Pierre Jurieu

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Pierre Jurieu.
Portrait par Étienne Desrochers.

Pierre Jurieu, né à Mer le 24 décembre 1637 et mort à Rotterdam le 11 janvier 1713, est un pasteur calviniste français, théologien, écrivain et pamphlétaire prolifique.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Pierre Jurieu est né à Mer (Loir-et-Cher), petite ville du diocèse de Blois, le 24 décembre 1637 dont son père, Daniel Jurieu, était le pasteur de l'Église protestante. Rivet et Du Moulin, ministres célèbres, étaient ses oncles maternels. Pierre Dumoulin était son grand-père.

Il étudie d’abord en France, à Saumur et à Sedan, et soutient une thèse de théologie intitulée De Vita Dei (1657). Puis il poursuit ses études en Angleterre et en Hollande. Il revient ensuite à Mer (1660) où il succède à son père.

En 1671, il écrit un Examen du livre de la "Réunion du christianisme ou la manière de rejoindre tous les Chrétiens sous une seule confession de foi", ouvrage de controverse avec d’Huisseau (1670). Puis il écrit une thèse de doctorat en philologie (De Cabbala), et en théologie, De potestate clavium (1674). A Sedan, il professe la théologie et l’hébreu, mais ne s’accorde pas avec Louis Le Blanc, son collègue. De là, il publie encore un Traité de la dévotion, puis une Apologie pour la morale des réformés (1675) et un Traité de la puissance de l’Eglise (1677) ; il attaque Bossuet par le Préservatif contre le changement de religion (1680).

L’académie de Sedan ayant été ôtée aux calvinistes en 1681 par Louis XIV, Jurieu fut destiné à exercer les fonctions de ministre à Rouen ; mais son libelle intitulé La Politique du clergé de France l’obligea à s’exiler en Hollande dès 1681 (soit quatre ans avant la révocation de l’édit de Nantes), où il devient pasteur et professeur de théologie à Rotterdam. Il y eut des démêlés très vifs avec son collègue de l'école illustre Pierre Bayle, avec l'avocat Henri Basnage de Beauval, avec les pasteurs Élie Saurin et Pierre Méherenc de La Conseillère. Il s’y érigea même en prophète et prédit dans son Commentaire sur l’Apocalypse, qu’en 1689 le calvinisme serait rétabli en France. Il vécut assez longtemps pour être lui-même témoin de la fausseté de ses prédictions. Il ne tint pas aussi à lui qu’il ne soulevât par plusieurs Lettres pastorales les réformés et les nouveaux convertis de France. Dans ces Lettres pastorales, il soutient avant Jean-Jacques Rousseau la thèse d'un contrat explicite ou implicite entre le souverain et ses sujets[1]. Dès sa première Lettre Pastorale, du 1er septembre 1686, Jurieu attaque Bossuet qui affirme qu'aucune violence n'a été faite en France contre les Protestants. Jurieu va valoriser dans ses feuilles les Martyrs des Cévennes et du Languedoc, citant en détail les actes de barbarie des Dragons de Louis XIV.

On lui a attribué le violent pamphlet Les Soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté (1689), où Louis XIV, présenté comme un tyran, est accusé d’avoir dénaturé le gouvernement monarchique, ruiné ses sujets et perverti l’ordre social. Cette attribution ne fait cependant pas l'unanimité[2].

Jurieu meurt à Rotterdam le 11 janvier 1713 à 76 ans.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

On a de lui un très grand nombre d’ouvrages. Les principaux sont :

  • Les Lettres Pastorales adressées aux Fidèles de France qui gémissent sous la captivité de Babylone, du 1er septembre 1686, au 1er juillet 1689[1]
  • Les Soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté, Amsterdam, 1689. [2]
  • Traîté de la dévotion[3]
  • Écrit sur la nécessité du baptême
  • Apologie de la morale des prétendus réformés, contre le livre d’Antoine Arnauld intitulé Renversement de la morale par les calvinistes
  • Préservatif contre le changement de religion, ou Idée juste et véritable de la Religion catholique romaine, opposée aux portraits flattés que l’on en fait, & particulièrement à celuy de Monsieur de Condom, 1680, opposé au livre de l’exposition de la foi catholique de Bossuet
  • Lettres contre l’histoire du calvinisme de Louis Maimbourg, et plusieurs autres lettres de controverse entre autres celles qui sont intitulées les derniers efforts de l’innocence affligée
  • un Traité de l’église, où il affirme qu’elle est composée de toutes les sociétés chrétiennes qui ont retenu les fondements de la Foi, avec une réplique à Monsieur Nicole qui avait réfuté cet ouvrage
  • La Politique du clergé de France, ou Entretiens curieux de deux catholiques romains, l’un Parisien & l’autre Provincial, sur les moyens dont on se sert aujourd’huy, pour destruire la religion protestante dans ce royaume, vers 1681.[4]
  • Histoire du Calvinisme & celle du Papisme mises en parallèle ; ou Apologie pour les Réformateurs, pour la Réformation, & pour les Réformés, divisée en quatre Parties ; contre un libelle intitulé L’Histoire du Calvinisme par Mr. Maimbourg, 1683 ou années précédentes.
  • Histoire des dogmes et des cultes de la religion des Juifs
  • L’Esprit de Monsieur Arnaud. - Deventer, 1684. - 2 vol.
  • Traité sur la théologie mystique, à l’occasion des démêlés de Fénelon avec Jacques Bénigne Bossuet

On remarque dans tous ces ouvrages de l’esprit, du feu et de l’imagination, capables d’en imposer ; mais une fureur et des emportements indignes non seulement d’un chrétien et d’un homme de lettres, mais encore de tout honnête homme.

Bayle, comme de nombreux Protestants, n'envisagea pas de répondre aux massacres par une lutte armée. Lisons un passage de la quatrième Lettre Pastorale de Jurieu, du 15 octobre 1686, et demandons-nous si la violence des Catholiques Romains ne méritait pas une certaine fureur de la part de Protestants outrès: "... La Déclaration du 12 juillet dernier par laquelle la peine de mort est imposée à tous ceux qui seront convaincus d'avoir fait d'autre exercice de Religion que celui de la Religion Romaine, produisit un effet terrible... Le plus considérable massacre est celui qui se fit à Uzès, sur le chemin de Bagnols. Le 7 juillet 1686, il se trouva en ce lieu douze cents personnes pour prier Dieu. Les Dragons d'Uzès en étant avertis, y coururent et trouvèrent ces Fidèles dans leurs dévotions. Ils les environnèrent des quatre côtés. Les nôtres ne firent autre chose que lever les mains et le visage vers le ciel, en se jetant à genoux pour recevoir la mort en cet état. Les Dragons firent leur décharge sur ces gens sans armes et sans défense: leurs coups portèrent si bien, que le champ demeura couvert de morts... Les Dragons étranglèrent plusieurs personnes avec les licous de leurs chevaux... Ils prirent trois cents femmes, auxquelles ils donnèrent des coups de baïonnette... Ils leur coupèrent leurs jupes jusqu'aux hanches et les dépouillèrent nues..." Jurieu, par ses avis et ses ouvrages, favorisa la lutte armée dans les Cévennes où de nombreux Protestants défendirent leur vie les armes à la main.[non neutre]

Source de cet article[modifier | modifier le code]

Très légèrement adapté du Dictionnaire historique-portatif contenant l’histoire des patriarches, des princes etc. par l’abbé Ladvocat, Paris nouvelle édition 1755, p. 649-50.

Cette source est assez connotée de la perspective de son époque, d’où le ton potentiellement orienté de cet article, qui ne demande qu’à être corrigé par tout historien connaissant bien cet auteur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L'influence [sur Jean-Jacques Rousseau] de Jurieu, qui dans ses xvie, xviie et xviiie Lettres pastorales (1689) a exposé une doctrine du contrat social et de la souveraineté populaire que Bossuet a combattue dans le 5e Avertissement aux Protestants, a été signalée par Proudhon, Idée générale de la révolution au XIX e siècle, p. 115; — par J. Denis, Bayle et Jurieu (Caen, 1886) : ' la doctrine politique des Lettres pastorales contenait déjà tout le Contrat social de J.-J. Rousseau ', p. 56; — par M. Faguet, ouvr. cité [La politique comparée de Montesquieu, Rousseau et Voltaire (1902) ], p. 73 ; etc. » (Georges Beaulavon, introduction à Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, Paris, 1903, p. 64, note 3; consultable sur Wikisource.)
  2. « On a attribué aussi à Jurieu Les Soupirs de la France esclave. Mais la doctrine des Lettres Pastorales, qui ont paru au même moment, est trop différente pour qu’il soit possible de penser que les deux ouvrages émanent du même auteur. » Henri Eugène Sée, Les idées politiques en France au XVIIe siècle, Paris, 1923, rééd. Ayer Publishing, 1979. L'auteur véritable des Soupirs de la France esclave serait Michel Le Vassor

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Notice Pierre Jurieu (1637-1713)[5]
  • Article Jurieu [6]
  • Notice sur sa vie et ses écrits - Thèse 1854 [7]