Cartel Phœbus

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Le cartel Phœbus est un oligopole composé notamment de Philips, Osram et General Electric mis en place entre 1924 et 1939 dans le but de contrôler la fabrication et la vente des lampes à incandescence mais qui échoua finalement à contrer l'arrivée de compétiteurs mieux offrant.

Bien que peu étudié par les historiens de l'économie, ce cartel a fait l'objet d'un regain d'intérêt après avoir été mentionné dans des œuvres de fictions et des documentaires le dénonçant comme l'une des premières tentatives et donc l'échec d'application à grande échelle de l'obsolescence programmée, c'est-à-dire la planification industrielle pour sciemment limiter la durabilité des lampes en empêchant les progrès technologiques qui auraient permis la fabrication de lampes plus durables. Phœbus était officiellement une société suisse appelée Phœbus S.A. Compagnie industrielle pour le développement de l'éclairage.

Membres[modifier | modifier le code]

Les membres du Cartel Phœbus (qui a changé plusieurs fois de nom)[1] regroupaient les plus grands fabricants de lampes :

Ces sociétés possédaient toutes des parts de la société suisse Phœbus (proportionnellement à leurs ventes de lampes) qui s'est d'abord officiellement présentée comme « Phœbus S.A. Compagnie Industrielle pour le développement de l'éclairage ». Celles qui produisaient des lampes durant plus de 1 000 heures devaient payer des amendes au cartel.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Le cartel a été un moyen commode pour réduire les coûts. Il aurait déployé des efforts considérables pour limiter l'espérance de vie des ampoules à 1 000 heures[2] [réf. à confirmer] , alors qu'au même moment il faisait augmenter les prix, sans crainte de la concurrence. La standardisation des ampoules a été un effet secondaire de l'entente. Le cartel prétendait qu'une durée de vie plus longue ne pourrait être obtenue qu'au détriment de l'efficacité, que plus d'électricité serait gaspillée en chaleur et moins de lumière obtenue[3].

Le cartel Phœbus a divisé le marché mondial de la lampe en 4 catégories :

  • les territoires nationaux, les pays d'origine des fabricants individuels,
  • les territoires britanniques d'outre-mer, sous le contrôle de l'Associated Electrical Industries, Osram, Philips, et Tungsram,
  • les territoires communs, le reste du monde.
  • les territoires anglo-saxon

Fin du cartel[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1920, une union suédo-norvégo-danoise des entreprises (la société d'Europe du Nord Luma Co-op) a commencé à planifier un centre de fabrication indépendant. Les menaces économiques et de poursuites par Phœbus n'ont pas obtenu l'effet désiré, et en 1931, les Scandinaves produisaient et vendaient des lampes à un prix considérablement plus bas que Phœbus.

L'accord initial Phœbus expirait en 1955. Cependant, le début de la Seconde Guerre mondiale avait fortement perturbé le fonctionnement de l'entente. Les vestiges de l'entente Phœbus ont repris leur activité en 1948.

Les pratiques du Cartel Phœbus ont fait l'objet en 1951 d'un rapport de la commission anti-trust britannique[4]. Si ce rapport dénonce une entente sur les prix qui aurait conduit le consommateur à payer plus cher ses lampes, il réfute par contre l'accusation d'une limitation de la durée de vie en défaveur du consommateur.

Travaux universitaires et documentaires sur le cartel Phœbus[modifier | modifier le code]

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le rôle joué par les nombreux cartels mis en place depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à l'entre-deux-guerres sur l'économie industrielle est différemment analysé suivant les auteurs[5],[6]. Dans le secteur particulier des lampes à incandescence, les cartels internationaux, comme le cartel Phoebus, ont été précédés de cartels nationaux, d'abord aux États-Unis (Incandescent Lamp Manufacturing Association, fondée en 1896 par General Electric). En Allemagne, où une standardisation des lampes est mise en place dès 1911, les fabricants AEG, Siemens & Halske et Deutsche Gasglühlicht AG (où travaillait l'inventeur de la lampe à incandescence à filament d'osmium, Carl Auer von Welsbach) s'associent pour former un cartel, Osram, destiné à contrecarrer la perte de leurs marchés étrangers suite à la défaite de 1918. Plus tardif, ce processus de concentration industriel est aussi à l'œuvre dans les autres pays occidentaux, notamment en Grande-Bretagne[7]. À leur échelle, ces différents cartels visent d'abord à protéger le secteur contre les compétiteurs (en imposant des barrières douanières ou réglementaires) mais, se trouvant en situation de monopoles, leur action prend aussi la forme d'augmentations artificielles des prix.

Le rôle exact du cartel Phœbus sur l'innovation technologique et particulièrement sur l'obsolescence programmée des lampes à incandescence a été peu documenté. La situation du secteur dans les années 1920, notamment en France où se rencontrent les acteurs américains et allemands, est en effet d'abord marquée par une complexe guerre juridique (via les brevets industriels attachés aux différentes technologies employées dans les lampes) et financière (par les prises de participation des groupes internationaux dans les industries locales)[8]. La position du cartel consistant à s'opposer à l'introduction des lampes électriques à haut voltage, plus résistantes, correspond aussi à la défense de la technologie Osram/Edison pour laquelle les entreprises signataires possèdent des brevets.

Mention dans les œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Dans son foisonnant roman, L'Arc-en-ciel de la gravité publié en 1973, qui mêle fiction et réalité autour des théories du complot, Thomas Pynchon évoque le cartel Phœbus.

Obsolescence programmée des lampes néons[modifier | modifier le code]

S'agissant des lampes à tubes néons, la durée de vie inférieure observée en 1977 entre les lampes vendues en Grande-Bretagne comparées à celles vendues aux Etats-Unis a été considérée comme un cas d'obsolescence programmée sur un marché britannique oligopolistique alors que le marché américain, plus ouvert et lieu d'une concurrence entre les industriels, serait favorable à la concurrence au mieux-disant technologique[9].

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Cosima Dannoritzer, Prêt à jeter, documentaire, 2010, 75 minutes (The Light Bulb Conspiracy). Disponible sur le site VOD d'Arte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Corporations: A Very Tough Baby », Time Magazine,‎ 23 juil. 1945 (lire en ligne)
  2. http://blogs.taz.de/hausmeisterblog/2007/02/06/das-gluehbirnenkartell
  3. Hehkulampussa ja ledissä sama ongelma: lämpö, Suomen Kuvalehti 13.10.2011, an interview of research scientist, D.Sc. Eino Tetri, Leader of the Light Sources and Energy Group in Aalto University
  4. Competition Commission - Report on the Supply of electric Lamps Consultable en ligne
  5. Cartels and Competition. Hans Brems. Weltwirtschaftliches Archiv. Bd. 66, (1951), pp. 51-69
  6. Cartels, a Phase of Business Haute Politique. Theodore J. Kreps. The American Economic Review. Vol. 35, No. 2, Papers and Proceedings of the Fifty-seventh Annual Meeting of the American Economic Association (May, 1945), pp. 297-311
  7. La Dictature Des Cartels. Un Siècle De Colonisation Industrielle, Kurt Rudolf Mirow, Coll. Que sais-je? Grenoble: Presses Universitaires de Grenoble, 1982, 207 p.
  8. Broder Albert. La multinationalisation de l'industrie électrique française, 1880-1931. Causes et pratiques d'une dépendance. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 39e année, N. 5, 1984. pp. 1020-1043. DOI:10.3406/ahess.1984.283116 [1] Consulté le 26 avril 2011
  9. Throwing Light On Planned Obsolescence. David Meiklejohn New Scientist, 2 juin 1977 [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • (fr) « Prêt à jeter », reportage sur l'obsolescence programmée, diffusé par la chaîne Arte. Titre germanophone : « Kaufen für die Mülhalde ».