Hubert Waelrant

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Hubertus WaelrantHubert Waelrant
Waelrand

Description de cette image, également commentée ci-après

Table des matières du recueil intitulé Symphonia angelica, publié en 1585 par Phalèse et Bellère à Anvers, contenant 55 madrigaux italiens d’entre autres Gastoldi, De Macque, Marenzio, De Monte, Vecchi, Verdonck et Waelrant. C’est ce dernier qui avait rassemblé toutes ces pièces musicales.

Naissance vers 1517
Flag - Low Countries - XVth Century.png  Pays-Bas des Habsbourg
Décès 19 novembre 1595
Flag - Low Countries - XVth Century.png  Pays-Bas espagnols
Activité principale compositeur
professeur
éditeur de musique de la Renaissance
Style Musique de la Renaissance
madrigal
chanson
Lieux d'activité Pays-Bas espagnols
République calviniste d’Anvers
Éditeurs Jean Bellère (Bellerus)
Jan de Laet
Pierre Phalèse (Phalesius)
Hubert Waelrant
Élèves F. Sweerts

Hubert Waelrant, aussi Waelrand, prénom parfois orthographié Hubertus (né à Anvers vers 1517 et mort en cette ville le 19 novembre 1595) est un compositeur, professeur et éditeur de musique de la Renaissance de l’école des polyphonistes des anciens Pays-Bas (école dite franco-flamande). Il est contemporain de Palestrina et, parmi les grands polyphonistes néerlandais, l’un des rares dont la carrière s'est essentiellement (voire totalement) déroulée dans les anciens Pays-Bas.

Biographie[modifier | modifier le code]

On ignore presque tout de ses origines. Il se peut qu’il ait appartenu à une famille anversoise de musiciens et d'avocats. Il passa sans doute la plus grande partie de sa vie à Anvers. Au moins trois de ses nombreux enfants - dix engendrés par une de ses trois ou quatre femmes – devinrent également des musiciens. Malgré l'absence d'indices archivistiques sur ce point, il n'est pas exclu que, dans sa jeunesse, il ait reçu son instruction en Italie ; un pays qui était au XVIe siècle une destination commune des chanteurs et compositeurs de talent des anciens Pays-Bas. On sait pourtant que Waelrant maintint des contacts avec un riche mécène. En outre, ses madrigaux subirent l'influence de certains des compositeurs italiens les plus novateurs, qui étaient d’ailleurs souvent de descendance néerlandaise.

Le premier document attestant qu'il travailla à Anvers est conservé aux archives de la cathédrale, où Waelrant est répertorié comme chanteur durant les années 1544 et 1545. Vers le milieu des années 1550, il était également employé comme enseignant. Dans son Athenæ belgicæ de 1628, son élève F. Sweerts affirme que Waelrant était novateur dans la mesure où il mit au point une méthode de solmisation. Selon Reese, il fonda une école de musique à Anvers.

C’est au début des années 1550 qu’il entama une carrière d’imprimeur-libraire en musique, associé avec Jan de Laet, et responsable dans cette entreprise des aspects financiers et commerciaux. De 1553 à 1556, il travailla comme professeur de musique.

La question de sa foi religieuse reste incertaine : sa musique suggère des sympathies protestantes mais il est possible qu’il ait été anabaptiste, même si des documents de nature juridique semblent plutôt indiquer qu’il était catholique. Selon toute vraisemblance, en cette période de tensions religieuses (l'une des raisons pour lesquelles de nombreux compositeurs du pays se rendirent en Italie et ailleurs), Waelrant aurait jugé préférable de ne pas s'exprimer ouvertement sur ses opinions religieuses. Durant sa vie, la ville d’Anvers fut plusieurs fois soumise à des changements de régime : la Révolte des gueux (calvinistes), puis la prise de pouvoir des Habsbourgs (catholiques), qui firent des victimes dans les deux camps, montrèrent l'intérêt qu'on pouvait avoir à rester discret sur ce point. Ses harmonisations du psautier en langue française peuvent indiquer qu’il eut des sympathies protestantes ; ces livres de psaumes auraient d'ailleurs été saisies par les autorités ecclésiastiques.

Les éléments sur sa vie deviennent rares après 1558. Vraisemblablement, il demeura à Anvers, où il fut compositeur, où il fournit des conseils sur l’accordage des cloches de la cathédrale et où il publia des œuvres musicales. Vers la fin de sa vie, faute d'argent, il dut subir la misère. Il mourut en 1595 et fut enterré à la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son œuvre compte des motets, des mises en musiques de psaumes métriques, des chansons françaises, des madrigaux italiens, des chansons profanes napolitaines de caractère léger (telles que celles qui auraient été chantées à Naples) et des harmonisations pour instruments, tels que le luth.

Il fit publier ses motets (Sacrarum cantionum) en 1556 et son premier livre de madrigaux et de chansons françaises (Il primo libro di madrigali et canzoni francesi) en 1558. Ses Canzoni alla napolitana virent le jour en 1565.

Waelrant et quelques autres compositeurs des Pays-Bas, tels Cornelis Verdonck et Andreas Pevernage, contribuèrent à une anthologie parue en 1584. L'année suivante, il publia un livre de madrigaux italiens (Symphonia Angelica), qui mêlait des pièces de sa main et celles d'autres compositeurs. Ce recueil fut très bien reçu, d’autant plus que le madrigal italien était devenu, en cette fin de siècle, une des formes musicales les plus répandues en Europe (à tel point que de nombreux compositeurs écrivirent des madrigaux dans des pays où l’italien n'était pas la langue véhiculaire : ce fut le cas en France, aux Pays-Bas, dans les pays allemands.

Parmi ses œuvres, les motets sont les plus innovants. Ils sont caractéristiques de la pratique du milieu du XVIe siècle ; situés entre le style lisse, imitatif et pénétrant de compositeurs tel Nicolas Gombert où toutes les voix sont égales et où le contraste dans la texture est minimal, et le style des compositeurs plus tardifs, tel Orlando di Lasso. Bon nombre de motets relèvent de l’influence de di Lasso par l’usage du chromatisme, de références croisées ou de contrastes de texture, cherchant toujours cependant à préserver l’intelligibilité du texte. Waelrant utilisa donc aussi le figuralisme, transcrivant musicalement, par divers effets, le sens des mots individuels, dans le but de renforcer l'expressivité de ses compositions. De temps en temps, son figuralisme est remarquable, comme dans la chanson Musiciens qui chantez où le mot taire est suivi d’un bref moment de repos dans toutes les voix.

Sur le plan de l’harmonie, on aperçoit déjà les structures tonales de la musique baroque, qui commençait à éclore peu de temps après la mort du compositeur. À cet égard, ses motets sont comparables à ceux de Lasso.

Comme il prenait un soin particulier au placement du texte sous la musique (pratique assez rare à cette époque), ses manuscrits contiennent toujours des indications utiles quant à l'exécution, offrant ainsi au chanteur une aide considérable pour l’interprétation.

Il fit des arrangements de chansons profanes, légères ou sérieuses, en employant une gamme de subtilités contrapuntiques plus propres à la manière des polyphonistes néerlandais qu’à celui des compositeurs italiens. La plupart de ses œuvres conservées ont été publiées à Anvers, bien qu’un recueil de 30 chansons napolitaines soit paru à Venise en 1565 (napolitain désignant, dans ce contexte, un genre et non le dialecte de Naples).

Un cas singulier est celui du madrigal italien Vorria morire, repris en deux versions dans le recueil Symphonia Angelica de 1585. L’une d’entre elles a également été reprise dans le recueil Pratum musicum de 1584 dans un arrangement pour voix et luth d’Emanuel Adriaenssen d’une chanson sur des paroles néerlandaises (Als ick u vinde). Compte tenu du fait que les musiciens professionnels de la métropole anversoise ont dû représenter une coterie, la chanson n’a probablement pas été publiée sans son consentement : elle a de toute façon été insérée dans le recueil sous son nom. Il n’est pas à exclure qu’elle soit le modèle d’une des deux mises en musique du madrigal italien et non vice versa.

Que Waelrant mit en musique plusieurs chansons en langue néerlandaise est certain. On sait que lui et d’autres compositeurs anversois, parmi lesquels Pevernage et Verdonck, ont mis en musique des œuvres (aujourd’hui perdues) sur des paroles en vers « brabançons » de Jan van der Noot.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Partition :

Fichier vidéo sur YouTube :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (nl) Jan Willem Bonda. De meerstemmige Nederlandse liederen van de vijftiende en zestiende eeuw. Hilversum, Verloren, 1996 (ISBN 90-6550-545-8).
  • (en) Gustave Reese, Music in the Renaissance. New York, W.W. Norton & Co., 1954 (ISBN 0-393-09530-4).
  • (fr) Henri Vanhulst. « La diffusion des éditions de musique polyphonique dans les anciens Pays-Bas à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle », Musique et société : hommages à Robert Wangermée, (éd. Henri Vanhulst et Malou Haine), Bruxelles, Éditions de l'Université, 1988, p. 27-51.
  • (fr) Henri Vanhulst. « Les éditions de musique polyphonique et les traités musicaux mentionnés dans les inventaires dressés en 1569 dans les Pays-Bas espagnols sur ordre du duc d'Albe », Revue belge de musicologie / Belgisch Tijdschrift voor Muziekwetenschap 31, 1977, p. 60-71.
  • (en) Henri Vanhulst. « Suppliers and clients of Christopher Plantin, distributor of polyphonic music in Antwerp (1566-1578) », Musicology and archival research / Musicologie et recherches en archives / Musicologie en Archiefonderzoek [Actes du colloque de Bruxelles, 22-23 avril 1993] (éd. Barbara Haggh, Frank Daelemans et André Vanrie), Archives et bibliothèques de Belgique / Archief- en Bibliotheekwezen in Belgie, numéro spécial, 46, 1994, p. 558-604.
  • (en) Robert Lee Weaver. A Descriptive Bibliographical Catalog of the Music Printed by Hubert Waelrant and Jan de Laet, Warren, Harmonie Park Press, 1994 (Detroit Studies in Music Bibliography; 73).
  • (en) Robert Lee Weaver. Waelrant and Laet : Music Publishers in Antwerp's Golden Age, Warren, Harmonie Park Press, 1995 (Detroit Monographs in Musicology / Studies in Music; 15).

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Madrigaux, Symphonia Angelica, Ensemble vocal sous la direction de Konrad Junghänel, Accent 8864.