Lois hittites

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Les lois hittites sont un groupe de recueils de plus de 200 sentences de justice (ou articles) compilées sur plusieurs tablettes d'argile retrouvées en 1906-1907 à Hattusa, l'ancienne capitale du royaume des Hittites. La plus ancienne compilation date des alentours de 1500 av. J.-C., et les plus récentes modifications peuvent dater de 1200 av. J.-C., donc des derniers temps du royaume.

Organisation et développement[modifier | modifier le code]

Les lois hittites sont connues par plusieurs fragments qui ont fait l'objet d'une première édition moderne par Bedřich Hrozný en 1922, qui constituaient à l'origine deux tablettes cunéiformes de plus de 100 sentences chacune, nommées chacune par leur incipit : « Si un homme » (articles 1 à 100) et « Si un vignoble » (articles 101 à 200). Une troisième tablette aujourd'hui disparue a pu exister. Ces tablettes sont divisées en sortes de paragraphes qui ont été considérés par les chercheurs modernes comme des sentences ou articles, même s'il arrive que certains d'entre eux en regroupent en fait deux ou trois. Il n'y avait sans doute pas de division rigide du texte dans l'Antiquité. Comme pour les autres recueils juridiques du Proche-Orient ancien (dont le plus fameux est le Code de Hammurabi), le terme de « loi » n'est pas forcément à entendre au sens moderne du terme ; en l'absence de textes de la pratique juridique en pays hittite, on ne sait pas dans quelle mesure elles étaient effectivement appliquées. Comme pour les textes juridiques mésopotamiens, les articles des Lois hittites sont présentés sous une forme casuistique : une première partie (protase) introduite par la proposition « si » (takku en hittite, TUKUMBI en sumérien et ŠUMMA en akkadien) qui énonce le problème ; et une seconde partie (apodose) qui apporte sa résolution. Cette forme est celle des textes techniques, faisant des recueils juridiques des sortes de manuels techniques à destination des juges.

Le corpus des lois hittites est composite, révélant plusieurs phases de rédaction, quatre selon l'étude de Victor Korosec qui repose avant tout sur les peines prescrites :

  • une couche plus ancienne dans laquelle les sanctions sont plus dures (nombreux châtiments corporels, peines de morts, amendes lourdes) ;
  • une deuxième couche dans laquelle les peines sont souvent des offrandes expiatoires ;
  • une troisième phase qui privilégie les peines pécuniaires (amendes en argent) ;
  • enfin une quatrième phase qui adoucit le droit plus ancien en procédant à une refonte des anciennes dispositions ; elle date sans doute sous le règne de Télipinu (c. 1525-1495 av. J.-C.), qui voit peut-être la première compilation des articles pour former la version la plus ancienne des Lois hittites ;
  • on peut y ajouter une cinquième phase, la « version parallèle » du texte KbO IV 4, qui procède à d'autres refontes à l'époque du Nouvel Empire ( fin du XIIIe siècle av. J.-C.).

Les lois hittites les plus anciennes remontent donc sans doute aux débuts du royaume hittite (XVIIe siècle av. J.-C.), comme le révèle le fait que plusieurs d'entre elles évoquent l'existence de règles en fonction des différentes régions, comme le Pala, qui semble soumises à des règles spéciales, mais n'apparaissent plus dans les textes de l'époque moyenne et récente de l'histoire hittite. L'effort de compilation et le remaniement du texte concerne avant tout la période du Nouvel Empire. L'absence de tradition législative associée à un roi, en dehors du cas de Télipinu, empêche de savoir à qui on peut attribuer l'initiative de ce recueil de loi, en admettant qu'il faille l'attribuer à un monarque. En effet, les Lois hittites ne sont pas un « Code » comme celui de Hammurabi ou d'Ur-Nammu, qui disposent d'une introduction (et parfois d'un épilogue) sous la forme d'une inscription royale glorifiant le souverain ayant édicté ce recueil, et elles ne sont donc pas rattachables à une volonté de glorification royale.

Thèmes traités[modifier | modifier le code]

Les lois hittites, comme les autres recueils juridiques du Proche-Orient ancien, n'embrassent pas l'ensemble des thèmes juridiques, loin s'en faut. Elles s'intéressent à certains sujets importants, en particulier le droit pénal, les litiges agricoles et les cas d'impureté rituelle. Une logique d'organisation a pu être dégagée, surtout pour la première tablette, moins pour la seconde, qui comporte des lacunes. Si on suit le découpage proposé par R. Haase, on a :

  • Tablette 1 (« Si un homme »)
    • Homicide (§ 1–6)
    • Coupes et blessures (§ 7–18)
    • Enlèvement (§ 19–21)
    • Esclaves fugitifs (§ 22–24)
    • Contamination de vaisselle (?) (§ 25)
    • Famille (§ 26–36)
    • Meurtre justifié (§ 37, 38)
    • Service féodal et tenures (§ 39–42)
    • Mort accidentelle (§ 43–44b)
    • Perte de propriété (§ 45, 71)
    • Service féodal et tenures (§ 46–56)
    • Litiges sur les animaux domestiques (§ 57–92)
    • Brigandage (§ 93–97)
    • Incendies volontaires (§ 98–100)
  • Tablette 2 (« Si une vigne »)
    • Litiges liées à des cultures (§ 101–9)
    • Vol de produits en argile (?) (§ 110)
    • Sorcellerie (§ 111)
    • Récompenses pour prisonniers de guerre (?) (§ 112)
    • Dommage dans des vignes (§ 113)
    • (brèche dans la tablette)
    • Vol (§ 119–143)
    • Vente (§ 144–149)
    • Salaires (§ 150–161)
    • Irrigation (§ 162)
    • Négligence liée à un acte rituel (§ 163)
    • Loi sacrée (§ 164–170)
    • Divers (§ 171–178a)
    • Prix (§ 178b–188)
    • Délits sexuels (§ 188–200a)
    • Apprentissage (§ 200b)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I. Fontanille, « Les lois hittites : traduction, commentaire », dans Ktèma 12, 1987, p. 209-256
  • (en) M. Roth, Law Collections from Mesopotamia and Asia Minor, Atlanta,‎ 1997, p. 213-240 (traduction de H. A. Hoffner Jr.)
  • (en) H. A. Hoffner Jr., The Laws of the Hittites: A Critical Edition, Leyde, New York et Cologne,‎ 1997
  • M.-J. Seux, Lois de l'Ancien Orient, Paris,‎ 1986
  • (en) R. Haase, « The Hittite Kingdom », dans R. Westbrook (dir.), A History of Ancient Near Eastern Law, vol. 1, Leyde,‎ 2003, p. 621-656