Gustav Krukenberg

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Gustav Krukenberg
Naissance 8 mars 1888
Bonn Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès 23 octobre 1980 (à 92 ans)
Bad Godesberg Allemagne de l'Ouest Allemagne de l’Ouest
Origine Allemand
Arme War Ensign of Germany 1903-1918.svg Deutsches Reichsheer
Balkenkreuz.svg Wehrmacht, Heer
Flag Schutzstaffel.svg Waffen SS
Grade SS-Brigadeführer
Années de service 19071945
Conflits Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale
Commandement Division Charlemagne
Division Nordland

Gustav Krukenberg (Bonn, 1888 - 1980) fut un militaire allemand, Brigadeführer (général) de la Division Charlemagne, puis un fervent défenseur de la réconciliation européenne après la guerre.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît le 8 mars 1888 à Bonn d'un père professeur de médecine à l'université de Bonn et d'une mère féministe, fille de l'archéologue Alexander Conze. Krukenberg fait des études de droit puis, après un doctorat, rejoint l'armée en 1907 au rang d'officier, puis se marie en 1912. Pendant la Première Guerre mondiale, il combat comme officier d'ordonnance et adjudant pour être promu Hauptmann en 1918. Après la guerre, il sert dans la fonction publique comme secrétaire privé du ministre des Affaires étrangères. Fin diplomate et bilingue, il arrive à rejoindre le comité Franco-Allemand, et s'établit à Paris où il noue d'étroites relations avec le milieu industriel et diplomatique français. En 1929, au moment de la découverte de l'impasse dans laquelle se trouve le Comité, il prend le parti de déclarer que la réconciliation franco-allemande est impossible.

Carrière au sein de l'armée allemande[modifier | modifier le code]

Il rejoint le parti nazi en 1932, et est en 1933 sous le feu des projecteurs de par sa critique renouvelée et très médiatisée du Comité Franco-allemand ; il participe alors à des émissions de radio de propagande. Mais il est considéré comme trop modéré par Goebbels qui l'écarte des institutions nazies, il est peut-être même inscrit sur la "liste noire" des personnalités à abattre par le régime. Mais en 1934, la situation change et il est "gracié", même si Himmler et sa SD font sur lui un long rapport accusateur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Krukenberg sert sur presque tous les fronts. Officier d'etat-major, il participe à l'occupation des Pays-Bas et de Paris. Il est en outre nommé responsable de l'intendance, il s'occupe donc des ravitaillements et des prisonniers. Cette position clé dans l'organisation militaire le met sans doute en contact avec les crimes nazis, ce qu'il n'avouera jamais.

À la fin de la guerre, il demande son transfert de la Wehrmacht à la Waffen-SS. Durant la fin de l'année 1944, il devient brigadier et prend en main la division Charlemagne. Son défi est alors de réunir des Français motivés, mais au parcours très hétérogène : entre les soldats français engagés dans l'armée allemande depuis 1941, dans la Waffen SS depuis 1943 ou les miliciens fuyant la Libération en 1944, la réunion dans la division Charlemagne n'est pas aisée.

La division est anéantie en mars 1945 et le commandant français est tué (qui n'était qu'un "homme de paille" puisque Krukenberg occupait le réel commandement), mais l'unité est reconstituée avec quelques débris de matériels et d'hommes avant d'être envoyée vers Berlin pour défendre la ville le 24 avril 1945, en forçant de nombreux obstacles pour s'y rendre. Là, au côté de quelques autres unités, en particuliers des soldats Waffen SS de la division Nordland, les soldats de la Charlemagne défendent avec acharnement la ville. Les unités hétérogènes et provenant des quatre coins de l'Europe feront dire à Krukenberg que toute l'Europe était réunie dans le secteur. Sachant que la Waffen SS (ou ce qu'il en restait) était alors composée pour moitié d'étrangers, la remarque était pertinente. La défense est désespérée : les munitions manquent tellement que les soldats français sont obligés d’utiliser les missiles de leurs Panzerfaust à la place des balles pour combattre[1].

Il est fait prisonnier par les soviétiques et, après sa sortie des camps soviétiques, devient conférencier sur le sujet de l'Europe et la réconciliation. Il défend alors cette dernière comme le nouveau noyau dur de la paix européenne, en mettant aussi en avant l'unité européenne et allemande et l’historicité catholique qui efface des événements de 1943-45. Il défend aussi la prescription pour tous les soldats allemands qui ne sont pas encore libérés, et Krukenberg rejoint des associations d'anciens prisonniers (en particulier d'ex-Waffen SS).

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Gustav Krukenberg a des propos modérés, mais il n'a jamais pu réellement se détacher du combat nazi qu'il a mené, notamment la défense de Berlin et cet acharnement presque fou à vouloir défendre une ville déjà condamnée depuis des semaines. D'une manière analogue, il ne critiquera jamais l’assassinat des juifs.

Il est condamné à 25 ans de détention par un tribunal militaire soviétique.

Pendant l'après-guerre, il rétablit une correspondance avec Von Papen et des généraux de la Wehrmacht, et d'une façon générale avec d'anciens collaborateurs nazis et d'anciens membres de la division Charlemagne : il ne garde donc, en privé, aucune distance avec son ancien milieu nazi.

La position presque schizophrénique de Krukenberg est à souligner : il soutient en effet deux engagements. Dans un premier, public, il soutient la réconciliation européenne, et la paix allant avec ; mais dans un second, en privé, il soutient le combat nazi.

En 1978, sa position est rendue publique par des associations d'anciens prisonniers qui alertent l'opinion publique sur l'organisation d'un banquet d'anciens waffen SS par Krukenberg. Le milieu allemand de sympathisants et d'anciens nazis s'empressent de rétorquer que ce ne sont que de mensongères attaques de communistes, mais Krukenberg n'intervient pas.

Malgré cela, il est sérieusement évoqué pour recevoir la Médaille Schumann, mais ce ne sera pas fait, les responsables de la commission ayant décidé que cela crée une polémique de par son passé et ses sympathies nazies récentes.

Gustav Krukenberg décède le 23 octobre 1980 à Bad Godesberg.

Il est le grand-père de l'historien franco-allemand Peter Schöttler qui lui a consacré une étude.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. BEEVOR Antony, La chute de Berlin, Le Livre de Poche, 2002, p. 450

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Peter Schöttler "Dreierlei Kollaboration. Europa-Konzepte und deutsch-französische Verständigung – am Beispiel der Karriere von SS-Brigadeführer Gustav Krukenberg", in : Zeithistorische Forschungen. Studies in Contemporary History, 9, 2012, 3, p. 365–386. http://www.zeithistorische-forschungen.de/16126041-Schoettler-3-2012 Idem, "Trois formes de collaboration : l’Europe et la réconciliation franco-allemande – à travers la carrière de Gustav Krukenberg, chef de la ‘Division Charlemagne’", Allemagne d’aujourd’hui, no. 207, 2014, p. 225–246.

Liens externes[modifier | modifier le code]