Récession du début des années 1990

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La récession du début des années 1990 est le nom donné à la période de ralentissement économique qui a affecté une grande partie du monde à la fin des années 1980 et au début des années 1990. La récession mondiale fut une conséquence rapide du Krach d'octobre 1987 résultant d'un effondrement de la bourse d'une ampleur sans précédent qui a vu la chute du Dow Jones Industrial Average de 22,6 %. Cet effondrement, plus grand que celui du Krach de 1929, a été traité assez efficacement par l'économie mondiale et le marché boursier s'est rétabli assez rapidement. Cependant, en Amérique du Nord, les Savings and loans (en) de l'industrie forestière ont été confrontés à une baisse sévère qui à finalement conduit à la Crise des Savings and loan qui a très sérieusement mise à mal l'économie américaine. La récession qui en a résulté a ensuite touché les pays très étroitement liés économiquement avec les États-Unis. [réf. nécessaire]

Contexte de l'entrée en récession[modifier | modifier le code]

La conjoncture économique mondiale est portée jusqu'à la fin des années 1980 par un cycle d'investissement favorable et le reflux de l'inflation dans les grands pays industrialisés. Cependant, cette bonne conjoncture s'accompagne de la formation de bulles spéculatives sur les marchés financiers et immobiliers[1].

Le cycle de croissance né du rebond postérieur à la récession du début des années 1980 s'accompagne d'une forte hausse de l'investissement. Celle-ci entraîne une forte hausse des capacités de productions. La fin de ce cycle d'investissement qui avait été prévu dans les prévisions du début de la décennie ne suffit cependant pas à expliquer l'ampleur de la récession[1].

Celle-ci a en effet été encore amplifiée par plusieurs facteurs[1] :

  • Le resserrement de la politique monétaire des grandes banques centrales avec une hausse des taux d'intérêts pour lutter contre le retour de l'inflation
  • L'augmentation du taux d'endettement des ménages

La combinaison de ces facteurs (endettement et hausse des taux) a forcé les ménages à réduire leur demande pour se désendetter et les banques à réduire leur offre de crédit face aux risques de défaut.

Déroulement et impacts[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Retournement de la conjoncture (1990-1992)[modifier | modifier le code]

La France, tout comme le reste de l'Europe continentale, entre en récession tardivement comparativement aux économies anglo-saxonnes. Le retournement de la conjoncture dans l'industrie commence dès la fin de l'année 1989 et se déroule en plusieurs phases[2]:

  • Une décélération progressive de l'activité entre la fin-1989 et la rentrée de 1990 due notamment au recul des commandes venant de l'étranger et notamment du marché américain
  • Une brutale détérioration à la rentrée 1990, la Guerre du Golfe agissant comme un révélateur et amplifie les tendances observées dans la période précédente.
  • Une stabilisation à partir de la mi-1991 jusqu'en 1992 due à la dissipation des effets de la Guerre du Golfe.

Récession (1992-1993)[modifier | modifier le code]

Une autre phase s'ouvre à l'automne 1992 : l'économie française, déjà affectée en 1991-1992 par la morosité de la conjoncture mondiale, est durement frappée par l'affaissement de la demande extérieure en particulier venant d'Allemagne et l'instabilité monétaire en Europe. La sortie du Royaume-Uni et de l'Italie du Système monétaire européen les 16 et 17 et les dévaluations de leurs monnaies entame largement la compétitivité des entreprises françaises : les exportations s'affaissent de 5 % par trimestre à partir de l'automne 1992[3].

C'est ainsi au tournant des années 1992-1993 que la France entre en récession, pour la première fois depuis 1975. La récession est relativement brève mais violente : la baisse du PIB s'établit à 0,5 % au dernier trimestre de 1992, et 0,9 % au premier trimestre 1993. Cette baisse est amplifiée par le recul des exportations vers les principaux partenaires commerciaux de la France, eux aussi entrés en récession à la fin-1992. La hausse du PIB en volume est limitée à 1,5 % en 1992 et enregistre une baisse de 0,9 % en 1993, la première baisse depuis 1975[4].

L'industrie est puissamment frappée par la récession : la production industrielle recule de 5,3 % en volume sur l'année 1993 marquée par un premier semestre très difficile et un redressement très modéré au second semestre[5]. Le secteur du bâtiment et des travaux publics est lui aussi touché avec une production en recul de 3,9 % en volume[5].

Toutes les composantes du produit intérieur brut sont défaillantes sur l'année 1993[5]:

  • La consommation des ménages est extrêmement molle (+0,4 % en volume) connaissant sa plus faible croissance en trente ans
  • L'investissement des ménages (en logement) et des entreprises enregistrent un recul marqué (-4,4 et -6,8 % respectivement). Cependant, concernant cette dernière donnée, le début de l'année 1993 est le point bas du cycle amorcée dès 1990 et la situation commence à s'améliorer en fin d'année.
  • Le niveau des stocks s'ajuste à la baisse au cours de l'année 1993.
  • Les exportations reculent (-0,4 %) mais dans une moindre mesure que les importations (-3,1 %).

La morosité de la conjoncture économique se caractérise par une forte hausse du chômage et des déficits publics au cours de la récession. La dégradation de l'activité a un impact direct sur les finances publiques[5]: le volume des prestations sociales versées croit de 6,8 % au cours de l'année 1993 tandis que les recettes fiscales augmentent de 2,4 % notamment du fait des relèvements de taux de cotisations et charges opérés en 1993. C'est le cas de la CSG qui est relevée de 1,3 points le .

Crise du marché immobilier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Krach immobilier des années 1990.
Évolution des prix par rapport à l'évolution de l'indice des loyers parisiens et français durant les années 1990

La récession de 1992-1993 combine un ralentissement mondial et un retournement du marché immobilier, en particulier en Île-de-France et à Paris. L'investissement immobilier favorisé par la déréglementation financière enregistre un boom à la fin des années 1980 et prend un tour « nettement spéculatif » à la fin de la période selon la Cour des Comptes[6].

Après une forte hausse des prix et des volumes de transaction entre 1987 et 1991, le marché immobilier parisien se retourne avec une baisse des prix continue entre 1992 et 1996. Dans Paris, le prix des biens immobiliers baisse de 40 % en euros constants entre 1991 et 1996 et la reprise durable du marché immobilier parisien n'intervient qu'en 1998.

La crise de l'immobilier affecte particulièrement les banques françaises. Le retournement de l'immobilier compromet une grande partie des créances émises dans les années d'euphorie. Selon la Revue d'économie financière, à la fin-1992, un tiers des 300 milliards de francs de créances liées à l'immobilier serait considéré comme douteux. Plusieurs établissements financiers choisissent de mettre en place des structures de défaisance pour se séparer de leurs actifs immobiliers douteux, c'est le cas du Crédit Lyonnais (qui crée alors l'OIG) et du Comptoir des Entrepreneurs dans les années 1994-1995. Ces portefeuilles de créances douteuses étaient en partie garantis par l'État français[6].

Au Canada[modifier | modifier le code]

Retournement de la conjoncture (1990-1991)[modifier | modifier le code]

L'économie canadienne connait à la fin des années 1980 une plus forte inflation que l'économie américaine, les taux d'intérêts au moment de l'entrée en récession était aussi plus élevés au Canada qu'aux États-Unis. Les divergences entre les deux économies s'amplifient au cours de la récession : alors que les États-Unis profitent d'une baisse graduelle des taux d'intérêts au cours de l'année 1990, les taux canadiens continuent de croître malgré le ralentissement de l'économie. L'économie canadienne entre en récession en (soit 3 mois plus tôt qu'aux États-Unis) et n'en sort que deux ans plus tard en , la durée de la récession (24 mois) est donc bien plus importante qu'aux États-Unis (9 mois)[7].

Instauration de la TPS en 1991[modifier | modifier le code]

La hausse des taux au cours de l'année 1990 se justifie par la perspective de l'instauration de la taxe sur les produits et services (équivalent de la TVA) qui faisait craindre une hausse de revendications salariales et donc de l'inflation. En plus de ces conséquences économiques, l'instauration de la TPS entraîne une forte impopularité envers le gouvernement de Brian Mulroney.

L'introduction de la TPS le se fait donc au pire moment, en pleine Guerre du Golfe, et les dépenses de consommation des ménages canadiens chutent de 2,3 % au cours du premier trimestre 1991. À l'inverse, l'introduction de la TPS ayant fait chuté le poids de l'imposition pesant sur l'investissement, les dépenses d'investissement augmentent au début de l'année 1991, profitant des dépenses reportées au cours des trimestres précédents. Il n'empêche que les investissements des entreprises chutent fortement (-10 %) entre 1990 et 1992[7].

Hausse du chômage, des faillites des entreprises[modifier | modifier le code]

Le retournement de la conjoncture et la récession qui s'en suit a des impacts importants sur l'emploi et la situation des entreprises. 70 000 emplois sont perdus au Québec au cours de l'année 1991, année difficile pour les petites et moyennes entreprises mais aussi de grandes entreprises. Lavalin, entreprise symbole de réussite dans les années précédentes, dépose ainsi le bilan au cours de l'année 1991 et doit fusionner pour former SNC Lavalin[8].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Retournement de la conjoncture (1989-1990)[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1989-1990, l'économie américaine s'affaiblit à la suite d'une politique monétaire restrictive engagée par la Réserve fédérale pour lutter contre l'inflation. Un autre facteur pouvant avoir contribué à la dégradation du climat économique pourrait être la « Tax Reform Act » de 1986 qui a causé la fin du boom immobilier du début et milieu des années 1980, réduisant la valeur des propriétés, les incitations d'investissements et causant des destructions d'emplois. L’essoufflement de la croissance du PIB se fait sentir dès le 1er trimestre 1990 même si la croissance globale reste positive.

De la morosité à la récession (1990)[modifier | modifier le code]

La crise du Golfe et l'explosion des prix du pétrole qui s'en suit à l'automne 1990 sont les déclencheurs de la récession entraînant une forte chute de la confiance des ménages et des entreprises. C'est en que l'économie américaine entre en récession, interrompant alors la plus long période d'expansion économique des États-Unis à l'époque.

La récession a un impact direct et important sur le marché du travail américain, l'économie américaine aurait détruit 1,623 millions d'emplois soit 1,3 % des emplois non-agricoles selon le Département du travail. La plupart des emplois détruits provenaient des secteurs de la construction et de l'industrie manufacturière. L'industrie de la défense est affectée par la fin de la Guerre froide et connaît des vagues de licenciements massives avec 240 000 emplois supprimés sur la période 1990-1992 soit 10 % des emplois du secteur.

Reprise erratique (1991-1992)[modifier | modifier le code]

L'économie américaine sort officiellement de la récession en mais la croissance demeure erratique sur les trimestres suivants et le chômage continue de croître pour toucher un point haut à 7,8 % en . La reprise économique est entravée par la faiblesse de la demande extérieure adossée aux États-Unis notamment en provenance du Japon et de l'Europe occidentale dont l'entrée en récession intervient plus tardivement qu'aux États-Unis.

Sortie de crise et prospérité (1992-2000)[modifier | modifier le code]

L'économie américaine accélère en 1992-1993 et retrouve son niveau de croissance des années 1980 dès l'année 1993. La combinaison de l'émergence de la nouvelle économie, des taux d'intérêts et des prix de l'énergie bas et la résurgence d'un marché immobilier solide crée les conditions d'une nouvelle période de forte et stable croissance économique tout au long de la décennie.

Au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pierre-Alain Muet, « La récession de 1993 réexaminée », Revue de l'OFCE, no 49,‎ , p. 103-123 (lire en ligne)
  2. Pascale Pollet et Stéfan Lollivier, « 1989-1991 : ralentissement dans l'industrie », Insee Première, Insee, no 178,‎ (lire en ligne)
  3. Éric Chaney, Fabrice Lenseigne et Patrick Pétour, « Note de conjoncture de mars 1994. Le creux du cycle », Note de conjoncture, Insee,‎ (lire en ligne)
  4. L'Obs, « En 1993, une récession comparable à celle prévue pour 2009 », (consulté le 8 février 2017)
  5. a, b, c et d Magali Demotes-Mainard, « Les Comptes de la Nation en 1993 », Insee Première, Insee, no 309,‎ (lire en ligne)
  6. a et b Cour des Comptes, « L'intervention de l'Etat dans la crise du secteur financier », (consulté le 8 février 2017), p. 13-14
  7. a et b Philip Cross, « Les répercussions des récessions aux États-Unis sur le Canada », Canadian Economic Observer, vol. 22, no 3,‎ (lire en ligne)
  8. « L'année politique au Québec 1990-1991 », sur pum.umontreal.ca, (consulté le 8 février 2017)