible et que c'était à refaire il ne le refaire pas, Forster avoue aussi que les algériens lui ont fait de la peine. Forster ajoute que si il croisait Rabah Madjer, il lui présenterait des excuses et que ce que les allemands avaient fait à l'époque n'avait pas été correct. Fergani de son côté déclara que c'était le match de la honte, que lui et ses coéquipiers avaient regardé le match dans un bar, que des supporteurs espagnols et algériens ont brûlaient des billets pour dénoncer l'arrangement, et que même si il n'y a pas eu de réunion entre les hauts responsables des deux équipes il y'a eu un accord tacite pour que le score reste à 1-0 en faveur de l'Allemagne.[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (en) Paul Doyle, « The day in 1982 when the world wept for Algeria », The Guardian,‎ 13 juin 2010 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d et e « World Cup Tales: The Shame Of Gijon, 1982 », sur 200%,‎ 9 mai 2010
  3. Estafa de Gijon, reportage diffusé sur la chaîne de télévision espagnole Canal + deportes
  4. La véritable histoire des Coupes du monde, documentaire diffusé sur France 3
  5. a, b et c Coupe du monde édition 1982 la honte de Gijon, article publié sur le site conti-online.com
  6. Honte de Gijon, le match le plus ennuyeux de la coupe du monde, article publié sur le site de Spiegel Online le 6 février 2008
  7. Frank Steffan (éd.): So ein Tag. Die Spielberichte aller WM-Spiele der deutschen Fußball-Nationalmannschaft. Ed. Steffan, Cologne 1994 ISBN 3-923838-04-2, p. 201-202
  8. Top 15 : Les curiosités du Mondial 82 article publié sur le site de So foot le 8 juillet 2012
  9. Le saviez-vous le match de la honte, une vidéo publiée sur le site de l'équipe le 23 juin 2014
  10. Le saviez-vous le match de la honte, une vidéo publiée sur le site de l'équipe le 23 juin 2014
  11. Estafa de Gijon, reportage diffusé sur la chaîne de télévision espagnole Canal + deportes
  12. http://www.20minutes.fr/sport/132335-match-honte-polemique-relancee-25-ans-apres
  13. L’Autrichien Krankl : «J’ai honte de ce que nous avons fait aux Algériens», Interview de Hans Krankl par France Football le 26 février 2007, source le Quetidien d'Oran
  14. Schumacher passe aux aveux, article publié sur le site de Foot Afrique
  15. CdM, Allemagne - Matthaus : «l’Allemagne n’a pas triché pour évincer l’Algérie » article publié sur le site de goal.com le 13 mai 2010
  16. fr.starafrica.com, Mondial 82, Uli Stielike parle du match de la honte RFA – Autriche
  17. Si je croisais Madjer, je lui présenterais mes excuses, interview combinée de l'ancien défenseur allemand Karl-Heinz Forster et de l'ancien capitaine de la équipe d’Algérie, Ali Fergani au quotidien le Parisien le 30 juin 2014