Légende noire espagnole

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Illustration de Théodore de Bry (1528 – 1598) inspirée d'un passage de la Brevísima de Bartolomé de las Casas, décrivant des massacres supposés d'enfants amérindiens par les Espagnols.

On appelle légende noire espagnole une perception négative de l'histoire de l'Espagne, associant de façon manichéenne le pays avec l'intolérance, le fanatisme religieux et l'obscurantisme. Le terme fut introduit par Julián Juderías dans un livre paru en 1914, La leyenda negra y la verdad histórica (La légende noire et la vérité historique).

Historiographie[modifier | modifier le code]

Le terme et le concept de « légende noire » ont été appliqués à l'histoire d'Espagne et définis par Julián Juderías dans son ouvrage La Légende noire et la vérité historique publié pour la première fois en janvier-février 1914 dans cinq numéros de La Ilustración Española y Americana[1]. Ils s'appliquent surtout à une vision critique de l'Espagne du XVIIe siècle, particulièrement concernant la lutte contre le protestantisme en Europe menée par Philippe II[2], très diffusée chez certains historiens protestants[3].

L'expression est reprise par Rómulo D. Carbia dans son Historia de la Leyenda Negra hispanoamericana de 1943, en insistant davantage sur l'existence d'une légende noire en Amérique. Cette perception historique était en effet largement diffusée aux États-Unis durant le XIXe siècle, et fut notamment mise en avant au cours de la Guerre américano-mexicaine (1846) puis lors de la Guerre hispano-américaine de 1898, lorsque fut republiée la Brevísima relación de la destrucción de las Indias de Bartolomé de las Casas[3], qui dénonce sur un ton polémique et avec de nombreuses exagérations les méfaits commis par les colons espagnols lors de la conquête du Nouveau Monde[4],[5].

Dans l'historiographie contemporaine, de nombreux spécialistes de l'histoire d'Espagne, comme Bartolomé Bennassar[6], Jean-Pierre Dedieu ou Gérard Dufour[7] en France, utilisent le concept de légende noire pour désigner les exagérations propagées par certains des opposants de l'Inquisition ; leurs recherches remettent notamment en cause le nombre de ses victimes, à certaines époques en particulier, et la fréquence de son utilisation de la torture.

L'historiographie récente attribue également la brutale chute démographique de la population amérindienne davantage au choc bactériologique de l'échange colombien qu'aux violences perpétrées par les Espagnols durant la conquête et la colonisation de l'Amérique, et conteste la nature génocidaire des homicides et des mauvais traitements commis pendant l'empire espagnol[8].

Dans ces théories, l'expression « légende noire » vise à englober ce que ces auteurs considèrent comme une série de mensonges, de légendes, de manipulations et d'exagérations de vérités historiques sur l'histoire espagnole.

D'autres auteurs comme Alfredo Alvar, Ricardo García Carcel, Lourdes Mateo Bretos et Carmen Iglesias soutiennent toutefois qu'il n'existe pas de légende noire, et qu'il s'agit seulement d'une sorte de complexe négatif que les Espagnols ont eux-mêmes sur leur image à l'étranger[réf. souhaitée].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pérez 2009, Introduction.
  2. voir à ce sujet l'article Soulèvement des Pays-Bas espagnols
  3. a et b « Black legend » dans l'Encyclopædia Britannica.
  4. Nicole Giroud, Une mosaïque de Fr. Bartholomé de las Casas (1484-1566) : histoire de la réception dans l'histoire, la théologie, la société, l'art et la littérature, Éditions Universitaires de Fribourg Suisse, 2002, p.149 : « Les exagérations ».
  5. Consuelo Varela, introduction à la Brevísima, Castalia, Madrid, 1999, (ISBN 84-7039-833-4), pp. 34-46.
  6. Bennassar, dans L'Inquisition espagnole (chap. I, p. 15-16), indique qu'Henry-Charles Lea « n'éprouvait aucune sympathie pour le Saint-Office », mais que la conclusion de son History of the Inquisition in Spain (1906-1907), qui « reste, en dépit de [son ancienneté], l'ouvrage le plus documenté sur le sujet », est que « Llorente exagère énormément » (tome IV, livre IX, chapitre 2, p. 516-525). De même, Henry Kamen, dans The Spanish Inquisition: A Historical Revision, écrit : « Llorente came up with the incredible figures of 31,912 relaxations in person, 17,659 relaxations in effigy, and 291,450 penitents, a grand total of 341,021 victims. All the historical evidence has shown this greatly exaggerated figure to be without any foundation » (p. 280-281 de l'édition de 1965).
  7. Gérard Dufour, spécialiste reconnu de Llorente, écrit dans l'article Juan Antonio Llorente, de servidor a crítico de la Inquisición (Historia 16, no 83, 1983, (ISSN 0210-6353)) : « Lo que interesaba en la Historia crítica no era tanto lo que decía Llorente como lo que permitía decir contra los ultrarrealistas de otra sociedad secreta, muy temida por los liberales franceses: Congrégation. Creyendo hacer una obra histórica, Llorente había hecho obra política ».
  8. Frédéric Dorel, « La thèse du « génocide indien » : guerre de position entre science et mémoire », Amnis, n°6, 2006, mis en ligne le 01 juin 2006, consulté le 13 janvier 2015.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]