Orchestre rouge

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La dénomination d’Orchestre rouge (die Rote Kapelle) a été donnée par la Gestapo à un ensemble de groupes en contact avec l'Union soviétique qui ont résisté au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. À ces groupes appartenaient les cercles allemands autour de Harro Schulze-Boysen et d'Arvid Harnack à Berlin et, indépendamment de cela, les groupes de renseignement construits par Léopold Trepper à Paris et à Bruxelles. Ce dernier réseau opérait en faveur de l'URSS.

Le réseau franco-belge[modifier | modifier le code]

Le réseau d'espions est mis en place dans l'Ouest de l'Europe dans l'entre-deux-guerres pour fournir des informations à l'Union soviétique. Le réseau fut créé par Léopold Trepper à l'instigation de Ian Berzine, responsable du service de renseignements de l'Armée rouge, le GRU. Il sera réorienté contre le nazisme à partir du déclenchement de l'opération Barbarossa en juin 1941. Ses agents sont recrutés parmi les communistes de stricte obédience[1].

L'orchestre rouge était dirigé par Leopold Trepper, un Juif polonais travaillant pour le GRU soviétique. L'idée de Trepper est de créer à l'étranger des « résidences », sociétés commerciales qui serviront à la fois de couverture et de source de financement du réseau. À la tête de ces sociétés, Trepper (qui se fera aussi appeler Adam Milker), place des hommes de confiance qu'il recrute dans les mouvements de résistance, Français, Belges, Néerlandais et Allemands. Tous les membres de ce réseau, communistes ou non, agissent avant tout par conviction anti-nazie.

La centrale du réseau est à Bruxelles où elle s'abrite sous le paravent d'une société de commercialisation d'imperméables, créée dès avant la guerre, qui prospère grâce à ses filiales des pays scandinaves et établit des relations commerciales avec la France et les Pays-Bas : c'est le « Roi du Caoutchouc, Foreign excellent Trench-coat » installé à Bruxelles, rue Royale. Une autre société a été créée à Paris la « Simex » avec une succursale du même nom installée à Marseille.

Les buts premiers de cette organisation étaient de recueillir des renseignements sur la capacité de production du complexe militaro-industriel allemand[réf. nécessaire] et d'autres informations importantes permettant de détecter les préparatifs de guerre de l'ennemi.

Le réseau allemand[modifier | modifier le code]

La partie berlinoise du réseau était composée de différents groupes d'amis, dirigés par Harro Schulze-Boysen, officier travaillant au département des communications du ministère des transports aériens du Reich (Reichsluftfahrtministerium) à Berlin, et par Arvid Harnack, en poste au ministère économique allemand. Ces groupes rassemblaient des anciens amis de la revue nationale-bolchévique Der Gegner, des artistes, des pacifistes, et des communistes, en tout plus de cent cinquante adversaires du régime hitlérien.

Les membres incluaient, entre autres, Alexander Erdberg, Adam Kuckhoff (un producteur de théâtre), sa femme Grete Kuckhoff (qui travaillait pour le département de la politique raciale mené par Alfred Rosenberg), Horst Heilmann (spécialiste du chiffre pour la division des communications de la Wehrmacht), Günther Weisenborn (auteur allemand), Herbert Gollnow (affecté au service de contre-espionnage allemand), Johann Graudens (mécanicien pour avions affecté à des bases militaires de la Luftwaffe), Hans Coppi (un militant communiste), ...

Ils ont distribué des tracts, mis des slogans sur les bâtiments et soutenus des personnes persécutées. Un cercle plus restreint a collecté des informations pour le renseignement soviétique[2].

Activités[modifier | modifier le code]

L'organisation fournissait à l’Union soviétique des informations politiques, économiques et militaires collectées à tous les niveaux. Par sa composition, l'orchestre rouge pouvait avoir accès à des informations aussi bien auprès de soldats de retour du front pour une permission que de travailleurs dans des usines d'armement, que de hauts fonctionnaires capables de capter les rumeurs et informations courant au sein des administrations et des états-majors ou même en accédant directement à des rapports sensibles. Une synthèse était effectuée au plus haut niveau du réseau afin établir les plans offensifs de la Wehrmacht en Russie, mais aussi d'analyser l'activité des troupes allemandes en territoires occupés et leurs pertes, ainsi que la production des usines de munitions, de chars et d'avions. La situation politique interne en Allemagne, en Italie et dans les pays occupés faisait l'objet des mêmes soins[3].

Néanmoins, dans un ouvrage consacré à l'orchestre rouge en 2015, l'universitaire Guillaume Bourgeois met en doute que Trepper et son réseau, l'un des plus réputé de l'Orchestre rouge, aient finalement fourni aucune information stratégique à l'Union soviétique traitant celui-ci d'« imposteur qui par accident devient un héros alors qu'il ne le méritait pas du tout ». Guillaume Bourgeois met également en évidence l'amateurisme du réseau (les membres des différents groupes se connaissaient souvent entre eux, ce qui, en cas de capture de l'un d'eux, pouvait mettre en danger tous les autres)[1].

Réaction allemande[modifier | modifier le code]

Les services de contre-espionnage allemand prirent connaissance du réseau lorsqu'ils interceptèrent des messages radio en provenance des services secrets soviétiques du NKVD en juin 1941. Dans l'argot des services secrets allemands, le patron d'un réseau est un « chef d'orchestre » : il coordonne et dirige le jeu des « pianistes » (les opérateurs radios) et de leurs « boîtes à musique » (les émetteurs). Les émissions en alphabet morse du réseau de Trepper, constituent un genre de musique qui le font surnommer par les Allemands die Rote Kapelle (« l'orchestre rouge ») dont ils ne parviennent pas à percer le code. Un groupe de travail voué à anéantir le réseau est créé, le Sonderkommando Rote Kappelle (Groupe spécial Orchestre rouge).

Le , la station d'écoute allemande intercepte un message codé provenant de Moscou que les spécialistes parviennent à comprendre et qui révèle maladroitement des renseignements permettant de resserrer la recherche de l'adresse du réseau.

L'Abwehr parvient alors, par triangulation radio, à localiser l'émetteur de Bruxelles. Quand les Allemands surgissent au siège bruxellois de « l'orchestre », rue des Atrébates (distinct du siège de la société d'imperméables, rue Royale), la surprise est complète et Léopold Trepper, qui est absent à ce moment-là, ne doit qu'à sa présence d'esprit d'échapper à l'arrestation en se faisant passer auprès d'une sentinelle pour un colporteur passé là par hasard. Cependant, la chasse aux agents de l'Orchestre rouge commence, dirigée par le service spécial de contre-espionnage qui investit plusieurs adresses. Un des radiotélégraphistes belges se réfugie dans un autre quartier bruxellois, mais est surpris en pleine émission et se défend en tirant sur les Allemands tout en fuyant sur les toits des maisons de la rue Marie-Christine avant de succomber.

Démantèlement du réseau berlinois[modifier | modifier le code]

Le 26 août 1942, le contre-espionnage allemand parvient à décrypter un message radio de Moscou, qui contient les noms et adresses de Harnack, Schulze-Boysen et Kuckhoff. Le 31 août, Harro et Libertas Schulze-Boysen sont arrêtés puis jusqu'au 12 septembre plus de 120 membres des groupes Berlin. Grâce aux interrogatoires et aux espionnages dans les cellules, 80 autres personnes proches du groupe seront encore arrêtées jusqu'en juin 1943. Les Allemands mettent fin aux activités du réseau.

En dépit des tortures les membres du groupe berlinois résistent à leurs interrogatoires. Harro Schulze-Boysen monte une astuce dans l'espoir de sauver ses camarades. Le chef de la branche berlinoise de l'orchestre rouge s'était arrangé, peu avant sa capture, pour faire passer sur les ondes un télégramme concernant de prétendus documents des plus secrets placés en sécurité à l'étranger. La Gestapo, après en avoir informé Himmler et Goering, accepte de marchander avec Schulze-Boysen : celui-ci de parler en échange de l'engagement par la Gestapo, en présence de son père (capitaine de vaisseau) de ne pas exécuter les membres du réseau avant le 31 décembre 1943 (espérant la défaite de l'Allemagne avant cette date). Reniant leur promesse, les autorités nazies ordonnent la pendaison d'une soixantaine de membres de l'orchestre rouge, dont celles de dix-neuf femmes[3].

Démantèlement du réseau franco-belge[modifier | modifier le code]

Léopold Trepper, « brûlé » à Bruxelles et qui s'était réfugié à Paris, y est finalement arrêté. Il entreprendra alors, selon sa version, de tromper les Allemands en affectant de collaborer avec eux. Guillaume Bourgeois dans son ouvrage consacré à l'Orchestre rouge (2015) affirme que Trepper a livré de lui-même les hommes et les femmes de son réseau[1].

Les membres arrêtés sont soumis à de durs interrogatoires, et d'autres noms auraient été délivrés. Il en résultera des arrestations, déportations ou condamnations à mort par les nazis : 27 membres du réseau sont passés par le camp de concentration du fort de Breendonk près de Bruxelles, 24 ont été fusillés, 3 se sont suicidés, 5 ont disparu, 10 sont morts en déportation, 48 autres arrêtés en France et en Belgique sont morts pendant la guerre, 29 arrêtés ont survécu, dont Jules Jaspar, arrêté par la Gestapo à Marseille le , après avoir été dénoncé par un certain Chatelin, ainsi qu'il le précise dans le manuscrit qu'il a rédigé, et transféré à la prison de Fresnes, puis déporté Nacht und Nebel à Mauthausen. Son épouse Claire Legrand est également arrêtée et déportée à Ravensbrück, puis au camp voisin de Uckermark où elle sera victime des chambres à gaz[réf. nécessaire]. Anatoli Gourevitch fut aussi arrêté, tout comme Léo Grossvogel qui était un des principaux collaborateurs de Léopold Trepper et qui fut arrêté par la Gestapo le 16 décembre 1942 à Bruxelles et condamné à mort par les nazis en mai 1944. D'autres agents de l'Orchestre rouge sont exécutés à la prison de Plotzensee.

La socialiste belge Suzanne Spaak, belle sœur du ministre Paul-Henri Spaak – membre du gouvernement belge légal en exil à Londres – est arrêtée avec des membres du réseau parisien de l'Orchestre rouge. Détenue à la prison de Fresnes, elle est fusillée par les nazis le 12 août 1944, 13 jours avant la libération de Paris. La Belge Georgie de Winter, amie de cœur de Trepper, survit à plusieurs camps de concentration et retrouve la liberté à la fin de la guerre. Mais elle ne reverra jamais Trepper. Elle accompagnera Jules Jaspar jusqu'à la fin de ses jours à Soudorgues (France).

Quant à Trepper, qui avait été capturé en France le , il devient agent double en collaborant au « Grand Jeu » initié par les Allemands, une vaste entreprise d'intoxication destinée à tromper les renseignements soviétiques. Mais, selon la version qu'il présente, depuis le début de son incarcération, il a su préserver certains secrets. Devenu familier d'un responsable de la Gestapo, il profite d'un transfert en voiture à travers Paris pour solliciter de pouvoir se procurer un médicament dans une pharmacie qu'il connaît. L'officine possède deux accès, ce qui permet à Trepper de s'échapper le plus simplement du monde. Il peut enfin informer Moscou des intentions des services secrets allemands sur la base des renseignements en partie vrais, en partie faux, qu'il a communiqués à ceux-ci.

Les gérantes de la maison de repos où Trepper s'est réfugié sont arrêtées, les Allemands ayant vite trouvé la bonne piste. Mais il parvient encore à s'échapper et prend alors le maquis en France jusqu'à la Libération. De retour à Moscou en janvier 1945, et malgré ses états de service, il est emprisonné sur ordre de Staline et n'est libéré et réhabilité qu'en 1954 après la mort du dictateur soviétique. Il choisit alors d'émigrer en Israël, puis s'installe à Copenhague, au Danemark. En 1975, il publie ses mémoires : Trepper - Le Grand Jeu - Mémoires du chef de l'Orchestre rouge.

Si la disparition des réseaux franco-belges et allemand de l'organisation lui porte un coup sévère, l'une de ses ramification installée à Genève continue ses activités jusqu'à la fin de l'année 1943, où, à son tour, elle finira localisée et dissoute.

Membres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Mémoires[modifier | modifier le code]

Récit romancé[modifier | modifier le code]

Étude historique[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pour éclairer l'histoire de "l'Orchestre rouge", lanouvellerepublique.fr, 19 octobre 2015
  2. (de) Peter Koblank, Harro Schulze-Boysen. Rote Kapelle: Widerstand gegen Hitler und Spionage für Stalin, Online-Edition Mythos Elser, 2014
  3. a et b Claude de Chabalier, « L'incroyable réseau de l'Orchestre rouge », dans Bernard Michal, Les grandes énigmes de la seconde guerre mondiale, Paris, Éditions de Saint-Clair, , 250 p.
  4. Il a fait de la prison en Belgique pour Collaboration avec l'occupant (comme d'ailleurs son patron Trepper qui a aussi « collaboré »). C'est Abraham Rajchman qui, à Breendonk, a dénoncé, sous de très graves tortures, les membres de « L'Orchestre Rouge ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]