Jean Chappe

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Jean Chappe d’Auteroche

Naissance 23 mars 1728
à Mauriac en Auvergne (Drapeau du Royaume de France Royaume de France)
Décès 1er août 1769
à San José del Cabo (en) (Mexique)
Champs Astronomie
Institutions Académie des sciences

Jean Chappe d’Auteroche, appelé aussi abbé Chappe ou abbé Chappe d’Auteroche, né le 23 mars 1728[1] à Mauriac en Auvergne et mort le 1er août 1769 à San José del Cabo (en) au Mexique, est un astronome français.

En 1994, l'union astronomique internationale a attribué le nom de Chappe à un cratère lunaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paysanne russe avec une palanche.
Gravure de Jean-Baptiste Le Prince.

Né d’une famille noble[2], il embrassa l’état ecclésiastique, et se livra à l’étude de l’astronomie, après des études au Collège de Jésuites de Mauriac en Haute Auvergne (Cantal). En 1760, il fut choisi par l’Académie des sciences, dont il était membre, pour aller à Tobolsk observer le fameux transit de Vénus sous le disque du soleil, fixé au 6 juin de l’année Il se rendit par terre à Saint-Pétersbourg, et partit pour la Sibérie, où il n’arriva qu’après avoir éprouvé tous les maux inséparables d’un voyage fait dans un tel climat, au milieu de la plus rigoureuse saison. Arrivé dans les derniers jours d’avril 1761, il observa, le 5, une éclipse de soleil qui lui donna la différence du méridien de Tobolsk à celui de Paris ; cette différence se trouva de 4 h 25, l’abbé Chappe avait fait construire un petit observatoire, et fait tous les préparatifs nécessaires. On approchait du 6 juin, jour si désiré, et tout semblait présager le temps le plus favorable. L’astronome raconte lui-même les inquiétudes, les alarmes qu’il éprouvait alors à l’aspect du moindre nuage qui paraissait dans le ciel ; cependant on arriva au 6 juin. Le ciel était pur et serein ; l’abbé Chappe put voir Vénus entrant sous le soleil, et faire les observations qui étaient le but et le prix de ce long et pénible voyage. Elles furent consignées dans un Mémoire du passage de Vénus sur le soleil, avec des observations sur l’astronomie et la déclinaison de la boussole faites à Tobolsk, en Sibérie, en 1761, Saint-Pétersbourg, in-4°.

Il revint en France deux ans après en être parti, et publia : Voyage en Sibérie fait en 1761 (avec la description du Kamtschatka, trad. du russe de Stepan Kracheninnikov), Paris, 1768, tomes en 5 vol. grand in-4° et atlas in folio ; où, selon Hoefer, « Il se borne souvent à copier ses devanciers : il parle de choses qu’il n’a point vues et celles qu’il a observées l’ont été avec beaucoup de légèreté. », l’édition d’Amsterdam, 1769-1770, 4 vol. in-12, fig., n’est qu’un abrégé de celle de Paris. Pour illustrer son ouvrage, il s’entoure de Jean-Michel Moreau, Caresme de Fécamp et surtout de Jean-Baptiste Le Prince qui, lui aussi, était allé en Russie et en Sibérie[3].

Cette relation, pleine de faits et de détails curieux, mais dans laquelle l’auteur avait fait des observations peu favorables à la Russie, notamment en décrivant la vie sociale russe et l'état d'abaissement considérable du peuple, soumis encore au servage, fut très bien accueillie en France, et obtint l’honneur d’être réfutée ou critiquée par l’impératrice Catherine II de Russie elle-même, furieuse de la description de son pays, dans une brochure intitulée Antidote ou Réfutation du mauvais livre superbement imprimé intitulé : Voyage en Sibérie, etc., fait en 1761, par l’abbé Chappe, Amsterdam, Rey, in-12, et à la suite de l’édition de l’ouvrage de l’abbé Chappe donnée par le même libraire, ibid., et même année, vol. in-12. Cet ouvrage est rédigé et publié anonymement par Catherine II de Russie et le comte Chouvaloff, la jeune impératrice répondant à ce qu’elle considéra comme une attaque de son pays en reprenant chapitre par chapitre le livre de l’abbé pour le réfuter. Cette attribution fut combattue par Pierre René Auguis qui « donne pour collaborateur à la comtesse Dachkov le sculpteur Falconet ».

Une autre critique parut sous le titre Lettre d’un style franc et loyal, à l’auteur du Journal encyclopédique, in-12. La relation de l’abbé Chappe renferme beaucoup de faits minutieux qui sont étrangers au but de son voyage, beaucoup de détails qu’il a empruntés disent ses détracteurs, à d’autres voyageurs, et beaucoup de choses observées, qui donnèrent à ses ennemis le prétexte de mettre en doute l’authenticité de ses observations astronomiques ; on ne put cependant douter de son zèle pour les progrès de l’astronomie.

On peut s'interroger toutefois sur les raisons qui amènent certaines personnes à tant contester la relation de la vie en Russie de l'abbé Chappe d' Auteroche, alors qu'Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie Française et originaire de Russie, vient de publier en 2003 "L'Impératrice et l'abbé : un duel littéraire inédit entre Catherine II et l'abbé Chappe d'Auteroche", Paris, Fayard, 2003, 640 p. Ce grand connaisseur de l'histoire de la Russie et grand historien ne met pas en cause la véracité du récit descriptif de l'abbé. Elle présente les deux versions qu'elle place à égalité sur le plan de la connaissance. On peut mentionner aussi que la famille des Chappe d' Auteroche a produit les frères Chappe d'Auteroche, dits Chappe à cause de la Révolution, inventeurs du télégraphe et neveux de l' astronome, tous très estimés.

En 1764, sur ordre de Louis XV, l’Académie des sciences chargea deux de ses membres, Duhamel du Monceau et l’abbé Chappe, de faire la preuve en mer de la montre marine no 3 de Ferdinand Berthoud. Ils embarquèrent, en compagnie de ce dernier, à Brest, le 7 octobre sur la corvette L’Hirondelle pour revenir le 24 octobre. Le 14 novembre, l’abbé Chappe lut à l’Académie le rapport de mission, qui ne sera jamais publié, fait exceptionnel attribué par Berthoud à l’intervention de Duhamel du Monceau, qui fut très affecté par la mort de son neveu, Fougeroux de Grandlieu qui était enseigne de vaisseau sur L’Hirondelle, quelques jours après le retour[4].

Le même phénomène qui lui avait fait braver les neiges et les glaces du Nord engagea l’abbé Chappe, six ans après, dans un autre voyage où il eut à supporter les ardeurs d’un climat brûlant. La Californie, presqu’île inculte et peu habitée, ayant été jugée l’un des lieux de la terre les plus propres à l’observation du transit de Vénus de l’an 1769, l’académie des sciences obtint du roi la permission d’y envoyer un de ses membres. L’abbé Chappe fut choisi pour cette mission, et il se rendit en Californie, accompagné de MM. Vicente Doz et Salvador Médina, officiers de marine et astronomes du roi d’Espagne et du dessinateur Alexandre Jean Noël. Quelque temps après son arrivée en Californie, il fut pris de dysenterie, et mourut le 1er août 1769, satisfait, en expirant, d’avoir rempli la mission pour laquelle il avait quitté sa patrie. Son zèle pour la science était si grand, qu’il lui coûta la vie. Lorsqu’on espérait sa guérison, les efforts qu’il fit pour observer une éclipse de lune augmentèrent son mal et le conduisirent au tombeau. Tous les membres de l’expédition périrent de la même maladie à l’exception d’un seul qui rapporta les résultats et les instruments[4]. Ses observations furent publiées à Paris en 1772, par C.-F. Cassini, sous le titre de Voyage en Californie, pour l’observation du passage de Vénus sur le disque du soleil, le 5 juin 1769, contenant les observations de ce phénomène, et la description historique de la route de l’auteur à travers du Mexique, Paris, 1772, in-4°. On a encore de l’abbé Chappe plusieurs Observations astronomiques dans le recueil de l’académie des sciences, de 1760 à 1770. Son éloge a été prononcé dans cette même Académie, par Grandjean de Fouchy, le 14 novembre 1770.

Références[modifier | modifier le code]

  1. De nombreuses sources le disent né en 1722 mais c'est bien en 1728 qu'il a vu le jour, comme en témoigne son acte de baptême (vue n°268), consultable en ligne sur le site des Archives départementales du Cantal.
  2. d'Auvergne Il était un petit-fils du major Pierre de La Farge
  3. Voir Jean-Baptiste Le Prince, Le Voyage en Russie, catalogue d’une exposition tenue à Rouen, musée des Beaux-arts, cabinet des dessins, du 24 septembre 2004 au 10 janvier 2005, notices de Michel Mervaud, Laurent Salomé, Didier Bakhuÿs, Madeleine Pinault-Sorensen, (ISBN 2-9014131-34-8[à vérifier : ISBN invalide]).
  4. a et b Duhamel du Monceau, p. 136-137. Bruno Dupont de Dinechin

Sources[modifier | modifier le code]