Sanctuaire d'Éleusis

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Le sanctuaire d'Éleusis : Télestérion et acropole.

Le sanctuaire d'Éleusis ou sanctuaire des Grandes Déesses est le lieu d'initiation des citoyens d'Athènes et d'autres cités grecques aux rites des mystères d'Éleusis[1].

Le site archéologique est situé entre la ville moderne d'Éleusis et la côte du golfe Saronique, face à l'île de Salamine. Le sanctuaire occupait une terrasse au sud-est de l'acropole, qui porte aujourd'hui le musée archéologique d'Éleusis.

Description du site archéologique[modifier | modifier le code]

Plan du sanctuaire des mystères d'Éleusis.

Les fouilles ont révélé des murs d'enceinte assez bien conservés, érigés depuis l'époque de Pisistrate jusqu'à l'Empire romain.

Comme dans l'Antiquité, on pénètre sur le site archéologique par la Voie sacrée dallée qui donne accès à deux propylées romains.

Puis on atteint les vestiges du Télestérion, qui dessine au sol une vaste surface carrée, en partie creusée dans le roc, avec des gradins disposés sur les quatre côtés.

Voie sacrée[modifier | modifier le code]

La Voie sacrée quitte Athènes par la porte du Dipylon et le cimetière du Céramique, pour rejoindre le sanctuaire d'Éleusis, sensiblement par le même tracé que la route moderne de Daphni. Des vestiges ont été mis au jour près du pont de Skhisto (γέφυρα Σχιστού). La Voie sacrée atteint une cour dallée, devant l'entrée du sanctuaire.

Cour dallée et temple d'Artémis[modifier | modifier le code]

Le temple d'Artémis et de Poséidon Pater, de style dorique, à droite avant l'entrée du sanctuaire, est une reconstruction romaine d'un temple géométrique du -VIIIe siècle. Il en reste le soubassement et quelques éléments de l'entablement. [2]:381.

Mur du téménos[modifier | modifier le code]

Les limites du sanctuaire sont marquées par une vaste enceinte, doublée à l'entrée. L'enceinte extérieure, construite au début du -Ve siècle et restaurée à l'époque romaine, est coupée par le Grand Propylée, qui imite les Propylées de l'acropole d'Athènes[2]:382.

Grand Propylée[modifier | modifier le code]

Un escalier à six degrés donne accès au soubassement dallé du Grand Propylée, qui développe une façade à six colonnes doriques, dont le fronton, visible parmi les débris qui gisent à terre, figure un portrait d'Antonin le Pieux.[2]:382.

Petit Propylée[modifier | modifier le code]

Un peu plus loin, le Petit Propylée, plus étroit, percé à travers l'enceinte intérieure, donne accès au sanctuaire proprement dit. Le monument actuel est une construction romaine datant de -54, due au proconsul Appius Claudius Pulcher, ami de Cicéron, remplaçant une porte fortifiée du temps de Pisistrate (-VIe siècle). On remarque au sol les traces profondes des gonds de la porte et les ornières laissées par ses battants[2]:383.

Ploutônéion[modifier | modifier le code]

À droite, au creux d'une petite falaise, deux grottes adjacentes représentent l'endroit où Hadès enleva Perséphone.

Devant la plus grande des grottes se tiennent les vestiges du temple d'Hadès, un petit édifice de type mégaron in antis, dont on distingue le plan[2]:384.

Télestérion[modifier | modifier le code]

Gradins du Télestérion

Le Télestérion ("salle d'initiation", du grec τελείω, "compléter, accomplir, consacrer, initier") est la grande salle d'assemblée des initiés, le coeur du sanctuaire. Ces cérémonies d'initiation, dédiées à Déméter et à Perséphone, figurent parmi les plus anciens et les plus sacrés de tous les rites religieux célébrés en Grèce[1].

Les mystères d'Éleusis étaient célébrés chaque année à Éleusis et à Athènes durant neuf jours, du 15 au 23 du mois de Boedromion (septembre ou octobre du calendrier grégorien). À l'apogée des cérémonies, les initiés étaient introduits dans le Télestérion : les reliques sacrées de Déméter leur étaient présentées et les prêtresses révélaient leur vision de la nuit sacrée (probablement un feu qui représentait une possibilité de vie après la mort). C’était la partie la plus secrète des Mystères et il était strictement interdit aux initiés de parler des rites qui se déroulaient dans le Télestérion.

Le sanctuaire était encore utilisé au IVe siècle, mais il a probablement été fermé pendant la persécution des païens à la fin de l'Empire romain.

Le site du Télestérion aurait abrité un temple depuis le -VIIe siècle, époque où fut composé l'Hymne homérique à Déméter [2], l'un des trente-trois Hymnes homériques (-650 / -550). Le Télestérion a connu dix phases de construction[3].

Il fut détruit par les Perses en -480, alors que les Athéniens se retiraient vers Salamine et que l'Attique tout entière était tombée sous les assauts de l'armée perse, qui incendia Athènes.

Après la défaite des Perses, le Télestérion fut reconstruit sous Périclès. Iktinos, le grand architecte du Parthénon, conçut le nouveau Télestérion assez grand pour accueillir plusieurs milliers de personnes. Vers -318, Philon lui ajouta un portique à douze colonnes doriques.

En 170 après J.-C., sous le règne de l'empereur romain Marc Aurèle , une ancienne tribu appelée les Costoboci lança une invasion du territoire romain au sud du Danube, pénétrant en Thrace et ravageant les provinces de Macédoine et d'Achaïe. Les Costoboci atteignirent Éleusis, où ils détruisirent le Télestérion. L'empereur répondit en envoyant en Grèce le général Vehilius Gratus Iulianus avec des renforts d'urgence, qui finalement vainquirent les Costoboci. Marc Aurèle fit alors reconstruire le Télestérion.

En 396, ce sont les troupes du Wisigoth Alaric qui envahissent l'Empire romain d'Orient et ravagent l'Attique détruisant à nouveau le Télestérion, cette fois définitivement[2]:381.

Sources, références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Smith, Sir William, ed., Dictionary of Greek and Roman Antiquities, Boston, Little, Brown, and Company, (lire en ligne), « Eleusinia », p. 452
  2. a b c d e et f Robert Boulanger, Guide bleu, Hachette, Paris, édition 1967
  3. Wilson, Nigel Guy, ed., Encyclopedia of Ancient Greece, , 255–257 p. (lire en ligne)