Aaron Kosminski

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Aaron Kośmiński, né Aaron Mordke Kozminski le 11 septembre 1865 à Kłodawa, dans l'empire russe (aujourd'hui en Pologne) et décédé le 24 mars 1919, est un barbier londonien d'origine juive polonaise, connu pour être l'un des suspects dans l'affaire des crimes commis par Jack l'Éventreur entre août et novembre 1888.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aaron Kośmiński est le fils d'Abram Józef Kozmiński, un tailleur et de Golda Lubnowska[1]. Il émigre en Angleterre en 1882 avec sa soeur et ses deux frères[2], pour fuir les pogroms en Russie[3]. Puis il exerce le métier de barbier dans le quartier londonien de Whitechapel. Il est interné dans divers asiles à partir de juillet 1890 et meurt en 1919. La date de sa mort reste cependant incertaine[4]. D'après Fido[5] et Rumbelow[6],spécialistes de Jack l’Éventreur, il souffre d'hallucinations auditives et de peurs paranoïaques. Il refuse entre autre de se laver. Durant ses longues années d'internement, il perd beaucoup de poids. Quand il meurt dans l'hôpital psychiatrique de Leavesden (en) à 53 ans, suite à une gangrène de la jambe gauche[7], il ne pèse plus que 44 kilos[8].

Premières accusations[modifier | modifier le code]

Kosminski fait partie de la liste des suspects de Scotland Yard au moment de l'affaire[9]. Après la série de meurtres, il avait été interrogé par Scotland Yard puis confronté à un témoin, juif polonais lui aussi[10], qui avait aperçu l'une des victimes en compagnie d'un homme peu avant qu'elle ne soit assassinée. Dans un premier temps il aurait d'abord identifié sans hésitation Kosminski, puis s'était ensuite rétracté[9]. Par manque de preuves, il fut relâché par la police, se réinstalla chez son frère Wolf Kosminski, à Sion Square, en plein cœur de Whitechapel, avant d'être admis en juillet 1890 à Mile End Old Town Infirmary[11],[12].

En 1894, Melville Macnaghten, chef du département d'enquêtes criminelles de Scotland Yard depuis 1890, écrit dans un memorandum que l'un des suspects est un juif polonais nommé Kosminski. Ce mémo est révélé au public en 1970[8] .

En 1910, Robert Anderson, assistant commissaire du bureau d’investigation criminelle de Scotland Yard écrit dans ses mémoires, The Lighter Side of My Official Life que l'Éventreur était un juif polonais de basse classe[13],[14]. Selon des notes écrites à la main dans un exemplaire du livre d'Anderson par l'inspecteur en chef Donald Swanson, qui avait été le subordonné d'Anderson dans l'enquête de la police, ce juif polonais, non nommé par Anderson, était Aaron Kosminski et si le témoin qui l'avait reconnu refusait de l'accuser, c'est parce que ce témoin, lui-même juif, ne voulait pas faire condamner un autre juif à mort; le nom de Kominski fut révélée au public en 1988[15],[16].

Trevor Marriott, dans son ouvrage de 2005, explique, que Kosminski vivait tout près des sites des meurtres[17], s'appuyant en cela sur les travaux de 1987 de Martin Fido[12]. Toutefois il ne considère pas pour autant qu'il s'agisse du coupable[18],[19],[20].

L'accusation de 2014[modifier | modifier le code]

L'enquête de Russel Edwards[modifier | modifier le code]

Le Daily Mail du 6 septembre 2014[21],[22], annonce la levée du mystère grâce à l'ADN. À la base de cette information se trouve Russel Edwards, un homme d’affaires et enquêteur amateur. Déjà par le passé l'ADN avait été consulté mais sans grand succès, désignant à chaque fois un nouveau coupable tel Walter Sickert, et même une femme comme en témoigne l'analyse de 2006[23]. Russel Edwards affirme que, cette fois-ci, tout est différent puisqu'il détient un châle qui aurait été trouvé auprès d'une des victimes de Jack l’Éventreur- Catherine Eddowes assassinée en 1888[3].

Acquis en 2007 dans une salle des ventes, Russel Edwards accepte sans autre preuve les affirmations de son vendeur, bien qu'aucun châle n'ait jamais été référencé par Scotland Yard lorsque la liste officielle[24] des vingt-huit objets et vêtements trouvés sur et auprès de Kate Eddowes fut dressée[9],[25]. Le vendeur explique cette absence par un vol commis au préalable par son aïeul alors policier, le sergent Amos Simpson. Malgré l'état maculé de l'étoffe[26],[25] ,elle aurait été subtilisée par ce dernier afin de l'offrir à son épouse, couturière de profession. Mme Simpson, le rangera dans un coin sans plus y revenir. Hérité de génération en génération sans que nul le touche, sa préservation sera ainsi assurée durant 126 ans[25],[23].

Un examen faisant apparaître des traces de sperme, Russel Edward décide de porter son attention sur Kosminski en raison des motifs du châle, typiques de l'Europe de l'Est. Contactant une descendante de la sœur de Kośmiński, elle accepte de fournir son ADN à cette fin. Analyse faite, le verdict tombe. Kosminski aurait été en contact avec la prostituée, Edwards d'en conclure qu'il s'agit donc du meurtrier et non simplement d'un client[27],[23]. Dès le 9 septembre, au lendemain d'une annonce très médiatisée de ses conclusions, un ouvrage retraçant son enquête sort en Grande-Bretagne sans plus attendre celles qui résulteront d'examens officiels[28].

Des incohérences pointées du doigt[modifier | modifier le code]

Rapidement sa conclusion est remise en cause par des spécialistes en médecine légale et en génétique ainsi que par des historiens et des experts en diverses disciplines.

Le ripperologue Trevor Marriott souligne que la maison d'enchères Sotheby’s a fait des tests sur le châle qui le datent de l’époque édouardienne et non pas victorienne, ce qui place sa fabrication en 1900, douze ans après les meurtres de Whitechapel[29].

Le généticien Alec Jeffreys, développeur des techniques de recherches ADN exprime publiquement ses réserves[25]. Peter Gill, lui même chef de file dans la discipline du profilage ADN[30] souligne autant l'origine douteuse du châle que le manque de fiabilité des analyses en raison du nombre de personnes ayant manipulé l'étoffe[31],[32], notamment des descendants de Catherine Eddowes lors de conventions sur Jack l’éventreur (possibilités de contamination croisée)[33].

De plus selon les spécialistes de la médecine légale comme le docteur David Miller, il semble impossible de trouver des éléments exploitables au bout de 126 ans[21]. L'historien Donald Rumbelow, spécialiste de Jack l'Eventreur, constate de son côté que le policier voleur de châle, était en fonction hors de Londres et ne pouvait être sur les lieux[34].

Enfin, l'analysé génétique porte non sur l'ADN nucléaire (ADN qui se dégrade le plus vite) mais sur l'ADN mitochondrial « peu discriminant, qui permet d'éliminer des suspects mais non d'en isoler un seul en particulier vu que 40% de la population le partage »[35], pouvant correspondre à 400 000 autres personnes au moins en 1888[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. House, Robert (March 2006), The Kozminski File, Ripperologist, No. 65
  2. Begg, Paul (2003). Jack the Ripper: The Definitive History. London: Pearson Education. ISBN 0-582-50631-X, pp. 269–273
  3. a et b Jack l'Eventreur identifié grâce à des tests ADN, 20 Minutes, 8 septembre 2014.
  4. (en)Jack the Ripper was Polish immigrant Aaron Kosminski, book claims, The Guardian, 8 septembre 2014.
  5. Fido, Martin (1987). The Crimes, Death and Detection of Jack the Ripper. Vermont: Trafalgar Square. ISBN 978-0-297-79136-2, p. 216
  6. Rumbelow, Donald (2004). The Complete Jack the Ripper: Fully Revised and Updated. Penguin Books. ISBN 0-14-017395-1, p. 180
  7. (en) Stewart P Evans, Jack the Rippe. Scotland Yard Investigates, The History Press,‎ 2013, p. 307
  8. a et b Lekh, S.K.; Langa, A.; Begg, P.; Puri, B.K. (1992), The case of Aaron Kosminski: was he Jack the Ripper?, Psychiatric Bulletin, vol. 16, pp. 786–788
  9. a, b et c Jack l'éventreur enfin identifié ?, Direct Matin, 8 septembre 2014.
  10. http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/england/london/5177646.stm
  11. (en) Terry Lynch, Jack the Ripper, Wordsworth Editions,‎ 2008, p. 193
  12. a et b (en) Martin Fido, The crimes, detection and death of Jack the Ripper, Barner & Noble,‎ 1993, p. 225
  13. (en)Begg, Paul (2003). Jack the Ripper: The Definitive History. London: Pearson Education. ISBN 0-582-50631-X, p 266
  14. (en)Evans, Stewart P.; Rumbelow, Donald (2006). Jack the Ripper: Scotland Yard Investigates. Stroud, Gloucestershire: Sutton Publishing. ISBN 0-7509-4228-2, p 236
  15. (en)Detective 'solved' Ripper mystery , Steven Shukor, BBC, 13 juillet 2006.
  16. (en)Ripper case notes given to museum, BBC, 13 juillet 2006
  17. Marriott, Trevor (2005). Jack the Ripper: The 21st Century Investigation. London: John Blake. ISBN 1-84454-103-7, p 238
  18. « i can still find no motive or no evidence that he was jack the ripper », Marriott, Trevor (2005). Jack the Ripper: The 21st Century Investigation. London: John Blake. ISBN 1-84454-103-7, chap. 16
  19. (en) David paul, « Jack the Ripper mystery solved by top detective after 125 years », Daily Express,‎ septembre 2013 (lire en ligne).
  20. (en) Rose Parker et Ted Thornhill, « Jack Ripper 1st picture-Carl Feigenbaum identified killer lawyer », The Daily Mail,‎ 2 septembre 2011 (lire en ligne)
  21. a et b (en)Jack the Ripper unmasked: How amateur sleuth used DNA breakthrough to identify Britain's most notorious criminal 126 years after string of terrible murders, The Daily Mail, 6 septembre 2014.
  22. « Le mystère Jack l’Éventreur finalement élucidé? », sur Dernière Heure,‎ 07 septembre 2014
  23. a, b et c Jack l'Éventreur enfin démasqué grâce à un test ADN ?, François Maginiot, Maxisciences, 9 septembre 2014.
  24. (en) Liste des effets de Catherine Eddowes
  25. a, b, c et d Nicolas Brouste, « De l'ADN aurait révélé l'identité de Jack l'Eventreur », L'Express,‎ 8 septembre 2014 (lire en ligne).
  26. Gaël Lombart, « Royaume-Uni : Jack l'Eventreur aurait été identifié ! », sur Le Parisien,‎ 7 septembre 2014
  27. L'identité démasquée de Jack l'Éventreur, Florentin Collomp, Le Figaro, 7 septembre 2014.
  28. (en) Russel Edwards, Naming Jack the Ripper. The biggest forensic breakthrough since 1888, Pan,‎ 2014, 320 p.
  29. a et b (en) Don Hale, « EXCLUSIVE: Jack the Ripper was a Polish barber? 'Total fantasy', says ex-cop », sur Daily Star,‎ 14 septembre 2014
  30. (en)Britain's forensic scientists are the best in the world: So why is their elite force being disbanded?, Adam Luck, Daily Mail, 20 avril 2011
  31. 126 ans après, Jack l'Éventreur identifié grâce à un châle ?, La Nouvelle République, 8 septembre 2014.
  32. (en)Has DNA Finally Identified the Real Jack the Ripper? It Depends On Who You Ask, Tamar Auber, latest.com, 7 septembre 2014.
  33. (en) Kaya Burgess, « DNA row over ‘proof’ Aaron Kosminski was Jack the Ripper », sur The Australian,‎ 8 septembre 2014
  34. (en)Historian Don Rumbelow challenges Jack the Ripper DNA link to Kosminski, Mike Brook, Docklands and East London Advertiser (en), 10 septembre 2014.
  35. Caroline Lallemand, « Jack l'Eventreur identifié par des tests ADN ? », sur Le Vif/L'Express,‎ 8 septembre 2014

Annexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]