Politique aux Fidji

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Politique aux Fidji
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La vie politique des Fidji est marquée par une division ethnique importante entre Fidjiens de souche (ou mélano-fidjiens) et Indo-fidjiens. Les deux grands partis, le SDL et les travaillistes reflètent aujourd’hui cette division.

On y relève également une relative instabilité de régime puisque quatre coups d’État s’y sont déroulés et trois constitutions ont été adoptées depuis 1970, date de son indépendance. La reconnaissance institutionnelle des droits des différentes communautés a été la cause, ou la justification, principale des coups d’État successifs. La constitution reconnaît en effet certains droits aux mélanésiens autochtones, leur accordant notamment le monopole sur la propriété de la terre.

1970-1977 : du temps de la Pacific Way[modifier | modifier le code]

Durant les premières années d’indépendance, les observateurs virent en Fidji un modèle de démocratie et d’harmonie interethnique. Cette harmonie reposait sur le fameux concept inventé par Kamisese Mara de Pacific Way ou « voie pacifique »[1], autrement dit que dans un Pacifique Sud pacifié, tout problème trouvait sa solution dans la négociation, le consensus et la palabre.

La constitution de 1970[modifier | modifier le code]

À la veille de l’indépendance, Ratu Kamisese Mara (Alliance Party) et Sidiq Koya (National Federation Party) trouvèrent après de difficiles négociations un compromis sur de nouvelles institutions. Comme le voulait l’Alliance Party de Mara, Fidji restait au sein du Commonwealth, en conséquence de quoi, le chef de l’État était le souverain britannique représenté sur place par un gouverneur général. Robert Forster qui occupait déjà ce poste depuis 1966 y fut confirmé jusqu’en 1973, date à laquelle Ratu George Cakobau, lui succéda. Le gouverneur général possédait un droit de dissolution de la Chambre de représentants sur proposition du Premier ministre.

Le système législatif au départ unicaméral fut réformé en 1972 avec la création d’un sénat. Ce sénat se composait à l’époque de 22 membres dont 8 étaient nommés sur proposition du Grand Conseil des Chefs[2], 7 par le Premier Ministre, 6 par le chef de l’opposition et 1 par le Conseil de Rotuma[3]. La chambre basse appelée Chambre des représentants était pour sa part constituée de 52 membres élus pour une période de 5 ans selon un double système de scrutin.

  • 27 de ses membres étaient élus au suffrage communautaire ou particulier, c’est-à-dire que chaque communauté élisait ses propres représentants : 12 pour les mélano-fidjiens, 12 pour les indo-fidjiens et 3 pour les électeurs généraux, autrement dit les autres ethnies (Européens pour l’essentiel).
  • les 25 autres membres étaient quant à eux élus dans un scrutin national au suffrage universel. Parmi ces 25 sièges 10 étaient réservés à des mélano-fidjiens, 10 à des indo-fidjiens et 5 à des membres généraux[4].

Enfin l’exécutif était à la charge du Cabinet composé du Premier ministre et de son gouvernement. Celui-ci était nommé par le gouverneur général sur proposition de la Chambre des représentants devant laquelle il était responsable.

Les élections générales de 1972[modifier | modifier le code]

C’est dans un climat apaisé que se déroula la campagne électorale des premières élections générales depuis l’indépendance. Les meetings de chacun des deux grands partis avaient lieu face un auditoire multiethnique, ceux de l’Alliance Party débutant généralement par le salut traditionnel indien alors que les discours des dirigeants du NFP évoquaient en termes élogieux l’importance de la tradition taukei (fidjienne).

Ces élections de 1972 virent l’Alliance remporter une large victoire, grâce en particulier aux 24 % d’indo-fidjiens ayant voté pour ses candidats.

Partis Scrutin communautaire Scrutin national Total
Alliance Party 15 sièges (12 fidjiens + 3 membres généraux) 18 sièges (7 fidjiens+ 7 indiens + 4 membres généraux) 33 sièges
National Federation Party 12 sièges (12 indiens) 7 sièges (3 indiens + 3 fidjiens + 1 membre général) 19 sièges

Au lendemain des élections, Mara fut confirmé à son poste de Premier ministre. Côté indo-fidjiens, cette défaite du NFP fut imputée à son chef Sidiq Koya qu’un certain nombre de membres de son propre parti commencèrent à critiquer ouvertement, lui reprochant entre autres d’être un yes man (trop servile, litt. « Oui M'sieur ») trop conciliant envers Mara. Parmi ceux-ci, citons Karam Chand Ramrakha, Irene Jai Narayan ou Jai Ram Reddy. À ce désaccord politique s’ajoutait une rivalité religieuse, Koya étant musulman, les trois autres hindous.

Du côté de l’Alliance Party, des dissensions se firent également sentir, en particulier de la part d’un chef coutumier de Rewa, Sakeasi Butadroka. Élu au scrutin communautaire de 1972 et ministre de l’industrie, il critiquait la politique selon lui trop consensuelle de Mara envers le National Federation Party et les indo-fidjiens. En 1974, il quitta le gouvernement pour fonder son propre parti, le Fijian National Party (FNP) avec pour slogan "Fiji for the Fijians".

Ces oppositions croissantes au sein des deux grands partis devaient aboutir à la radicalisation de leurs dirigeants respectifs et mettre un terme à leur « lune de miel » qui durait depuis l’indépendance. En 1975 à la demande du NFP, une commission indépendante composée de constitutionnalistes britanniques rendit un rapport dans lequel elle proposait de libérer les sièges du scrutin national de toute contrainte ethnique. Mara s’y opposa fermement. La même année Butadroka déposa à la chambre des représentants un projet de loi proposant le rapatriement immédiat de tous les indo-fidjiens vers leur pays d’origine, le prix du voyage et les dédommagements devant être à la charge du gouvernement britannique. Si Mara s’opposa au projet de loi, il semble que ce fut lui qui poussa en coulisse Butadroka à la proposer. Par ce double jeu, Mara, en fin stratège politique, espérait que ces propositions extrémistes et cette rhétorique anti-indienne discréditent définitivement Butadroka. La presse proche de l’Alliance Party[5] ne manqua du reste pas au lendemain de la présentation du projet de loi de qualifier ce dernier « stupide et raciste »[6].

1977-1987 : le temps des premières tensions[modifier | modifier le code]

Les élections de 1977 et la première crise constitutionnelle[modifier | modifier le code]

Si 24 % des indo-fijiens avaient voté pour l’Alliance Party au scrutin national des élections de 1972, ce chiffre tomba à 16 % à celles de 1977, nombre d’entre eux reprochant à Mara de n’avoir pas souscrit aux recommandations de la Commission britannique. À cela s’ajouta une percée du Parti nationaliste fidjien qui obtint deux sièges contre 24 pour le Parti de l'Alliance et 26 pour PNF de Sidiq Koya. Bien que sa majorité fut faible, ce dernier devait normalement et selon la constitution être appelé par le gouverneur général à former un gouvernement. Koya proposa alors à Mara de négocier la mise en place d’un gouvernement de coalition. Mara feignit d’accepter la négociation mettant au point dans le même temps avec son cousin George Cakobau, le gouverneur général, une tactique pour empêcher le PNF d’arriver aux affaires. Après quelques jours quelque peu confus, Cakobau nomma Mara Premier ministre qui, sachant pertinemment qu’il ne pouvait gouverner sans majorité à la Chambre des représentants, demanda immédiatement à Cakobau de dissoudre l’assemblée comme le lui permettait la Constitution. Les électeurs furent ainsi de nouveau appelés à voter en septembre 1977. Pour ces élections, le PNF se présenta divisé avec d’un côté les partisans de Sidiq Koya et de l’autre la « faction hibiscus » que venaient de créer Karam Chand Ramrakha, Irene Jai Narayan et Jai Ram Reddy qui dénonçaient la naïveté politique de Koya. Miné par ces divisions le NFP n’obtint que 15 sièges dont 12 occupés par des partisans de la faction hibiscus. Le Parti de l'Alliance et Mara qui axèrent leur campagne sur le thème de l’union en se présentant comme les seuls garants de la stabilité politique du pays obtinrent une large victoire avec 36 sièges auxquels s’ajoutait 1 siège pour le Parti nationaliste fidjien de Butadroka.

Les élections générales de 1982[modifier | modifier le code]

Pour ces élections, un nouveau parti fit son entrée dans l’arène politique fidjienne. Il s’agissait du « Western United Front » (WUF) dont le chef Ratu Osea Gavidi, représentait les intérêts des petits propriétaires terriens de la côte ouest de Viti Levu. Opposés à l’omnipotence et le rôle influent du Grand Conseil des chefs sur la vie politique, la tradition constituait selon ses membres essentiellement mélano-fidjiens un frein au développement économique de l’archipel[7]. Pour ces élections le WUF fit alliance avec le PNF avec pour slogan commun, « it’s time for change » (« il est temps de changer »).

Les élections donnèrent pour résultat une courte victoire du Parti de l'Alliance avec 28 sièges contre 24 pour la coalition NFP/WUF et aucun pour FNP de Butadroka. Cette victoire de l’Alliance Party fut en partie due au vote d’une majorité d’Indo-fidjiens de confession musulmane qui n’avaient qu’une confiance modérée en Reddy et le recul du FNP. L’alliance NFP/WUF dénonça au lendemain des résultats des fraudes électorales et l’aide financière qu’aurait reçue l’Alliance Party de la part du gouvernement australien. Suite à cette défaite Koya se retira de la vie politique. Lui succéda à la tête du NFP, Jai Ram Reddy

La création du Parti travailliste fidjien et l’espoir d’une société plurielle[modifier | modifier le code]

Le milieu des années 80 vit l’émergence d’un tout nouveau parti le Parti travailliste fidjien. Opposé à tout ostracisme et composé de membres appartenant à toutes les ethnies de l’archipel, ce parti devait bouleverser la vie politique fidjienne. Sa création coïncida avec la multiplication de conflits sociaux dans les années 1983-1984 : grève des enseignants, des dockers… Ces conflits s’expliquent en grande partie par les difficultés économiques que rencontra alors Fidji (augmentation du chômage liée aux contrecoups du choc pétrolier de 1979 sur la fréquentation touristique, graves dégâts causées par le cyclone de 1984…). S’inspirant de la politique monétariste de l’Amérique reaganienne des années 80, Mara répondit à ces difficultés par un plan d’austérité et une dérèglementation de l’économie. Parallèlement, il dénonça ces conflits sociaux comme « une manipulation soviétique »[8]. Il tenta également de contrer les syndicats en créant des syndicats concurrents acquis à sa cause. Ce fut un échec, ces derniers ne rencontrant que peu de succès. Bien au contraire, les syndicats dont l’action s’appuyait jusqu’alors sur des revendications essentiellement salariales et sociales, se politisèrent de plus en plus pour finalement fonder en juillet 1985, le Parti travailliste fidjien.

« Alors que la crise s’aggrave chaque jour, les syndicats ont fait de leur mieux pour travailler avec le gouvernement en place pour trouver des solutions équitables. La décision unilatérale de libéraliser les salaires a clairement indiqué que celui-ci ne souhaitait en aucune manière discuter avec les représentants des travailleurs fidjiens. En tant que responsable syndical, j’ai senti que nous devions réagir contre la politique du gouvernement, politique menaçant le bien-être non seulement de nos membres mais de l’ensemble des Fidjiens. Le moment est venu en effet de créer notre propre parti plutôt que de dépendre de la bonne volonté des partis qui ont fait la démonstration qu’ils ne représentaient que leurs intérêts particuliers. (…)Notre but est de proposer une réelle alternative aux partis en place et de créer une force qui réponde aux besoins et aux aspirations des Fidjiens. Notre but est de créer une vraie démocratie dans ce pays, démocratie dont les principes sont bafoués. Enfin, je réitère la volonté du Fiji Labour Party de faire quelque chose pour les minorités qui ont été trop longtemps négligées. » Discours de Bavadra lors de son investiture à la présidence du parti en juillet 1985[9].

Le programme du PLF s’appuyait sur une plateforme nettement de gauche, avec pour projet la nationalisation des industries vitales du pays, un salaire minimum… auxquels s’ajoutait une volonté de dépasser les clivages ethniques et fonder une conscience de classe multiethnique. C’est ainsi que si son président Timocy Bavadra était mélanésien, son secrétaire général Krishna Datt était quant à lui d’origine indienne.

1987-1999 : la fin du mythe de la Pacific Way[modifier | modifier le code]

Les élections générales d’avril 1987 et les coups d’État du 14 mai et 25 septembre[modifier | modifier le code]

Peu avant les élections, le Parti travailliste trouva un accord d’alliance avec le National Federation Party miné depuis 1984 par des divisions internes qui virent la démission de Reddy puis le retour de Sidiq Koya avant que finalement un certain Harish Sharma prennent la tête du parti en 1985. L’accord entre les deux partis reposait sur l’acceptation par le National Federation Party qu’un mélanésien, à savoir Timoci Bavadra, prenne la tête de la coalition en échange de quoi le parti travailliste acceptait de mettre en sourdine son programme économique. Il prévoyait également qu’en cas de victoire, le nouveau cabinet comprit autant de ministres d’origine indienne que mélanésienne.

La campagne électorale se déroula dans un climat tendu. Mara concentra ses critiques sur Bavadra à qui il reprocha d’être « vendu aux Indiens et de trahir son propre camp ». Les élections eurent lieu début avril. La coalition FLP/NFP remporta 28 sièges contre 24 pour l’alliance. Quant au WUF qui avait fait alliance avec certains dissidents du NFP, de même que les nationalistes de Butadroka n’obtinrent aucun siège.

Ce fut une onde de choc dans tout le pays. Après près de 20 ans de règne sans partage, l’Alliance Party de Mara était en passe de perdre le pouvoir. Mara reconnut publiquement sa défaite le 13 avril tandis que Bavadra était appelé à former le nouveau gouvernement. Sharma devint vice-Premier ministre tandis qu’un certain nombre d’Indiens obtenaient des ministères clés. Autre nouveauté, Bavadra qui n’était pas un chef coutumier obtenait en vertu de la constitution, la présidence du Conseil de chefs.

Quelques jours après la nomination de Bavadra, certains de ces chefs coutumiers dont Butadroka ainsi que le numéro deux de l’Alliance Party Apisai Tora se réunirent pour fonder un mouvement plus ou moins clandestin le « Taukei Movement » dont l’objectif était de renverser le gouvernement. Lors d’un entretien donné au Times de Londres[10] Tora déclara ainsi « Nous allons retrouver nos droits vendus à Londres en 1970. Nous n'avons aucun besoin de votre système, votre démocratie. Nous n'accepterons jamais que l'on nous impose un pouvoir étranger. Les Indiens nous ont déjà écartés du pouvoir économique. Aujourd'hui nous voulons Fidji pour les Fidjiens. Nous avons accueilli ces indiens que les Britanniques nous ont imposés. Nous les avons laissés vivre en paix, se faire de l'argent sur le dos de notre générosité. Il n'y a jamais eu d'actes de réciprocité. Ils ne connaissent pas notre langue, nos coutumes. Il est temps pour eux de faire leur bagage et de partir »[11]

Le 23 avril, Tora lança un appel à la désobéissance civile alors que des manifestations étaient organisées dans les principales villes du pays. Les routes furent bloquées, des commerces indiens pillés, les maisons des principaux dirigeants du NFP brûlées… Bavadra fit arrêter Tora, accusant parallèlement la CIA et les services secrets australiens d’être derrière les agitateurs[12]. Pendant ce temps Kamisese Mara se fit des plus discrets. Il se rendit même à Hawai'i début mai pour dit-il « visiter quelques amis ».

Ce fut finalement l’armée qui à l’instigation du Conseil des chefs et du Taukei Movement décida d’intervenir. Le 14 mai au matin, une escouade de 10 soldats dirigée par un jeune lieutenant apparenté à la chefferie Bau, Sitiveni Rabuka, prit d’assaut le Parlement. Dans le même temps d’autres soldats s’emparaient des ministères principaux et du principal central téléphonique de l’île. À 15 heures sans qu’un seul coup de feu fût tiré, l’affaire était terminée. Rabuka qui s’autoproclama immédiatement Colonel fit une conférence de presse dans laquelle il annonça avoir pris le contrôle du gouvernement et la suspension de la constitution.

Dès le lendemain, la communauté internationale condamna officiellement le coup de force, le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher refusant de reconnaître le nouveau gouvernement. Fidji faisant partie du Commonwealth et le chef de l’État étant officiellement la reine Élisabeth se posait en effet le problème légal[13]. La Cour suprême fidjienne déclara ainsi le coup d’État illégal et anticonstitutionnel. Des négociations s’ouvrirent entre celle-ci et le gouverneur général, Ratu Sir Penaia Ganilau qui le 23 septembre proposa le renvoi de Rabuka et la formation d’un gouvernement d’unité nationale comprenant également des indo-fidjiens. Mais le 25 septembre, Rabuka craignant de perdre les bénéfices du premier coup d’État annonça non plus la suspension de la constitution de 1970 mais son abrogation définitive et proclama la République fidjienne.

La République des Fidji (1987-1999)[modifier | modifier le code]

En décembre 1987, les Fidji reviennent à un semblant de normalisation avec la formation d’un gouvernement civil. Mara qui avait fini par se rallier aux putschistes en prit la tête alors que Rabuka conservait les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur. Ce n’est qu’en 1990 qu’une nouvelle Constitution fut finalement adoptée venant institutionnaliser la domination politique des Mélano-Fidjiens sur les autres communautés.

Devenu une république, le chef de l’État était désormais un président nommé et issu du Grand Conseil des chefs pour une période de cinq années. Le premier président fidjien fut le précédent gouverneur général, Ratu Sir Penaia Ganilau. Le Sénat fut élargi à 32 membres avec un nouveau mode de désignation puisque désormais 24 des sénateurs étaient nommés par le Conseil des chefs, 9 par le président de la République et 1 par le conseil des chefs de Rotuma. Quant à la chambre des Représentants, elle se composait désormais de 70 sièges dont 37 étaient réservés à des Mélano-Fidjiens, 27 à des indiens et 5 à des Membres généraux et 1 pour Rotuma tous élus au scrutin communautaire, le scrutin national étant aboli.

Les premières élections générales dans le cadre de ces nouvelles institutions eurent en 1992. Rabuka créa pour celles-ci un tout nouveau parti le Soqosoqo ni Vakavulewa ni Taukei[14] ou SVL venant remplacer l'Alliance Party qui avait décidé au lendemain des coups d’État de 1987 de s’auto-dissoudre. Le parti travailliste était quant à lui désormais dirigé par un indien, Mahendra Chaudhry. Il avait succédé à ce poste en 1991 à Kuini Speed, la veuve de Timocy Bavadra qui s’était éteint de mort naturelle en 1989.

C’est sans surprise que le SVL remporta une large victoire, avec 32 des 37 sièges réservés aux Mélano-Fidjiens plus celui de Rotuma, les 5 autres allant aux nationalistes de Butadroka. Les 27 sièges réservés au indo-fidjiens se répartirent en le National Federation Party qui en obtint 14 et les travaillistes 13. Enfin les 5 sièges des membres généraux revinrent aux "General Voters Party".

Rabuka fut appelé à former le nouveau gouvernement tandis que Mara était nommé président de la République.

En 1994, la Chambre des représentants fut dissoute et les électeurs de nouveau appelés à voter. Cette dissolution fit suite à des oppositions internes au sein du SVL et plus particulièrement du Ministre des Finances de gouvernement Rabuka, Josefata Kamikamica. Il décida peu avant les élections de fonder son propre parti le "Fijian Association Party" (FAP) que rejoignit la veuve de Bavadra, Kuini Speed. Le FAP était favorable à un retour à plus de représentativité de la communauté indienne. Il faut dire qu’un grand nombre d’Indiens, souvent les plus riches, s’était exilé après les coups d’État de 1987 soit en Australie soit en Inde et désormais les Mélanésiens étaient de nouveau majoritaires dans le pays. Parallèlement Fidji connaissait une forte récession due au départ de ces mêmes Indiens qui bien souvent détenaient les rênes de l’économie locale, mais également à la fuite des capitaux étrangers, l’archipel souffrant d’une réputation d’État ségrégationniste et instable.

Ces élections n’apportèrent que peu de changements par rapport à celles de 1992. Le SVL remporta 33 sièges, le FAP cinq sièges, le "General Voters Party" également cinq sièges, le NFP, 20 sièges et les travaillistes seulement sept sièges soit une perte de six par rapport à 1992. Quant aux nationalistes de Butadroka, qui avaient de nouveau axé leur campagne sur le rapatriement de tous les Indiens, ils perdirent les 5 sièges remportés en 1992.

Rabuka fut confirmé à son poste de Premier ministre promettant de réformer la Constitution. En 1995, Kamisese Mara toujours président de la République créa une Commission constitutionnelle composée de trois membres : un Mélano-Fidjien membre de l’ancien Alliance Party, Tomasi Vakatora, un universitaire Indo-fidjien, Brij Lal ; l’ancien gouverneur général britannique en Nouvelle-Zélande et évêque anglican, Paul Reeves. Ils émirent un certain nombre de recommandations qui aboutirent à la réforme constitutionnelle de 1997. Par cette réforme, les Fidji reviennent à un système de double scrutin pour les élections de la Chambre des représentants. Désormais sur 71 de ses membres, 46 étaient élus au scrutin communautaire (23 sièges étant réservés à des Mélano-Fidjiens, 19 à des Indo-fidjiens, 3 à des membres généraux et 1 pour Rotuma). Les 25 autres membres étaient élus quant à eux au suffrage universel sans aucune restriction quelconque en ce qui concerne l’appartenance ethnique et ce contrairement à l’ancien scrutin national institué par la Constitution de 1970.

1999-2006 : d’un coup d’État à l’autre[modifier | modifier le code]

Le gouvernement Chaudhry et le coup d’État de mai 2000[modifier | modifier le code]

En mai 1999, les élections législatives qui suivirent cette réforme portèrent pour la première fois de son histoire, un Indo-Fidjien à la tête du gouvernement en la personne de Mahendra Chaudhry. Ce gouvernement fut de courte durée puisqu’un an plus tard, en mai 2000, il fut renversé par un coup d’État mené par George Speight. L’armée dirigée par Frank Bainimarama imposa alors la loi martiale et, malgré des tentatives de mutineries, rétablit l’ordre. George Speight fut arrêté et condamné.

Le gouvernement Qarase et le coup d’État de décembre 2006[modifier | modifier le code]

En juillet 2000, Laisenia Qarase fut nommé Premier ministre par intérim. En octobre 2000, son gouvernement fut déclaré inconstitutionnel par la cour d’appel du pays. Cependant, il fut légalement élu comme Premier ministre en 2001 puis en 2006, après les élections législatives qui se tinrent du 6 au 13 mai.

Qarase se montra inflexible en refusant toute idée d’alliance avec Mahendra Chaudhry, malgré la Constitution qui stipule l'obligation d'intégrer au gouvernement des membres de l'opposition.

Le 5 décembre 2006, à 6 h 00 GMT, le gouvernement est renversé par l’armée toujours dirigée par Frank Bainimarama. En janvier 2007, ce dernier se fait attribuer le poste de Premier ministre par le président Iloilo, et dirige un gouvernement de transition composé de civils (à la seule exception de Bainimarama lui-même), dont l'ancien Premier ministre Mahendra Chaudhry, qui occupe le poste de ministre des Finances. L'équipe de Bainimarama gouverne sans Parlement.

Des élections libres et démocratiques ont été promises pour "début 2009", suite à la préparation d'une "Charte du Peuple" (People's Charter), qui devra « rebâtir Fidji et en faire une nation libre de clivages raciaux, […] unie, bien gouvernée et réellement démocratique » [1], d'après le gouvernement Bainimarama.

Bainimarama affirme avoir renversé Qarase car celui-ci menait les Fidji « sur le chemin de la destruction » [2]. Bainimarama reprochait au Premier ministre, de tendance nationaliste indigène, ses politiques de « discrimination positive » au bénéfice des indigènes - qui, aux yeux de Bainimarama (lui-même indigène), exacerbaient les tensions interethniques. En 2001, Qarase avait déclaré devant le Grand Conseil des Chefs qu'il était nécessaire de « garantir la suprématie des intérêts des indigènes », souvent défavorisés sur le plan économique. Le gouvernement de Bainimarama, à l'inverse, déclare son intention de résoudre les tensions intercommunautaires en évitant toute politique économique fondée sur la différentiation ethnique, et en abolissant les listes électorales communautaires, pour les remplacer par des listes sans distinction ethnique entre les citoyens.

À ce jour, les Fidji demeurent suspendues du Commonwealth, et les membres du gouvernement et de l'armée ont été frappés de sanctions par certains pays, notamment la Nouvelle-Zélande. Les pays voisins maintiennent une pression continue pour exiger un retour rapide à la démocratie.

Août-Septembre 2013 : nouvelle Constitution[modifier | modifier le code]

Tant promise et tant annoncée par le nouveau gouvernement de Frank Bainimarama, la nouvelle Constitution des Fidji est présentée le 23 août 2013. Les Fidjiens ont jusqu'au 6 septembre 2013 pour apporter leurs commentaires. Abolissant le principe de séparation ethnique qui prévalait - et donnait une importance aux Fidjiens d'origine mélanésienne au détriment des Fidjiens d'origine indienne - cette nouvelle constitution réduit le nombre de députés élus (50 au lieu des 71 actuels). Toutefois, malgré la transparence annoncée et la confirmation de certains droits, cette nouvelle Constitution suscite des réserves et des critiques[15],[16],[17]. Au 9 septembre 2013, le président de la République donne son aval à cette constitution, qui doit donner lieu le 17 septembre 2014 aux premières élections depuis le putsch de 2006[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C’est également le titre de son autobiographie parue en 1996
  2. Appelé en fidjien Bose Levu Vakaturaga
  3. Le sénat fut élargi en 1987 à 32 membres
  4. Chaque électeur quelle que soit son origine votait quatre fois, une fois pour élire son représentant ethnique au scrutin communautaire et trois fois au scrutin national, pour élire un mélano-fidjien, un indo-fidjien et un membre général. Chaque parti présentant ainsi au scrutin national des candidats des trois ethnies.
  5. Le Fiji Times
  6. William Sutherland, Beyond the politics of race, 1992
  7. Région la plus prospère du pays (canne à sucre, tourisme) la côte ouest est généralement considérée comme plus occidentalisé moins soumise au chefferie, bien que Gavidi soit lui-même un chef.
  8. Il est vrai que le début des années 80 fut marqué par une politique diplomatique que certains ont qualifié d’offensive de la part de l’Union soviétique dans le Pacifique Sud (signature d’accords de pêche avec le Vanuatu, le Kiribati…)
  9. Cité par William Sutherland, Beyond the politics of race, 1992.
  10. Précision pour ne pas confondre avec le Fiji Times
  11. Cité par William Sutherland, Beyond the politics of Race, 1992.
  12. L’une des premières mesure de Bavadra avait en effet été l’ouverture d’une ambassade soviétique à Suva
  13. La France isolée diplomatiquement dans la région (Rainbow Warrior, événements de Nouvelle-Calédonie) s’empressa au contraire de reconnaître le gouvernement Rabuka
  14. Littéralement parti politique fidjien
  15. http://www.radioaustralia.net.au/french/2013-08-23/la-nouvelle-constitution-fidjienne-est-arriv%C3%A9e/1180264
  16. http://www.radioaustralia.net.au/french/2013-08-26/laustralie-accueille-favorablement-la-nouvelle-constitution-fidjienne/1181038
  17. http://www.radioaustralia.net.au/french/2013-08-30/mahendra-chaudhry-nappr%C3%A9cie-pas-la-r%C3%A9action-du-gouvernement-australien/1183511
  18. http://www.radioaustralia.net.au/french/2013-09-09/la-constitution-fidjienne-adopt%C3%A9e-apr%C3%A8s-la-sanction-pr%C3%A9sidentielle/1187715

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sutherland, William, Beyond the politics of Race, 1992
  • (en) Larmour, Peter, A Foreign Flower"? Democracy in the South Pacific, Pacific Studies, Vol. 17, 1994
  • (en) Lal, Brij V., Before the Storm: An Analysis of the Fiji General Election of 1987, Pacific Studies Journal vol 12, 1988.
  • (en) Tagupa, William E., The 1987 Westminster Constitutional Crisis in Fiji, Pacific Studies Journal vol 12, 1988.

NB : En dehors de l’ouvrage de Sutherland, tous ces articles ou ouvrages sont téléchargeables sur différent serveurs (IRD; Scholarly Publication Center-Brigham Young University…) . Liens disponibles à cette adresse http://bibliotheque.langues-oceaniennes.org

  • (fr) Marion Bastogi, Le gouvernement pluraliste en Nouvelle-Calédonie et aux Fidji, SCEREN-CDP Nouvelle-Calédonie, Nouméa, 2008, 326 p. (ISBN 978-2-35036-030-0) (texte remanié d'une thèse de doctorat de Droit public, Montpellier 1, 2006)
  • (fr) Viviane Cretton, Conflit et médiation à Fidji : "cérémonies du pardon" et enjeux du coup d'Etat de 2000, L'Harmattan, 2007, 326 p. (ISBN 978-2-296-04335-0) (texte remani d'une thèse de doctorat d'Anthropologie sociale et ethnologie, EHESS, 2005)
  • (fr) Élise Huffer, Grands hommes et petites îles : la politique extérieure de Fidji, de Tonga et du Vanuatu, Éd. de l'ORSTOM, Paris, 1993, 305 p. (ISBN 2-7099-1125-6) (texte remanié d'une thèse d'État de Science politique, Aix-Marseille 2, 1991)
  • (fr) Élise Huffer, Fidji ou la "Pacific way" : une histoire contemporaine du rôle de Fidji dans la région océanienne, 1970-1992, Centre de documentation pédagogique Nouvelle-Calédonie, Nouméa, 1998, 105 p. (ISBN 2-913090-13-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]