Richard Sorge

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Richard Sorge
Richard Sorge
Richard Sorge, avant 1941.

Surnom « Ramsay » (Рамзай)
Naissance
Adjikent,
Gouvernement de Bakou
(Empire russe)
Décès (à 49 ans)
Tokyo (Empire du Japon)
Origine Azerbaïdjan
Allégeance Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Arme GRU
Années de service 1924 – 1941
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Héros de l'Union soviétique (titre posthume)
Carte d'identité de correspondant étranger de Richard Sorge, datée du 4 juillet 1941
Timbre est-allemand de 100 Pfennigs (1976)
Carte postale commémorative soviétique en mémoire de Richard Sorge (1975)

Richard Sorge (en russe : Рихард Зорге), né le à Adjikent, en Russie impériale, et mort le à Tokyo au Japon, est un révolutionnaire et journaliste allemand et soviétique. En poste en Allemagne et au Japon, il est surtout connu pour son travail d'espion au pays du Soleil Levant au service de l'URSS, avant et au début de la Seconde Guerre mondiale. Son nom de code au NKVD était « Ramsay » (en russe : Рамзай).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge est né en 1895 à Adjikent, près de Bakou, en Azerbaïdjan, qui faisait alors partie de la Russie Tsariste. Il est l'un des cinq enfants de l'ingénieur des mines Wilhelm Sorge et de sa femme Nina. Sa famille s'installe en Allemagne lorsqu'il a trois ans. Son oncle avait été le secrétaire de Karl Marx[réf. nécessaire].

En , Sorge s'engage comme volontaire de l'Armée allemande pendant la Première Guerre mondiale. Il rejoint le bataillon d'étudiants du troisième régiment des Gardes (artillerie). Pendant son service sur le front ouest, il est gravement blessé en , lorsqu'un shrapnel lui brise les deux jambes et lui coupe trois doigts, l'handicapant à vie. Il est promu au rang de caporal et reçoit la Croix de fer, avant d’être démobilisé pour raisons médicales.

Années 1920[modifier | modifier le code]

Pendant sa convalescence, il lit Marx et adopte l'idéologie communiste. Il passe le reste de la guerre à étudier l'économie dans les universités de Berlin, Kiel et Hambourg. En 1920, il obtient son doctorat en sciences politiques. Il rejoint le Parti communiste allemand (KPD) mais ses opinions politiques lui valent cependant d'être licencié d'un poste d'assistant et d'un emploi dans une mine de charbon. Il part alors à Moscou, où il devient un agent du Komintern.

En 1921, Sorge revient dans la République de Weimar, avec Christiane Gerlach, l'ancienne épouse de son directeur de thèse, avec laquelle il se mariera bientôt, et s'installe à Solingen, dans l'actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphalie, au Sud de la Ruhr. En 1922, les bolchéviques le relogent à Francfort, où il recueille des informations sur la communauté financière. Après une tentative de coup d'État communiste en à laquelle il participe, il continue ses activités en tant que journaliste.

En 1924, il déménage à Moscou où il rejoint officiellement le département international de liaison du Komintern, qui était une section d'information de la Guépéou. Il semble que son investissement dans son travail l'ait alors mené au divorce. En 1928, il est transféré au GRU, et en 1930 s'installe à Shanghai pour collecter des informations et préparer une révolution, sous couverture de journalisme pour le Frankfurter Zeitung et d'un travail dans une agence de presse. Il y rencontre Hotsumi Ozaki, par l'entremise d'Agnes Smedley. Ozaki est un journaliste japonais travaillant pour le Asahi Shimbun, et devient plus tard un informateur pour Sorge. En , Sorge informe les services secrets soviétiques sur les combats entre les troupes japonaises et chinoises ; il est rappelé en décembre à Moscou.

Années 1930 et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge est alors décoré et se remarie. En 1933, il est envoyé à Berlin, sous le nom de code « Ramsay » (« Ramzai » ou « Ramzay »), pour renouer des contacts dans le Troisième Reich, de manière à mieux pouvoir passer au Japon pour un journaliste allemand. Il arrive à Yokohama le .

De 1933 à 1934, Sorge y établit un réseau pour collecter des informations au profit du NKVD. Ses agents ont des contacts avec des politiciens influents et obtiennent ainsi des informations sur la politique étrangère de l'Empire. Il contacte à nouveau Hotsumi Ozaki, qui lie des contacts rapprochés avec le premier ministre, Fumimaro Konoe. Ozaki parvient ainsi à recopier pour Sorge des documents secrets.

Sorge rejoint officiellement le Parti national-socialiste et devient un agent de l'Abwehr à l'ambassade allemande locale par l'entremise de l'ambassadeur Eugen Ott. Il utilise alors l'ambassade pour vérifier ses informations. À cette période, le stress lui fait augmenter nettement sa consommation d'alcool.

Sorge livre aux Soviétiques des informations sur le pacte anti-Komintern, entre l'Allemagne nazie et l'Empire du Japon, et plus tard sur l'attaque de Pearl Harbor. Mais en 1941, Sorge leur apprend la date exacte du lancement de l'opération Barbarossa, en développant son réseau d'espions au Japon, dont fait partie Hotsumi Ozaki ou encore en devenant l'amant de femmes de hauts responsables, en particulier celle de l'ambassadeur d'Allemagne[réf. nécessaire]. Cependant, aucune disposition n'est prise à la suite de la transmission de ces informations, pourtant cruciales, essentiellement du fait de Staline, qui n'est pas convaincu, et se méfie peut-être de cet ancien trotskiste aux mœurs ambiguës[1].

En et avant la bataille de Moscou, Sorge transmet une information cruciale pour la suite de la guerre, à savoir que les Japonais, alors occupés à préparer leur entrée en guerre, en particulier contre les États-Unis (Pearl Harbor), n'attaqueront pas les territoires orientaux de l'URSS[réf. nécessaire]. Néanmoins, Sorge n'est pas l'unique source transmettant cette information vers l'URSS puisque les déchiffreurs du NKVD réussissent à casser le code 97 utilisé par la diplomatie japonaise. Cette information permet au maréchal Joukov de redéployer vers l'ouest une partie des troupes sibériennes pour défendre Moscou. Il faut néanmoins relativiser ce transfert de troupes puisque, au , le district militaire d'Extrême-Orient demeure le plus puissant (720 000 hommes) devant le district de Moscou (620 000), celui du Caucase (550 000 hommes) et celui du front de l'Ouest (510 000 hommes)[2].

Une autre information importante que Sorge fournit à Moscou dans le second semestre 1941 est la possibilité que le Japon attaque l'URSS une fois que l'armée allemande aura pris une des villes sur la Volga, coupant ainsi l'approvisionnement en pétrole et carburant depuis Bakou, et les livraisons de munitions et de nourriture envoyées par les alliés occidentaux à travers l'Iran et l'Azerbaïdjan soviétique, et remontant la Volga. Cette information pourrait expliquer en partie la résistance acharnée de Staline lors de la bataille de Stalingrad, qui fut la charnière du déroulement de la Seconde Guerre mondiale, Stalingrad étant située sur la Volga[réf. nécessaire].

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

À cette date, les services secrets japonais avaient déjà intercepté plusieurs messages radio, et commençaient à resserrer les mailles du filet : le , Ozaki fut arrêté et interrogé, puis à son tour Sorge, le à Tokyo. Sorge ne fut pas échangé contre des prisonniers de guerre japonais, le gouvernement soviétique ayant su qu'il avait avoué travailler au profit de l'URSS, et son sort n'étant en aucun cas une priorité pour Staline. Il fut incarcéré à la prison de Sugamo.

Richard Sorge fut pendu le , le même jour qu'Hotsumi Ozaki. L'URSS ne reconnut le rôle de Sorge qu'en 1964, 11 ans après la mort de Staline et l'aveu des erreurs de ce dernier par l'administration soviétique de Nikita Khrouchtchev. Le , il reçut le titre posthume de héros de l'Union soviétique.

Documentation[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Ferro, « Les 70 ans de Pearl Harbor », émission Au cœur de l'histoire, 6 décembre 2011.
  2. Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, « Barbarossa », Paris, Passés/Composés, , 957 p., P.747

Liens externes[modifier | modifier le code]

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