Royaume du Rwanda
(rw) Ubwami bw'u Rwanda
XVe siècle – 1961
| Statut |
État indépendant (XVe siècle–1885) Composante de l'Afrique orientale allemande (1885–1916) Composante du Ruanda-Urundi (1916–1961) |
|---|---|
| Capitale | Nyanza |
| Langue(s) | Kinyarwanda, français, allemand (officiel en 1885-1916) |
| 1081 – 1114 | Gihanga (mwami) (premier) |
|---|---|
| ... | |
| 1959–1961 | Kigeli V (dernier) |
Entités suivantes :
- composante de l'Afrique orientale allemande
- composante du Ruanda-Urundi
- Rwanda
Instauration de la république : 1er juillet 1962
Le royaume du Rwanda est un royaume d'Afrique de l'Est qui put survivre avec une certaine autonomie durant la colonisation allemande puis belge. La monarchie est abolie en 1961 à l'occasion de la révolution rwandaise. Après le référendum de 1961 (en), le Rwanda devient une république qui obtient son indépendance en 1962.
Histoire
[modifier | modifier le code]Origine et formation
[modifier | modifier le code]La zone qui compose le royaume est d'abord peuplée, entre le Ve siècle et le XIe siècle, par des populations dites Twa, des chasseurs. Le XIVe siècle voit l’arrivée de populations Tutsi, qui sont des pasteurs[1]. Selon la tradition orale, le royaume du Rwanda est fondé par des groupes pastoraux tutsi. Les premiers souverains établissent une organisation politique appuyée sur trois figures principales : les chefs de bétail, les chefs propriétaires et les chefs militaires. Cette structure permet au roi, ou mwami, de concentrer le pouvoir et de distribuer terres et bétail non plus selon la parenté mais à titre individuel[2].
Au XVe siècle, une chefferie réussit à regrouper plusieurs territoires voisins et établit ainsi le royaume du Rwanda, après la disparition de l'empire du Kitara, lequel couvrait les territoires des actuels Rwanda, Burundi, Ouganda et une partie de la Tanzanie. La majorité hutu, 82 à 85 % de la population, est composée de paysans, alors que les rois, appelés mwamis, sont généralement Tutsis. Certains Hutus sont néanmoins nobles, et il y eut certainement des mélanges de population[réf. nécessaire].
Avant le XIXe siècle, on pense que les Tutsis détiennent le pouvoir militaire tandis que les Hutus s'occupent de médecine et possèdent les compétences en matière d'agriculture. Le « collège des conseillers du roi » (abiiru) est composé uniquement de Hutus et c'est lui qui gouverne. Aux alentours du milieu du XVIIIe siècle, cependant, l'abiiru connaît une période d'affaiblissement progressif[réf. nécessaire].
Expansion et période coloniale
[modifier | modifier le code]Sous le règne de Kigeli IV Rwabugiri, le Rwanda opère une politique expansionniste. Le roi ne se préoccupe pas de l'identité ethnique des peuples conquis et les appellent Hutus. De ce fait, le terme Hutus tend à désigner une identité trans-ethnique, associée à la notion de sujétion. Dans la mesure où les Hutus sont privés de leurs droits sociaux et politiques, cela consolide l'idée que les Hutus et les Tutsis sont des distinctions socio-économiques et non pas des distinctions ethniques. En fait un individu peut abandonner l'identité Hutu (kwihutura) en accumulant les richesses, s'élevant ainsi dans la hiérarchie sociale[2].
À la fin du XIXe siècle, le royaume du Rwanda conserve encore son autonomie lorsqu’il est intégré à la colonie allemande en 1899, après la Conférence de Berlin. Après la Première Guerre mondiale, le territoire passe sous l'administration belge du Ruanda-Urundi, d’abord comme mandat de la Société des Nations en 1919, puis comme tutelle des Nations unies à partir de 1946[2].
L’administration coloniale belge renforce le rôle de la monarchie tutsie afin de gouverner à travers les élites locales. En 1935, des cartes d’identité mentionnant l’ethnie sont introduites, institutionnalisant les catégories de Hutus, Tutsis et Twas et accentuant les divisions. Le système féodal du royaume est progressivement démantelé dans les années 1950, sous la pression des mouvements indépendantistes africains. Le royaume du Rwanda prend fin avec l’abolition de la monarchie peu avant l’indépendance, proclamée en 1962[2].
Société
[modifier | modifier le code]Organisation
[modifier | modifier le code]Le mwami est entouré de chefs qui contrôlent respectivement le bétail, les terres et les forces militaires. Ce système consolide l’autorité du souverain et installe une pyramide sociale dominée par l’aristocratie tutsie. Le roi est investi d’une aura sacrée et est perçu comme détenteur d’une ascendance divine, ce qui renforce son rôle central[2]. Sous le règne de Kigeli IV, une redistribution des terres rompant avec la logique d'héritage et de possession lignagère est mise en place, instaurant une forme de clientélisme dans lequel les chefs Tutsis demandent aux Hutus une rétribution sous forme de travail manuel en retour du droit d'occuper les terres[3].
Le rôle de la reine mère est important, elle tient la maison du roi et est fortement impliquée dans la politique de la cour[4]. Lorsque leurs fils montent sur le trône, les mères doivent prendre un nouveau nom. Il est composé du terme nyira, qui veut dire « mère de » suivi habituellement du nom royal porté par le nouveau souverain. Seuls les rois nommés Mutara ne suivent pas cette convention, leurs mères prenant le nom de Nyiramavugo (« mère de bon conseil »)[5].
Population
[modifier | modifier le code]Les populations du royaume se composent principalement des Hutus, des Tutsis et des Twas, groupe pygmée autochtone. Ces communautés entretiennent des relations complémentaires, notamment à travers le système d’ubuhake, où les Hutus utilisent le bétail des Tutsis en échange de services. À mesure que la monarchie centralise son pouvoir, ce système évolue vers un modèle de type féodal, appelé uburetwa, dans lequel l’accès à la terre et au bétail se concentre au profit de l’élite tutsie[2].
Les Hutus, majoritaires, assurent la production agricole tandis que les Tutsis possèdent les troupeaux. Les Twas, marginalisés, jouent un rôle complémentaire. Ces relations, bien qu’interdépendantes, tendent à se rigidifier et à se transformer en rapports de domination[2].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) « Kingdom of Rwanda », Encyclopædia Britannica en ligne (consulté le ).
- (en) Carla De Ycaza, « Rwanda », dans Saheed Aderinto, African Kingdoms : An Encyclopedia of Empires and Civilizations, ABC-CLIO, , 383 p. (ISBN 978-1-61069-579-4), p. 249-252
- ↑ (en) Johan Pottier, Re-imagining Rwanda, Cambridge University Press, (lire en ligne), p. 13.
- ↑ (en) Gérard Prunier, The Rwanda Crisis, 1959-1994, C. Hurst & Co., (ISBN 0231104081, lire en ligne), p. 24.
- ↑ Leon Delmas, Généalogies de la noblesse (les Batutsi) du Ruanda, Vicariat Apostolique du Ruanda Kabgayi, (lire en ligne), p. 54 — le nom dynastique de leur fils, comme : Nyira-Yuhi, la mère de Yuhi-Musinga, Nyira-Kigeri, la mère de Kigeri-Rwabugiri, etc. […] Les rois du nom de Mutara devaient être des rois pacifiques et sociologues ; il leur fallait des conseillers experts pour bien gérer les intérêts du royaume, et le premier conseiller choisi fut la mère du roi, d'où le nom de Nyiramavugo qui signifie : mère du bon conseil, du bon langage.
