Miracle eucharistique

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Carte montrant l'emplacement de quelques sites en Italie

Dans la tradition catholique, on appelle miracles eucharistiques des événements «surnaturels» supposés s'être produits au cours ou autour de l'Eucharistie. Dans son livre publié en 2003, Nicola Nasuti mentionne le fait qu'à Paray-le-Monial, en France, on conserve une grande carte géographique avec l'indication de 132 lieux, répartis à travers le monde[Note 1], où des miracles eucharistiques seraient advenus tout au long de la période médiévale et au-delà[1]. Le développement de ces « miracles » plus particulièrement à partir du XIIIe siècle est lié à la pratique de ce sacrement, le culte et l'adoration eucharistique étant assumés et favorisés par l'Église qui y trouve un instrument apologétique puissant[2].

Typologie des miracles eucharistiques[modifier | modifier le code]

Les circonstances et manifestations présumées des miracles eucharistiques sont de différents types.

Circonstances[modifier | modifier le code]

Les circonstances présumées sont très diverses ; dans les récits de miracle, ils peuvent être provoqués par :

  • les doutes du prêtre en la présence réelle alors qu'il célèbre la Messe comme à Lanciano et Bolsena ;
  • un sacrilège comme lors du vol d'une hostie en vue d'une profanation ou d'un usage de sorcellerie comme à Santarém au Portugal ;
  • une négligence comme lorsqu'un prêtre place avec désinvolture une hostie consacrée entre les pages de son bréviaire au lieu de la porter avec respect (l'hostie aurait ainsi saigné, à Cascia en Italie, en 1330), ou de façon purement matérielle, quand une hostie tombe par terre (Douai).

Manifestations[modifier | modifier le code]

Lanciano : l'article de L'Osservatore Romano 23 avril 1982.

Exemples de miracles eucharistiques[modifier | modifier le code]

De nombreux cas de miracles eucharistiques ont été répertoriés au travers des siècles. Certains miracles ont fait l'objet d'une documentation importante ou d'études scientifiques récentes. Mais aucune étude scientifique n'a pu démontrer de l'existence de ces dit miracles.

  • À Lanciano en Italie, province de Chieti, dans la région des Abruzzes, vers 750, le prêtre aurait eu un doute sur la présence de Jésus, les saintes Espèces auraient alors pris l'aspect de la chair et du sang ; les reliques ont été examinées durant l'hiver 1970-1971 et une nouvelle fois en 1981 par le Professeur Odoardo Linoli qui a effectué diverses analyses, dont les résultats ont été confirmés par le Professeur Ruggero Bertelli ; il s'agit bien de chair et de sang humains, de groupe sanguin AB, sans aucune trace de substance de conservation ou de momification : leur conservation durant des siècles dans un milieu non stérile est donc exceptionnelle. La chair est constituée par le muscle du cœur (myocarde)[3],[4], [5]. Le 23 avril 1982, L'Osservatore Romano, journal du Saint-Siège, a consacré une page aux résultats des analyses du miracle de Lanciano. À noter qu'un miracle secondaire s'était produit dans le passé au sujet du poids des cinq caillots de sang (le poids était le même, qu'on pèse un, deux, ou cinq caillots) ; ce miracle ne s'est pas reproduit lors des examens récents. Le sang est encore parfaitement liquide après tellement d'années, et à ce jour nulle substance de conservation n'y a été retrouvée, phénomène constituant en soi-même un fait inexplicable. Le professeur Linoli insista sur le fait que l'hypothèse d'un faux réalisé dans les siècles passés est peu probable : pour le prélèvement du fragment du myocarde, il aurait fallu une précision très peu plausible à l'époque ; quant au sang, s'il avait été prélevé sur un cadavre, il se serait rapidement altéré, par déliquescence ou putréfaction, le sang prélevé était donc du sang frais[7].
  • En Pologne : lors de la messe de Noël 2013, dans l’église Saint-Hyacinthe, à Legnica, ville de Basse-Silésie. Une hostie était tombée par terre au moment de la communion ; mise dans de l'eau afin qu'elle se dissolve, elle ne s'est pas dissoute, mais des taches rouges apparurent. Une enquête fut décidée : un fragment de l’hostie fut prélevé et envoyé au Laboratoire national de médecine légale. Ce laboratoire a conclu qu’il s’agissait d’un fragment de muscle strié « très similaire au myocarde (muscle du cœur) avec des altérations qui apparaissent souvent pendant l’agonie ». L’analyse ADN a conclu qu’il s’agissait de myocarde humain. Après consultation de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, l'évêque a reconnu le caractère miraculeux de ce phénomène, par un communiqué du 10 avril 2016[8].
Le calice et la patène de O Cebreiro.
  • À Rome, en 595, selon la Vita Beati Gregorii Papae écrite par le diacre Paul en 787, pendant une célébration eucharistique présidée par le pape Grégoire le Grand, au moment de recevoir la communion, une noble dame romaine se mit à rire, prise de doutes sur la présence réelle dans le pain et le vin consacrés. Le Pape alors, troublé par le manque de foi de cette femme, décida de ne pas lui donner la communion et aussitôt le pain se transforma en chair et en sang. La relique eucharistique est conservée à Andechs, en Allemagne, dans un monastère bénédictin.[réf. nécessaire]
  • À Augsbourg, en 1194, fut rapporté le miracle eucharistique connu sous le nom de Wunderbarlichen Gutes (Bien Miraculeux), décrit dans les documents historiques consultables à la Bibliothèque nationale et civique d’Augsbourg. Une hostie volée se transforma en chair sanglante.[réf. nécessaire]
  • À Benningen, en 1216, on rapporta le saignement d'une hostie à la suite d'une dispute entre deux meuniers. Un jour, l’un des deux, exaspéré après avoir communié, vola une hostie consacrée qu’il cacha parmi les pierres du moulin de son voisin dans l’intention de le calomnier. Pendant la fête de Saint-Grégoire, l’hostie commença à saigner et l’évêque en fut informé. Le meunier sacrilège confessa le méfait. Les peintures de la chapelle construite en l’honneur du prodige furent exécutées par Johan Friedrich Sichelbein. En 1221, les habitants de Benningen entreprirent la construction d’une chapelle en l’honneur de ce prodige connue sous le nom de Riedkapelle zum Hochwürdigen Gut. De 1674 à 1718, la Riedkapelle fut rénovée et agrandie pour accueillir de nombreux pèlerins. Chaque année, le jour de la Fête-Dieu la paroisse de Benningen se rend en procession à la Riedkapelle pour célébrer la commémoration du miracle.[réf. nécessaire]
  • À Alatri dans le Latium, en 1228, une jeune femme, pour retrouver l’amour de son fiancé, s’adressa à une voyante qui lui suggéra de voler une hostie consacrée pour en faire un philtre d’amour. Pendant une messe la jeune fille réussit à s’emparer d’une hostie qu’elle cache dans un linge. Rentrée chez elle, elle s’aperçut que l’hostie était transformée en chair ensanglantée. Une bulle pontificale de Grégoire IX évoque ce prodige. la cathédrale de Saint-Paul Apôtre conserve la relique du miracle, soit un fragment d’hostie transformée en chair.[réf. nécessaire]
  • À Douai, en 1254, dans la Collégiale Saint-Pierre de Douai : le visage de Jésus apparaît dans l'hostie ; des pèlerinages ont encore lieu régulièrement. Pour couper court à toute crainte que l'hostie de 1254 soit corrompue et qu'il n'y ait plus la Présence réelle, l'évêque a demandé que, lorsque l'hostie est exposée à l'adoration des fidèles, il y ait, en plus de l'ostensoir qui contient l'hostie ancienne, un autre ostensoir contenant une hostie récemment consacrée[9].
  • À Bolsena, province de Viterbe, en 1263, dans le Latium, en 1263, dans un contexte un peu semblable à Lanciano, l'hostie changée en chair a saigné abondamment, et le sang a taché le corporal ; les reliques sont conservées dans la Cathédrale d'Orvieto. Le pape Urbain IV s'y rendit et décida d'instituer la Fête du Saint-Sacrement, qui fut officiellement promulguée l'année suivante, après que les textes de la liturgie furent composés (par saint Thomas d'Aquin)[10],[11].
  • À O Cebreiro en Galice, en 1300, une des paroisses de Pedrafita do Cebreiro en galicien ou Piedrafita del Cebrero, le célébrant ne croyait pas à la présence réelle de Jésus ; l'hostie et le contenu du calice se changèrent en chair et en sang. Près de deux cents ans plus tard, la reine Isabelle fit faire un reliquaire de cristal. Les reliques sont toujours portées en procession chaque année pour la Fête-Dieu ; elles figurent aussi sur le blason de la ville. Cet épisode est attesté par deux bulles papales, d'Innocent VIII (1487) et Alexandre VI (1496)[12].
  • À Cascia, en 1330, une hostie consacrée se serait mise à saigner, après qu'un prêtre l'aurait placée avec désinvolture entre les pages de son bréviaire[13].
Article détaillé : Miracle eucharistique de Cascia.
Article détaillé : Miracle eucharistique de Blanot.
  • À Amsterdam, en 1345, une hostie consacrée fut préservée des flammes. Ysbrand Dommer était gravement malade et vomit la communion qu’il venait de recevoir. L’hostie fut jetée par sa domestique dans le feu de la cheminée. Elle aurait été retrouvée le lendemain intacte et suspendue en l’air au milieu de la cheminée. De nombreux témoins auraient assisté au prodige et l’évêque d’Utrecht, Jan Van Arkel en autorisa tout de suite le culte. Aujourd’hui encore à Amsterdam, a lieu chaque année une procession en l’honneur du miracle.[réf. nécessaire]
  • À Ludbreg en Croatie, en 1411, un prêtre qui célébrait la messe en doutant de la vérité de la transsubstantiation vit le vin se transformer en sang. Selon Radio Vatican, ce miracle eucharistique fait l’objet d’une vénération pour les fidèles croates qui, au cours des siècles, ont été témoins d’innombrables guérisons[15]. D'après Radio-Vatican et l'Agence Zenit, Benoît XVI a nommé le Cardinal Tomko comme son représentant personnel pour le 600e anniversaire du miracle de Ludbreg.
  • À Alkmaar en 1429, dans la cathédrale Saint-Laurent, un prêtre appelé Folkert était en train de célébrer sa première messe. Après la consécration, le prêtre renversa par mégarde sur l’autel et la chasuble le vin consacré qui se transforma miraculeusement en sang. Tout essai d’enlever les taches de sang fut vain. La relique de la chasuble est conservée dans la cathédrale Saint-Laurent de Alkmaar.[réf. nécessaire]
  • À Faverney en Haute-Saône, en 1608 , l'hostie est restée en lévitation plus de 24 heures à l'occasion d'un incendie ; des milliers de témoins l'ont constaté[16].
  • À Sienne, le 14 août 1730, un ciboire contenant 351 hosties consacrées fut volé dans la basilique Saint-François. Trois jours plus tard les hosties furent retrouvées dans le tronc de l'église Sainte-Marie de Provenzano. Rapportées dans l'église Saint-François elles y sont conservées depuis. Certaines ayant été distribuées, il en reste 230 dans un nouveau ciboire. Elles furent victimes d'une nouvelle agression le 5 août 1951 et éparpillées sur le sol. Mais elles ont été récupérées intactes. Elles sont gardées en permanence dans la chapelle Piccolomini les mois d'été, et dans la chapelle Martinozzi les mois d'hiver[17].
  • Près de Naples, en 1772, des quantités d'hosties volées furent miraculeusement retrouvées, en plusieurs fois, dans un champ, grâce à des lumières inexplicables ; cela a fait l'objet d'une enquête rigoureuse du Tribunal archiépiscopal, qui dressa un procès-verbal de 364 pages ; 17 hommes (dont des prêtres) ont témoigné judiciairement sous la foi du serment, et le récit détaillé en a été fait par saint Alphonse de Liguori, évêque et Docteur de l'Église, qui affirme que d'autres miracles de ce genre ont été décrits dans ses autres livres[18].
  • À Bordeaux, en 1822, pendant plus de vingt minutes Jésus bénissant apparut dans l’hostie exposée à l’adoration des fidèles. On peut toujours visiter la chapelle du miracle et vénérer la relique de l’ostensoir de l’apparition conservée à Martillac, auprès de la communauté contemplative « La Solitude ». Ce miracle est lié à la communauté fondée en 1820 par Pierre-Bienvenu Noailles. Le prodige advint vingt mois après la fondation de la communauté dans leur église Sainte-Eulalie, rue Mazarin à Bordeaux. Cet événement fut approuvé par les autorités ecclésiastiques, entre autres par l’archevêque de Bordeaux, Monseigneur d’Aviau, après qu’il eut entendu les témoignages des fidèles qui avaient assisté au prodige. On peut visiter la chapelle du miracle et vénérer la relique de l’ostensoir des apparitions[19].
  • À San Mauro La Bruca, le 25 juillet 1969, des voleurs entrèrent dans l’église de avec l’intention de s’emparer des objets précieux. Après avoir défoncé le tabernacle, ils prirent le ciboire qui contenait plusieurs hosties consacrées. Sortis de l’église, ils jetèrent les hosties le long d’un sentier. Le lendemain un enfant les vit et les porta au curé. En 1994, après des analyses, Mgr Biagio d'Agostino, évêque de Vallo della Lucania reconnut la conservation miraculeuse des hosties et en autorisa le culte[Note 2].[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'article en italien mentionne une vingtaine de lieux de miracles en Italie, et d'autres en Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Autriche, Colombie, Égypte, Suisse, Île de la Réunion, et à Chirattakonam en Inde.
  2. Les analyses faites par les chimistes prouvent que, déjà après six mois, la farine azyme.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nicola Nasuti, L'Italia dei prodigi eucaristici, Edizioni Cantagalli, Siena, 2003, p. 10.
  2. Patrick Sbalchiero, L'Église face aux miracles: De l'Évangile à nos jours, Fayard, (lire en ligne)
  3. a et b O. Linoli, Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del Miracolo Eucaristico di Lanciano, Quaderni Sclavo di Diagnostica 7, 661-674 (1971), ristampato dalle Edizioni S.M.E.L., Lanciano
  4. a et b P. Amedeo Giuliani, Le reliquie eucaristiche del miracolo di Lanciano, Tradizione - Storia - Culto - Scienza, Edizioni S.M.E.L., Lanciano (1997)
  5. a et b Silvio Di Giancroce e Mauro De Filippis Delfico, Guida del Santuario del Miracolo Eucaristico di Lanciano, Edizioni S.M.E.L. Lanciano (2006).
  6. Corinne Marchal, Manuel Tramaux (éd.), « Le miracle de Faverney (1608). L'eucharistie : environnement et temps de l'histoire ». Actes du colloque de Faverney (9-10 mai 2008).
  7. Père François Brune, Dieu et Satan, éd. Oxus, 2004, p. 339.
  8. http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Monde/Un-miracle-eucharistique-reconnu-en-Pologne-2016-04-19-1200754520
  9. http://www.adoperp.com/mse/miracles-France/douai.pdf ; voir aussi Abbé Jean Ladame, Prodiges Eucharistiques, Imprimerie Saint Joseph, Collection : Familles & eucharistie, 2004, p. 30-33.
  10. Abbé Jean Ladame, Prodiges Eucharistiques, Imprimerie Saint Joseph, Collection : Familles & eucharistie, p. 178-184
  11. « Orvieto : Le miracle eucharistique qui institua la Fête du Saint-Sacrement », sur www.aleteia.org, (consulté le 7 février 2015)
  12. Abbé Jean Ladame, Prodiges Eucharistiques, Imprimerie Saint Joseph, Collection : Familles & eucharistie, 2004, p. 219-222.
  13. (it) Raffaele Iaria, I miracoli eucaristici in Italia, Paoline, , p. 62-66.
  14. (it) Renzo Allegri, Il sangue di Dio, Àncora Editrice, , p. 102-104.
  15. http://www.zenit.org/article-28774?l=french
  16. Abbé Jean Ladame, Prodiges Eucharistiques, Imprimerie Saint Joseph, Collection : Familles & eucharistie, p. 120-126 ; voir aussi Willem Frijhoff, « Corinne Marchal, Manuel Tramaux, (éds.), Le miracle de Faverney (1608). L’eucharistie : environnement et temps de l’histoire. Actes du colloque de Faverney (9-10 mai 2008) », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], | 2011, mis en ligne le 20 juin 2011, consulté le 15 décembre 2011. http://assr.revues.org/22914
  17. http://www.adoperp.com/adoration/histoire/Prodiges/Sienne.html
  18. Abbé Jean Ladame, Prodiges Eucharistiques, Imprimerie Saint Joseph, Collection : Familles & eucharistie, p. 157-166.
  19. Bernard Peyrous, Miracle eucharistique : récit et témoignages des événements de Bordeaux, 1822, Paris, Éd. de l'Emmanuel, 143 p. (ISBN 2-915313-24-5).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Ouvrages confessionnels[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]