Karol Modzelewski

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Karol Modzelewski

Karol MODZELEWSKI (né le 23 novembre 1937 à Moscou) est un historien, écrivain, dissident et homme politique polonais.

Son père Zygmunt MODZELEWSKI  (1900-1954) était un militant communiste, qui  vécut de 1923 à 1937 en France où il fut membre du comité central du parti communiste de 1924 à 1925, avant de résider à Moscou de 1937 à 1945, puis de devenir haut responsable du Parti Ouvrier Unifié Polonais, d’exercer les fonctions de ministre des affaires étrangères, de membre du Conseil d'État (présidence collective de la République).

Karol MODZELEWSKI fait ses études à l'université de Varsovie avant d'y enseigner l'Histoire. Il est exclu en 1964 du Parti Ouvrier Unifié Polonais. Il publie la même année une « lettre ouverte au parti » avec Jacek KURON, ce qui lui vaut d'être emprisonné pendant 3 ans. Il participe aux manifestations de mars 1968, et passe 3 ans et demi en prison.

Au cours des grèves de 1980 il propose le nom SOLIDARNOŚĆ pour une nouvelle organisation d'opposition. Il est de nouveau emprisonné pendant l'état de siège décrété par le général Wojciech Witold JARUZELSKI.

Karol MODZELEWSKI se fait donc connaître par son activité politique : il a été des premiers combats du mouvement ouvrier SOLIDARNOŚĆ. Pourtant la recherche historique l’a tout autant construit

Où donc Karol MODZELEWSKI, né à Moscou en 1937,  a donc appris à parler un Français aussi riche ? « J’avais vingt ans, confie-t-il, j’étais amoureux, elle était française ». Karol MODZELEWSKI parle Français et Russe, mais aussi Italien et bien sûr Polonais. À l’université de Varsovie, où il enseigne l’histoire médiévale, il est un des rares spécialistes à maîtriser les sources lombardes (Longobardes), et plus généralement germaniques, scandinaves et slaves. Cette connaissance des langues a permis qu’il devienne un des meilleurs spécialistes des barbares de l’Antiquité gréco-latine. Son dernier ouvrage, L’Europe des Barbares, édité en 2006 au Département Aubier des éditions Flammarion est une référence consacrée à ces peuples que les Grecs raillèrent en imitant leur bredouillement « bar-bar-bar » pour les nommer. Karol MODZELEWSKI a suivi leur trajectoire dès le 1er siècle avant notre ère.

La problématique qu’il soutient est que l’Europe ne repose pas uniquement sur l’héritage des civilisations grecque et romaine et moins encore sur la christianisation universaliste. En effet, d’où vient la pratique de la vendetta, la Cour d’assise, la tonte des femmes adultères, si ce n’est des coutumes barbares.

Il plaide pour une reconnaissance de la contribution de la Pologne dans l’Histoire européenne. Coupé de ces legs par la domination soviétique, la Pologne retrouve ses racines, que le communisme a tenté d’arracher sans toutefois jamais y parvenir tout à fait.

Fait remarquable, nulle tension ne transparaît dans la voix de Karol MODZELEWSKI alors même que celui-ci ait été, nous l’avons dit, à trois reprises incarcéré comme prisonniers politiques, pour une durée totale de presque neuf ans Il s’inscrit en cela dans une lignée d’hommes résilients. Ainsi, son père avant lui, Alexandre BOUDNEVITCH, élève de l'école militaire de l'armée soviétique, fut emprisonné à Moscou en 1937, au moment culminant des grandes purges, et en réchappa.

Quant à la mère du médiéviste, une femme russe passionnée de philologie romane, elle tomba sous le charme du communiste polonais Zygmunt MODZELEWSKI, qu’elle rejoignit dès 1945 avec le jeune Karol : il devint donc le père adoptif du jeune garçon à qui il donna son nom.

Zygmunt MODZELEWSKI était responsable du Parti communiste en Haute Silésie, avant de suivre les ouvriers polonais émigrés en France. Lorsque Staline décréta la dissolution du Parti communiste polonais, il fut appelé à Moscou, puis arrêté. Il séjourna deux ans dans les cachots de la Loubianka. Lorsqu’il fut libéré, il fallut le nourrir à la cuillère.

Encouragé par ce modèle de résilience, Karol MODZELEWSKI fit de l'engagement politique sa seconde nature. En Pologne, « le grand public me connaît plus comme dissident que comme médiéviste », remarque-t-il. Ses activités de politique et d'historien n'ont pas cessé d'évoluer en parallèle, l'une nourrissant l'autre tout au long de sa vie.

Par exemple, le Moyen âge : son étude offre un double avantage. D'abord, elle présente l’avantage de ne pas être surveillée par les commissaires idéologiques du régime. Ensuite, la société médiévale européenne trouve un écho particulier pour un Polonais vivant dans une société catholique, avec « un penchant communautaire très fort »

De son expérience polonaise vient peut-être aussi cette sensibilité au sort des barbares. À croire qu'il se sent un lien avec ceux que les Grecs et les Romains considéraient comme des sauvages. Dix-neuf siècles plus tard, les réflexes sont les mêmes. Que faire quand un discours officiel prévaut et blâme ceux qui parlent une autre langue ? « La révolution », déclare tranquillement Karol MODZELEWSKI.

Il a 19 ans en 1956. Encouragé par le rapport Nikita KHROUTCHEV, il est parmi les ouvriers qui occupent l'usine Zevan. C'est là qu'il connaît son premier « frisson insurrectionnel ».

Quelques mois plus tard, il s'inscrit au PC et adhère au courant révisionniste avec l'intention de continuer la révolution amorcée en 1956. Mais la normalisation dirigée par Wladyslaw GOMULKA rétablit l'ordre.

Pour avoir rédigé avec Jacek KURON, autre figure de la dissidence polonaise, un manifeste du révisionnisme radical, il est exclu du Parti, chassé de l'Université, puis arrêté avec Jacek Kuron en mars 1965. Suit, pour les deux hommes, un séjour de deux ans et demi en prison. Quand ils en sortent, c'est pour souffler sur les braises de l'agitation universitaire, au côté d'Adam MICHNIK. On est alors en 1968. La Pologne entière est en grève. Au loin résonne le Printemps de Prague.

Considéré comme un leader spirituel de la révolution, l'historien replonge pour trois ans et demi en prison. Son directeur de thèse, Aleksander GIESZTOR, plaide pour qu'il puisse continuer à écrire. Mais GOMULKA en personne s'y oppose.

Sa sortie de prison correspond au renversement de ce dernier par la révolte ouvrière en 1970 ; la nouvelle direction, celle d'Edward GIEREK, cherche un apaisement : Karol MODZELEWSKI reçoit un poste de maître-assistant à l'académie des sciences de Wroclaw. Sa thèse doctorale, qui porte sur l'organisation économique de l'État polonais au Moyen âge, ainsi que sa thèse d'habilitation, sur l'Italie lombarde, sont publiées. Cependant, la décision administrative qui le consacre professeur ne tombera qu'en... 1981, tant le régime se méfie de cet électron libre.

L'apaisement ne dure pas. Au début des années 1980, la grève enflamme à nouveau le pays. Les chantiers sont paralysés. D'immenses usines, comme à Gdansk, sont transformées en républiques indépendantes. Karol MODZELEWSKI devient un leader syndical. C'est lui qui, en septembre 1980, propose à la réunion des comités régionaux à Gdansk de former un syndicat national et de l'appeler « SOLIDARNOŚĆ ». Il en devient le porte-parole.

« C'était irrésistible, se souvient-il, et quelle foule ! » Mais la peur est là : reconnaître la liberté syndicale, c'est presque un suicide pour le régime communiste. Et si ce dernier s'effondre, c'est la porte ouverte à une intervention soviétique. Il faut donc trouver un compromis et parvenir à cohabiter.

Quinze mois plus tard, le général Wojciech Witold JARUZELSKI, alors Premier ministre, applique la loi martiale afin de couper l’herbe sous les pieds des soviétiques et éviter à la Pologne une occupation par les troupes russes.. SOLIDARNOŚĆ est dissous, et le médiéviste de nouveau emprisonné. Mais, cette fois, l'indignation dépasse les frontières. En France, une pétition menée par Jacques LE GOFF réclame la libération de ce confrère enfermé dans un camp d'internement sans aucune procédure.

De nouveau, Karol MODZELEWSKI doit sa survie à l'Histoire médiévale. Il parvient à écrire Les Paysans en Europe médiévale  qui sera publié en 1987, trois ans après l'amnistie qui le libérera enfin.

Les murs sont tombés. La démocratie a pris le pas sur la tyrannie. Les élections libres sont devenues une habitude polonaise. En 1989, Karol MODZELEWSKI a été élu sénateur à gauche, de 1989 à 1991. Mais, en 1991, il retourne vers le Moyen âge : « Faire la guerre a été une nécessité du moment. Faire de l'histoire, c'est pour l'historien la mission de sa vie », constate-t-il. Engagé à gauche, il soutient l'Union du travail, et a soutenu Włodzimierz CIMOSZEWSKI lors de l'élection présidentielle de 2005. Il est chevalier de l'Ordre de l'Aigle blanc. En 2014 il a obtenu le Prix Nike pour son autobiographie Zajeździmy kobyłę historii. Wyznania poobijanego jeźdźca

Bibliographie (en français)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]