Virginal

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Virginal (homonymie).
Virginal flamand de Hans Ruckers, 1583, Anvers (Paris, Musée de la musique).

Le virginal est un instrument de musique de la famille des instruments à clavier et à cordes pincées qui comprend également, entre autres, le clavecin et l'épinette. Dans tous ces instruments, le pincement des cordes est assuré par un ou plusieurs rangs de sautereaux reposant sur l'extrémité arrière (cachée) des touches.

Contrairement au clavecin, où les cordes sont disposées perpendiculairement au(x) clavier(s), celles du virginal le sont de façon à peu près parallèle, ou avec un angle très faible. L'instrument est donc de forme oblongue - rectangulaire ou polygonale - allongée dans le sens du clavier.

Présent pendant la Renaissance et le début du baroque dans tous les pays européens, le virginal était le plus répandu en Italie, en Flandre et en Angleterre. Le virginal à l'octave, sonnant une octave plus haut et de dimensions plus réduites, était commun plus particulièrement en Allemagne et en Italie où il portait le nom d'ottavino.

Virginal ou épinette ?[modifier | modifier le code]

Un virginal double de Ioannes Ruckers, Anvers c. 1600 (Museo strumenti musicali, Milan).

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la distinction entre épinette et virginal reste assez imprécise et sujette à des variations locales, qu'obscurcissent encore les traditions des différents pays où ces instruments sont fabriqués ou utilisés. En France, le mot « épinette » est employé indistinctement pour tout instrument de la famille du clavecin. En Angleterre, il en est de même pour le mot « virginal » - on y parle aussi de « virginals » ou de « pair of virginals ». En Italie, on utilise préférentiellement le mot « épinette » (spinetta), que l'on n'attribue pas au clavecin (nommé, quant à lui, cembalo, clavicembalo ou gravicembalo) ... Pour certains auteurs, la distinction se fait selon que les deux chevalets reposent, ou non, sur la table d'harmonie ; pour d'autres, selon que les cordes graves sont, ou non, proches du clavier.

Aujourd'hui, le mot « virginal » reste attribué à des instruments (d'époque ou copies d'ancien) à caractère plutôt archaïque et généralement de forme rectangulaire - mais qui peuvent aussi être de forme polygonale - et de facture italienne, flamande ou anglaise, dédiés à l'interprétation de la musique des XVIe et XVIIe siècles.

Quant au nom d'épinette, il est aujourd'hui plutôt réservé à une autre forme d'instrument (épinette courbe) apparue au cours du XVIIe siècle et peut-être inventée par un facteur d'origine italienne mais à la carrière internationale, Girolamo Zenti, qui travailla en Italie, en Suède, en Angleterre et en France.

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Vers 1460, Paulirinus de Prague est le premier à citer le virginal (instrument de forme rectangulaire comme le clavicorde et de sonorité identique au clavecin) ; il en donne une description ainsi qu'une appréciation — plus élogieuse que précise — du son qu'il émet ; quant au nom lui-même, il en fournit l'explication suivante : « virginale dictum quod uti virgo dulcorat mitibus et suavissimis vocibus » (« On l'appelle virginal car, tout comme une vierge, il charme par des sons doux et très suaves »). L'iconographie de cette époque et du siècle suivant montre de fait, la plupart du temps, des femmes et des jeunes filles au clavier, plutôt que des hommes.

Une autre étymologie, tout aussi incertaine, rapporte au mot latin virga (verge, baguette) qui pourrait s'appliquer au dispositif de pincement des cordes.

Description[modifier | modifier le code]

De haut en bas : Virginal à l'octave ou ottavino, virginal hexagonal, virginal rectangulaire - Gravure du Syntagma musicum, début XVIIe siècle

Le virginal a une forme allongée dans le sens du clavier et des cordes qui sont disposées de manière sensiblement parallèle à ce dernier, ou très peu inclinées. La caisse peut être rectangulaire ou polygonale : dans ce dernier cas, les deux angles arrières, libres de cordage, ont été éliminés, donnant à l'instrument une forme de polygone (pentagone ou hexagone) irrégulier. Le clavier, toujours unique, est saillant (tradition italienne) ou rentrant dans la caisse (tradition flamande).

L'étendue du clavier détermine d'une part la longueur de la corde la plus grave, donc la largeur de l'instrument, et d'autre part le nombre de cordes, donc sa profondeur. Le virginal à la quinte ou, plus encore, à l'octave (ottavino) sont donc de taille réduite. Lorsque la largeur du virginal excède largement la longueur du clavier, ce dernier est généralement décalé vers la gauche, afin d'assurer un point de pincement correct par rapport au passage de la corde sur le chevalet. Un cas particulier est celui du muselaar flamand, où le clavier est décalé vers la droite ; dans ce cas, le point de pincement des cordes est plus central, assurant une sonorité et un timbre très différents.

De façon générale, les sillets sont « flottants » (c'est-à-dire collés sur la table d'harmonie là où cette dernière ne repose pas sur le sommier). Le sillet de gauche est rectiligne et placé en diagonale de l'instrument, celui de droite (qui détermine la longueur utile des cordes) forme une courbe ou parfois simplement un angle.

La table d'harmonie possède une ouïe circulaire munie d'une rosace décorative, parfois plusieurs (caractère archaïque).

Les sautereaux traversent verticalement la table d'harmonie, deux par deux, entre chaque groupe de deux cordes ; placés l'un près de l'autre et agissant de façon opposée, chacun d'eux gratte une des deux cordes qui sont distantes l'une de l'autre d'un demi-ton chromatique (ou plus vers les graves dans le cas d'octave courte).

L'instrument possède un couvercle destiné à protéger les cordes et, de plus en plus souvent au fil du temps pour les plus grands instruments, un piétement spécifique (les plus petits peuvent se poser sur une table).

Historique[modifier | modifier le code]

La gravure du virginal, tirée de Musica getutscht (1511).

Le virginal apparaît vers la fin du XIVe siècle ou au XVe siècle, comme le clavecin dont il partage le mécanisme, et le clavicorde qui a la même forme extérieure. Pour tous ces instruments, l'origine semble être italienne ou bourguignonne. Ces instruments de petite taille (étendue de l'ordre de trois octaves) ne possèdent pas de piétement mais se posent sur une table, pour en jouer.

La première représentation connue d'un virginal est une gravure assez grossière insérée dans l'ouvrage Musica getutscht de l'ecclésiastique allemand Sebastian Virdung, imprimé à Bâle en 1511.

Facture[modifier | modifier le code]

Virginal, Venise, 1566 (Musée national germanique, Nuremberg).
Virginal anonyme, c. 1600 (Musée des instruments de musique, Berlin).

La facture flamande est massive comparée à l'italienne. Emploi du tilleul/peuplier en Flandres, de cyprès en Italie. Dans le virginal flamand le meuble est rectangulaire souvent sur un piétement à balustrade et peint en faux-marbre (1,50 m × 45 cm). Le point de pincement est généralement de 15 % aux graves, 45 % aux aigus, ce qui explique la position du clavier vers la gauche.

  • Une variante du virginal, de même apparence, autant répandue, appelée muselaar, a le clavier placé au centre ou vers la droite, ce qui lui procure un timbre assez différent et particulier. On peut voir de belles représentations chez Johannes Vermeer de Delft (1632-1675).

Le virginal était l'instrument favori de la bourgeoisie anglaise et flamande du XVIIe siècle. Une légende voudrait que le virginal ait été joué surtout par des jeunes filles et même une jeune reine – Elisabeth Ire, réputée pour en toucher suffisamment bien pour régaler les ambassadeurs.

Ornements[modifier | modifier le code]

Les virginalistes ne disposent que de deux ornements[1]. Ils notent ces mordants de manière particulière en usant de deux traits l'ornement le plus courant et d'un seul, plus rarement[2] pour le mordant à la note inférieure. Dans la mesure où il n'existe aucune table figurant l'interprétation, celle-ci est basée sur des conjectures, notamment sur la pratique du temps de Purcell[1].

Écrit 
\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {

  }
<<
  \relative c' {
  \clef bass
  \key d \minor
  \time 3/2
  \tempo 2 = 78
    %\set Staff.midiInstrument = #"violin" 
    \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f 
    %\autoBeamOff

     %%%%%%%
     bes4:16 c d2 c | bes:16 g d |
  \clef treble 
    bes''4:16 c d2:8 c:16 bes2 bes1

  }
>>
  \layout {
     \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver" }
  }
  \midi {}
}
Effet 
\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {

  }
<<
  \relative c' {
  \clef bass
  \key d \minor
  \time 3/2
  \tempo 2 = 72
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 
    \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f 
    %\autoBeamOff

     %%%%%%% effet
    { \times 2/3 { a16( bes a } bes8..) } c4 d2 c | { \times 2/3 { a16( bes a } bes4...) } g2 d |
    \clef treble 
    { \times 2/3 { a''16[( bes a } bes8..]) } c4 [d32( c d4..)] { \times 2/3 { bes16[( c bes } c4..)] }
    bes2 bes1 

  }
>>
  \layout {
     \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver" }
  }
  \midi {}
}

Répertoire[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Edwin Ripin, Howard Schott, John Barnes, Grant O'Brien, William Dowd, Denzil Wraight, Howard Ferguson et John Caldwell, Early keyboard instruments, New York, W. W. Norton & C°, coll. « The New Grove Musical Instruments Series », , 3e éd., 313 p. (ISBN 0393305155)
  • (en) Igor Kipnis, The Harpsichord and Clavicord : an encyclopedia, New York, Routledge, coll. « Encyclopedia of Keyboard Instruments », , 548 p. (ISBN 978-1-138-79145-9)
  • (en) David Rowland, Early Keyboard Instruments: A Practical Guide, Cambridge University Press, coll. « Cambridge handbooks to the historical performance of music », 2001, 175 p. (ISBN 052164366X, OCLC 809980834, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Ann Bond, A guide to the harpsichord, Portland, Amadeus Press, 1997, 267 p. (ISBN 1574670271, OCLC 35360701), p. 127.
  2. My Ladye Nevells Booke of Virginal Music (Édité par Hilda Andrews, introduction de Blanche Winogron), New York, Dover, coll. « Dover study and playing editions », (1re éd. 1926), xliv, 245 p. (ISBN 0-486-22246-2, OCLC 967628, lire en ligne), xxxii.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]