Ubuntu Edge

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Ubuntu Edge
Ubuntu Edge
Image illustrative de l’article Ubuntu Edge
Année 2013 [1]
Fonctions
Écran tactile
Écran externe cristal saphir
Caractéristiques
Processeur multi-cœur
Mémoire interne 4 GB
Espace de stockage 128 GB
Carte mémoire Micro-SIM
Système d'exploitation Ubuntu Touch, Android
Connectivité Dual-LTE, Wi-Fi dual-band 802.11n, Bluetooth 4, NFC, USB
Capteurs GPS, accéléromètre, gyroscope, senseur de proximité, boussole, baromètre
Batterie batterie silicone-anode Li-Ion
Mesures
Dimensions 64 × 9 × 124 mm

Ubuntu Edge est un projet de smartphone de conception « haut de gamme », annoncé par la société Canonical Ltd. le 22 juillet 2013 et abandonné le 5 avril 2017. Il a été lancé dans un contexte de changements importants suite à l'arrivée sur la marché de la téléphonie mobile d'Apple (iPhone/iOS) et Google (Android), mais n'a pas réussi à convaincre.

Concepts et lancement[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

En 2013, l'iPhone est commercialisé depuis 5 ans, les Windows phone et Nokia ne sont pas encore enterrés, et le marché de la téléphonie est en pleine restructuration. De nombreux acteurs de la téléphonie, qu'ils soient historiques (comme Nokia, Samsung, Blackberry ou Alcatel) ou 'nouveaux' (comme Apple et l'iPhone/iOS, et Google et le système Android) se battent avec de nouveaux challengers (Firefox OS, HP webOS et Open webOS) sur le marché des smartphones[2].

En 2013, Apple et Google (Android) se partagent 90% du marché, alors que ces deux acteurs étaient absents en 2007. Ils ont respectivement broyés Symbian OS, Palm OS, et sont en train d'achever Windows mobile (porté par Nokia), et Blackberry[2]. Ce contexte montre donc la forte volatilité des marchés et des acteurs, et l'idée était largement répandue qu'il était possible de supplanter à leur tour ces nouveaux leaders (Apple et Google) avec de nouvelles solutions, comme le démontre les nombreuses tentatives d'OS alternatifs (comme Firefox OS, de la Fondation Mozilla, ou Tizen, la plateforme open-source pour téléphones mobiles financée par Intel et Samsung, en collaboration avec Carsten Haitzler[3], ou encore le système d'exploitation pour tablettes et mobiles HP webOS et Open webOS[4]).

Une vision : le futur de l'ordinateur personnel[modifier | modifier le code]

Ubuntu Edge est ainsi conçu comme un dispositif hybride, qui peut fonctionner comme un « superphone »[5] haut de gamme (en dual-boot, soit avec Ubuntu Touch ou Android), ou, lorsqu'il est utilisé avec un moniteur, un clavier et une souris, être en mesure de fonctionner comme un ordinateur de bureau classique sous Ubuntu[6].

Selon Mark Shuttleworth, PDG de Canonical, la convergence ergonomique, esthétique et applicative entre le téléphone mobile, l'interface de la tablette, la télévision et l'ordinateur est le chemin à prendre pour réaliser « the future of personal computing »[7].

Il s'agit plus de tester et de démontrer la possibilité de faire converger dans les nouvelles technologies le système d'exploitation d'un ordinateur (ici Ubuntu Linux) avec les applications d'un téléphone haut de gamme. Il s'agit là d'un message adressé à l'industrie de la téléphonie mobile, tout autant qu'aux observateurs du monde open-source et des logiciels libres : l'annonce de quelques nouveaux acteurs (éditeurs, fondations, industriels) pouvant à terme offrir de nouveaux systèmes d'exploitation sur les téléphones mobiles

En effet, à côté du système iOS de la société Apple, de Windows Phone (Microsoft et Nokia), de BlackBerry OS et de la cohorte des smartphones fonctionnant sous Android (de Google), comme les téléphones Nexus, il paraît possible d'intégrer les diverses applications et services activés par l'utilisateur final, dans un univers ergonomique homogène, ouvrant ainsi l'horizon à de nouvelles stratégies industrielles. Le développement du standard de programmation HTML5 et l'ubiquité des écrans tactiles ordonnent les machines communicantes autour d'un univers graphique et technique commun.

Campagne de financements[modifier | modifier le code]

Lancement[modifier | modifier le code]

Mark Shuttleworth, le fondateur de Canonical, cherche à faire financer par le public la production de quelque 40 000 unités de ce « superphone » par le biais du site de financement participatif Indiegogo. C'est le plus gros projet de financement participatif en 2013[8], avec un montant prévu de 32 millions de dollars américains pour une campagne d'une durée d'un mois. Ubuntu Edge n'est pas destiné à être produit en masse après cette campagne de levée de fonds.

Résultats[modifier | modifier le code]

Clôturée le , la campagne de recherche de financements par des dons privés s'achève sur un résultat sujet à diverses interprétations.

Le smartphone était vendu en pré-commande à 695 $ US (520 €), voire plus selon les choix des donateurs. Ils pouvaient aussi donner 20 $ US, en soutenant l'opération en tant que « membres fondateurs ».

La levée de fonds s'élève à 12 809 906 $ US, c'est-à-dire environ 9 millions d'euros, donnés par 27 500 personnes (y compris le groupe Bloomberg qui a donné 80 000 $ US). Le montant total des dons est un record dans le monde du financement participatif, puisque aucune opération de ce genre n'a encore jamais permis par le passé d'atteindre une telle somme.

Stratégie de de communication[modifier | modifier le code]

L'objectif de 32 millions de dollars américains n'a donc pas été atteint. Cependant, il apparaît clairement que ce mode de financement via les réseaux sociaux et pour un appareil électronique de télécommunication haut de gamme procède plus du plan de communication (soutenu par l'acteur britannique Stephen Fry) que d'un véritable projet industriel mûri sur le long terme, adossé à des constructeurs et des financements bancaires : les 27 500 internautes donateurs, principalement venus d'Amérique du Nord et d'Europe, ne forment qu'une cohorte sur un marché qui doit encore faire montre de son potentiel (il s'agit évidemment de faire la preuve que la convergence entre terminaux, pilotée par l'OS Ubuntu est une réalité, après avoir été un projet). Mark Shuttleworth affirme, dans un message publié sur le site Indiegogo, qu'un tel marché existe, mais surtout que l'opération a permis de faire entrer dans le Ubuntu Carrier Advisory Group un certain nombre d'acteurs majeurs de la téléphonie mobile mondiale.

Nul doute que la stratégie de Canonical qui consiste à élargir son périmètre d'activité, jusque-là confiné à des prestations de SSII était audacieuse. En effet, arriver sur un marché dominé, à l'époque, par Android et par Apple iOS (sans citer les acteurs chinois) en proposant une « convergence » des terminaux n'était peut-être pas aussi simple. Hewlett-Packard, qui malgré le rachat de Palm en 2010 et la proposition au marché de sa tablette HP Touchpad et de ses terminaux Palm Pre3 fonctionnant sous un système à bien des égards novateur (HP webOS) n'arrivait déjà pas à maintenir son offre et la développer.

Abandon du projet[modifier | modifier le code]

Le 5 avril 2017, Mark Shuttleworth annonce l'abandon d'Ubuntu Touch[9], en recentrant "Ubuntu vers le Cloud computing et l'internet des objets, plutôt que la téléphonie et la convergence".

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Ubuntu Edge : le téléphone linux n'est pas mort », game-focus,‎ (lire en ligne)
  2. a et b iclarified.com, « L'incroyable évolution des parts de marché smartphones de 2005 à 2012 en une image », sur iPhone XS, XR, iPad et Apple Watch : blog et actu par iPhon.fr, (consulté le 11 juin 2019)
  3. C. Haitzler est connu dans le monde Linux pour avoir développé Enlightenment, une interface de bureau graphique pour Linux.
  4. Le code de la société Palm, racheté par Hewlett-Packard, puis revendu à LG Electronics et finalement « libéré » sous le nom de Open WebOS semble avoir été acquis par la société coréenne LG pour équiper ses téléviseurs connectés. Il n'a pas encore été question de lancer des terminaux de téléphone fonctionnant sous Open WebOS.
  5. Avec l'arrivée sur le marché de téléphones munis de microprocesseurs quadri-cœurs, de puces graphiques puissantes et de la 3G et 4G, on peut penser que le téléphone mobile ressemblera de plus en plus à un ordinateur mobile, voire à une tablette communicante très puissante.
  6. « Ubuntu Edge : pour son smartphone, Canonical teste le crowdfunding », ZDnet.fr,‎ (lire en ligne)
  7. Voir la vidéo de M. Shuttleworth dans laquelle il explique comment Ubuntu permet de coordonner fonctionnellement, esthétiquement et techniquement les tablettes, les téléphones mobiles, la télévision et le PC.
  8. « Ubuntu Edge : la plus grande campagne de crowdfunding de tous les temps », L'informaticien,‎ (lire en ligne)
  9. (en) « Growing Ubuntu for cloud and IoT, rather than phone and convergence » [« Faire grandir Ubuntu pour le Cloud et l'internet des objets plutôt que la téléphonie et la convergence »], sur blog.ubuntu.com (consulté le 20 octobre 2018)