Saintes Dents

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

On a appelé Saintes Dents, à différentes époques, des reliques qui passaient pour être des dents de lait de Jésus de Nazareth.

À certaines époques où fleurissait le culte des reliques les plus étonnantes, des églises ont prétendu détenir ce souvenir de l'Enfant Jésus, comme d'autres du même genre : Saint Nombril, Saint Prépuce...

Contexte théologique et historique[modifier | modifier le code]

Comme tous les enfants, Jésus a perdu à un certain âge ses dents de lait. L'idée que ces dents de lait aient été conservées, et que de plus elles se soient transmises à travers les âges n'a aucun caractère de vraisemblance historique. Cependant il s'est trouvé au cours des siècles plusieurs églises qui ont pensé détenir l'une de ces dents.

Il est intéressant de constater qu'il s'est trouvé dès le XIe siècle un auteur catholique, Guibert de Nogent, pour s'élever contre le culte ou plutôt contre la vénération d'une telle relique, que prétendaient détenir les moines de Saint-Médard de Soissons. Dans son traité De sanctis et eorum pigneribus (« Au sujet des Saints et de leurs reliques »), il s'élève contre le culte des reliques, et spécialement contre celles qui prétendent être constituées de restes de Jésus-Christ. Voici ses trois arguments principaux : 1) tout d'abord, il n'est pas vraisemblable que cette dent ait pu parvenir jusqu'à nous; 2) par ailleurs, Jésus n'a pu voir tomber ses dents de lait, car Guibert considère (à tort) ce phénomène comme pathologique, dont le fils de Dieu a été préservé comme des autres maladies qui ne sont que des conséquences du péché originel; cela supposerait donc que le corps de Jésus ressuscité n'ait pas été intégralement reconstitué, ce qui est un blasphème ; 3) quel besoin surtout aurait le vrai croyant de la présence d'un tel reste matériel de Jésus, alors qu'il jouit de sa pleine et entière présence dans l'eucharistie ?

Il s'agit là évidemment d'un épiphénomène, critiqué dès le départ au sein même du catholicisme, et qu'on retrouve au sein de différentes religions, telles que l'islam (avec ses dents de Mahomet) et le bouddhisme (et ses dents de Bouddha).

Localisations[modifier | modifier le code]

  • Sainte Dent de l’abbaye Saint-Médard de Soissons, mentionnée au XIe siècle par Guibert de Nogent (1055-1125) dans son traité De Pignoribus (« Au sujet des reliques »).
  • Sainte Dent de la chapelle du parc du Bois de Vincennes, qui avait été fondée par saint Louis, pour y conserver des reliques, achetées à grand frais par ce prince et ses prédécesseurs. On y voyait une dent de lait de l'enfant Jésus, et une goutte du sang de Jésus-Christ, répandue sur le Calvaire. »[1], mentionnée au XVIIe siècle par le polémiste protestant Pierre du Moulin (1568-1658)[2].
  • Sainte Dent de l'église de la Madeleine de Noyon, mentionnée en 1783 par le marquis d’Argenson, comme ayant inspiré plusieurs savantes dissertations[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions les plus générales les plus indispensables à tous (= Répertoire des connaissances usuelles, tome 8), Paris, Michel Lévy, 1853, p. 177)
  2. « En l’église qui est dans l’église qui est dans le parc du bois de Vincennes, on garde de la poudre du manteau de Saint-Martin et une dent de lait de Jéus-Christ. » (Bouclier de la foi ou Défense de la confession de foi des églises réformées du royaume de France contre les objections du sieur Arnoux, jésuite, édition de 1846, p.378).
  3. Citée par Henri Lamendin, Petites histoires de l'art dentaire d'hier et d'aujourd'hui. Anecdodontes, Paris, L’Harmattan, 2006, p.30.
  4. « L’église de la Madeleine, une des paroisses de Noyon, contient un grand nombre de reliques précieuses ; quelques-unes sont assez singulières. On y voit de la manne que Dieu fit pleuvoir pour la nourriture des Israélites dans le désert; un morceau des trois pains dont Jésus-Christ rassasia cinq mille hommes, et une dent de notre Seigneur: cette dernière relique a donné lieu à plusieurs savantes dissertations. » (Marc-Antoine de Voyer d'Argenson et André-Guillaume Contant d’Orville, Mélanges tirés d’une grande bibliothèque. De la lecture des livres françois, tome neuvieme, Paris, Moutard, 1783, p.127).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guibert de Nogent, De Sanctis et pigoribus eorum (édition critique récente par R. B. C. Huygens dans le Corpus christianorum. Continuatio Mediaevalis n°127, Turnhoult, Brepols, 1993; dans la Patrologie latine de Migne, tome 156, col. 649 et sv.).
  • Abel Lefranc, « Le traité des reliques de Guibert de Nogent et les commencements de la critique historique au moyen âge » in Études d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod (Paris, 1896), pp. 285-306 (Dont une bonne saisie en ligne).
  • Müller, Alphons Victor, Die hochheilige Vorhaut Christi im Kult und in der Theologie der Papstkirche. Berlin 1907.
  • Boussel, Patrice, Des Reliques et de Leur Bon Usage, 1971.

Autres reliques de Jésus[modifier | modifier le code]