Jacques Cujas

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Portrait anonyme de Jacques Cujas, peint vers 1580

Jacques Cujas (né Cujeus), jurisconsulte français né à Toulouse en 1522 et mort à Bourges le 4 octobre 1590, est l'un des principaux représentants de l'humanisme juridique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cujas se forme au droit dans sa ville natale, où il suit notamment les leçons d'Arnaud du Ferrier. Il donne entre 1547 et 1554 dans cette même faculté un cours introductif sur les Institutes de Justinien. N’obtenant pas une chaire définitive dans cette faculté, il quitte Toulouse pour aller enseigner à Cahors (1554-1555). Sa carrière est alors marquée par de nombreuses pérégrinations. En effet, il rejoint très vite la grande université de l'humanisme juridique, à savoir la faculté de droit de Bourges (1555-1557). Il doit cependant en partir, en particulier en raison des mésententes avec d’autres professeurs. Il enseigne alors à Valence (1558-1559), mais fait rapidement son retour à Bourges (1559-1566). Appelé par Marguerite de France, il traverse les monts en 1566 pour enseigner à l'université de Turin (1566-1567). Toutefois, il ne s'y attarde pas et revient à Valence dès l'année suivante (1567-1575). À partir de 1575, après un bref séjour à Paris où l'interdiction d'enseigner le droit romain est levée en sa faveur, il retourne à Bourges où il demeure jusqu’à sa mort en 1590. Professeur de droit et jurisconsulte, Cujas se confond avec la tradition humaniste du mos gallicus.

Après le décès de sa femme, Madeleine du Roure[1] et de son fils, il se remarie en 1586 avec Gabrielle Hervé, nièce du diplomate Guillaume Bochetel, et dont il a une fille, Suzanne Cujas. L'ironie du sort voulut que la famille Bochetel, tutrice de Suzanne, contesta les fondements juridiques du testament[2] de Cujas lors du remariage de Gabrielle Hervé en 1592 avec Godefroy de Cullon.

Apports doctrinaux[modifier | modifier le code]

Portrait de Jacques Cujas sur une médaille en bronze frappée pour le "Notariat Français-Caisse des Dépôts" en 1975

Cujas est souvent considéré comme le plus grand humaniste parmi les juristes français. Il est en effet le maître en France du courant historiciste de l'humanisme juridique.

Ce courant est caractérisé par une vision du droit, spécialement du droit romain, profondément marquée d’une idée d’évolution, la succession des époques par des phases profondes et distinctes. Pour cette école, l’histoire est riche d'enseignement et le droit romain constitue un exemple. Elle s’attache donc à ramener les lois romaines dans la réalité de l’évolution historique.

La grande œuvre de Cujas a été la reconstruction du Corpus Iuris Civilis de Justinien. Schématiquement, la méthode de Cujas repose, pour la reconstitution des textes, sur une critique tant externe qu'interne. Il confronte les versions, en se fondant sur une large palette de sources, latines et grecques, juridiques mais aussi littéraires. Il opère dans le même temps une analyse philologique, qui lui permet de rétablir la langue et la grammaire latine.

Cujas a donné un grand nombre de références qui peuvent encore aujourd’hui enrichir les études de droit romain. Par son approche du droit romain et ses commentaires des compilations justiniennes, il a permis de renouveler la compréhension du droit romain, de sorte que ce dernier influence le droit positif et ce jusqu’à nos jours.

Malgré sa richesse et ses nombreux apports, l’œuvre de Cujas est désormais en péril comme en témoigne le fait que la dernière étude sur Cujas remontait jusqu'à peu, au XIXe siècle. Toutefois, une thèse d'histoire du droit consacrée à Jacques Cujas a été soutenue à l'École de droit de la Sorbonne en 2012[3] ; sa publication est en cours.

Postérité[modifier | modifier le code]

Statue de Jacques Cujas, à Toulouse, place du Salin, érigée en 1850

Cujas a eu pour élèves, entre autres, Jacques-Auguste de Thou, Joseph Juste Scaliger, Antoine Loysel, Paul de Foix, Pierre Pithou, Guy de Pibrac, Raoul Adrien et Étienne Pasquier. Ce dernier aurait dit au sujet de son maître : « Le grand Cujas n'a et n'aura par aventure jamais son pareil[4] ».

Sa vie a été écrite par Scévole de Sainte-Marthe, Papire Masson et Berriat-Saint-Prix, et très récemment par Xavier Prévost.

Toulouse lui a érigé en 1850 une statue sculptée par Achille Valois, dont un moulage se trouve dans la cours de la faculté de droit de Paris. Une maison d'édition juridique (éditions Cujas) porte son nom. Un certain nombre de villes marquées par le passage de Cujas ont donné son nom à une rue (notamment à Paris - la rue Cujas est située dans le 5e arrondissement près du Panthéon - , à Toulouse, à Valence, à Grenoble), à une place (à Bourges) ou à un lieu (la bibliothèque universitaire de droit rue Cujas à Paris, des amphithéâtres de la faculté de droit de Toulouse et de la faculté de droit de Valence).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Cujas sont essentiellement composées de commentaires sur le Corpus Iuris Civilis. Elles sont presque toutes regroupées dans un recueil d'œuvres intégrales : "Cujacii Opera omnia", publié par Charles Annibal Fabrot en 1658, et réédité à plusieurs reprises au cours des XVIIIe siècle et XIXe siècle. Parmi ses ouvrages, les plus fréquemment cités sont :

  • Observationes et Emendationes, dont la publication s'étend de 1556 à 1595.
  • De Feudis Libri V. et in eos Commentarii (1566)
  • Paratitla in libros L. Digestorum (1570)
  • Paratitla in libros IX. Codicis Justiniani (1579)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Ménage, Menagiana ou bons mots, rencontres agréables, pensées judicieuses, et observations curieuses, tome 3, début XVIIIe siècle ; Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, de la république des lettres, avec un catalogue raisonné de leurs ouvrages, Paris, 1727-1745 ; Joseph Elzéar Dominique Bernardi, Éloge de Jacques Cujas: avec des notes historiques et critiques sur la vie, Paris, Les Libraires Associés, 1775.
  2. Remarques de monsieur Catherinot sur le testament de monsieur Cujas, in-4°, 1685
  3. Xavier Prévost, Jacques Cujas (1522-1590), Le droit à l'épreuve de l'humanisme, Thèse dactyl. en 2 vol., École de droit de la Sorbonne (Université Paris I), 2012
  4. Cité dans Guérin, Paul, Dictionnaire des dictionnaires, 1884, article « Cujas, Jacques », p. 563

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Berriat-Saint-Prix, Histoire du droit romain, suivie de l'histoire de Cujas, Paris, Fanjat, 1821.
  • Laurens Winkel, V°CUJAS, Dictionnaire historique des juristes français (XIIe-XXe siècle), dir. Patrick Arabeyre, Jean-Louis Halpérin, Jacques Krynen, Paris, 2007, p. 220-222.
  • Xavier Prévost, Jacques Cujas (1522-1590), Le droit à l'épreuve de l'humanisme, Thèse dactylographiée en 2 volumes, École de droit de la Sorbonne (Université Paris I), 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]