Ulpien

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Domitius Ulpianus (~170[1] - 223/224[2]) est un homme politique et juriste romain du début du IIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire de Tyr, Ulpien devait probablement être issu d'une bonne famille de citoyens romains. Il fut d'abord assesseur du préfet du prétoire Papinien, un autre juriste célèbre, sous Septime Sévère et Caracalla. Après l'assassinat de Caracalla en 217, le nouvel empereur Élagabal le chasse de Rome. Mais son successeur Alexandre Sévère le fait préfet de l'annone, puis préfet du prétoire en 222: Il est le principal conseiller de l'empereur. Impopulaire auprès de la garde prétorienne pour avoir diminué ses privilèges accordés par Élagabal, il fut tué sous les yeux d'Alexandre Sévère au cours d'un soulèvement de celle-ci en 228[3].

Son œuvre de juriste comporte :

  • Ad edictum de longs commentaires de l'Édit du préteur,
  • Ad Sabinum sur Massurius Sabinus (traitant du droit civil),
  • Des traités sur les fonctions des différents magistrats,
  • Les Institutes, ouvrages destinés à l'enseignement du droit,
  • La première table de mortalité connue[4], qu'on appelle en son honneur table d'Ulpien ;

ainsi qu'une série de traités sur des questions particulières.

Il est l'auteur le plus repris dans le Digeste de Justinien.

Certaines de ses formules sont renommées, et furent beaucoup utilisées dans les siècles suivants :

  • Jus est ars boni et aequi : Le droit est l'art du bon et de l'équitable.(phrase reprise à un autre jusrisconsulte moins célèbre : Celse)
  • Quod principi placuit legis habet vigorem : Ce qui plaît au prince a force de loi.
  • Princeps legibus solutus est : Le prince est délié des lois.
  • Imbecillitas sexus : sexe faible. C'est cette formule qui va justifier l'incapacité juridique de la femme mariée
  • Dura lex, sed lex : La loi est dure, mais c'est la loi. Il aurait été le premier à employer cette fameuse phrase.

Il fait trois distinctions majeures du droit, reprenant ainsi la distinction d'Aristote :

  • le droit naturel, qui réside dans tout ce que la nature a apporté aux êtres vivants (sans distinction) ; comme le mariage, la procréation, l'éducation des enfants.
  • le droit des gens, ou droit des peuples (ius gentium) est utilisé par les peuples (ce droit n'appartient qu'aux être humains).
  • le droit civil (droit des citoyens romains).

Le droit et la justice vu par Ulpien[modifier | modifier le code]

« Faire du droit impose d'abord de savoir d'où vient ce nom de droit. Il provient de la justice, car, comme l'a défini avec finesse Celse, le droit est l'art du bon et du juste. — 1. À juste titre certains nous appellent « prêtres », car nous cultivons la justice et nous proclamons la connaissance du bon et du juste, séparant le juste de l'inique, distinguant le licite de l'illicite, souhaitant rendre bons les individus, non seulement par la crainte de peines mais aussi par l'encouragement de récompenses, aspirant — si je ne me trompe — à la vraie philosophie, non à la fausse. — 2. Dans cette science, il y a deux branches : le public et le privé. Le droit public, c'est ce qui concerne l'État romain, le privé ce qui intéresse les particuliers. En effet, il est des choses utiles publiquement, d'autres seulement sur le plan privé. Le droit public concerne les choses sacrées, les prêtres, les magistrats. Le droit privé se divise en trois parties, car il est en effet constitué de préceptes naturels, des gens ou civils. — 3. Le droit naturel est ce que la nature a enseigné à tous les animaux. Car ce droit n'est pas propre au genre humain, mais il est commun à tous les animaux qui naissent sur terre ou dans la mer, même aux oiseaux. De là provient l'union du mâle et de la femelle que nous appelons mariage ; de là aussi la procréation des enfants, leur éducation, car nous voyons en effet que tous les autres animaux, même les fauves, sont censés avoir la connaissance de ce droit. — 4. Le droit des gens est celui qui est utilisé par les nations humaines. Il est facile de comprendre ce qui le distingue du droit naturel car, tandis que l'un est commun à tous les animaux, l'autre ne l'est qu'aux seuls hommes. »

— Ulpien, au Ier livre de ses Institutes (Digeste, 1, 1, 1, 1-4)[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Tony Honoré, Ulpian Pioneer of Human Rights, Oxford University Press,‎ 2005, 2e éd., p. 14
  2. (en) Tony Honoré, Ulpian Pioneer of Human Rights, Oxford University Press,‎ 2005, 2e éd., p. 32
  3. GERKENS J-F, Éléments de droit comparé, Bruxelles, Larcier, 2007
  4. (en) B. Frier, Roman Life Expectancy: Ulpian's Evidence, Harvard Studies in Classical Philology,‎ 1982, 2e éd., p. LXXXVI
  5.  trad. F. ROUMY

Source[modifier | modifier le code]

  • (en) Tony Honoré, Ulpian Pioneer of Human Rights, Oxford University Press,‎ 2005, 2e éd.
    L'édition de 1982 est traduite en français.