Ahhiyawa

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L'Ahhiyawa (forme ancienne Ahhiya) est un royaume qui apparaît avant tout dans les archives du royaume hittite dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. Le débat autour de sa localisation, dû au fait que l'on peut y voir une mention des Achéens, est encore loin d'être clos, d'autant que dans l'Antiquité les homonymies étaient fréquentes, un même nom pouvant désigner plusieurs peuples et contrées (on a par exemple plusieurs Ibéries Page d'aide sur l'homonymie|Hibernies Page d'aide sur l'homonymie) .

Ahhiyawa = Achéens ?[modifier | modifier le code]

Dès la traduction dans un texte hittite du mot Ahhiyawa, désignant un royaume situé vers l’Anatolie occidentale ou la mer Égée, de nombreux spécialistes des civilisations anatoliennes ont rapproché ce mot de ceux d’Achaiwia et d’Achaia, désignant les Achéens, le peuple de la Grèce du IIe millénaire av. J.‑C.. Cette découverte a donc été vue comme la preuve de l’existence du royaume mycénien mentionné dans les textes d’Homère. L’hypothèse Ahhiyawa = Achéens a cependant vite été contestée par le fait que ce royaume apparut à d’autres comme étant plutôt situé en Thrace, à Rhodes ou à Chypre, mais surtout en Asie mineure du sud-ouest : selon ces contestations, rien dans l’archéologie ne démontre des contacts entre la civilisation mycénienne et celles des Hittites, ni que les Mycéniens aient constitué des États suffisamment puissants pour étendre leur influence jusqu’en Anatolie. Ceux qui voyaient dans les Ahhiyawa les Achéens, ne sont eux-mêmes pas tous d’accord entre eux sur la localisation de ce royaume : en Asie Mineure, ou bien en Grèce continentale ? Un argument de plus en faveur de l’identité Ahhiyawa/Achéens réside dans le fait que l’on trouve dans les textes hittites une ville nommée Millawanda, qui est très proche politiquement des Ahhiyawa. Or beaucoup veulent voir dans cette ville Milet (Miletos), dont les fouilles archéologiques ont justement révélé des liens très forts avec la civilisation mycénienne.

Le débat est toujours ouvert à l’heure actuelle, un certain nombre des spécialistes des Mycéniens contestant toujours le fait que les Ahhiyawa sont bien les Achéens, alors qu’à l’opposé une part notable des spécialistes de l’Anatolie hittite le croient. Il n’en reste pas moins que si les Ahhiyawa ne sont pas les Achéens, cela implique l’existence dans la région égéenne (et dans le sud-ouest de l’Anatolie) de deux peuples portant un nom semblable mais cependant différent, l’un attesté uniquement par l'archéologie et la tradition homérique, et l’autre attesté uniquement par les textes hittites de l’époque. Les sources disponibles ne permettent toujours pas de trancher ce débat.

Les Ahhiyawa dans les textes hittites[modifier | modifier le code]

La première mention de ce pays remonte au règne du roi hittite Tudhaliya Ier (c. 1465-1430 av. J.-C.). Un personnage nommé Attarsiya est appelé « l'homme d'Ahhiya » (sans doute un roi ou un personnage important). Il affronte le vassal hittite Madduwatta avant de finalement s'allier avec lui, sans doute contre les Hittites. Quelques décennies plus tard, vers -1322, c'est Mursili II (c. 1340-1310 av. J.-C.) qui a maille à partir avec un « roi d'Ahhiyawa » qui s'allie à l'Arzawa et à Millawanda contre lui. La coalition est défaite, mais le pays d'Ahhiyawa n'est pas mentionné dans les territoires soumis, contrairement à ses deux alliés. Au contraire, c'est le roi d'Arzawa Uhha-Ziti qui se réfugie chez le roi des Ahhiyawa, avant que celui-ci ne l'extrade chez les Hittites sous la pression de Mursili. Il semble donc que ce royaume soit hors de portée des Hittites, ce qui constitue un argument important pour le situer dans la mer Égée, ou bien en Grèce continentale. Muwatalli, le fils de Mursili II, a quant à lui affaire à Piyamaradu, un noble hittite renégat qui sème le trouble en Anatolie occidentale et s'allie au roi des Ahhiyawa. Mais les deux royaumes ne sont pas pour autant en conflit, et leurs relations restent cordiales.

Le royaume d'Ahhiyawa paraît connaître son apogée durant le règne du frère de Muwatalli, Hattushili III (c. 1265-1250 av. J.-C.). On possède une copie d'une lettre adressée par ce roi au roi d'Ahhiyawa, dans lequel il parle à son homologue en tant que « frère », signe qu'il le considère comme son égal, au même titre que les rois d'Égypte, d'Assyrie ou de Babylone. Mais cela n'est sans doute dû qu'aux circonstances, Hattushili cherchant à ménager son homologue, dont le frère, nommé Tawagalawa, aide Piyamaradu à semer le trouble chez les vassaux hittites de l'Anatolie occidentale. Cela peut être une manœuvre remontant jusqu'au roi d'Ahhiyawa, désireux d'affaiblir le roi hittite, alors qu'il étend son influence jusqu'à Millawanda, ancien vassal du Hatti qui passe pour son allié. Tudhaliya IV (c.1250-1210 av. J.-C.) réussit néanmoins à bousculer l'Ahhiyawa, et il retourne le roi de Millawanda de son côté. Dans un traité contemporain, le nom du roi des Ahhiyawa, mentionné dans un premier temps comme l'égal du roi hittite, est effacé comme si on cherchait à le déclasser. Ceci traduirait une perte d'influence de sa part, et donc un affaiblissement de son royaume.

Après cette dernière intrusion des Ahhiyawa dans les affaires hittites, plus rien dans les sources de ce pays ne mentionne ce peuple et son royaume, les royaumes hittites s'effondrant quelques années plus tard. À l'extérieur, on trouve un toponyme sensiblement similaire, Akaiwaya, dans les archives en linéaire B retrouvées à Cnossos en Crète. Les textes du pharaon Mérenptah parlant des Peuples de la mer mentionnent des Eqwesh, souvent identifiés comme les Achéens (Akaiwasha), ce qui montrerait que ce peuple soit encore actif à cette époque. Mais l'identification des Eqwesh avec les Achéens n'est elle-même pas assurée.

Les Ahhiyawa après les Hittites[modifier | modifier le code]

La Bilingue royale louvito-phénicienne de Çineköy atteste de la survivance de ce peuple jusqu'au VIIIe siècle av. J.-C., il est identifié aux villes de Mopsueste et d'Adana, au personnage de la mythologie grecque Mopsos et au royaume de Qué[1],[2]. À cette époque son roi Awarikas (nommé Urikki en phénicien) est menacé par le roi de Phrygie Midas et doit faire appel aux Assyriens, reconnaissant dès lors leur suzeraineté.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF](en)Giovanni B. Lanfranchi: A happy son of the king of Assyria: Warikas and the Çineköy Bilingual (Cilicia).
  2. Tekoglu Recai, « La bilingue royale louvito-phénicienne de Çineköy », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 144, no 3,‎ 2000, p. 9621-1007 (lien DOI?, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) T. Bryce, The Kingdom of the Hittites, Oxford, 2005
  • J. Freu, Hittites et Achéens : données nouvelles concernant le pays d'Ahhiyawa, Nice, 1990
  • (en) G. Steiner, « The Case of Wiluša and Ahhiyawa », dans Bibliotheca Orientalis 64, 2007, p. 590-611
  • R. Treuil, P. Darcque, J.-C. Poursat et G. Touchais, Les Civilisations égéennes du Néolithique et de l'Âge du Bronze, Paris, 2008