Ouvéa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Uvéa.

Pour le voilier utilisé par la DGSE, voir Affaire du Rainbow Warrior.

Ouvéa
Iaai
Uvea[1]
Ouvéa vue du ciel
Ouvéa vue du ciel
Administration
Pays Drapeau de la France France
Collectivité Nouvelle-Calédonie
Province Province des îles Loyauté
Aire coutumière Iaai
Maire
Mandat
Maurice Tillewa
2008-2014
Code postal 98814
Code commune 98820
Démographie
Population
municipale
3 392 hab. (2009)
Densité 26 hab./km2
Ethnie Kanak : 97,5 %
Métis : 1,3 %
Européens : 0,6 %
Wallisiens-Futuniens : 0,2 %
Tahitiens : 0,1 %
Ni-Vanuatu : 0,1 %
Asiatiques : 0,1 %
Autres : 0,1 %
Géographie
Coordonnées 20° 39′ 08″ S 166° 33′ 43″ E / -20.652222, 166.561944 ()20° 39′ 08″ Sud 166° 33′ 43″ Est / -20.652222, 166.561944 ()  
Altitude Min. 0 m – Max. 42 m
Superficie 132,1 km2
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Calédonie

Voir la carte administrative de Nouvelle-Calédonie (détail)
City locator 14.svg
Ouvéa
Iaai
Uvea[1]

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Calédonie

Voir la carte topographique de Nouvelle-Calédonie (détail)
City locator 14.svg
Ouvéa
Iaai
Uvea[1]

Ouvéa (Iaai en iaai, Uvea en faga-uvea) est une île de l'océan Pacifique, la plus septentrionale de l'archipel des îles Loyauté, au nord-est de la Grande Terre de la Nouvelle-Calédonie. Ouvéa est également une commune française dont le centre administratif et démographique est Fayaoué au centre de l'île.

Géographie[modifier | modifier le code]

Ouvéa est bordée à l'ouest par un large lagon et une plage de 25 km de long. Un groupe d'îlots, les Pléiades, prolongent les terres au nord et au sud. L'atoll est constitué de deux parties, une au sud et l'autre au nord, jointes par un isthme étroit. Le sud de l'île principale, Lekiny est aujourd'hui relié par un pont à l'île de Mouli. L'île est souvent présentée comme l'un des plus beaux atolls du Pacifique. Elle est surnommée (concurremment avec l'île des Pins) l'« île la plus proche du Paradis », reprenant le titre d'un ouvrage paru sur Ouvéa dans les années 1970 par la Japonaise Katsura Morimura.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant les Européens[modifier | modifier le code]

Des échanges anciens, que la tradition orale permet de faire remonter au XVIe siècle voire au-delà, avec l'île de Wallis et d'autres archipels polynésiens a permis de développer aux îles Loyauté une organisation clanique légèrement différente de celle de la Grande Terre. De plus, la présence à Ouvéa d'une langue polynésienne, le faga uvea, variante dialectale du wallisien, témoigne de ces mouvements de population. À l'origine, les clans constituent une fédération plus ou moins lâche au sein d'une entité plus large organisée sur le plan politique, des chefferies d'importances variables dont les plus complexes se rencontrent à Gomen, Koumac, Pouébo et Canala sur la Grande Terre et surtout aux îles Loyautés et à l'île des Pins. Ces chefferies complexes le sont autant que les chefferies fidjiennes, auxquelles elles s'apparentent. Mais, suite aux échanges de population entre les îles Loyauté et les archipels polynésiens, une hiérarchisation et une spécialisation des clans en fonction des attributions qui leur sont confiées au sein de la chefferie commencent à apparaître : il existe ainsi des clans des propriétaires fonciers, de la mer (regroupant les pêcheurs), de guerriers, notamment. Le chef assure la cohésion sociale entre ces clans et à ce titre, il est respecté et adulé par la population qui se réclame de lui. Des dynasties coutumières se mettent en place, sur le modèle de la royauté polynésienne.

Des dynasties de cette importance se sont succédé : par exemple à Fayawe (connu aujourd'hui sous l'orthographe francisée de Fayaoué), les deux premières sont originaires de Lifou, la dernière (encore en place) de la région de Voh sur la Grande Terre. Celle-ci, dite des Hwenegei (ou Wénéguéi), entretenait une relation guerrière avec la chefferie mélanésienne du nord de l'île, celle des Bahit (Bazit est une autre francisation). En échange de la terre mise à leur disposition, les immigrés polynésiens sont utilisés comme auxiliaires militaires lors de ces guerres coutumières.

Ces immigrés viennent des îles Wallis-et-Futuna, des Samoa (les militants indépendantistes de la prise d'otages d'Ouvéa étaient pour une grande part issus de ce groupe, établi à Téouta du fait de la christianisation), de Tonga et de Rarotonga. Ces Polynésiens ont adopté la culture mélanésienne en substituant des mots polynésiens aux termes de la langue iaai, sauf en ce qui concerne le respect du corps du chef, pour eux toujours tabou (kong en iaai). Dans les chefferies mélanésiennes de l'île, il existe toujours une famille dont l'aîné, dit hingat, a sur le chef le droit de remontrance et même de correction physique si le chef se conduit mal. Cela ne va pas jusqu'à la peine capitale comme à Lifou à certains moments de l'histoire de l'île. Les liens entre les groupes de descendance à Ouvéa et à Lifou sont nombreux, mais l'origine de ces liens sont floues en ce sens que la direction de la migration s'inverse selon que l'on interroge à Lifou ou à Ouvéa. À Lifou, la tradition rapporte que la chefferie de Wetr soit issue de la chefferie Aju à Nanemeü (Nanéméhu), dans l'actuel district de Fayaoué. À Ouvéa, on raconte la même histoire en l'inversant, Aju viendrait de Wetr. Ces différences signifient tout simplement que la relation existe, mais qu'elle s'insère au sein d'un réseau où l'historicité de la relation n'est pas le facteur le plus pertinent.

Autour de chaque chefferie est construite une barrière, hag, qui définit le lieu où se déroulent tous les rites sociaux liés à elle. Un certain nombre de dignitaires ont pour fonction d'intervenir à la chefferie, de leur propre initiative. Se rencontre la « bouche du chef », qui parle au nom du chef mais au sein de discours qui l'inspirent et qui peuvent ne pas être en accord avec les désirs du chef ; ceux qui ont pour tâche de réparer et construire les maisons du chef ; celui qui s'occupe de la nourriture du chef en déplacement (cette tâche à la chefferie est celle de la première épouse, fille première-née d'une autre chefferie, qui a le droit de commander aux hommes) ; le serviteur proche du chef, dit ahnyaba, qui a le privilège de coucher avec le chef dans le grenier aux ignames (où l'épouse a accès mais ne peut pas y coucher avec son mari) et qui peut seul manger les bananes du bananier au pied duquel le chef vient faire ses besoins la nuit ; le gardien des richesses du chef ; le prêtre de la divinité qui assure la protection de la chefferie ; le maître de la construction des pirogues et de la navigation ; ceux qui sont chargés de la protection militaire de la chefferie devant la guerre venant de telle ou telle direction, etc. Le chef traditionnel est enserré par tant de liens divers, jamais exactement les mêmes, que son autonomie de décision est extrêmement faible, contrairement à ce que les premiers Européens ont longtemps pensé, considérant ces chefs comme de véritables monarques absolus. C'est un symbole plus qu'une autorité, il ne saurait prendre une décision sans être assuré de l'accord de son peuple. C'est à lui de le savoir et de faire le nécessaire. S'il n'y a plus accord, il peut y avoir abandon du chef. Le chef autocrate maître de la vie et de la mort des siens est une déformation européenne.

Les missions[modifier | modifier le code]

Ouvéa, comme les trois autres îles de Lifou, Maré et Tiga, va être déclarée réserve mélanésienne intégrale par les autorités françaises et ne va donc jamais faire l'objet d'une colonisation de peuplement. Le seul contact durable avec la culture occidentale va alors se faire par le biais des missions. Des catéchistes mélanésiens de Maré formés par des pasteurs de la London Missionary Society (LMS) sont les premiers à introduire la religion protestante à Ouvéa à partir de 1856, et l'île voit ensuite s'implanter son premier pasteur, un britannique, en 1864. Les catholiques pour leur part installent une mission mariste à partir de 1857, avec le père Jean Bernard (1807-1876) secondé d'un Wallisien nommé Siriano. Il s'ensuit une période de rivalité entre les deux cultes, associé à des conflits claniques latents (notamment la rivalité entre les chefferies Hwenegei, qui a fait appel à des catéchistes protestants, et Bahit, qui a choisi en réaction le catholicisme), entraînant une véritable « guerre de religion » jusque dans les années 1870, provoquant l'exil des protestants du nord et du centre sur la Grande Terre. Aujourd'hui, sont catholiques : Mouli, Fayawa (Fayava) et Lekine (Lekiny) au sud ; une part du village de Ognahut (Honyoü) et de Ouloup (Hulup), au centre ; Takedji (Takeji), Eot, Ognat (Ohnyotr) et une partie de Weneki (Üenkiny) et Téouta au nord. Sont protestants, au nord : Gossanah (Gosana), une partie de Weneki et de Ognat, et au centre, la presque totalité de Fayaoué. Ce qui construit un équilibre où la majorité fluctue en fonction des données démographiques et de l'émigration vers Nouméa.

La prise d'otages d'Ouvéa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise d'otages d'Ouvéa.

Le , des indépendantistes Kanaks du FLNKS attaquèrent le poste de gendarmerie de Fayaoué, tuant trois gendarmes par balle. Un quatrième grièvement blessé par un coup de tamiok mourra le 24 avril. Les indépendantistes prirent en otage vingt-sept gendarmes dont une moitié fut emmenée dans une grotte près de Gossanah. Les seconds seront relâchés sur ordre du chef de Mouli. La population, qui n'avait pas été prévenue de l'attaque et de ses conséquences, refusera dans tous les villages traversés de fournir aux preneurs d'otages et à leurs prisonniers et gîte et nourriture. Ils devront se satisfaire des rations de l'armée emportées par précaution. La grotte n'appartenait pas au village de Gosana. Elle était la résidence du dieu Watetô, dont les prêtres étaient deux frères, tous les deux pasteurs protestants, en poste à Lifou au moment des événements, où ils n'ont pu intervenir parce que personne n'était au courant. Depuis, ayant pris leur retraite et revenus sur Ouvéa, les deux frères Wete ont interdit la grotte à qui que ce soit et arrêté les visites.

Le , trois jours avant le second tour des élections présidentielles, cette prise d'otages se termina par un affrontement violent. Les forces de l'ordre donnèrent l'assaut sur ordre des autorités françaises, l'ordre de marche des troupes spéciales venues de France portant, constitutionnellement, la signature du président de la République François Mitterrand.

Un total de dix-neuf preneurs d'otages et deux militaires furent tués, lors de l'assaut qui dura plusieurs heures selon la version officielle de l'armée. Contrairement à cette version[2], plusieurs enquêtes journalistiques affirment que la plupart des otages et des ravisseurs sont sortis vivants de la grotte et que l'armée française aurait participé à des exécutions pour venger les gendarmes tués[3]. Cette enquête n'a jamais été dévoilée officiellement, car les accords de Matignon prévoyaient l'amnistie des responsables, Kanaks et militaires. Sur les dix-neuf preneurs d'otages, douze avaient une balle dans la tête. En 2008, Michel Rocard déclarera avoir été au courant qu'« il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier »[4]. Mathieu Kassovitz a adapté au cinéma cette prise d'otage dans L'Ordre et la Morale, en reprenant le point de vue du capitaine de gendarmerie (GIGN) Philippe Legorjus.

En 1997 Charles Belmont a réalisé le documentaire Les Médiateurs du Pacifique à Ouvéa avec la participation de Kanaks ayant vécu la prise d'otages[5].

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Liste des maires[modifier | modifier le code]

La mairie d'Ouvéa, à Wadrilla
Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
Les données manquantes sont à compléter.
1961 1967 Jules Wadigat UC  
1967 1970 Luc Mindia    
1970 1971 Jules Wadigat UC  
1971 1971 Laurent Ihmeling    
1972 1973 Amédée Nahiet UC  
1973 1977 Saoulo Helloa UC  
1977 1985 Malaki Capoa Palika puis LKS  
1985 1989 Ohwan Hossea FLNKS-FULK  
1989 2001 Cyriaque Alosio FLNKS-UC  
2001 2008 Boniface Ounou FLNKS-UNI-Palika  
2008 en cours Maurice Tillewa FLNKS-UC  

Subdivisions[modifier | modifier le code]

Districts coutumiers Tribus
Centre - Fayaoué Banout, Fayaoué, Guei, Nanéméhu, Nimaha, Ognahut-Saint-Paul, Ouassadieu, Ouenghé, Ouloup-Saint-Gabriel, Wakatr, Wadrilla
Sud - Mouli Fayawa, Lekine, Mouli
Nord - Imone Gossanah
Nord - Saint-Joseph Eot-Saint-Joseph, Ognat-Saint Thomas, Téouta-Ounes, Weneki, Gossanah
Takedji Takedji

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

= Langues parlées[modifier | modifier le code]

Deux langues sont parlées à Ouvéa, le iaai et le faga-uvea. Cette dernière est une langue polynésienne, nettement distincte des autres langues de Nouvelle-Calédonie, même si elle fait partie de la même famille des langues austronésiennes. Elle est en effet proche des langues parlées à Wallis.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dans la tradition insulaire, Uvea lalo ou Uvea Raro (Uvea d'en bas), par rapport à Uvea des Wallis. Les habitants des îles Rennel et Bellona, aux îles Salomon, venus de Wallis, se réclament d'un passage à Uvea Raro.
  2. Vidéo sur dailymotion
  3. Retour sur Ouvéa, documentaire de 2008, réalisé par Mehdi Lallaoui.
  4. Nouvelle-Calédonie: l'aveu de Rocard sur l'affaire d'Ouvéa - Rue89, 19 août 2008
  5. Les médiateurs du Pacifique.