Rouge à lèvres

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Rouge à lèvres classique.

Le rouge à lèvres est un produit de cosmétique permettant de souligner les lèvres en les colorant ou non. Il en existe beaucoup de variantes, quant à la tenue, la couleur, la texture et le fini.

Un rouge à lèvres n'est pas forcément rouge, même si le plus souvent sa couleur est proche du rouge (rouges vifs, sombres, vermillons, roses, orangés, etc.). Des couleurs comme le bleu ou le vert ne se rencontrent qu'exceptionnellement.

Il peut être enrichi en pigments ou agents nacrants destinés à donner un effet brillant à la bouche : on parle d’effet glossy et par extension, on désigne sous le terme gloss, les rouges à lèvres liquides brillants. Ils peuvent aussi être désignés par l'expression brillant à lèvres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des études archéologiques ont révélé que la première utilisation de rouge à lèvres a eu lieu il y a environ 5 000 ans en Mésopotamie, le produit cosmétique étant réalisé à partir de pierres semi-précieuses broyées et mélangées à de la pâte ou à de la cire d'abeille[1].

Les femmes de la civilisation de l'Indus utilisent quelques siècles plus tard des rouges à lèvres teintés avec une couleur rouge. En Égypte antique, le rouges à lèvres a plus une teinte rouge violacée et est fabriqué à partir d'algues de type Fucus mélangées à 0.01% d'iode et à du brome dans une solution de mannitol[1].

Les femmes de la Grèce antique s'enduisent les lèvres avec de la mûre écrasée[2]. Cléopâtre fait son rouge à lèvres couleur carmin à partir de pigments obtenus par le broyage de cochenilles broyés mélangés à des œufs de fourmis[3].

Le rouge à lèvres se diffuse surtout à partir du XVIe siècle[1]. Il est alors aussi bien utilisé par les hommes que par les femmes.

À l'époque moderne, le rouge à lèvres, appelé « rouge de fucus », est en fait du cinabre toxique[4]. Au XVIIIe siècle, la mode est au rouge à lèvres à base de moelle de veau, de pommade de concombre et de cire vierge[2].

Durant la Première Guerre mondiale, les hommes sont à la guerre, les femmes se peignent la bouche en rouge, attribut alors réservé aux actrices, demi-mondaines, ou prostituées[5]. Après la guerre, Coco Chanel instaure sa petite bouche rouge.

La naissance du rouge à lèvres moderne est attribuée au chimiste Paul Baudecroux qui invente dans les années 1920 le rouge à lèvre indélébile « Rouge Baiser », ou aux frères Revson (en) qui ont conçu en 1932 un maquillage à lèvres assorti au vernis coloré[2],[6],[7].

Elizabeth Arden, Helena Rubinstein, Estée Lauder, les empires des cosmétiques s'implantent partout dans le monde[5]. Après la Seconde Guerre mondiale, les pin-up et starlettes sont omniprésentes : 99 % des Américaines utilisent du rouge à lèvres[5]. Parfums Christian Dior lance Rouge Baiser, d'abord en deux couleurs, puis en de multiples diversifications : ce sera un succès immense[8]. Dans les années 1960, la capitale de la mode est à Londres : Mary Quant ou Twiggy popularisent les rouges à lèvres pop[5].

Au milieu des années 1980, Rosanna Arquette se peinturlure la bouche devant le miroir dans Recherche Susan désespérément : c'est le symbole d'une époque où les bouches sont « énormes, texturées, brillantes et poisseuses de gloss[5]. » Les années 1990 voient le développement de ce gloss ou de rouges à lèvres parfumés, enrichis en vitamines, en agents nourrissants[2]. La tendance de mode du porno chic, sur l'impulsion de Tom Ford et Carine Roitfeld, ne tarde pas à apparaitre au début de la décennie suivante, le rouge à lèvres est permanent, et il s’assombrit[5].

Rouge à lèvres, santé et environnement[modifier | modifier le code]

Les rouges à lèvres et certains autres produits de maquillage sont fabriqués avec des corps gras qui peuvent dissoudre et contenir certains polluants. En particulier, la lanoline extraite de la laine de mouton a pu contenir des quantités importantes de pesticides, quand la laine provenait de pays où les moutons étaient entièrement et régulièrement trempés dans des bains d'insecticides (dont lindane aujourd'hui interdit dans de nombreux pays) pour les protéger des tiques et d'autres parasites. Les fabricants sont théoriquement sensibilisés à ces questions et leurs produits font normalement l'objet de divers contrôles, du point de vue de leur allergénicité notamment. Dans des conditions particulières, ces matières premières peuvent aussi avoir solubilisé des toxiques solubles dans le gras tels que les dioxines, furanes, PCB, etc.

Néanmoins, divers colorants et additifs peuvent contenir des métaux lourds toxiques. Ainsi une étude faite dans le cadre d'une campagne Campaign for safe cosmetics, par une association américaine de défense des consommateurs a montré qu'en 2007, on trouve encore du plomb dans 61 % des 33 marques de rouges à lèvres testées, vendues aux États-Unis ; les taux de plomb variaient de 0,03 à 0,65 ppm, doses qui restent relativement faibles, mais apposées sur des muqueuses, et susceptibles d'être en contact avec des aliments. Dans un tiers des cas, ces rouges à lèvres contenaient plus de plomb qu'il n'en serait autorisé dans les bonbons (0,1 ppm), mais il n'y a pas aux États-Unis de norme pour les métaux lourds dans ce type de maquillage. Cette étude a montré que les rouges à lèvres les plus chers étaient souvent ceux qui en contenaient le plus[9]. La graisse de requin est utilisée pour donner l'effet brillant aux rouges à lèvres.

Certains rouges à lèvres contiennent des oxydes de fer (nanoparticules), alors qu'il n'a pas été vérifié que ces particules ne puissent pas franchir la barrière cutanée[10].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en)The Slightly Gross Origins of Lipstick
  2. a, b, c et d Laurance N'Kaoua, « Le rouge à lèvres dans tous ses états », Les Échos, no 19980,‎ 10 août 2007, p. 20
  3. L'attirance pour le rouge à lèvre serait hormonale !
  4. Parfums et cosmétiques sur larousse.fr
  5. a, b, c, d, e et f Tess Lochanski, « Lipstick Traces », Obsession, no 10,‎ mai 2013, p. 104 à 107 (ISSN 0029-4713)
  6. Le rouge à lèvres Rouge Baiser est évoqué dans le 296e des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.
  7. Note : Le film Rouge Baiser fait implicitement référence au rouge à lèvres.
  8. Clair Mabrut, « 80 ans de baisers », sur lefigaro.fr, Madame Figaro,‎ 16 octobre 2007 (consulté le 5 mai 2013)
  9. Page consacrée au rapport "Poison Kiss" de la campagne nord-américaine Safe Cosmetics
  10. http://www.irsst.qc.ca/files/documents/PubIRSST/R-455.pdf (page 33)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Valentine Pétry et Marion Vignal, « Le rouge absolument », L'Express Styles, no 3201,‎ 7 novembre 2012, p. 128 à 133 (ISSN 0014-5270)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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