Chefferie

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Chefferie d’Afareïtu à Moorea vers 1890.

Une chefferie est une entité politique et administrative représentant des communautés territoriales sur un territoire limité à base régionale, soumise à la domination d'un chef dont l'autorité ne repose plus uniquement sur la parenté (à la différence du clan), mais également sur le prestige, le sacré, une certaine coercition limitée[1].

Précisions[modifier | modifier le code]

En ethnologie contemporaine (depuis 2000), selon Jared Diamond, une bande réunit quelques dizaines d'individus, une tribu quelques centaines (à partir de 13000 AEC), une chefferie quelques milliers (à partir de 6500 AEC), un État quelques dizaines de milliers (à partir de 3400 AEC).

Le terme « chefferie » peut avoir deux autres significations :

  1. C'est une appellation d'origine coloniale qui désigne les institutions sociopolitiques typiques : la chefferie apparaît comme une forme intermédiaire entre les sociétés lignagères et les royaumes.
  2. Au sens premier du terme, on entend par « chefferie » la résidence du chef du village ; c'est là que vit le chef, entouré de ses nombreuses femmes et serviteurs.

En Afrique subsaharienne, les chefferies étaient des micro-États avant la colonisation. Le chef appartenait généralement à la noblesse locale.

Au Québec, la chefferie correspond à la notion de « direction d'un parti » ou de « leadership du parti ».

Le concept, dans le monde anglo-saxon[modifier | modifier le code]

Dans les théories générales de l'évolution culturelle, les chefferies se caractérisent par des formes permanentes et institutionnalisées de leadership politique (le chef), une prise de décision centralisée, une interdépendance économique et une hiérarchie sociale.

Les chefferies sont décrites comme intermédiaires entre les tribus et les États dans le « schéma progressif de développement sociopolitique » formulé par Elman Service : bande - tribu - chefferie - État[2]. Le statut de chef est basé sur la parenté, il est donc hérité ou attribué, contrairement au statut des chefs de tribus à « Big Men »[3]. Une autre caractéristique des chefferies est donc l'inégalité sociale généralisée. Ce sont des sociétés hiérarchisées, selon le schéma de développement sociopolitique progressif formulé par Morton Fried : égalitaire - hiérarchisé - stratifié - étatique[4].

Une définition succincte d'une chefferie en anthropologie a été donnée par Robert Leonard Carneiro (en) : « Une unité politique autonome comprenant un certain nombre de villages ou de communautés sous le contrôle permanent d'un chef suprême »[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Rivière, Anthropologie politique, Armand Colin, , p. 133.
  2. (en) Service, Elman R, Primitive Social Organization: An Evolutionary Perspective, Chicago, IL, Random House, , 221 p., 21 cm (ISBN 0394316355, SUDOC 014517388).
  3. Article de 1963 mis en ligne par Cambridge University Press : (en) Sahlins, Marshall D., « Poor Man, Rich Man, Big-Man, Chief: Political Types in Melanesia and Polynesia », Comparative Studies in Society and History, vol. 5,‎ , p. 285–303 (ISSN 1475-2999, lire en ligne, consulté le ). Sur les « big men » voir Maurice Godelier, La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Fayard, , 370 p., 24 cm (ISBN 2-213-01127-3, SUDOC 000469203).
  4. (en) Morton H. Fried, The evolution of political society : an essay in political anthropology, Random House, (réimpr. 1976 : 71e édition (McGraw-Hill)), 270 p., 20 cm (ISBN 0075535793, SUDOC 015156079).
  5. (en) Robert L. Carneiro, « The Chiefdom: Precursor of the state », dans G. D. Jones and R. R. Kautz, The Transition to statehood in the New World, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-24075-1, SUDOC 024029297), p. 45.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kate Baldwin, The paradox of traditional chiefs in democratic Africa, Cambridge University Press, New York, 2016, 237 p. (ISBN 978-1-107-56644-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]