Marc Chirik

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Marc Chirik (1907-1990) est un militant communiste français, né en Russie. L'un des fondateurs du Parti communiste de Palestine, en 1919, il arrive en France en 1924, où il participe à L'Unité léniniste, le groupe oppositionnel d'Albert Treint, en 1927. Brièvement membre de la Ligue communiste qui regroupe les partisans de Trotsky, il évolue de plus en plus vers les positions de la gauche communiste (ou « ultragauche »).

De la Russie à Paris[modifier | modifier le code]

Déjà tout jeune dans une province éloignée de l’empire russe en Bessarabie à Kichinev (maintenant Chişinău en Moldavie), il vibrait pour la révolution d'Octobre en suivant ses frères acquis au parti de Lénine. Émigré avec ses parents et plusieurs de ses frères en Palestine en 1921 à la suite de l'occupation de Kichinev par les troupes roumaines, il participe avec ses frères et sœurs au Parti Communiste de Palestine fondé en 1919, à l’époque il regroupait les travailleurs palestiniens et juifs. Marc (Mordkhai) Chirik y sera, malgré son jeune âge, membre du comité central de la Jeunesse Communiste et sympathisera avec l'opposition.

En route pour la Russie en 1924 avec un de ses frères pour participer au Ve Congrès de l’Internationale communiste (juin 1924), il échoue en France, où il mènera jusqu'après la guerre une vie d'ouvrier apatride. Heureusement pour lui, les autorités soviétiques ne lui avaient pas accordé les papiers nécessaires: il aurait fini dans les geôles staliniennes comme son frère aîné. En France commence sa vie d’oppositionnel. Il est d’abord un des fondateurs de L'Unité léniniste, le groupe de l'Opposition de gauche au PCF dirigé par Albert Treint, en 1927 sous le nom de Marc « Lavergne »[1] puis participe à la Fraction de gauche, toujours avec Treint.

Il devient ensuite membre de la Commission Exécutive de la Ligue communiste (trotskiste) et de la tendance Treint (1932-1933). En 1933, il est parmi les fondateurs de l'Union communiste qui regroupe tous les oppositionnels français (les 31 trotskistes [réf. nécessaire] restant à la Ligue Communiste sont obligés de faire de l’entrisme dans la SFIO pour ne pas disparaître. Mais ce choix, imposé par Trotski - c'est le « Tournant français (en) » - n’est pas du goût de tous, en particulier de Naville, et entraîne encore d’autres départs dans la Ligue).

De la Seconde Guerre mondiale à la Gauche communiste[modifier | modifier le code]

Son évolution en direction de la gauche communiste se poursuit ; en 1937-1938, il intègre la « fraction italienne ». Pendant la guerre (1941-1942), il est parmi les camarades de la Gauche italienne qui reprennent le flambeau de l’« internationalisme prolétarien » et appelle les ouvriers européens à retourner leurs armes contre leur propre bourgeoisie qu'elle soit démocratique, fasciste ou stalinienne: c'est le « défaitisme révolutionnaire », préconisé par Lénine pendant la guerre de 14-18, plaqué sur la Seconde Guerre. Erreur fatale pour les uns (en ce qu'elle met sur le même plan démocratie libérale et fascisme), heure de gloire de la gauche communiste italienne pour les autres, qui n'aurait pas, elle, cédé au patriotisme ambiant et aux réflexes d'union nationale, on parle aussi, pour désigner cette attitude, d'« internationalisme » maintenu dans la guerre.

Avec Robert Salama « Mousso » et ensuite Serge Bricianer notamment, il anime la Fraction française de la gauche communiste internationale puis la Gauche communiste de France (GCF) dès les années 1944 dont le journal s’appelait Internationalisme. L'ouvrier Goupil rejoint le groupe en 1947 au moment de la grande grève Renault en 1947[2].

La Gauche communiste de France a mené un combat important. Son bilan politique et théorique est le suivant :

  • la question syndicale : les syndicats comme étant définitivement intégrés à l’« Etat bourgeois » et, par conséquent, ne pouvant plus être un instrument du prolétariat ;
  • La question nationale : les luttes de libération nationales ne sont plus des luttes « progressistes » et sont au contraire un moment de l’affrontement entre le bloc de l’Est et de l’Ouest ;
  • La nature capitaliste de l'URSS, ce qui la distingue des trotskystes pour qui il s'agit d'un « Etat ouvrier dégénéré » ;
  • la question de la « décadence du capitalisme » ;
  • La question des mesures de la période de transition du capitalisme au communisme.

La guerre froide[modifier | modifier le code]

La transformation révolutionnaire attendue de la « guerre impérialiste » en guerre civile n'ayant pas eu lieu et considérant que la guerre de Corée (1950-1953) n'était que le prélude de la 3e guerre mondiale, il décide, ainsi que d'autres militants, de quitter l'Europe. Il émigrera en 1952 au Venezuela, où nous le retrouvons en 1965 animant, sous le nom de « Marco », un groupe, Internacionalismo, de jeunes camarades dont RV [Quoi ?].

Fin mai 1968, après avoir pris en compte le changement de la situation politique générale, affirmé que la « contre révolution » était terminée et que l’on s’orientait vers une reprise de la lutte des classes, il revient en France. Dès lors il va s’atteler pendant plus de 20 ans, de 1968 à sa mort en 1990, à regrouper les énergies révolutionnaires. Il participe à la création de Révolution Internationale en 1968 sur les bases des positions de la GCF énoncées ci-dessus, puis du Courant Communiste International (CCI) en 1975.

Planète sans visa[modifier | modifier le code]

Chirik a conservé toute sa vie une grande amitié et complicité avec l'écrivain Jean Malaquais (de son vrai nom Vladimir Malacki). Si l’on veut avoir une certaine idée de la passion de la discussion politique de Marc Chirik, il faut lire dans Planète sans visa[3] la discussion très bien décrite par Jean Malaquais, entre Laverne (nom de guerre modifié de Marc dans les années 1920-30) et le patron du « Croque-fruit » qui se déroulait durant des nuits et des nuits. Il a réussi à tellement bien le brosser avec toutes ses habitudes ou tics qu’on a l’impression de se trouver face à Marc Chirik.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En politique, c’était son pseudo dans l’entre-deux-guerres. Il devient Marc Laverne dans le roman de Jean Malaquais Planète sans visa.
  2. Aucun rapport avec Romain Goupil
  3. Roman aux éditions Phébus, Paris, 1999 (réédition). À partir de ce roman, une pièce de théâtre a été montée dans laquelle Marc Chirik était le personnage principal.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Rabaut, Tout est possible ! Les "Gauchistes" Français 1929-1944, Denoël, Paris, 1974
  • Pierre Hempel, Marc Laverne - Tomes I et II, Paris
  • Michel Olivier, La Ligue Communiste et la Fraction de Gauche (Treint-Marc) 1930-1932, Paris, 2005
  • Michel Olivier, La Gauche communiste de France, brochure éditée par le Courant communiste international, Paris, 2001
  • Henry Chazé, Union Communiste 1933-1939, préface à Chronique de la Révolution Espagnole, éditions Spartacus, 1979
  • Aurélien Durr, Albert Treint: Itinéraire politique (1914-1939), Thèse de doctorat d'histoire contemporaine, sous la direction de M. Jacques Girault, Paris 13, 2006, 804 p.
  • Michel Roger, L'enfer continue, Ni patrie ni frontières, Paris, 2013, 322 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]