Ken Wilber

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Ken Wilber

Kenneth Earl Wilber Junior (né le 31 janvier 1949) est un écrivain et spiritualiste américain. A peu près inconnue en France, son œuvre couvre les domaines de la psychologie, de l'épistémologie, de l'histoire des idées, de la sociologie, de la mystique, de l'écologie et de l'évolution. Elle a pour projet de formuler ce que Wilber dénomme une « théorie intégrale de la conscience » et fait de son auteur un des chefs de file de ce qu'on appelle, dans les pays anglo-saxons, la « théorie intégrale ». Il a d'ailleurs fondé, au tournant du millénaire, l’Integral Institute (en).

Biographie[modifier | modifier le code]

Ken Wilber est né le 31 janvier 1949 à Oklahoma City. En 1967, alors qu’il venait de s’inscrire en médecine à Duke University[1], il dit avoir presque instantanément perdu ses illusions sur ce que la science pouvait offrir. Il s’intéressa alors à la littérature orientale, particulièrement au Tao Te Ching qui l’orienta ensuite vers le bouddhisme. Il quitta Duke, s’inscrivit à l'université du Nebraska, où il obtint une licence en chimie et en biologie.

En 1973, Wilber termina son premier livre Le spectre de la conscience (The spectrum of consciousness)[2] dans lequel il tentait d’unifier les connaissances de domaines spirituels très disparates. Après avoir été rejeté par plus de 20 éditeurs, son livre fut finalement accepté en 1977. En 1983, Wilber se marie à Terry (Treya) Killam qui fut rapidement diagnostiquée d’un cancer du sein. Pendant trois ans, Wilber se consacra à son épouse. Cette dernière mourut en janvier 1989. Leur expérience de ce périple commun est transcrit dans le livre Grâce et courage (1991).

Wilber a expliqué son passage en 1983 de la psychologie transpersonnelle à l'« approche intégrale » :

« J'ai cessé de me considérer comme un psychologue transpersonnel en 1983 (...) La psychologie transpersonnelle, pour son plus grand crédit, était la première école principale de la psychologie actuelle à prendre au sérieux la spiritualité (...) La psychologie intégrale est plus inclusive, puisqu'elle est fondamentalement tous quadrants, tous niveaux, toutes lignes, tous états, etc.[3] »

Évolution cosmique[modifier | modifier le code]

Wilber rejette la vision de l’Histoire de l’humanité qui ne prend pas en compte la notion d’évolution cosmique, ce qu’il considère comme une régression. Son adhésion au Bouddhisme lui fait percevoir la réalité ultime comme « non-duelle », une union du vide et de la forme, cette dernière étant sujette au changement dans le cours du temps. Les textes de Wilber sont une tentative de décrire cette évolution de la forme dans le temps, et comment les êtres vivants participent à cette évolution et finissent par réaliser leur véritable nature.

Les mystiques et les sages sont-ils fous ? Ils racontent tous à leur manière la même histoire, n’est-ce pas ? Cet éveil un beau matin qui vous fait découvrir que vous faites un avec toute chose, d’une façon éternelle et infinie. Alors, peut-être qu’ils sont fous, de divins idiots. Peut-être qu’ils ne sont que des idiots grommelant devant l’Abysse. Peut-être ont-ils besoin d’un bon thérapeute compréhensif. Je pense que ça pourrait les aider. Mais, je m’interroge. (...) Dites-moi, est-ce que cette histoire, chantée par les mystiques et les sages du monde entier est plus folle que celle du matérialisme scientifique racontée par un idiot, bruyant et furieux, et qui ne signifie rien du tout ? Écoutez attentivement, alors, et décidez laquelle de ces deux histoires est la plus insensée ? [4]

Holisme[modifier | modifier le code]

Les holons[modifier | modifier le code]

Un élément clé de la philosophie de Wilber est le holon, issu des travaux de Arthur Koestler[5]. Dans sa recherche de l’élément qui pourrait constituer la particule fondatrice de l’existence, il observe que toute entité, tout concept, partage une double nature : une totalité en lui-même et la partie d’un autre tout. Une cellule, par exemple, est une totalité et également une partie d'un organisme. (Mais « les holons individuels sont associés ou membres d'un holon social, et non pas des pièces subordonnées. »[6]) Une lettre de l’alphabet est une entité à part entière et en même temps la partie d’un mot. Toute chose, depuis les particules de matière en passant par l’énergie et jusqu’aux idées, peut être considérée sous cet angle, selon lui. De ce point de vue, toute chose est un holon[7].

Les holons sont caractérisés par une vingtaine de qualités, dont :

  1. « L’agence » (capacité à maintenir son identité propre)
  2. La « communion » (capacité à rester intégré dans des touts plus grands)
  3. L’autodissolution (décomposition en holons plus petits, moins « profonds »)
  4. L’autotranscendance (pulsion à réaliser des holons plus grands, plus « profonds »)

Ce sont les 4 « tractions » dont les holons sont sujets.

L'holarchie[modifier | modifier le code]

Les holons « transcendent » en formant des holons plus profonds, c’est-à-dire qu’ils présentent plus de niveaux d’organisation : les quarks forment les atomes qui forment les molécules qui forment les cellules qui forment les êtres vivants ... Le holon de l’étage supérieur intègre les holons inférieurs et leurs qualités. La notion d’évolution qui se dégage de ce schéma doit être comprise comme évolution dans le temps et l’espace, par sauts quantiques, et non dans le sens darwinien, bien que la survie du plus apte ne peut être exclue. Le darwinisme semble assez improbable à Wilber.

Il y a quatre types distincts d’holarchies, qui ont des correspondances, des interactions entre elles. En fait elles constituent un holon toutes ensemble. Selon son concept, tout holon présente ces quatre quadrants, étant lui-même une holarchie d’éléments plus petits.

Ce concept d'holarchie a pour Ken Wilber une validité dans le domaine politique. Au-delà des systèmes hiérarchiques où le sommet n'intègre pas les intérêts de la base et au-delà des systèmes démocratiques qui mettent sur le même plan ceux qui ont une mentalité essentiellement tribale avec ceux qui ont une mentalité universaliste voire ouverte aux intérêts liés à l'évolution cosmique. Mais cette vision qui selon eux unit harmonieusement l'évolution individuelle et le sens du collectif pourrait peu à peu permettre une réforme de la vie démocratique qui faute d'intégrer le fait de l'inégalité spirituelle piétine.

AQAL[modifier | modifier le code]

AQAL (all quadrants all levels) est un concept central dans l’œuvre récente de Wilber. Le sigle signifie « tous les quadrants, tous les niveaux », mais aussi « tous les états » ou « tous les types ».

Les 4 Quadrants[modifier | modifier le code]

Il s’agit des 4 catégories auxquelles peut être ramenée l’Existence, des 4 modalités selon lesquelles l'Esprit se déploie dans sa manifestation. Wilber y fait référence comme à l’architecture du Kosmos[8].

--------- tableau à 3 colonnes ---------

Intérieur

Extérieur

 

Quadrant 1 «Je»
Intérieur-Individuel
Intentionnel ou phénoménologique
Freud

Quadrant 2 «Cela»
Extérieur-Individuel
Comportemental ou psychologique
Skinner

Individuel

Quadrant 3 «Nous»
Intérieur-Collectif
Culturel
Gadamer

Quadrant 4 «Ceux-là»
Extérieur-Collectif
Social
Marx

Collectif

  • Quadrant 1 : Dimension subjective individuelle de la réalité.
  • Quadrant 2 : Dimension objective individuelle de la réalité.
  • Quadrant 3 : Dimension subjective collective de la réalité.
  • Quadrant 4 : Dimension objective collective de la réalité.

À ces 4 catégories de la réalité, correspondent des modes de connaissance et des critères de validité de la connaissance différents. Wilber soutient que la psychanalyse, la science comportementale, le Marxisme et l’herméneutique offrent des perspectives complémentaires plutôt qu’antagonistes. Il envisage que ces quatre orientations sont correctes si l’on veut rendre compte de l’existence humaine de façon complète.

L’approche de Wilber considère également que chaque niveau de l’activité mentale (l’inconscient, le rationnel et le mystique) sont complémentaires et légitimes, plutôt qu’en compétition.

Les 9 états, prérationnels, rationnels et transrationnels[modifier | modifier le code]

Wilber défend le point de vue que de nombreuses affirmations concernant les états de conscience non-rationnels sont erronées. Selon Wilber, ces états de conscience (qu’il appelle « prérationnels » ou « transrationnels ») sont souvent confondus. On peut confondre une réalisation spirituelle « transrationnelle » avec une régression « prérationnelle ». Wilber prétend que Freud et Jung ont commis cette erreur. Freud considérait que les états mystiques étaient des régressions à l’état infantile ou issus du sentiment océanique, et Jung, au contraire, aurait commis l’erreur inverse en jugeant que les mythes prérationnels était des réalisations divines[9]. Wilber dit de lui-même qu’il est tombé dans ce piège dans ses premiers ouvrages.

Dès son premier livre, The Spectrum of Consciousness (1977), Wilber a essayé d'énumérer et hiérarchiser les divers niveaux de conscience individuels, en intégrant les données de la psychologie occidentale (stades de Jean Piaget, besoins de Abraham Maslow) et celles de la sagesse orientale (bouddhisme, hindouisme védanta). Dans son quatorzième livre, Une brève histoire de tout (1996)[10], il admet un spectre de neuf "structures fondamentales de la conscience", neuf "stades de développement", allant du prérationnel (inconscient) au transrationnel (superconscient) :

  1. physico-sensoriel (stade prérationnel) : (avant : l'organisme physique) "la sensation et la perception" ; de 0 à 3 mois
  2. fantasmatique-émotionnel : "les impulsions et les images" ; de 1 à 6 mois
  3. mental-représentionnel : "les symboles et les concepts" ; de 6 mois à 2 ans
  4. mental règle/rôle : "règles concrètes" ; de 6 à 8 ans
  5. formel-réflexif : pensée abstraite ; de 11 à 15 ans
  6. logique-visionnaire : pensée visuelle ; 21 ans
  7. psychique (ici commencent "les stades plus élevés ou transpersonnels") : "mysticisme de la nature"
  8. subtil : "mysticisme du divin" ; 28 ans
  9. causal : "mysticisme sans forme" (et après "non duel" : "mysticisme non duel") ; 35 ans.

Au sujet de la science[modifier | modifier le code]

Wilber décrit les sciences dures comme des sciences étroites qui ne permettent des révélations qu’aux niveaux les plus grossiers de la conscience (les cinq sens et leurs extensions). Ce qu’il appelle les sciences larges inclurait les démonstrations combinées de la logique, des mathématiques, de la symbolique et de l’herméneutique ainsi que d’autres approches de la conscience. Une telle science devrait, à terme, inclure le témoignages des personnes pratiquant la méditation et autres pratiques spirituelles. Selon lui, cette « science large » fournirait une approche plus complète de la réalité que les traditions religieuses. Mais une approche intégrale qui évaluerait les affirmations religieuses et scientifiques combinées serait préférable à la science étroite pratiquée actuellement.

Amis et opposants de Wilber[modifier | modifier le code]

Les influences reçues et les amis de Wilber[modifier | modifier le code]

Wilber fait des louanges du maître Zen Genpo Roshi. Ses conceptions de l’évolution de l’humanité sont influencées par Aurobindo, Adi Da Samraj, Andrew Cohen, Jean Gebser, Erich Jantsch, Jean Piaget, Abraham Maslow, Erik Erikson, Lawrence Kohlberg, Howard Gardner, Clare Graves, Don Beck, Robert Kegan. Wilber collabore avec plusieurs enseignants spirituels contemporains comme Andrew Cohen, Lama Surya Das, Le Père Thomas Keating, Le Frère David Steindl-Rast, ainsi que Ronald H. Miller, qui soutient plus ou moins les théories de Wilber.

Les critiques à l'encontre de Wilber[modifier | modifier le code]

Son travail ne laisse cependant pas indifférent[11]. Il a reçu un certain nombre de critiques très techniques sur quelques aspects de ses interprétations sur les théories spirituelles qu’il mentionne dans ses ouvrages. Le philosophe Arvan Harvat et Georg Feuerstein ainsi que Jeff Meyerhoff sont de ceux-là.

Au sein même du mouvement intégral dont il est un leader, le travail de Ken Wilber a reçu des critiques de Steve MacIntosh, de Franck Visser[12] ou de lecteurs se réclamant de Sri Aurobindo, Mère et Satprem[13].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les livres de Ken Wilber traduits en français
  • Une théorie de tout: Une vision intégrale pour les affaires, la politique, la science et la spiritualité, trad. Kevin Dancelme, Éditions Almora, 2014, 360p.(ISBN 978-2-35118-178-2)
  • Grâce et courage. Spiritualité et guérison dans la vie et la mort de Treya Killam Wilber, traduction Kevin Dancelme, Éditions Almora, 2011, 508 p. (ISBN 978-2351180624)
  • Le livre de la Vision Intégrale. Relier épanouissement personnel et développement durable, Éditions Dunod, 2008, 230 p. (ISBN 978-2-10051-546-2) [1]
  • Une brève histoire de tout, Éditions de Mortagne, 1997, 452 p. (ISBN 2-89074-868-5)
  • Les trois yeux de la connaissance. La quête du nouveau paradigme, Éditions du Rocher, 1987, 331 p. (ISBN 2-26800-619-0) (science, psychologie, spiritualité)
  • Le paradigme holographique, Éditions du Jour, 1992, 441 p. (ISBN 2-89044-169-5)
Les livres à partir des théories de Wilber
  • Christian Arnsperger, Éthique de l'existence post-capitaliste: Pour un militantisme existentiel, Éditions du Cerf, 2009
  • Christian Arnsperger, Full-Spectrum Economics: Toward an inclusive and emancipatory social science, Éditions Routledge, 2010.
En anglais [2]
  • The Spectrum of Consciousness, 1977, (ISBN 0-83560-493-4). Écrit en 1973.
  • No Boundary: Eastern and Western Approaches to Personal Growth, 1979. Version expurgée de The Spectrum of Consciousness
  • The Atman Project: A Transpersonal View of Human Development, 1980
  • Up from Eden: A Transpersonal View of Human Evolution, 1981
  • The Holographic Paradigm and Other Paradoxes: Exploring the Leading Edge of Science, 1982. Recueil d'articles dans la revue ReVision
  • A Sociable God: A Brief Introduction to a Transcendental Sociology, 1983 et 2005 sous-titré Toward a New Understanding of Religion, (ISBN 0-87773-290-6)
  • Eye to Eye: The Quest for the New Paradigm, 1983, 2001. Recueil d'articles dans diverses revues.
  • Quantum Questions: Mystical Writings of the World's Great Physicists, 1984, 2000, (ISBN 0-39472-338-4). Recueil de fragments de physiciens célèbres sur les relations entre physique et mysticisme.
  • Transformations of Consciousness: Conventional and Contemplative Perspectives on Development (coauteurs : Jack Engler, Daniel Brown), 1986, (ISBN 0-87773-309-0). Recueil d'articles.
  • Spiritual Choices: The Problem of Recognizing Authentic Paths to Inner Transformation (coauteurs : Dick Anthony, Bruce Ecker), 1987
  • Grace and Grit: Spirituality and Healing in the Life of Treya Killam Wilber, 1991, 2000
  • Kosmos Trilogy, vol. I : Sex, Ecology, Spirituality: The Spirit of Evolution, 1995, 2001
  • A Brief History of Everything 1996, 2001. Version populaire de Sex, Ecology, Spirituality
  • The Eye of Spirit: An Integral Vision for a World Gone Slightly Mad 1997, 2001. Recueil d'articles dans la revue ReVision avec de nouveaux chapitres.
  • The Essential Ken Wilber: An Introductory Reader, 1998
  • The Marriage of Sense and Soul: Integrating Science and Religion 1998, 1999
  • One Taste: The Journals of Ken Wilber 1999, 2000
  • Integral Psychology: Consciousness, Spirit, Psychology, Therapy, 2000, (ISBN 1-57062-554-9).
  • A Theory of Everything: An Integral Vision for Business, Politics, Science and Spirituality, 2000, (ISBN 0-71713-163-7)
  • Speaking of Everything (Interview audio sur CD), 2001
  • Boomeritis: A Novel That Will Set You Free, 2002 et 2003
  • Kosmic Consciousness (12 heures d’interviews sur 10 CD), 2003
  • The Simple Feeling of Being: Visionary, Spiritual, and Poetic Writings, 2004
  • The Integral Operating System 2005
  • Integral Spirituality: A Startling New Role for Religion in the Modern and Postmodern World, 2006, (ISBN 1-59030-346-6)
  • The Integral Vision: A Very Short Introduction to the Revolutionary Integral Approach to Life, God, the Universe, and Everything, 2007
  • Kosmos Trilogy, vol. II : Kosmic Karma and Creativity. Extraits, 2011. [3]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Tony Schwartz, What Really Matters: Searching for Wisdom in America, Bantam, 1996, p348
  2. Ken Wilber: Le spectre de la conscience
  3. « Un entretien avec Ken Wilber », association Unisson.
  4. Ken Wilber, A Brief History of Everything, 42-3 (fr: Une brève histoire de tout).
  5. Arthur Koestler, Le cheval dans la locomotive (The Ghost in the Machine, 1967), trad., Calmann-Lévy, 1968.
  6. Ken Wilber : Mes détracteurs, l'Integral Institute, mes écrits récents et d'autres question d'intérêt limité
  7. Sex, Ecology, Spirituality (1995).
  8. Extrait C: The Ways We Are In This Together. Ken Wilber Online. Retrieved on December 26, 2005
  9. The Atman Project (1980).
  10. Une brève histoire de tout, trad. Marie-Andrée Dionne, p. 126, 176.
  11. Un blog francophone qui sur cette page propose de nombreux liens francophones et anglophones à propos de Ken Wilber et du mouvement intégral
  12. Ce site anglophone propose des critiques de Franck Visser et d'autres intégralistes,on trouvera des textes de Steve Macintosh
  13. Ce blog francophone critiquant Ken Wilber du point de vue de Sri Aurobindo, Mère et Satprem