Kanji Ishiwara

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ishiwara Kanji
Image illustrative de l'article Kanji Ishiwara

Naissance 18 janvier 1889
Shōnai, Yamagata, Drapeau du Japon Japon
Décès 18 août 1949 (à 60 ans)
Tokyo, Japon
Allégeance Empire du Japon
Arme War flag of the Imperial Japanese Army.svg Armée impériale japonaise
Grade Lieutenant-général
Années de service 1909 – 1945
Conflits Guerre sino-japonaise (1937-1945), Seconde Guerre mondiale
Autres fonctions Professeur, Université de Ritsumeikan

Ishiwara Kanji[1] (石原莞爾) (18 janvier 1889 - 18 aout 1949) est un officier de l’Armée impériale japonaise pendant l’ère Shôwa et un idéologue nationaliste connu pour sur sa théorie de « La guerre finale » opposant le Japon aux États-Unis pour la domination du monde.

C'est poussé par sa conviction que la guerre est inévitable entre le Japon et les États-Unis, qu'Ishiwara organise en 1931, avec Itagaki Seijirô, l’incident de Moukden (ou incident de Mandchourie), de l’invasion de la Mandchourie et la création du Mandchoukouo. Ces évènements créent les conditions de la Guerre sino-japonaise et de la guerre du Pacifique. Cependant en 1941, six mois après Pearl Harbour, en raison de son opposition publique au général Tôjô Hideki et de ses critiques constantes à l'égard de la stratégie suivie par l'Armée impériale - il est partisan de la paix avec la Chine et de faire alliance avec l Allemagne en vue d'attaquer l'URSS - Ishiwara est limogé. Après la capitulation japonaise en septembre 1945, malgré le rôle de premier dans la marche vers la guerre et la militarisation du Japon, il n'est pas inculpé en tant que criminel au procès de Tokyo mais seulement appelé à témoigner à la barre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Ishiwara Kanji est né à Tsuruoka (ancien domaine de shônai), dans la préfecture de Yamagata. Ishiwara descend d'une famille de samouraïs. Son grand-père Shigemichi occupait un rang relativement élevé dans le clan de Shônai dont il fut à la fois collecteur d'impôt, maitre d'armes et maitre en études confucéennes. Shigemichi meurt à la fin de la guerre de Boshin. Le clan de Shonai fait partie des vaincus. Son père Ishiwara Keisuke intègre la police en 1883 et termine sa carrière chef du commissariat de police de Hannô (pref. de Saitama). Sa mère Kanei descend également de samouraïs de Shônai. L'état civil d'Ishiwara Kanji mentionne le 18 janvier comme date de naissance. Keisuke et Kanei avaient donné naissance à six garçons et quatre filles, mais le premier des fils, Izumi, meurt à l’âge de deux mois et le second, Keiji, meurt à l’âge de deux semaines. Kanji est donc de fait l’aîné de la fratrie. Le quatrième fils, Shirô, intègre la Marine impériale. Le cinquième fils, Saburô, meurt à l’âge d'un an. Le dernier fils, Rokurô, est resté célibataire et a consacré sa vie à entretenir la mémoire de son frère en conservant ses lettres, journaux, livres, films et photographies. Rôkuro meurt en 1986. Ces documents sont aujourd'hui à la bibliothèque municipale de Tsuruoka.

Au gré des mutations du père, la famille Ishiwara déménage souvent. Enfant violent mais intelligent, Kanji est un excellent élève de primaire mais de santé fragile. Les archives médicales de l’hôpital de l’université impériale de Tôhoku rapportent qu’il a dû être vacciné à plusieurs reprises contre la rougeole. Enfant, il aime jouer à la guerre avec ses camarades et rêve déjà de devenir général.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

En 1902, il est reçu à l’examen d’entrée de l’école préparatoire militaire de Sendai. Parmi sa promotion de 51 élèves, il obtient les meilleurs résultats. Il excelle particulièrement dans des disciplines telles que l’allemand, les mathématiques et l’écriture ; la gymnastique et les cours d’escrime (Ken-justsu) ne sont pas son fort.

En 1905, Ishiwara Kanji entre au collège militaire central de Tokyo, où il reçoit notamment des cours d’instruction générale, de maniement des armes et d’équitation. En plus de ses études, il lit des ouvrages sur l’histoire de la guerre et la philosophie. À cette époque, il commence également à lire les ouvrages de Tanaka Chigaku sur le Soutra du Lotus. Comme il réside à Tôkyô, il visite les demeures du général Nôgi Maresuke et de Ôguma Shigenobu.

En 1907, il devient cadet à l’Académie de l'armée impériale japonaise de Kyôtô, où il passe son temps à étudier seul comme en cours les sciences militaires, à lire des ouvrages de philosophie et de sociologie ainsi qu'à rendre visite à des notables les jours de congé. En 1909, sur les 350 élèves de sa section, il obtient le troisième résultat mais est rétrogradé au sixième rang pour moqueries et insubordination envers son supérieur.

Diplômé de l’Académie militaire, il intègre l’Armée impériale en tant qu’instructeur. À cette époque, il étudie et écrit des articles pour des revues militaires en réponse à des problèmes tactiques qui y sont posés. Il s’intéresse aussi à la philosophie et à l’Histoire. Il est affecté au 65e régiment d’infanterie de Wakamatsu et part en Corée, annexée en 1910 par le Japon, en garnison à Chuncheon puis à Séoul. Initié à l’idéologie du panasiatisme par Minami Shirô, il se réjouit de la victoire de Sun-Yat-Sen en 1911 et s’écrie devant ses subordonnés « Vive la Révolution chinoise ! »

Sur ordre de son chef de régiment, Ishiwara se voit contraint de passer les examens d’entrée à la Haute École de l’Armée impériale à Akasaka (l'équivalent japonais de l'académie militaire américaine de West-Point). Désireux d’accéder à un poste de commandement mais peu enclin à passer les examens d’entrée, il met peu d’ardeur dans la préparation de ceux-ci, mais réussit malgré tout. Il reçoit des enseignements de stratégie et d’histoire militaire. Bon autodidacte, il n’a pas de difficultés à faire ses devoirs et il complète son temps libre en étudiant la philosophie et la religion. Ses aptitudes en tactique sont élevées et il lui arrive même d’avoir le dernier mot sur ses instructeurs. En 1918, Ishiwara Kanji termine vice-major de sa promotion de soixante élèves (derrière le futur général Suzuki Yorimichi) après avoir présenté un mémoire sur la bataille de Hokuetsu.

Attaché militaire à l'étranger[modifier | modifier le code]

Ishiwara Kanji part faire des études en Allemagne de 1922 à 1925, où lit avec avidité les biographies de Napoléon et Frédéric le Grand, et étudie les sciences militaires auprès d’anciens officiers allemands. Il s’adonne également à la photographie. À son retour au Japon, il a acquis une très grande culture militaire.

C’est également durant cette période qu'Ishiwara se convertit au nichirénisme, organisé sous la houlette de l’érudit bouddhiste Tanaka Chigaku et de sa « Société du Pilier national ». Le nichirenisme de Tanaka Chigaku est alors empreint de nationalisme. Selon Nichiren, un ultime conflit devait précéder un âge d’or dans lequel le bouddhisme illuminerait un monde dont le Japon serait le centre. Ishiwara pense alors que le conflit à venir contre la Chine correspond à cette ultime bataille avant l’avènement du bouddhisme-nichiren.

Invasion de la Mandchourie[modifier | modifier le code]

En 1928, Ishiwara rejoint l’armée du Guandong comme officier d’état-major. Ayant à l’esprit sa « doctrine de la guerre ultime », il élabore le projet d’invasion de la Mandchourie. Il prépare en juin, avec le colonel Itagaki Seijirô, l’incident de Moukden du 18 septembre 1931 préparatoire à l’invasion de la Mandchourie, territoire trois fois plus grand que le Japon, avec seulement onze mille hommes face aux deux cent trente mille hommes de Zhang Zueliang dont l’armée est trop faible pour rivaliser face aux Japonais. Sans informer l’état-major de l’armée du Guandong ni l’état-major de l’Armée impériale à Tokyo, Ishiwara ordonne à ses unités de s’emparer des villes de Mandchourie. Son action rapide prend de court les politiciens japonais et attire les foudres de la communauté internationale à l’encontre du Japon. Après l’invasion, la politique japonaise vis-à-vis de la Mandchourie passe rapidement d’une politique d’occupation vers une politique encourageant l’indépendance de la région (en réalité État fantoche) mise en valeur par les slogans « Roi vertueux pays heureux » et « coopération des cinq peuples » (japonais ; chinois ; coréens ; mandchous et mongols). Selon l’idéal d'Ishiwara, adepte du panasiatisme, l’État du Mandchoukouo devait devenir une sorte d’« États-Unis » de l’Orient, enfanté par la Chine et le Japon dont les Japonais eux-mêmes devraient acquérir la nationalité, constituant ainsi la première étape dans la préparation d’un combat décisif nippo-américain, conflit final.

Quant à son initiative impromptue, Ishiwara pensait qu’il serait disgracié voire exécuté pour insubordination. Or, ses faits d’armes lui apportent l’inverse puisqu’il est adulé par les officiers d’extrême-droite et les milieux nationalistes pour son initiative. Après coup, il retourne à Sendai où il se voit confier la tête du 4e régiment d’infanterie.

Incident du 26 février[modifier | modifier le code]

En 1935, Ishiwara Kanji est promu chef d’opérations à l’état-major de l’Armée impériale à Tokyo ce qui lui offre une bonne position pour imposer ses vues quant au futur du Japon. Favorable à la « Restauration de Shôwa » prônée par le philosophe d’extrême droite Kita Ikki, il envisage la création d’un parti unique de « défense nationale » mettant en œuvre une économie planifiée et où les politiciens véreux seraient chassés du pouvoir. Pourtant, au moment de l’incident du 26 février 1936, un groupe de jeunes officiers d’extrême-droite (Kôdô-ha) tentent de s’emparer du pouvoir en capturant tous les lieux stratégiques du pouvoir. Les personnes voulant se rendre dans leurs bureaux sont questionnées sur leur appartenance à la faction militaire d’extrême-droite (Kôdô-ha) ou conservatrice (Seidô-ha). Pour pouvoir se rendre à son bureau, Ishiwara répondit qu’il appartenait à la « faction mandchoue » mais il fut menacé d’un révolver par son propre subordonné, Andô Teruzô, à qui il répond alors « Ne te sers pas de l’arme de Sa Majesté si tu veux me tuer, fais-le de tes propres mains », puis il est à nouveau menacé sans conséquences graves par Kurihara Yasuhide. Contrairement à ce que pensaient les rebelles, Ishiwara ne rejoint pas le coup d’État et appelle à l’instauration d’une cour martiale pour juger les rebelles. Il se retrouve à sa tête.

Disgrâce et retrait de l'armée[modifier | modifier le code]

En 1937, au moment où éclate la guerre sino-japonaise, Ishiwara est promu chef d’opérations aux quartiers généraux de l’Armée impériale. À ce moment, l’état-major de l’Armée impériale est hostile à un élargissement des fronts, et Ishiwara, qui souhaite un renforcement des troupes au Mandchoukouo en vue d’une guerre contre l’Union soviétique tolère difficilement de voir hommes et matériel absorbés dans la guerre contre la Chine. En tant que responsable des opérations du front en Mongolie, Ishiwara tente de convaincre sa hiérarchie mais reste coi devant les moqueries du général Mutô Akira, chef des opérations en Chine : « Général Ishiwara, nous nous sommes habitués à votre façon d’agir depuis la Mandchourie. » Prévoyant un enlisement de la guerre, il réclame l’arrêt de l’expansion du front et participe à la médiation du Trautmann mais, étant en désaccord avec les chefs d’état-major de l’armée du Guandong comme Tôjô Hideki, Ishiwara est rétrogradé de son poste de chef d’opérations dans l’état-major de l’armée à vice-chef d’état-major de l’armée du Guandong au mois de septembre 1937.

Le mois suivant, il prend ses fonctions à Changchun, capitale du Mandchoukouo. Vers le printemps 1938, ses désaccords avec Tôjô Hideki sur la conduite de la guerre se font plus profonds et l’inimitié entre Ishiwara et Tôjô devient plus prononcée. En effet, Ishiwara réalise que ses collègues de l’armée du Guandong n’ont pas l’intention de faire du Mandchoukouo un État indépendant administré par les Mandchous eux-mêmes et qui serait le centre du panasiatisme dont il rêve, mais de l’administrer comme une simple colonie. Ishiwara médit sur Tôjô qu’il surnomme « le caporal Tôjô ». Ishiwara ne se prive pas de critiquer les commandants de l’armée du Guandong. Il va jusqu’à proposer une réduction de salaire des officiers. Devenu gênant pour sa hiérarchie, Ishiwara est révoqué de l’état-major de l’armée du Guandong et en 1939, promu général de division. On lui confie le commandement de la 16e division d’infanterie à Kyôtô. Cependant, il est mis en réserve en mars 1941. Ishiwara se consacre alors à l’écriture, il donne également des conférences où il milite en faveur du panasiatisme et contre l’invasion de la Chine.

Professeur à l'Université de Ritsumeikan[modifier | modifier le code]

En avril 1941, Ishiwara reçoit une proposition de poste à l’université de Ritsumeikan (Kyôto) sur l’invitation du président Nakagawa Kojûrô qui vient alors d’introduire une chaire sur la défense nationale. Ishiwara, estimant que les connaissances militaires du Japon sont faibles comparées à l’Occident, pense que des cours de sciences militaires sont nécessaires à l’université. Il accepte la chaire. Il se dit également qu’il pourrait avoir une influence sur le ministère de l’Éducation. D’après le syllabus de l’Université de Ritsumeikan de 1941, la création d’un cours de défense nationale fait suite à l’abandon de l’idée que les questions de défense sont une chose réservée aux militaires et qu’il est impératif que les civils acquièrent des connaissances en la matière. Ishiwara donne des cours une ou deux fois par semaine et enseigne également l’équitation. Il consacre son temps libre à la lecture.

Cependant, étant sous la surveillance de son meilleur ennemi politique, le général Tôjô, il arrive parfois qu’assistent à ses cours des membres de la Kempeitai afin d’en contrôler le contenu. Comme la pression devient trop forte, il doit quitter son poste. Il quitte Kyoto en 1942 pour revenir dans son village natal, où il reste jusqu’à la fin de la guerre. Il écrit un ouvrage « La défense et la politique ». Il étudie également l’agriculture.

Critique de la politique japonaise[modifier | modifier le code]

Concernant la guerre du Pacifique, Ishiwara est résolument contre l’idée de faire la guerre pour du pétrole et est favorable à un accord entre les États-Unis et le Japon similaire à celui proposé dans la note Hull. Sur un plan stratégique, il explique, après la guerre, qu’en ayant fait de Saipan le point ultime de l’expansion vers le sud et qu’en ayant fortifié l’île, le Japon aurait pu être invincible. Il tente également de trouver une solution pour négocier la paix entre la Chine et le Japon avec Miao Ping, mais échoue en raison de l’opposition de Mamoru Shigemitsu et Yonai Mitsumasa.

Il milite également en faveur de l’établissement d’une « Ligue d’Asie de l’Est » dans laquelle la Chine, le Japon, le Mandchoukouo et la Corée formeraient un bloc économique et militaire unifié. Après la guerre, il exerce également une influence dans les partis de droite. C’est également un adepte convaincu de l'école bouddhique Nichiren et sa « théorie du conflit ultime » érige la guerre comme une guerre sainte destinée à unifier les peuples majoritairement bouddhistes d'Asie contre un monde occidental perçu comme décadent et source de persécution, raison pour laquelle le Général Ishiwara était un pan-asiatique convaincu.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Pour son opposition au général Tôjô, Ishiwara Kanji ne fait pas l’objet d’accusation de crime de guerre. Il est seulement appelé à comparaître comme témoin au procès de Tokyo. Il objectera que l’invasion de la Mandchourie était un acte purement défensif. Il critiquera également le président Truman pour le bombardement de civils japonais. Il meurt à l’âge de 60 ans d'une pneumonie.

Ishiwara Kanji dans les médias[modifier | modifier le code]

Un film documentaire d'1 h 20, intitulé Général Ishiwara - l'homme qui déclencha la guerre, écrit par Bruno Birolli, Olivier Heinemann, Guillaume Podrovnik et Stéphanie Roussel, et réalisé par Paul Jenkins, a été coproduit par Subreal Productions et Arturo Mio pour la chaîne franco-allemande Arte en 2012[2].

Un livre du même nom, Ishiwara, l'homme qui déclencha la guerre par Bruno Birolli, est copublié par Arte Editions et Armand Colin[3],[4],[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans la disposition des patronymes japonais, le nom précède le prénom. Ishiwara est donc le nom de famille.
  2. Général Ishiwara. L'homme qui déclencha la guerre, Le Nouvel Observateur, Eric de Saint-Angel, 20 novembre 2012.
  3. Bruno Birolli: «Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre», RFI, 17 novembre 2012.
  4. Ishiwara: Un Japonais bien tranquille, Laurant Shang, Le Salon Littéraire, novembre 2012
  5. Ishiwara Kanj, l'homme qui déclencha la guerre, Compte-rendu de François Trébosc sur clio-cr.clionautes.org.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peattie, Mark R (1975). "Ishiwara Kanji and Japan's confrontation with the West". Princeton, NJ: Princeton University Press
  • Samuels, Richard J (2007). "Securing Japan: Tokyo's Grand Strategy and the Future of East Asia". Cornell University Press.
  • Étienne Jaudel (2010), "Le procès de Tokyo -Un Nuremberg oublié", éd.Odile Jacob.
  • Bruno Birolli (2012), "Ishiwara, l'homme qui déclencha la guerre", ARTE éditions/Armand Colin.
  • Eddy Dufourmont (2012), "Histoire politique du Japon (1853-2011)", Presses Universitaires de Bordeaux.

Sources des traductions[modifier | modifier le code]