Lolita (mode)

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Une kuro lolita (lolita en noir) à Harajuku.

La mode Lolita est une mode vestimentaire japonaise visible plus particulièrement dans les rues de Tokyo. Elle est issue de la sous-culture lolita composée de jeux vidéo, de musique ou de mangas. La mode lolita comprend elle-même divers courants, dont le Sweet Lolita et les Gothic Lolita. Les adeptes de cette mode sont très majoritairement féminines, bien que certains hommes portent aussi cette mode (on les appelle alors les Bro-Lolita).

Les origines[modifier | modifier le code]

L'origine de la mode de rue japonaise remonte à la fin des années 1960[1]. Il s'agit de tenues vestimentaires à part entière et cela n'a rien à voir ni avec le cosplay, ni, plus généralement, avec le déguisement. Dans certaines rues de Tokyo, la tenue vestimentaire tient de la performance artistique[1].

La mode lolita émerge de la sous-culture lolita née dans le quartier Harajuku de Tokyo[1],[2] au tout début des années 1990 (ouverture du premier magasin Baby, the Stars Shine Bright en 1988). Cette sous-culture vient en réaction face au style apparu peu avant et présent dans le grand centre commercial de Shibuya 109[2], haut lieu de la mode avec ses huit étages et ses mille boutiques[3]. À l'origine ce style, appelé Kogaru puis shibuya de par sa localisation, va évoluer vers différentes variantes kawaii, ganguro ou yamamba, toutes avec une connotation sexuelle forte[2] ; au contraire, le lolita incarne une jeune fille féminine et innocente[2].

Les Japonais, en choisissant le terme « lolita » pour désigner ce courant vestimentaire, n'ont retenu de l'héroïne éponyme de Vladimir Nabokov que cet aspect féminin et innocent. Les lolitas ont des allures de poupées victoriennes, en évacuant le côté sexuel et ambigu du personnage du roman éponyme. Les Lolitas, gothic, sweet, et autre sont en effet caractérisées par leur aspect lié à la modesty, la pudeur, composante essentielle de ce style. Les hommes adhérant à cette mode sont nommés « brololita », et ne sont pas considérés comme travestis. Les « ita » (du japonais itai, qui fait mal) est un terme très cruel et méprisant qu'utilisent certaines lolitas pour désigner celles qui ne parviennent pas à se vêtir selon les nombreuses règles qui régissent cette mode.

Les magazines japonais Gothic & Lolita Bible (ゴシック&ロリータ バイブル, goshikku & rorîta baiburu?)[4], Homemade Gothic and Lolita, Frill, Parfait, Rococo et parfois Kera ont popularisé la culture Gothic Lolita en remplissant leurs pages de photos, de publicités et de conseils destinés à ses adeptes, sans oublier des patrons de vêtements. Mana, star du Visual Kei, anciennement guitariste du groupe Malice Mizer et actuel guitariste du groupe Moi dix Mois, a popularisé ce style vers la fin des année 1990 en créant sa propre marque de vêtements Moi-Même-Moitié et les trois styles EGL (Elegant Gothic Lolita), EGA (Elegant Gothic Aristocrat) et GL (Gothic Lolita).

La mode[modifier | modifier le code]

Comme dans le cas de la plupart des modes alternatives, le mouvement Lolita se divise souvent en plusieurs catégories. S'habiller ainsi correspond à un rattachement à une « tribu »[1]. Il serait plus juste de dire que le Gothic Lolita est une forme des styles Lolita, ainsi que les qualifient les japonais. Le Gothic lolita ne doit pas être confondu avec la mode gothique bien que le courant Gothic Lolita s'en inspire[2].

Ses caractéristiques générales sont les robes et jupes bouffantes, souvent avec une forme en cloche typique, agrémentées de jupons pour leur donner du volume (indispensables dans le look lolita), l'utilisation très courante de la dentelle, et la présence d'accessoires comme des « pièces de tête » (headdress), de serre-têtes, des mini-couronnes, des mini-chapeaux, des rubans ou des fleurs artificielles (les oreilles d'animaux ne sont pas considérées comme « lolita », et les lolitas les plus intransigeantes rejettent même les modèles de chez Baby, the Stars Shine Bright); mais également des bonnets ou des perruques[2]. Les jupes sont généralement portées à la hauteur du genou, sauf pour Erololita et Aristocrat. On porte soit des bottes élégantes, soit des plateformes au design féminin, ou des souliers à bride appelés mary janes dans les pays anglo-saxons ou babies en France, en référence aux anciennes chaussures de petites filles. Les rocking horse shoes (ou ballerines compensées à bascules) telles que les a créées Vivienne Westwood sont aussi un des piliers de la tenue lolita pour les punk lolita. Les lolitas ont aussi pour habitude de porter des bloomers (culottes longues bouffantes, qui ne dépassent pas de leur tenue) afin de préserver leur pudeur à cause des jupons bouffants (la pudeur, dite modesty en anglais, est une composante essentielle des tenues lolita), des chaussettes ou collants (les leg warmers sont à proscrire car trop connotés « cosplay »), et jamais de décolletés ou d'épaules nues, toujours au nom de la pudeur (ces règles, très suivies par la communauté lolita, sont cependant parfois contournées, en cas de chaleur intense, par exemple). Ces règles (et plus encore) sont répertoriées dans le Lolita handbook.

Ces catégories portent souvent au Japon des noms anglais :

Sweet Lolitas
  • Sweet lolita : Majoritairement habillées de couleurs pastel[2], ou blanche, choisies pour leur connotation enfantine et leur douceur[5] ; le rose prédomine. Les jupes (comme une jupe de poupée) sont courtes, de formes très bouffantes grâce aux jupons et à l'armature inspirée des crinolines[5]. Les cols sont montants[5]. Il y a omniprésence de détails (dentelles, rubans, etc.) et du monde de l'enfance (peluches, jouets et pâtisseries), par exemple dans les imprimés. Le sac à main, pastel et assorti à la tenue, est souvent décoré d'un nœud ou en forme de jouet[5]. Le maquillage est léger et doux. Elles s'inspirent de la mode de l'époque victorienne avec un ajout de kitsch important, dont l'usage des ombrelles qui servaient à protéger du soleil le teint délicat[5]. Les perruques colorées, bouclées et à franges, surmontées d'un nœud, son l'un des éléments essentiels[5]. Les chaussures sont des Mary janes à talons ou des bottines victoriennes, avec de grandes chaussettes ou bas[5]. Le roman Alice au pays des merveilles est souvent cité comme référence pour les accessoires[5]. Misako Aoki, ambassadrice japonaise du kawaï, est l'une des meilleures représentantes de ce style. Les marques emblématiques sont Baby, the Stars Shine Bright qui fut l'une des premières marques sweet lolita, et sa rivale Angelic Pretty.
  • Gothic Lolita (ゴシック&ロリータ, goshikku & rorîta?) : Le plus souvent noir et blanc (sans que ce soit une règle), avec éventuellement du rouge et du violet, il présente des motifs gothiques occidentaux comme des voiles ou des croix. Il garde un esprit enfantin avec les jupes bouffantes, les volants et reste séparé de son grand frère européen, au moins dans l'esprit. Le maquillage se doit de demeurer subtil. Ce style est inspiré du chic victorien et de ses robes à crinoline[2]. Les marques emblématiques sont Atelier Pierrot, Atelier Boz, Moi-Même-Moitié ou h.Naoto.
  • Elegant Gothic Aristocrat : Aspect plus romantique et mystérieux du fait des robes et des jupes longues, importance du collet et du jabot, fortement inspiré de l'époque victorienne et de son aristocratie. Les accessoires sont très raffinés et représentent parfois des croix. C'est une mode plus proche du gothique que du lolita nippon. Le noir domine majoritairement[3] .
Deux Elegant Gothic Lolitas en noir
  • Elegant Gothic Lolita : inventé par Mana[réf. nécessaire], c'est un dérivé de Gothic Lolita en plus mûre, avec des robes avec moins de dentelle et de froufrou, l'utilisation de corsets et des matériaux plus brillants. Le noir domine, mais en plus romantique, le rose fait également partie de la tenue[3].
  • Industrial ou Punk Lolita : motifs écossais, vêtements déchirés, studs et épingles, mêlés à l'innocence, l'élégance et les froufrous de Lolita. Dérivé du mouvement punk anglais. L'industrial lolita est plus mûre et trashy que sa cousine Punk. Les marques emblématiques sont Sex Pot Revenge et h.Naoto.
  • Classic Lolita : Plus mûre que les autres Lolita, on trouve dans ce style une certaine simplicité directement inspirée des vêtements que portaient les petites filles à l'époque victorienne. Moins de dentelles, de froufrous et de motifs enfantins, un éventail de couleurs plus naturelles et pastelles (vert anis, chocolat, vieux rose, etc).
  • Guro Lolita : robes le plus souvent blanche, avec des taches imitant le sang.
  • Hime Lolita : robes de couleurs plus vives qui s'inspire des robes de princesse (hime (?) signifiant princesse en japonais).
  • Country Lolita : Présence de motifs champêtres, floraux ou fruités et des chapeaux de paille.
Wa Lolita
  • Wa Lolita : Marginal mais présent, c'est un style qui est basé sur une version plus courte et bouffante du yukata. En japonais, Wa (?) est un terme générique pour désigner ce qui est d'origine japonaise. Ce style utilise des kimonos traditionnels[2].
  • Deco Lolita : Le mélange des robes Lolita avec les couleurs flashy et la profusion d'accessoires Décora.

La culture[modifier | modifier le code]

Il est souvent considéré que ce mouvement est né au Japon en réaction aux attentes de la société nippone à l'égard des femmes. En effet, celles-ci sont supposées se marier, avoir des enfants. Être une épouse et une mère pousse donc les jeunes japonaises à devenir des adultes, c'est ce qui est attendu d'elles. De plus, le Japon étant une société très conformiste, porter des tenues rappelant les poupées victoriennes peut évidemment signifier à la fois le refus de passer à l'âge adulte, mais aussi de ressembler à tout le monde.

Si les lolitas (ainsi qu'elles se nomment) ont d'abord trouvé dans ce mouvement une simple façon de s'habiller, elles ont aussi rapidement développé une façon de penser et une culture autour de ce phénomène. Lorsqu'une lolita étend ses goûts vestimentaires à son art de vivre, elle est une lifestyle lolita. Il s'agit d'aspirer à un mode de vie raffiné, à un comportement à la fois élégant et modeste, généreux, doux et agréable. Les lifestyle lolitas s'investissent dans des activités culturelles, artistiques, et refusent la vulgarité, la violence et le laisser-aller. « Être une lolita, c'est d'abord faire plaisir à la princesse qui est en soi », précise François Amoretti, peintre et auteur iconique du milieu. Ainsi, les lolitas sont-elles très tournées vers les arts de la correspondance, la pâtisserie, la couture, la cérémonie du thé, la musique, l'illustration, etc.

Alice au pays des merveilles fait partie intégrante de leurs références et cet emprunt à la littérature anglaise coïncide parfaitement aux valeurs qui définissent ce mouvement : dignité, onirisme, élégance et romantisme[réf. insuffisante].

Le roman de F.H. Burnett A Little Princess (La Petite Princesse) est aussi une grande source d'inspiration pour les lolitas, et plus particulièrement, pour les lifestyle lolitas, qui puisent de nombreux adages dans les pensées de Sarah.

Bien que le mouvement lolita soit relativement égoïste dans son essence - puisqu'exigeant une grande indépendance d'esprit dans ses choix, et la capacité à s'acheter des vêtements coûteux - les représentantes du milieu sont très tournées vers la collaboration. Une des activités favorites du mouvement est de regrouper le plus d'artistes possible autour d'un événement dit : une exposition, la pochette d'un disque, un livre d'illustrations, etc. Ces artistes sont aujourd'hui principalement japonais, mais le mouvement se développe actuellement considérablement en France. Les lolitas organisent aussi de nombreux meetings et des rencontres entre elles[réf. insuffisante].

En Occident, le mouvement lolita est aussi considéré, dans une société plus violente et plus sexualisée qu'autrefois, comme une résistance « douce ».[réf. insuffisante]

Les Kokusyoku Sumire, qui donnent de plus en plus de concerts en métropole, font partie des égéries musicales du mouvement.

Présent et avenir[modifier | modifier le code]

Beaucoup de jeunes Japonais s'associent à une mode alternative pour critiquer la culture conservatrice et traditionnelle de leur famille ou de la société en général et l'uniformisation du mode de vie dans les grandes villes. Il est difficile d'en deviner l'évolution à long terme, mais on constate qu'elle est de plus en plus exportée en Occident.

Des associations lolitas se sont créées depuis quelques années en France. Les trois principales sont : Rouge Dentelle & Rose Ruban ainsi que Le Chemin de Briques Roses, deux associations à visée nationale ; la troisième se nomme Poupinell et Crêpes Dentelles et est basée en Bretagne. Les deux premières associations ont créé main dans la main la première Convention Lolita en Europe, qui a lieu le premier week end de juillet (le dimanche et le lundi) depuis 2010. Cette convention, ouverte à tous, permet aux lolitas de se retrouver et de découvrir dessinateurs, stylistes ou encore musiciens liés à leur mouvement culturel.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Sorti en 2004, Kamikaze Girls de Tetsuya Nakashima (titre original : Shimotsuma monogatari), tiré du roman du même nom écrit par Takemoto Novala, donne une idée très nette de l’esthétique Lolita à travers son héroïne, Momoko, passionnée par la France Rococo et les dentelles de chez Baby, the Stars Shine Bright.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Cally Blackman (trad. Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière,‎ avril 2013, 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, présentation en ligne), « Les enfants terribles de la mode (1960-…) », p. 291
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Marnie Fogg (dir.) et al. (trad. Denis-Armand Canal et al., préf. Valerie Steele), Tout sur la mode : Panorama des chefs-d’œuvre et des techniques, Paris, Flammarion, coll. « Histoire de l'art »,‎ octobre 2013 (1re éd. 2013 Thames & Hudson), 576 p. (ISBN 978-2081309074), « La culture de rue japonaise », p. 506 à 507
  3. a, b et c Antoine Kruk (préf. Kenzo Takada), Look at Me, Eyrolles,‎ novembre 2009, 190 p. (ISBN 978-2212123944), p. 90 et 96
  4. (ja) « Site officiel de Gothic & Lolita Bible sur le site de la maison d'édition Index »
  5. a, b, c, d, e, f, g et h op. cit. Marnie Fogg et al., Tout sur la mode : Panorama des chefs-d’œuvre et des techniques,‎ 2013, « Les sweet lolitas », p. 508 à 509

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ja) Yuko Ueda, ロリータ 衣装道楽,‎ 2005 (ISBN 978-4-12-390086-7 et 4123900860)
  • Muriel Jolivet, Tokyo Memories, Lausanne, Ed. Antipodes,‎ 2007
  • (en) Shoichi Aoki, Fruits:Tokyo Street Style, janvier 2001, (ISBN 978-0714840833)
  • (en) Masayuki Yoshinaga, Katsuhiko Ishikawa, Gothic and Lolita, Phaidon Press, mai 2007, 272 pages, (ISBN 978-0714847856)

Les textes de Novala Takemoto, auteur de Shimotsuma Monogatari, sont aussi une grande réserve d'informations. Le Lolita handbook hébergé sur Livejournal est aussi une grande source de renseignements.


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