Routier (instructions nautiques)

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Le grand routier de Pierre Garcie
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1520

Un routier est le nom utilisé autrefois pour désigner un manuel d’instructions nautiques à l'usage des navigateurs. Il contient tous les renseignements généraux, nautiques et réglementaires qui peuvent être utiles aux navigateurs en complément des informations portées sur les cartes marines, en précisant les particularités de la navigation et les pratiques locales dans la région couverte. La Grande ordonnance de la marine de 1681, dite ordonnance de Colbert, mentionne les routiers  : "Routier en termes de Mer est un Livre qui par le moyen de ses Cartes Marines donne des instructions pour la route des Vaisseaux, & dans lequel on trouve la description des Côtes, & on y voit les aspects, les vues ou profils des terres, & on y connait la nature des divers parages"[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Dénommé périple dans l'antiquité phénicienne, grecque et romaine, le routier est un document manuscrit utilisé par les marins.

Les navigateurs italiens utilisent plutôt le mot portulan (portolani), les navigateurs portugais le mot roteiro. Les navigateurs anglais utilisent rutter, dérivé du français routier (ou routier-pilote) qui est utilisé en France dès le XVe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle.

En 1720, un service de la Marine (le Dépôt des cartes et plans de la Marine) est créé pour réunir des plans, cartes, journaux et mémoires concernant la Marine.

Il est l'ancêtre direct de l’actuel service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM[2]), établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Défense, qui publie ces documents sous le nom d'instructions nautiques.

Les principaux routiers[modifier | modifier le code]

Angleterre & Écosse[modifier | modifier le code]

  • Alexander Lindsay publie autour de 1540 A Rutter of the Scottish Seas qui sera traduit au XVIe siècle par le français Nicolas de Nicolay.
  • John Sellers, The English Pilot, 6 tomes, publiés à partir de 1671

Chine[modifier | modifier le code]

  • Wu Pei Chih, recueil de cartes et d'instructions nautiques de la première moitié du XVe siècle[3], illustrant la route maritime de Nankin à la côte africaine, publié en 1621 sous le titre Notes on Military Preparation[4].

États-Unis[modifier | modifier le code]

  • John Norman & Osgood Carleton: The American Pilot. 1791: premier atlas maritime publié aux États-Unis
  • Capitaine Furlong, The American Coast Pilot, éditeur et libraire Edmund March Blunt, 1796: premier routier pour les côtes américaines, de la frontière canadienne à la rivière Mississippi
  • Nathaniel Bowditch, The New American Practical Navigator, 1802.

Espagne[modifier | modifier le code]

  • Alonso de Contreras remet à Philibert de Savoie, autour de 1614, un routier manuscrit, retrouvé au début du XXe siècle[5] : * Alonso de Contreras, Derrotero universal desde el Cabo de San Vicente, en el Mar Océano, costeando Cartagena, Cataluña, Francia, Nápoles, Golfo de Venecia, Archipiélago de Levante, Caramania, Natolia, Suria, Egipto, Nilo, volviendo por Berbería hasta Cabo Cantín, Islas de Sicilia, Cerdeña, M allorca, Candía, Chipre. Le manuscrit original de son Derrotero, écrit autour de 1614, a été retrouvé. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid.

France[modifier | modifier le code]

  • Pierre Garcie dit Ferrande rédige à la fin du XVe siècle (écrit avant 1483 et imprimé en 1520) le premier routier connu sous le titre Le Grand Routier de la mer[6]. Il décrit les côtes depuis les Flandres jusqu'au sud de l'Espagne. Cet ouvrage sera imprimé jusqu'en 1662 sur la base de cette première édition : Pierre Garcie dit-Ferrande, Le Grant routier et pilotage et enseignement pour ancrer tant ès ports, havres que autres lieux de la mer, (lire en ligne).
  • Guillaume Brouscon publie, en 1548, un Manuel de pilotage à l'usage des marins bretons.
  • Jan Alfonce, Voyages avantureux du capitaine Jan Alfonce, Sainctongeois, Poitiers, impr. Marneffe et Bouchet, (lire en ligne), ouvrage posthume publié en 1559.
  • Martin de Hoyarçabal publie en 1579 un routier pilote pour les bateaux naviguant à Terre Neuve : Martin de Hoyarçabal, Les voyages avantvrevx dv capitaine Martin de Hoyarsabal, habitant de Cubiburu : contenant les reigles & enseignements necessaires à la bonne & seure nauigation, Bordeaux, imprimerie de Jean Chouin, (lire en ligne)[7].
  • Piarres Detcheverry, pilote, publie à Bayonne, en 1677, un routier qui décrit méthodiquement les lieux fréquentés par les Basques dans la baie des Chaleurs et sur la pointe de la péninsule gaspésienne[8].
  • R. Bougard, maître de navire au Havre, lieutenant de vaisseau du roi, est l'auteur du routier le plus célèbre de la fin du XVIIe siècle Le Petit Flambeau de la mer (1684)[9]. Ce manuel de cabotage, souvent réédité, servit de manuel d’instruction dans les écoles d’hydrographie. Il décrit les côtes de France, d’Angleterre, d’Irlande, d’Espagne, du Portugal et de la Méditerranée, d’Afrique, de Madère, des Canaries et des iles du Cap-Vert, jusqu'à l’océan Indien : R. Bougard, Le petit flambeau de la mer, ou Le véritable guide des pilotes côtiers , où il est clairement enseigné la manière de naviguer le long de toutes les côtes de France, d'Angleterre, d'Irlande, d'Espagne,de Porungal, d'Italie, de Sicile, de Malte, de Corse et de Sardaigne, et autres isles du Détroit et des côtes de Barbarie, depuis le Cap Bon jusqu'au Cap Verd, St Malo, L. Hovius, (lire en ligne)[10].
  • Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d'Après de Mannevillette publie, en 1745, Le Neptune Oriental ou Routier Général des Cotes des Indes Orientales et de la Chine qui donne des instructions sur l'itinéraire allant des côtes d’Éthiopie à celles de Canton: Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d'Après de Mannevillette, Le Neptune Oriental ou Routier Général des Cotes des Indes Orientales et de la Chine enrichi de cartes hydrographiques, Paris, Jean François Routel, (lire en ligne)
  • Jacques-Nicolas Bellin publie en 1764 Le Petit Atlas maritime qui, avec ses nombreux plans, s’apparente à la tradition des routiers de navigation, et connait un grand succès auprès des marins[11].
  • Alexandre Pierre Givry, ingénieur hydrographe du début du XIXe siècle, publie de 1842 à 1851 Le Pilote Français qui synthétise et systématise les informations orales ou écrites relatives aux côtes françaises de Dunkerque à l'ile de Bréhat.

Italie[modifier | modifier le code]

Portugal[modifier | modifier le code]

  • L'un des premiers routiers date de 1485. Il est portugais et connu sous le nom de livro de rotear[12], premiers mots d'une collection de voyages appelés Manuscrito Valentim Fernandes [13].
  • Jean Alfonse, décrit dans la première moitié du XVIe siècle, les cotes du Canada, du Groenland et du Labrador.
  • D. João de Castro (1500-1548), explorateur, cartographe et administrateur colonial portugais, est l'auteur de plusieurs routiers, concernant la Mer Rouge (1541)[14], la cote de Goa à Diu[15].
  • João Texeira, Cosmographo de S. Magestade, Descripção dos portos maritimos do Reyno de Portugal sur Gallica, 1648
  • Marin-Michel Franzini, Routier des côtes de Portugal, ou Instructions nautiques pour servir à l'intelligence et à l'usage de la carte qu'on a faite et des plans particuliers des ports les plus remarquables de ce royaume (traduit de la langue portugaise par G. d'Urban). 2e édition, Paris, Imprimerie royale, , 87 p. (lire en ligne)
  • Gabriel Ferrand, Instructions nautiques et routiers arabes et portugais des XVe et XVIe siècles, vol. 1-2-3-4, (lire en ligne)

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

  • Le pilote Lucas Janszoon Waghenaer publie en 1584 le Speculum nauticum super navigatione maris occidentalis, (Spiegel der Zee-Vaert), traduit en angias en 1588 (Marine's Mirror of the Sea) traduit en français par Miroir de la navigation, conçu pour le pilotage en Europe du Nord [16],[17] communément appelé Le Waggoner.
  • Le navigateur hollandais Jan Huygen van Linschoten dévoile en 1595 (Reysgheschrift van de Navigatien der Portugaloysers in Orienten) les indications nécessaires pour suivre la Route de Indes, itinéraire tenu secret par les Portugais depuis un siècle.
  • Johannes van Keulen & Jan Luyken, Nieuwe Lichtende Zee-Fakkel (Nouveau et Grand Illuminant Flambeau)[18], 1681-1684, lire en ligne

Turquie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Com'Nougue : Les nouvelles méthodes de navigation durant le Moyen Age, Thèse, Conservatoire national des arts et métiers - CNAM, 2012 lire en ligne
  • Manomani Filiozat: Les routiers de navigation et instructions nautiques, Communication orale et enregistrée ( , 25:32) dans le cadre du colloque: Le Livre maritime, 1750-1850 (CRLV Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages) écouter ici, Publié in Le livre maritime au siècle des lumières, édition et diffusion des connaissances maritimes (1750-1850), Presses de l'Université de Paris Sorbonne, 2005, pp. 133-148.
  • Alain Morgat : Du Neptune François au Pilote Français : les atlas nautiques en France avant 1850, in Le livre maritime au siècle des lumières, édition et diffusion des connaissances maritimes (1750-1850), Presses de l'Université de Paris Sorbonne, 2005, pp. 149-161
  • « Le routier de Ferrande », Chasse-Marée, no 281,‎
  • John B. Hattendorf, Le livre maritime dans le monde anglophone, 1750-1850, Centre de recherche sur la littérature des voyages, lire en ligne
  • Olivier Le Carrer, Océans de papier, Histoire des cartes marines, des périples antiques au GPS, Glénat, , p. 96-97 : La naissance des routiers

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ordonnance de la marine, du mois d'aoust 1681 . Commentée & conférée avec les anciennes ordonnances, & le droit écrit, avec les nouveaux règlemens concernans la marine, G. Cavelier (Paris), (lire en ligne), Titre VIII Du Professeur d'Hydrographie, art. III , p.67
  2. http://diffusion.shom.fr/produits/maree/predictions-de-maree.html
  3. Auguste Toussaint, Histoire de l'océan indien, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? n° 1886 », , 128 p., p. 28
  4. (en) J. V. Mills, « Notes on Early Chinese Voyages », Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, nos 1/2,‎ , p. 16 (ISSN 0035-869X, lire en ligne, consulté le )
  5. Pelorson, Jean-Marc, « Le routier du capitaine Alonso de Contreras », Bulletin hispanique, vol. 68, no 1,‎ , pp. 30-48 (lire en ligne)
  6. Bernard de Maisonneuve, Pierre Garcie dit Ferrande ; le routier de la mer, v-1490, 1502, 1520, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, CRHIP, , 468 p. (ISBN 978-2-7466-8417-1)
  7. Ch. De La Ronciere, « Le premier routier-pilote de Terre-Neuve (1579) », Bibliothèque de l'école des chartes,‎ , p. 116-125 (lire en ligne)
  8. Brad Loewen et Miren Egaña Goya (avec, en annexe, le texte d'origine en basque et sa traduction en français en regard.), « Le routier de Piarres Detcheverry, 1677. Un aperçu de la présence basque dans la baie des Chaleurs au XVIIe siècle », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 68, nos 1-2,‎ , p. 125 (ISSN 0035-2357, lire en ligne, consulté le )
  9. Édition originale parue au Havre de Grace, Chez Jacques Gruchet, 1684, lire en ligne. La liste des éditions successives est consultable ici
  10. « Le routier le plus célèbre de la fin du XVIIe siècle », sur camillesourget.com
  11. « Présentation détaillée des atlas - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
  12. Ilda dos Santos, « L'usage du Monde. Ecritures portugaises du voyage à la Renaissance. », Modèles et innovations: études de littérature portugaise et brésilienne,‎ , p. 11 (lire en ligne)
  13. Anne-Marie Quint (sous la direction de), Modèles et innovations : études de littérature portugaise et brésilienne, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, , 171 p. (ISBN 2-87854-099-9, lire en ligne), p. 16
  14. Dom Joam de Castro (préf. Albert Kammerer), Le routier de Dom Joam de Castro. L'exploration de la mer Rouge par les portugais en 1541, traduit du portugais d'après le manuscrit du British Museum avec une introduction historique et des notes critiques de géographie par Albert Kammerer., Paris, Paul Geuthner,
  15. D. João de Castro. gouverneur et vice-roi des Indes orientales, 1500-1548. Contribution à l'histoire de la domination portugaise en Asie et à l'étude de l'astronautique, de la géographie et de l'humanisme au XVIe siècle, Presses Universitaires de France, (lire en ligne), p. XXIII
  16. « Atlas nautique, Speculum nauticum super navigatione maris occidentalis, L. J. Waghenaer, 1586. », sur BNF
  17. Voir Lucas Janszoon WAGHENAER, Speculi Marini [1]
  18. « Van Keulen: De Zee-Fakkel - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]