Saint Ombilic

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Détail du tableau de Lorenzo Lotto (vers 1527)

Le Saint Ombilic (appelé aussi Saint Nombril) est le nom donné par différentes églises chrétiennes à ce qui serait la relique du cordon ombilical de Jésus de Nazareth.

À certaines époques où fleurissait le culte des reliques les plus étonnantes, des églises ont prétendu détenir ce souvenir de l'Enfant Jésus, comme d'autres du même genre : dents de lait de l'Enfant Jésus, Saint Prépuce...

Contexte théologique et historique[modifier | modifier le code]

Si les chrétiens pensent dans leur immense majorité que la conception de Jésus-Christ a été miraculeuse, ils imaginent cependant en général que sa naissance s'est passée comme celle des autres hommes[1]. Il naquit donc naturellement encore relié à sa mère par un cordon ombilical.

L'idée que le cordon ombilical de Jésus ait été conservé, et que de plus il se soit transmis à travers les âges n'a aucun caractère de vraisemblance historique. Cependant il s'est trouvé au cours des siècles plusieurs églises qui ont pensé détenir cet objet, soit dans son intégralité ou bien en partie.

Il faut noter ici le cas intéressant du Saint Nombril de Châlons-en-Champagne, qui fut détruit en 1707 après enquête sur l'ordre de l'évêque du lieu. C'est l'un des très rares cas où la hiérarchie ecclésiastique[2] eut l'audace, à l'époque des Lumières, de faire expertiser une relique pourtant vénérable et populaire, puis de la faire détruire. Cette anecdote est rapportée par de nombreux auteurs, dont Voltaire, qui salue le geste dans plusieurs de ses ouvrages, notamment dans son Traité sur la Tolérance[3]. De même le libre-penseur Collin de Plancy[4].

L'affaire fit beaucoup de bruit, car l'évêque fut traîné devant les tribunaux par ses ouailles scandalisées. Elle est ainsi résumée par le fameux jurisconsulte Désiré Dalloz [5]: « L’église de Notre-Dame-en-Vaux, à Châlons, possédait une relique, consistant en une portion du nombril de Jésus-Christ, qu’elle exposait, à certaines époques, à la vénération des fidèles. M. de Noailles, évêque de Châlons, fit examiner par un médecin quelle substance ce pouvait être. Celui-ci, après l’avoir cassée entre ses dents, déclara que c’était un corps sans odeur ni saveur, dont il ne pouvait reconnaître la nature ; il la rendit à M. de Noailles, qui l’emporta. Plainte au possessoire de la part du chapitre de Notre-Dame-en-Vaux. »

Localisations[modifier | modifier le code]

Reliquaire de l'Ombilic du Christ. Vierge à L'enfant. Provient de l'église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne. 1407. Musée de Cluny Paris
  • Saint Nombril de Rome. Selon Collin de Plancy (1821), ce saint nombril était partagé entre deux églises : « la plus considérable est à Saint-Jean-de-Latran, l'autre à Sainte-Marie-du-Peuple »[6]
  • Saint Nombril de Clermont. Il semble que ce nombril était pour sa part complet ou présenté comme tel[7].
  • Saint Nombril de Châlons-en-Champagne. En 1407, c'est-à-dire avant la constitution du nouveau reliquaire aujourd'hui conservé au Musée de Cluny, cette relique était déjà conservée dans un simple récipient d'argent portant l'inscription De Umbilico Domini (fragment du nombril du Seigneur), sans qu'on en sache davantage. Pour expliquer la présence à Châlons de cette relique aussi revendiquée par Rome, une légende locale se forme alors : Charlemagne l'aurait reçue de l'Empereur de Byzance, et donnée à un pape, dont un successeur, vraisemblablement le Français Clément V, en aurait donné une partie à l'évêque de Châlons de son temps. Des Châlonnais venus en délégation voir l'évêque lui garantissent qu'ils ont rencontré eux-mêmes quelqu'un qui leur a dit avoir eu l'occasion de consulter les archives papales, où il aurait aperçu une bulle en bonne et due forme attestant tout cela[8]...

Le Saint Ombilic dans les Beaux Arts[modifier | modifier le code]

  • Un orfèvre anonyme a réalisé en 1407, sous la forme d'une statuette de Vierge à l'Enfant, un reliquaire du cordon ombilical de Jésus pour le compte des exécuteurs testamentaires de Thibault Des Abbés, bourgeois de Châlons-en-Champagnes et au bénéfice de la collégiale de Notre-Dame-en-Vaux. L'œuvre, conservée à Paris au Musée de Cluny, a été l'objet d'une description par sa directrice[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il faut noter cependant une opinion théologique en vogue aux XIXe et XXe siècles parmi certains membres du clergé catholique, selon laquelle Jésus, par égard pour la virginité de sa mère, serait né miraculeusement, sans briser le sceau de cette virginité (l'hymen), et en la traversant donc comme plus tard il traversa une porte, après sa Résurrection. Cette opinion, traditionnelle, remonte au moins au XIIIe siècle: la thèse selon laquelle «la génératrice fut vierge avant et après l'enfantement» est défendue, sur base de cinq arguments, par Jacques de Voragine, La Légende dorée, chap. «La Nativité de N.-S. Jésus-Christ selon la chair».
  2. En l'espèce monseigneur Gaston de Noailles, évêque comte de Châlons de 1695 à 1720.
  3. Chapitre XXX :(S'il est utile d'entretenir le peuple dans la superstition) "La rouille de tant de superstitions a subsisté encore quelque temps chez les peuples, lors même qu'enfin la religion fut épurée. On sait que quand M. de Noailles, évêque de Châlons, fit enlever et jeter au feu la prétendue relique du saint nombril de Jésus-Christ, toute la ville de Châlons lui fit un procès ; mais il eut autant de courage que de piété, et il parvint bientôt à faire croire aux Champenois qu'on pouvait adorer Jésus-Christ en esprit et en vérité, sans avoir son nombril dans une église ».
  4. Au tome II de son Dictionnaire critique des reliques (1821) il dit que c'était un saint prépuce, mais il se corrige au tome III en expliquant qu'il a été induit en erreur par le fait que dans le pays on appelait familièrement cet ombilic le Saint Prépuce.
  5. V. A. D. Dalloz, Jurisprudence générale, Répertoire méthodique et alphabétique de législation, 1846, p.179.
  6. Jacques Albin Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, tome II, 1821, p. 45 (citant Voyage de France et d'Italie, pp. 309 et 433. Misson, tome II, p. 148).
  7. Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, t. II, P.U.F, 1955, p. 13.
  8. Le Saint Nombril à Châlons-en-Champagne, in La Catalaunie dans tous ses états.
  9. Elisabeth Taburet-Delahaye (directrice du Musée de Cluny, La Vierge et l'Enfant, reliquaire du Saint Nombril, 2006.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Rapine, Annales ecclésiastiques du diocèse de Chaalons en Champagne. Par la succession des Evesques de cette Eglise, Comtes de Chaalons, & Pairs de France..., Paris, 1636
  • Charles Rapine, Discours de la vie, mort et miracles de S. Memie, premier evesque..., Châlons, 1625., Châlons 1869.
  • J.-A.-S. Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, tome II, 1821, p. 45.
  • Recueil de pièces curieuses concernant la relique du saint Nombril de N.-S. conservée dans l’église de Notre-Dame de Chaalons, Châlons, 1707, in –octavo conservé à la Bibliothèque Municipale de Rouen (d’après son catalogue de 1839).
  • U.-R. Louis Paris, Le Cabinet historique, moniteur des bibliothèques et des archives, Paris, Champion, 1855, t. I, pp. 91 (n°446-451).
  • Müller, Alphons Victor: Die hochheilige Vorhaut Christi im Kult und in der Theologie der Papstkirche. Berlin 1907.
  • Anonyme, «Le Saint Nombril à Châlons-en-Champagne», in La Catalaunie dans tous ses états (page web bien documentée qui saisit notamment des textes de 1407 et 1512 au sujet du Saint-Nombril de Châlons) d'après un article paru dans Le Petit Catalaunien Illustré n°20 (été 1997).
  • Boussel, Patrice; Des Reliques et de Leur Bon Usage, 1971.
  • Elisabeth Taburet-Delahaye (conservatrice et directrice du Musée de Cluny), "La Vierge et l'Enfant, reliquaire du Saint Nombril", 2006.
  • Abbé, Jacques Wersinger, La question du Saint-Nombril, une enquête policière historique , SACSAM, Tome, CXXIX, Année 2014, p.99-126.