Projet du Suroît

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Le Projet du Suroît est un projet de construction d'une centrale thermique au gaz naturel à cycle combiné proposé par Hydro-Québec au début des années 2000. La centrale de 836 mégawatts[1] devait être érigée à Beauharnois, une ville située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Montréal. Un mouvement d'opposition massif a forcé Hydro-Québec et le gouvernement du Québec à annuler le projet.

Contexte[modifier | modifier le code]

La fin des années 1990 a marqué, dans le monde occidental, le signal d'une prise de conscience de deux phénomènes. D'une part, la montée en puissance de l'économie en Asie, ralentie par la crise économique asiatique de 1997 a accru la demande de combustible fossile. D'autre part, les événements qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 sur New York et Washington, la Guerre contre le terrorisme et la Guerre d'Irak, ont eu un impact autant sur l'offre que la demande mondiale de pétrole.

D'autre part, cette période a aussi été marquée par une prise de conscience dans la population de plusieurs problèmes urgents sur le plan environnemental. La signature du protocole de Kyoto en 1997 a sonné l'alarme au sujet des gaz à effet de serre et les appels en faveur de la protection de l'atmosphère terrestre se multiplient.

Pour l'industrie de l'électricité nord-américaine, la conjoncture est défavorable. Il est de plus en plus difficile d'obtenir les autorisations nécessaires pour construire une nouvelle centrale électrique ou une ligne à haute tension, comme l'a appris Hydro-Québec lors de controverses comme celles de la ligne sous-fluviale de Grondines, l'échec du projet Grande-Baleine et l'opposition à la ligne Hertel-Des Cantons, après le verglas massif de 1998. Après 30 années de construction pratiquement ininterrompue, Hydro-Québec cesse de construire au terme de la deuxième phase du projet de la Baie-James.

La proposition d'Hydro-Québec[modifier | modifier le code]

Pour ces raisons, le président directeur-général d'Hydro-Québec, André Caillé, propose la construction d'une centrale à cycle combiné au gaz naturel en septembre 2001. La centrale du Suroît serait construite sur un terrain situé à proximité de la centrale hydroélectrique de Beauharnois.

M. Caillé, qui dirigeait le distributeur québécois de gaz naturel Gaz Métro avant de se joindre à Hydro-Québec, vante son projet en invoquant le fait que le gaz naturel est moins polluant que le diesel lourd brûlé à la centrale de Tracy, une usine vieille de 35 ans qui n'est utilisée que lors des pointes de consommation en janvier.

De plus, l'usine, qui aurait été construite par General Electric, aurait utilisé la technologie 7H, considérée beaucoup moins polluante que les précédentes. Le niveau d'émission estimé de la centrale aurait été de 346 tonnes de gaz carbonique par gigawattheure, soit environ la moitié de la moyenne d'émission des centrales thermiques canadiennes[1]. Cependant, la contribution de cette usine aux émissions québécoises de gaz à effet de serre, de l'ordre de 2,25 millions de tonnes ou 2,8 % du total des émissions québécoises, aurait été substantielle[2].

Le mouvement d'opposition[modifier | modifier le code]

Assez rapidement, le gouvernement de Bernard Landry se rend compte que la construction d'une telle centrale sera mal reçue par le public. Il suspend le projet et se concentre sur une entente avec les Cris afin de reprendre la construction de centrales dans le Nord-du-Québec. La Paix des Braves signée en 2002 avec le Grand Conseil des Cris permet la construction de deux projets : la centrale Eastmain-1 et la dérivation partielle de la rivière Rupert[3]. De plus, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a soumis, le 13 février 2003, un rapport d'évaluation qui refuse de de souscrire au projet. Le « projet augmenterait de façon substantielle les émissions de gaz à effet de serre au Québec et que ces émissions pourraient compromettre la démarche du Québec et réduire sa marge de manœuvre face au protocole de Kyoto », conclut le BAPE[4].

Avec l'arrivée d'un nouveau gouvernement après l'élection de 2003, Hydro-Québec soumet à nouveau son projet de centrale thermique. Pendant ce temps, la presse commence à rapporter le niveau anormalement bas des réservoirs d'Hydro-Québec[2]. Malgré les projets de construction de nouveaux aménagements hydroélectriques sur les rivières Sainte-Marguerite et Toulnustouc, la direction de la société d'État pense qu'elle ne pourra suffire à la demande entre 2005 et 2009 et que la construction du Suroît est nécessaire, parce qu'elle peut être construite rapidement au coût de 550 millions CAD[1].

Le 13 janvier 2004, le ministre responsable, Sam Hamad et André Caillé annoncent un « projet amélioré », malgré l'opposition de certains membres du gouvernement, dont le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair[5].

Pendant ce temps, l'opposition au projet, menée par l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et la Coalition Québec vert Kyoto, se fait de plus en plus entendre. Un sondage mené par Léger Marketing pour le compte de Greenpeace en janvier 2004 démontre que 67 % des personnes interrogées sont « plutôt ou totalement en désaccord » avec la construction de la centrale au gaz[2]. L'opposition se manifeste également dans les rues. Quelque 4 000 personnes défilent devant le siège social d'Hydro-Québec à Montréal pour demander l'annulation du projet, le 1er février 2004, à l'appel d'une coalition d'organismes écologistes[3].

Une semaine après la manifestation de Montréal, le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, demande à la Régie de l'énergie du Québec de tenir audience à ce sujet et de faire des recommandations, le 9 février 2004[6].

La Régie tient une semaine d'audiences publiques en mai 2004, où Hydro-Québec est sommée de s'expliquer. Le 5 juillet 2004, la Régie publie son avis, qui contient 16 recommandations au gouvernement. L'avis soutient notamment que « le projet du Suroît n’est pas indispensable à la sécurité des approvisionnements en électricité », mais qu'il est « souhaitable dans la situation actuelle de précarité et surtout de dépendance vis-à-vis des importations »[1].

Les recommandations privilégient la filière hydroélectrique, le développement éolien et le renforcement des programmes d'efficacité énergétique pour faire face à la croissance des besoins en énergie. Elle demande aussi au gouvernement de forcer Hydro-Québec à communiquer publiquement le niveau de ses réservoirs, une information qui était considérée stratégique et gardée secrète.

L'annulation du projet[modifier | modifier le code]

Entretemps, la météo et un long conflit de travail à l'usine ABI de Bécancour donnent un coup de pouce aux opposants au projet du Suroît. Les pluies abondantes de l'été 2004 ont rempli les grands réservoirs du nord du Québec et Hydro-Québec dispose d'une marge de manœuvre de 24 TWh (24 milliards de kilowattheure), soit l'équivalent de quatre années de production de la centrale projetée[7].

Le ministre Hamad annonce, le 17 novembre 2004, que le gouvernement « retire son autorisation de réaliser le projet » et privilégie la construction de nouvelles centrales hydroélectriques — la centrale de la Péribonka et le complexe de la Romaine —, l'expansion du parc de production éolien, l'accroissement des objectifs des programmes d'efficacité énergétique d'Hydro-Québec et la construction d'une centrale à cycle combiné de 507 MW par TransCanada Energy à Bécancour, sa production achetée à long terme par Hydro-Québec Distribution[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Régie de l'énergie du Québec, « La Régie présente son avis sur la sécurité énergétique des Québécois à l’égard des approvisionnements électriques et la contribution du projet du Suroît »,‎ 5 juillet 2004 (consulté le 21 mars 2009)
  2. a, b et c Vicky Boutin, La saga du Suroît, L'annuaire du Québec 2005, Montréal, Fides,‎ 2004 (ISBN 978-2-7621-2568-9), p. 554-557
  3. a et b Jeanne Corriveau, « Un énorme «non» à la centrale du Suroît », Le Devoir,‎ 2 février 2004 (lire en ligne)
  4. Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, « Projet de centrale à cycle combiné du Suroît par Hydro-Québec à Beauharnois. Le BAPE rend public son rapport d'enquête et d'audience publique »,‎ 13 février 2003 (consulté le 21 mars 2009)
  5. Robert Dutrisac, « Feu vert à la centrale au gaz », Le Devoir,‎ 13 janvier 2004 (lire en ligne)
  6. Sam Hamad, « Lettre de Sam Hammad à Lise Lambert, présidente, Régie de l'énergie du Québec », sur Demande d'avis du ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs relativement à la sécurité énergétique des Québécois à l'égard des approvisionnements électriques et la contribution du projet du Suroît (R-3526-2004), Régie de l'énergie du Québec,‎ 9 février 2004 (consulté le 21 mars 2009)
  7. Denis Lessard, « Le Suroît remis aux calendes grecques », La Presse,‎ 29 septembre 2004
  8. Gouvernement du Québec, « Communiqué c4483: Centrale du Suroît : le gouvernement du Québec retire son autorisation de réaliser le projet »,‎ 17 novembre 2004 (consulté le 21 mars 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]