Charles de Villers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Charles de Villers

Charles François Dominique de Villers, né à Boulay-Moselle le 4 novembre 1765 et mort à Göttingen le 26 février 1815, est un écrivain français, connu surtout pour avoir diffusé en France la pensée de Kant. Médiateur infatigable, il a consacré sa vie à faire connaître en France les richesses de la pensée et de la culture allemandes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après ses études au collège des bénédictins de Metz, Charles Villers (dont le nom ne comporte pas encore de particule) s'engage dans la carrière militaire. Il devient élève de l'école d’application d’artillerie de Metz, puis capitaine à Toul. Comme d'autres officiers de l'époque, tel le colonel d’artillerie Armand Marie Jacques de Chastenet de Puységur, il s'intéresse au magnétisme animal.

Pendant la Révolution, à la suite d'un écrit De la Liberté il est obligé d'émigrer et séjourne d'abord en Westphalie, puis s'inscrit en 1796 comme étudiant à l'université de Göttingenoù il sera en contact avec les professeurs les plus illustres. Il y fera la connaissance de Dorothea Schlözer, fille de l'historien August Ludwig Schlözer, première femme docteur en philosophie de cette université et épouse du Sénateur Matthäus von Rodde de Lübeck. C'est dans leur maison de Lübeck qu'il séjourne ensuite de 1797 à 1811 et collabore à la revue Le Spectateur du Nord, fondée par Amable de Baudus et publiée à Hambourg, avec d'autres émigrés français. Il publie en 1801 son grand ouvrage Philosophie de Kant qui suscite des critiques diverses en France et est sollicité par Napoléon pour un exposé sur cette philosophie .

Cet ouvrage est suivi en 1804 par un Essai sur l'esprit et l'influence de la Réformation de Luther qui remporte le prix du concours proposé par l'Institut national de France. Pendant les années de l'occupation de l'Allemagne, Villers s'efforce d'atténuer les maux infligés par les troupes françaises à son pays d'adoption et attire l'attention des militaires sur les richesses cachées de l'Allemagne qu'il entend protéger et diffuser. La lettre qu'il écrit à Fanny de Beauharnais pour l'informer des exactions commises par les troupes à Lübeck aura pour effet de lui attirer une persécution de la part du Maréchal Davoust.

Obligé par ce dernier de quitter Lübeck, Villers devient ensuite professeur de littérature française à l'université de Göttingen et sociétaire de l'Académie royale des sciences de cette ville. C'est d'ailleurs en partie grâce à lui et à son Coup d'oeil sur les universités et le mode d'instruction publique de l'Allemagne protestante, en particulier du royaume de Westphalie , écrit en 1808, que l'université de Göttingen a pu éviter d'être supprimée. Il est à cette époque en contact avec la cour du roi Jérôme, frère de Napoléon, à Kassel et fréquente à Göttingen Benjamin Constant qui est devenu son ami. Malheureusement Villers est de nouveau victime des circonstances historiques. Après le départ des Français il est destitué de son poste de professeur en 1814. Alors qu'il a travaillé toute sa vie à un rapprochement des cultures française et allemande, il se voit rejeté successivement par l'un et l'autre pays. Malgré les efforts de ses amis haut-placés il ne retrouvera pas sa position et meurt des suites d'une attaque cérébrale le 26 février 1815, pleuré et regretté par ses amis et ses étudiants.

Villers a entretenu toute sa vie des contacts et une correspondance avec les hommes les plus illustres de son temps. En Allemagne il admirait tout particulièrement Jacobi, Jean Paul et Goethe.

En 1803 Villers avait rencontré à Metz Madame de Staël avec qui il entretenait depuis plus d'un an une correspondance. L'influence de Villers sur l'ouvrage de cette dernière De l'Allemagne, dont Villers écrira la préface pour l'édition de 1814, est indéniable. Dans les dernières années de sa vie Villers donne des cours de littérature française à l'université de Göttingen. Son Erotique comparée de 1806 fait de lui un des premiers comparatistes et un précurseur d'une littérature qui s'appuie sur des ressources médiévales et nationales, annonçant par là le romantisme.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Magnétiseur amoureux (1787). Réédition : Vrin, Paris, 2006.
  • De la Liberté : son tableau et sa définition ; ce qu'elle est dans la société ; moyens de l'y conserver (1791)
  • Lettres Westphaliennes (1797)
  • Notice littéraire sur M. Kant et sur l'état de la métaphysique en Allemagne au moment où ce philosophe a commencé d'y faire sensation (1798)
  • Idée de ce que pourrait être une histoire universelle dans les vues d'un citoyen du monde (1798)
  • Critique de la raison pure (1799). Résumé de l'œuvre de Kant.
  • Philosophie de Kant, ou Principes fondamentaux de la philosophie transcendentale (1801)
  • Lettre de Charles Villers à Georges Cuvier sur une nouvelle théorie du cerveau, par le Dr Gall, ce viscère étant considéré comme l'organe immédiat des facultés morales (1802)
  • Esquisse de l'histoire de l'Église, depuis son fondateur jusqu'à la réformation, pour servir d'Appendice à l'Essai sur l'esprit et l'influence de la réformation de Luther (1804)
  • Essai sur l'esprit et l'influence de la réformation de Luther, ouvrage qui a remporté le prix sur cette question proposée dans la séance publique du 15 germinal an X, par l'Institut national de France : Quelle a été l'influence de la réformation de Luther sur la situation politique des différens États de l'Europe, et sur le progrès des lumières ? (1804)
  • Lettre à Mme la comtesse Fanny de Beauharnais, contenant un récit des événements qui se sont passés à Lübeck dans les journées du jeudi 6 novembre 1806 et les suivantes (1807)
  • Coup d'œil sur les universités et le mode d'instruction publique de l'Allemagne protestante, en particulier du royaume de Westphalie (1808)
  • Constitutions des trois villes libres-anséatiques, Lubeck, Bremen et Hambourg. Avec un mémoire sur le rang que doivent occuper ces villes dans l'organisation commerciale de l'Europe (1814)
  • Précis historique sur la présentation de la Confession d'Augsbourg à l'empereur Charles-Quint, par plusieurs princes, états et villes d'Allemagne, ouvrage posthume de Mr Charles de Villers, suivi du texte de la Confession d'Augsbourg. Nouvelle traduction française, accompagnée de notes (1817)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Monique Bernard, Charles de Villers et l'Allemagne. Contribution à l'étude du Préromantisme européen. Université Paul Valéry, Montpellier 1976. http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00981985
  • Peter Winterling, Rückzug aus der Revolution, e. Unters. zum Deutschlandbild u. zur Literaturtheorie bei Madame de Staël u. Charles de Villers, Rheinfelden : Schäuble, 1985. (ISBN 3-87718-763-3)
  • Kurt Kloocke (Hrsg.), Correspondance Madame de Staël ; Charles de Villers ; Benjamin Constant, établissement du texte, introduction et notes par Kurt Kloocke avec le concours d'un groupe d'étudiants, Frankfurt am Main ; Berlin ; Bern ; New York ; Paris ; Wien : Lang, 1993 (ISBN 3-631-46107-0)
  • Louis Wittmer, Charles de Villers, 1765-1815. Un intermédiaire entre la France et l'Allemagne et un précurseur de Mme de Staël, Genève 1908