Richard Sorge

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Richard Sorge
Richard Sorge, en 1940.
Richard Sorge, en 1940.

Surnom « Ramsay » (Рамзай)
Naissance
Adjikent, Azerbaïdjan
Décès (à 49 ans)
Tokyo, Japon
Origine Azerbaïdjan
Allégeance Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Arme GRU
Années de service 1924-1941
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Héros de l'Union soviétique (titre posthume)
Dr Sorge, alias « Ramsay ».

Richard Sorge (en russe : Рихард Зорге) ( - ), est un révolutionnaire et journaliste allemand et soviétique. En poste en Allemagne et au Japon, il est surtout connu pour son travail d'espion au Japon au service de l'URSS, avant et au début de la Seconde Guerre mondiale. Son nom de code au NKVD était « Ramsay » (en russe : Рамзай).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge est né à Adjikent, près de Bakou, en Azerbaïdjan, qui faisait alors partie de la Russie impériale. Il est l'un des cinq enfants de l'ingénieur des mines Wilhelm Sorge et de sa femme Nina. Sa famille s'installe en Allemagne lorsqu'il a trois ans. Son oncle avait été le secrétaire de Karl Marx.

En octobre 1914, Sorge s'engage comme volontaire de l'armée allemande pendant la Première Guerre mondiale. Il rejoint le bataillon d'étudiants du troisième régiment des Gardes (artillerie). Pendant son service sur le front ouest, il est gravement blessé en mars 1916, lorsqu'un shrapnel lui casse les deux jambes et lui coupe trois doigts, le handicapant à vie. Il est promu au rang de caporal, reçut la Croix de fer et est démobilisé pour raisons médicales.

Années 1920[modifier | modifier le code]

Pendant sa convalescence, il lit Marx et adopte l'idéologie communiste. Il passe le reste de la guerre à étudier l'économie dans les universités de Berlin, Kiel et Hambourg. En 1920, il obtient son doctorat en sciences politiques. Il rejoint le parti communiste allemand, le KPD. Ses opinions politiques lui valent cependant d'être licencié d'un poste d'assistant, et d'un emploi dans une mine de charbon. Il s'enfuit alors à Moscou, où il devient un agent du Komintern.

En 1921, Sorge revient en Allemagne, avec Christiane Gerlach, l'ancienne épouse de son directeur de thèse, avec laquelle il se mariera bientôt, et s'installe à Solingen, dans l'actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphalie, au Sud de la Ruhr. En 1922, les communistes le relogent à Francfort, où il recueille des informations sur la communauté financière. Après une tentative de coup d'État communiste en octobre 1923 à laquelle il participe, il continue ses activités en tant que journaliste.

En 1924, il déménage à Moscou où il rejoint officiellement le département international de liaison du Komintern, qui était une section d'information de la Guépéou. Il semble que son investissement dans son travail l'ait alors mené au divorce. En 1928, il est transféré au GRU, et en 1930 s'installe à Shanghai pour collecter des informations et préparer une révolution, sous couverture de journalisme pour le Frankfurter Zeitung et d'un travail dans une agence de presse. Il y rencontre Hotsumi Ozaki, par l'entremise d'Agnes Smedley. Ozaki est un journaliste japonais travaillant pour le Asahi Shimbun, et devient plus tard un informateur pour Sorge. En janvier 1932, Sorge informe les services secrets soviétiques sur les combats entre les troupes japonaises et chinoises ; il est rappelé en décembre à Moscou.

Années 1930 et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge fut alors décoré, et se remaria. En 1933, il fut envoyé à Berlin, sous le nom de code « Ramsay » (« Ramzai » ou « Ramzay »), pour renouer des contacts en Allemagne, de manière à mieux pouvoir passer au Japon pour un journaliste allemand. Il arriva à Yokohama le 6 septembre 1933.

De 1933 à 1934, Sorge édifie au Japon un réseau pour collecter des informations au profit du NKVD. Ses agents avaient des contacts avec des politiciens influents et obtenaient ainsi des informations sur la politique étrangère du Japon. Il contacta à nouveau Ozaki Hozumi, qui lia des contacts rapprochés avec le premier ministre, Fumimaro Konoe. Ozaki put ainsi copier pour Sorge des documents secrets.

Sorge rejoignit officiellement le parti national socialiste (NSDAP), et travailla comme agent de l'Abwehr à l'ambassade allemande locale, et en particulier avec l'ambassadeur Eugen Ott. Il utilise alors l'ambassade pour vérifier ses informations. À cette période, le stress lui fait augmenter nettement sa consommation d'alcool.

Sorge livra aux Soviétiques des informations sur le pacte anti-Komintern, entre l'Allemagne nazie et l'Empire du Japon, et plus tard sur l'attaque de Pearl Harbor. Mais en 1941, Sorge leur apprit la date exacte du lancement de l'opération Barbarossa, en développant son réseau d'espions au Japon, dont faisait partie Hotsumi Ozaki ou encore en devenant l'amant de femmes de hauts responsables, en particulier celle de l'ambassadeur d'Allemagne. Cependant, aucune disposition ne fut prise à la suite de la transmission de ces informations, pourtant cruciales, essentiellement du fait de Staline, qui ne fut pas convaincu, et se méfiait peut-être de cet ancien trotskyste, aux mœurs ambiguës[1].

En août 1941 et avant la bataille de Moscou, Sorge transmit une information cruciale pour la suite de la guerre, à savoir que les Japonais, alors occupés à préparer leur entrée en guerre, en particulier contre les États-Unis (attaque de Pearl Harbor), n'allaient pas attaquer les territoires orientaux de l'URSS. Cette information permit au maréchal Joukov de redéployer vers l'ouest les troupes sibériennes, pour défendre Moscou.

Une autre information importante que Sorge fournit dans le second semestre 1941 fut celle où il informait Moscou du fait que le Japon pourrait attaquer l'URSS après que l'armée allemande aurait pris une des villes sur la Volga, coupant ainsi l'approvisionnement en pétrole et carburant depuis Bakou, ainsi que les possibilités d'arrivée de munitions et de ressources en nourriture envoyées par les alliés occidentaux à travers l'Iran, l'Azerbaïdjan soviétique, et le long de la Volga. Cette information pourrait expliquer en partie la résistance acharnée de Staline sur la Volga lors de la bataille de Stalingrad, qui fut la charnière du déroulement de la Seconde Guerre mondiale.

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

Les services secrets japonais avaient déjà intercepté plusieurs messages radio, et commencèrent à resserrer les mailles du filet : le 14 octobre 1941, Ozaki fut arrêté et interrogé, puis à son tour Sorge, le 18 octobre 1941 à Tokyo. Sorge ne fut pas échangé contre des prisonniers de guerre japonais, le gouvernement soviétique ayant su qu'il ait avoué travailler au profit de l'URSS, et son sort n'étant en aucun cas une priorité pour Staline. Il fut incarcéré à la prison de Sugamo.

Richard Sorge fut pendu le 7 novembre 1944, le même jour que Ozaki Hozumi. L'URSS ne reconnut le rôle de Sorge qu'en 1964, 11 ans après la mort de Staline et l'aveu des erreurs de ce dernier par l'administration soviétique de Kroutchev. Le 5 novembre 1964, il reçut le titre posthume de héros de l'Union soviétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Ferro, « Les 70 ans de Pearl Harbor », émission Au cœur de l'histoire, 6 décembre 2011

Films à son propos[modifier | modifier le code]

Livres à son sujet[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Alain-Yves Berger, Richard Sorge a-t-il gagné la guerre ?, éditions Ouest-France, 2012.
  • Gordon W. Prange (en), Le Réseau Sorge, Pygmalion, Paris, 1987.
  • Robert Guillain, L'Espion qui sauva Moscou, Seuil, Paris, 1981.
  • Hans Hellmut Kirst, Sorge, l'espion du siècle, Robert Laffont, Paris, 1960.
  • S. Goliakov & Ponizovsky, Le Vrai Sorge, A. Fayard, Paris, 1967.
  • Nicole Chatel et Alain Guérin, Camarade Sorge, Julliard, Paris, 1965.
  • Hans-Otto Meissner, L'homme de Tokyo ou L'espion de Tokyo (Der Fall Sorge), Presses de la Cité, coll. « Un mystère », 1954.
  • Morgan Sportès, L'Insensé, Grasset, Paris, 2002.
  • Osamu Tezuka, L'Histoire des 3 Adolf, volume 3, éd. Tonkam, coll. « Tsuki Poche ».
  • Aleksandar Hemon, De l'esprit chez les abrutis, éd. Robert Laffont, coll. « Pavillons », 2000.
  • Isabel Kreitz, L'Espion de Staline, bande dessinée, Casterman, 2009.
  • Major général Charles A. Willoughby (en), La Conspiration de Shanghaï, ouvrage écrit pendant la guerre froide, Plon, Paris, 1953.
  • Alain-Yves Berger, Richard Sorge a-t-il gagné la guerre ?, éditions Ouest-France, 2012.
  • Gérard Streiff, L'Espion qui a vaincu Hitler, éditions Oskarson, 2011.