Wallisien

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Wallisien
Fakaʻuvea
Pays Wallis-et-Futuna, Nouvelle-Calédonie
Région Wallis
Nombre de locuteurs 29 800 (en 2000)
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 wls
IETF wls

Le wallisien (nom vernaculaire Lea fakaʻuvea) est une langue de la branche polynésienne du groupe des langues austronésiennes. Il est parlé essentiellement à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. Le wallisien est proche du tongien et du niuafoʻou. C'est une langue ergative de type VSO. En 2008, il comptait 9 750 locuteurs à Wallis et environ 12 000 en Nouvelle-Calédonie d'après un recensement de 1996[réf. nécessaire].

Histoire et classification[modifier | modifier le code]

Article connexe : langues polynésiennes.
Linguistiquement, le wallisien a d'abord été plus proche du polynésien nucléaire (issu du proto-polynésien), avant de subir les influences tongiennes. Cela explique les difficultés de sa classification

En linguistique, la place du wallisien a toujours été controversée. En raison des invasions tongiennes à Wallis, l'influence de la langue tongienne a été forte, entraînant de nombreux emprunts tongiens dans la langue. Par conséquent, le wallisien a parfois été classé au sein du groupe tongique (qui est lui-même polynésien). Par exemple, Elbert (1953) classe la langue dans le groupe tongique, aux côtés du tongien, du futunien et du niuéen[1].

Aujourd'hui, il est néanmoins généralement classé dans le sous-groupe dit polynésien proprement-dit (Nuclear Polynesian), aux côtés de la majorité des langues polynésiennes. Des divergences existent quant au sous-groupe auquel il appartient : Pawley et Green (1966), ainsi que Bruce Biggs (1978)[1], classent le wallisien dans le sous-groupe samoïque outlier, tandis que Jeffrey Marck (2000) conteste l'existence du groupe samoïque outlier. En conséquence, le wallisien est selon lui une langue non-classée au sein du groupe polynésien nucléaire[2].

La langue la plus proche du wallisien est le niuafoʻou, parlée sur l'île du même nom dans l'archipel des Tonga. Ces deux langues sont très proche au niveau lexical et grammatical, ce qui rend l'intercompréhension très aisée entre les deux. Cela est dû à d'intenses contacts entre Wallis et Niuafoʻou qui se sont poursuivis jusqu'au milieu du XXe siècle[3].

Correspondance des phonèmes
Phonème Proto-polynésien Futunien Tongien Samoan Niuafoʻou[3] Wallisien Français
/ŋ/ *taŋata tagata tangata tagata tangata tagata homme
/s/ *sina sina hina sina hina gris de cheveux
/ti/ *tiale tiale siale tiale siale siale Gardenia
/k/ *waka vaka vaka vaʻa vaka vaka canoë
/f/ *fafine fafine fefine fafine fafine fafine femme
/ʔ/ *matuqa matu'a motuʻa matua matua matu'a parent
/r/ *rua lua ua lua ua, lua[4] lua deux
/l/ *tolu tolu tolu tolu tolu tolu trois

Le wallisien était utilisé comme lingua franca par les kanak de Nouvelle-Calédonie dont les chefs recherchaient les femmes d'Ouvéa réputées pour leur beauté au XIXe siècle[5][réf. incomplète]. Cette variété occidentale est désormais une langue à part entière, le fagauvea, parlée par 1 100 locuteurs sur l'île d'Ouvéa. Le fagauvea se distingue nettement du wallisien dit oriental par l'adoption massive de vocabulaire kanak (iaai et drehu), ainsi que par une phonologie profondément modifiée. Pour cette raison, le wallisien est appelé East Uvean en anglais, pour le distinguer du fagauvea dénommé West Uvean.

Influences linguistiques extérieures[modifier | modifier le code]

Le wallisien proprement dit s'est enrichi, dès les premiers contacts européens, avec des emprunts à l'anglais, au latin d'église puis au français[6]. Le français a une influence de plus en plus importante sur le wallisien. Le linguiste Karl Rensch écrivait en 1984 : « Il n'est pas nécessaire d'être clairvoyant pour se rendre compte que l'influence toujours en expansion de la langue française aura un impact profond sur le wallisien. De plus en plus des mots sont empruntés au français. Les mots sont translittérés et intégrés dans le vocabulaire du locuteur wallisien. »[7].

Phonologie[modifier | modifier le code]

Le wallisien comporte 12 consonnes et 10 voyelles (longues et brèves). Les cinq voyelles courtes sont /a, e, i, o, u/ ; les voyelles longues sont représentées avec un macron : /ā, ē, ī, ō, ū/. Les 12 consonnes sont les suivantes : f, g ([ŋ]), h, k, l, m, n, p, s, t, v, et la glottale [ʔ] notée par une apostrophe ' ou un okina ʻ[8].

Enseignement et ressources[modifier | modifier le code]

Dictionnaire wallisien-français réalisé par Karl Rensch en 1984 (cliquer pour voir le document entier)

En raison de l'introduction de l'enseignement du wallisien dans les collèges et le lycée de Wallis (une heure hebdomadaire facultative), l'orthographe phonologique, due au Père Bataillon (Langue d'Uvea (Wallis), 1932) a été récemment rétablie, en indiquant la longueur vocalique (notée par un macron ou tiret suscrit) et le coup de glotte (noté par une apostrophe).

En 1981, le linguiste Karl Rensch publie une petite méthode d'apprentissage du wallisien, Palalau Faka’uvea. La langue de Wallis (Uvea) accompagnée de 24 conversations enregistrées sur cassette[9]. En 1984, Karl Rensch édite un dictionnaire wallisien-français. La linguiste Claire Moyse-Faurie a élaboré une grammaire complète du wallisien, publiée en avril 2016[10].

Deux heures de catéchisme hebdomadaire sont dispensées chaque semaine, dans chaque classe[réf. nécessaire]. L'unique hebdomadaire de l'archipel, Te Fenua fo’ou, commun à Wallis et à Futuna, était rédigé presque entièrement en français, à l’exception parfois d’une double page en wallisien consacrée généralement à un thème religieux. À la suite des pressions du Lavelua et de la chefferie, l'hebdomadaire a été fermé en 2002[11].

Médias[modifier | modifier le code]

La chaîne de télévision et la radio locale, Wallis et Futuna 1re, émettent régulièrement des programmes en wallisien. Un journal télévisé (ko te talalogo) est diffusé tous les jours en wallisien[12], ainsi que plusieurs autres émissions en wallisien.

En 2015 est tourné le premier épisode de la série Foha Tau[13] (les fils de la guerre), première production cinématographique entièrement en wallisien[14]. Initié par la société Cinemata (l’œil du ciné), Foha Tau raconte les contes et légendes du Pacifique sud avec une première saison de 3 épisodes, de 60 minutes chacun, diffusée en 2016 et 2017 sur les chaines de télévision publique française Wallis et Futuna 1ère et Nouvelle Calédonie 1ère.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Akihisa Tsukamoto, Forschungen über die Sprachen der Inseln zwischen Tonga und Saamoa, LIT Verlag Münster, , 109 p. (ISBN 3825820157, lire en ligne)
  2. (en) Jeffrey Marck, Topics in Polynesian languages and culture history, Canberra, Pacific Linguistics,
  3. a et b (en) Akihisa Tsukamoto, The language of Niuafo'ou Island, thèse de doctorat, Australian National University, , 482 p.
  4. (en) Robert Early, « Niuafoʻou », dans John Lynch, Malcolm Ross et Terry Crowley, The Oceanic Languages, Routledge, (lire en ligne), p. 848
  5. Voir notamment étude de Ch. Fabre, chirurgien auxilaire de la corvette Le Rhin, publiée dans la Revue coloniale en juin 1847.
  6. (en) Claire Moyse-Faurie, « Borrowings from Romance languages in Oceanic languages », dans Thomas Stolz, Dik Bakker, Rosa Salas Palomo, Aspects of Language Contact: New Theoretical, Methodological and Empirical Findings with Special Focus on Romancisation Processes, Walter de Gruyter, , 485 p. (ISBN 9783110195842, lire en ligne), p. 325
  7. (fr+wls) Karl H. Rensch, Tikisionalio Fakauvea-Fakafalani - Dictionnaire wallisien-français, Archipelago Press, (lire en ligne), vii
  8. Moyse-Faurie 2016, p. 16
  9. Karl H. Rensch, Palalau Faka'uvea. La langue de Wallis (Uvea), Canberra, Australian National University,
  10. Claire Moyse-Faurie, Te lea faka'uvea - le wallisien, Peeters, coll. « Les langues du monde », , 276 p. (ISBN 978-90-429-3376-7, présentation en ligne)
  11. « Le roi de Wallis fait fermer un hebdomadaire », sur Reporters sans Frontières, (consulté le 3 juillet 2015)
  12. « Ko te Talalogo - wallis et futuna 1ère » (consulté le 3 juillet 2016)
  13. (en) « Foha Tau », sur Internet Movie Database (consulté le 3 juillet 2016)
  14. « Foha Tau, la série 100% Wallisienne du jeune réalisateur Anthony Taitusi », sur Outre-mers 360°, (consulté le 16 février 2017)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Description et grammaires[modifier | modifier le code]

  • Claire Moyse-Faurie, Te lea faka'uvea - le wallisien, Peeters, coll. « Les langues du monde », , 276 p. (ISBN 978-90-429-3376-7, lire en ligne)
  • Claire Moyse-Faurie, « le wallisien (faka'uvea) », dans E. Bonvini, J. Busuttil & A. Peyraube (eds), Dictionnaire des langues, Paris, Presses universitaires de France, , p. 1206-1215
  • (en) Andrew Livingston, East Uvean. A condensed grammar. (mémoire de master en linguistique), Université de Washington, , 190 p. (lire en ligne)

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

Méthodes[modifier | modifier le code]

  • Karl H. Rensch, Parler Wallisien, Archipelago Press,

Études comparatives[modifier | modifier le code]

  • (de) Akihisa Tsukamoto, Forschungen über die Sprachen der Inseln zwischen Tonga und Saamoa, LIT Verlag Münster, , 109 p. (ISBN 3825820157, lire en ligne) (étude des langues de Tonga, Samoa, Wallis et Futuna)

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Dominique Pechberty et Epifania Toa, Vivre la coutume à 'Uvea (Wallis), l'Harmattan, , 326 p. (ISBN 2747575055, lire en ligne)
  • Raymond Mayer, Les transformations de la tradition narrative à l'Ile Wallis (Uvea). — Essai sur les lois de transformation des contenus narratifs (Thèse de doctorat de 3e cycle en ethnologie, Université de Lyon 2), Lyon, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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