Marie-Anne de La Trémoille

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Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins.

Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins, née à Paris en 1642 et morte à Rome le est une aristocrate française des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est la fille de Louis II de La Trémoille, marquis puis duc de Noirmoutier et de Renée fille de Jean Aubery seigneur de Tilleport.

Titres[modifier | modifier le code]

Née Marie-Anne de La Trémoille, elle épousa en 1659, en premières noces, à l'âge de 15 ans, le prince Blaise de Talleyrand-Chalais, un noble français. En fuite après un duel — interdit —, il entra en service du roi d'Espagne. Il est fait prisonnier au Portugal. Marie-Anne a passé plusieurs années à Madrid en attendant la libération de son mari et y a appris la langue et les usages. Peu de temps après sa libération, Chalais meurt en Italie laissant Marie-Anne veuve.
En février 1675, elle devint « princesse des Ursins » en francisant le nom de son second mari, le prince romain Flavio Orsini (1620-1698). Orsini, chef de la puissante famille Orsini, prince de Nerola et duc de Bracciano, était plus âgé qu'elle de 22 ans - un mariage de raison dont il avait espéré obtenir des grâces financières de la part de Louis XIV, car malgré ses nombreuses possessions, il croulait sous les dettes. Il était un des chefs de file du parti français à Rome, position difficile sous les papes Innocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII. Son duché de Bracciano tomba entre les mains du rapace Livio Odescalchi, neveu d'Innocent XI.
De nouveau veuve en 1698, la princesse des Ursins était réputée immensément riche, mais en réalité son mari ne lui a laissé que dettes et procès, notamment avec Livio Odescalchi, qui se considérait héritier des titres et possessions.

Rôle politique[modifier | modifier le code]

La Princesse des Ursins, école française, 1670, Chantilly, Musée Condé.

Elle joua un rôle politique de premier ordre à la cour d'Espagne au XVIIIe siècle en tant que camarera mayor de la première épouse du roi Philippe V, Marie-Louise Gabrielle de Savoie, un poste de confiance lui ayant été attribué par Louis XIV et Madame de Maintenon, et qui lui permettait un contrôle absolu sur le couple royal. Louis XIV la considérait comme garante de son influence en Espagne. Fine politicienne, elle promut la popularité du jeune roi de 18 ans et sa reine de 14. Ayant rapidement gagné leur entière confiance, seule à y avoir accès (elle les habillait le matin, et les déshabillait le soir), elle devint toute-puissante. Elle fit renvoyer du Despacho (ou « Bureau ») les ministres espagnols et diplomates français qu'elle considérait inefficaces (comme le cardinal Portocarrero et le cardinal d'Estrées), et essaya quelques réformes.

Elle mit de l'ordre dans les finances, l'étiquette de la cour, le gouvernement (la bureaucratie était quasiment autonome) et essaya de diminuer l'influence de l'Inquisition. L'économiste Jean Orry travailla, sous sa protection, à un vaste programme d'assainissement et de centralisation des finances qui étaient désastreuses (il réussit à doubler les revenus de l'État). S'identifiant trop avec les intérêts de l'Espagne et court-circuitant la diplomatie française, réussissant à renvoyer les nombreux courtisans et diplomates français qui croyaient que la naïveté du jeune roi leur garantirait une carrière espagnole brillante, elle s'aliéna graduellement l'appui de la cour de Versailles, tout en restant maîtresse du royaume. Les courtisans en place ou renvoyés l'accablèrent de médisances et de fausses accusations[réf. nécessaire], obtenant même son renvoi temporaire en 1704, mais la jeune reine demeura inconsolable du départ de sa première dame d'atours[1].

En effet, le duc de Berwick envoyé pour sauver militairement l'Espagne, car Philippe V risquait de perdre son trône, en 1704, obtint son renvoi, car elle intriguait contre lui[2]. Le même problème se reposa avec le duc d'Orléans, où on l'accusa de retarder les envois de vivres destinées au trouve du siège de Lérida, ainsi que l'argent pour les troupes et les canons de 24[3].

Le regret qu'avait la reine d'Espagne de sa première dame d'atours fit que, dès le 13 janvier 1705, Louis XIV envoya une dépêche à Grammont afin de préparer son retour à Madrid, sous certaines conditions que rappellent Grammont au maréchal Adrien Maurice de Noailles : « S'il était dans la nature de Mme des Ursins de pouvoir revenir ici avec un esprit d'abandon et de dévouement entier aux volontés et aux intérêts du roi, […] et qu'il pût paraître par là aux Espagnols que ce n'est plus la reine et sa faction qui gouvernent l'Espagne, qui est la chose du monde qu'ils ont le plus en horreur, et la plus capable de leur faire prendre un parti extrême, rien alors, selon moi, ne peut être meilleur que de faire revenir Mme des Ursins »[4].

Le tournant[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1708, la princesse des Ursins, envoyée par Louis XIV et madame de Maintenon, afin de garantir les intérêts du royaume de France, réussit à remplir un double rôle. Seconder efficacement les souverains d'Espagne et satisfaire Versailles. Alors que Philippe d'Orléans prenait Tortosa en Espagne, le duc de Bourgogne perdait Audenarde. Ajouté au fait que la France commençait à manquer de tout, en plus d'un hiver terrible, cette défaite dans les Flandres, consommée après la perte de Lille, Louis XIV chercha un compromis de paix. Or, les alliés contre la France et l'Espagne ne réclamaient pas moins que le départ de Philippe V, ou bien que Louis XIV laissât passer leurs troupes par son royaume, afin d'aller en Espagne. Allant plus loin, les Anglais qui ne voulaient pas d'une paix, car durant ce temps, ils plaçaient leurs pions en Indes comme dans les Amériques, et devenaient plus puissants qu'auparavant, demandèrent que Louis XIV déclarât la guerre à l'Espagne[5]. Ce que Louis XIV ne pouvait consentir sans se rabaisser aux yeux de l'Europe.

Mais ces offres de paix furent connues en Espagne et la cour s'en alarma. La princesse des Ursins, soit qu'elle fût profondément attachée aux souverains, soit qu'elle y vît une menace pour sa position, ou bien les deux, décida de défendre l'Espagne quitte à prendre parti contre la France. Elle monta une intrigue afin d'empêcher le retour de Philippe d'Orléans. L'histoire dit que la chose fût inventée par la princesse, mais il semblerait bien que le duc ait prévu avec des nobles espagnols, pour le cas où Louis XIV rappellerait son petit-fils en France, de prendre sa suite. L'affaire fut montée en épingle et d'Orléans ne revint plus en Espagne[6]. La princesse des Ursins venait de se faire une ennemi terrible qui ne lui pardonnerait jamais.

Disgrâce[modifier | modifier le code]

À la mort de la reine, Philippe V se remaria, en 1714, avec Élisabeth Farnèse, nièce du duc de Parme. Dans un premier temps, ce mariage fut souhaité par la princesse des Ursins, avant qu'elle ne tente d'en empêcher la conclusion[7]. Ceci acheva de la mettre en disgrâce auprès de la nouvelle reine d'Espagne qui la fit renvoyer en arrivant (à l'instigation du futur cardinal Jules Alberoni, qui prit sa place d'éminence grise). La princesse avait alors plus de 70 ans. Elle rentra à Paris où elle fut reçue froidement, ayant perdu la faveur de Louis XIV, en raisons de ses intrigues, et l'amitié de madame de Maintenon[8]. La cause de cette disgrâce auprès de Versailles, selon Saint-Simon, fut assez simple. La princesse des Ursins avait choisi de remarier le roi d'Espagne avec la fille du Prince de Parme, dont la famille représentait une double mésalliance (bâtard d'un pape (Paul III), d'un côté, et bâtarde de Charles Quint de l'autre). Comme ce mariage se fit sans en informer Louis XIV, le grand-père, qui se donnait tout pouvoir sur les alliances dans sa famille, la princesse des Ursins signa sa disgrâce, par cette maladresse[9].

Elle se réfugia à Gênes puis à Rome, où elle fut respectée, malgré la vindicte de la reine d'Espagne, qui sera surnommée la virago de l'Espagne. Louis XIV lui garantissait une pension, le roi d'Espagne lui écrivait des lettres en cachette, et, plus tard, on lui témoigna - indirectement - des honneurs (son frère Joseph fut nommé archevêque de Cambrai). À sa mort, elle eut les honneurs de princesse, et fut ensevelie dans le tombeau des Orsini à Saint-Jean-de-Latran.

En Espagne, Alberoni et la reine congédièrent les fidèles de la princesse, mais continuèrent son programme de bonne gestion et d'assainissement. Malheureusement, le succès leur monta à la tête et l'Espagne se retrouva bientôt de nouveau en guerre. Les bûchers de l'Inquisition, éteints sous son « gouvernement », brûlèrent à nouveau.

Postérité[modifier | modifier le code]

La princesse était notamment amie de Saint-Simon[10] et de Cosnac : « C'était une femme plutôt grande que petite, brune avec des yeux bleus qui disaient sans cesse tout ce qui lui plaisait, avec une taille parfaite, une belle gorge, et un visage qui, sans beauté, était charmant ; l'air extrêmement noble, quelque chose de majestueux en tout son maintien, et des grâces si naturelles et si continuelles en tout, jusque dans les choses les plus petites et les plus indifférentes, que je n'ai jamais vu personne en approcher, soit dans le corps, soit dans l'esprit, dont elle avait infiniment, et de toutes les sortes ; flatteuse, caressante, insinuante, mesurée, voulant plaire pour plaire, et avec des charmes dont il n'était pas possible de se défendre quand elle voulait gagner et séduire ; avec cela un air qui, avec de la grandeur, attirait au lieu d'effaroucher, une conversation délicieuse, intarissable, et d'ailleurs fort amusante par tout ce qu'elle avait vu et connu de pays et de personnes, une voix et un parler extrêmement agréables, avec un air de douceur. Elle avait aussi beaucoup lu, et elle était personne à beaucoup de réflexion. Un grand choix des meilleures compagnies, un grand usage de les tenir, et même une cour ; une grande politesse, mais avec une grande distinction, et surtout une grande attention à ne s'avancer qu'avec dignité et discrétion. D'ailleurs la personne du monde la plus propre à l'intrigue, et qui y avait passé sa vie à Rome par son goût ; beaucoup d'ambition, mais de ces ambitions vastes fort au-dessus de son sexe et de l'ambition ordinaire des hommes, et un désir pareil d'être et de gouverner. C'était encore la personne du monde qui avait le plus de finesse dans l'esprit sans que cela parût jamais, et de combinaisons dans la tête, et qui avait le plus de talent pour connaître son monde et savoir par où le prendre et le mener. »

Malgré leur ancienne amitié (et même leur voisinage à Paris, rue Taranne), et des marques d'amitié (Saint-Simon usa de son influence pour faire nommer son frère archevêque de Cambrai), Saint-Simon ne la ménage pas. Dans ses Mémoires, il donne même crédit à quelques mensonges que des courtisans ont proféré sur elle et ses protégés et il se délecte à raconter sa chute humiliante. Les nombreux services que cette femme d'État a rendus à la France en tant que partisane française à Rome (y compris son rôle dans l'élection du pape Grégoire XI, favorable à la France), et le gouvernement courageux et compétent qu'elle a exercé sur l'Espagne pendant quatorze ans[réf. nécessaire], se réduisent, à cause de ces médisances, et à Saint-Simon, à un mot ingrat : une intrigante.

Ceci indique pour le moins que c'est ainsi qu'elle fut alors perçue. Elle aurait réussi dans ses actions, il est certain que les mémoires et livres d'histoire la présenteraient sous un jour moins négatif. Il ne faut pas s'étonner de ce qualificatif : toutes les cours d'Europe n'étaient alors qu'intrigues. Rien qu'en France, il faut se souvenir des rumeurs d'empoisonnement du dauphin Louis de France, de son épouse et de leur fils plus âgé que le futur Louis XV. Idem avec la Conspiration de Cellamare. Alberoni intriguait, Goertz aussi. Les jacobites itou. Madame de Maintenon intriguait pour placer les légitimés à un rang plus favorable… Mais résumer l'action de la princesse des Ursins à ce seul mot, serait un raccourci saisissant.

Néroli et Fleur d'oranger[modifier | modifier le code]

En hommage à la terre de Nerola, la princesse, qui mit à la mode l'usage de l'essence de bigaradier (ou oranger amer) baptisa ce parfum « néroli », nom encore utilisé aujourd'hui en parfumerie pour désigner l'essence de fleur d'oranger amer. On tire de ce même arbre la célèbre eau de fleur d'oranger.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mémoires, fragmens historiques et correspondance de la duchesse d'Orléans.
  2. Mémoires du maréchal de Berwick, p. 299.
  3. Lettres de Filtz-Moritz, 1718. À prendre avec des pincettes, car on dit ces lettres commanditées par le régent, Philippe d'Orléans.
  4. Dépêche de Louis XIV et lettre de Grammont citées par Saint-Simon dans ses notes.
  5. La vie de Philippe d'Orléans, par L.M. de la Mothe, Tome premier, 1736, p. 93.
  6. De la Mothe, opus cité ; Correspondece de Madame, duchesse d'Orléans.
  7. Mémoires de Saint-Simon, Tome 11, chapitre XIII.
  8. Mémoires de Saint-Simon, tome 12 (1715).
  9. Selon Saint-Simon, Alberoni témoigna plus tard à Brancas que la nouvelle reine, lors du voyage entre Gênes et Alicante, marmonnait contre Mme des Ursins. « Je la chasserai d’abord. ». Selon le mémorialiste, l'ordre serait venu de Louis XIV, et le roi d'Espagne, son petit-fils, n'avait plus eu qu'à obéir et son épouse avait été chargée de la chasser. Il s'agit d'un récit d'un tiers racontant à Saint-Simon ce qu'Alberoni aurait dit par la suite. Pourtant, la chose pourrait bien s'être passée ainsi, même si on peut douter qu'Alberoni manifestât une réelle émotion, comme il le dit.
  10. Saint-Simon, Mémoires (1700-1702)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Edition de lettres:

  • Marcel Loyau, "Correspondance de Mme de Maintenon avec la princesse des Ursins 1707-1709", Mercure de France, Le Temps retrouvé. 2014.

Voir son histoire romancée dans les livres de :

  • Claude Pujade-Renaud, La Nuit la neige, paru chez Actes Sud ;
  • Jacques Almira, Le Bal de la guerre ou la vie de la princesse des Ursins, Gallimard.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]