Raymond Ruyer

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Raymond Ruyer
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
« survol absolu » • « domaine trans-spatial »
Œuvres principales
Influencé par
A influencé

Raymond Ruyer (Plainfaing dans les Vosges, 13 janvier 1902 - Nancy, 1987) est un philosophe français du XXe siècle. Formé à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, ce montagnard vosgien, tôt orphelin de père, est devenu, à son retour de guerre et de captivité, professeur de philosophie à l'université de Nancy. Son œuvre traite des sciences : la physique quantique, la biologie, la psychologie et la cybernétique principalement, à partir desquelles il édifie un système de métaphysique finaliste qu'il retravaille tout au long de sa vie. Ruyer s'est également intéressé à la gnose et aux phénomènes « métapsychiques ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Raymond Ruyer naît en 1902 à Plainfaing, dans une famille alsacienne qui vit dans les Vosges. Le Dictionnaire des Vosgiens célèbres nous apprend que Raymond Ruyer est le fils de Charles-Joseph Ruyer et Élisabeth Durr[1]. Son père est menuisier ébéniste. Raymond le perd lorsqu'il a deux mois[2]. De 1913 à 1917, le futur philosophe est interne à Épinal, à l'institution Saint-Joseph[3]. Puis, il va au lycée Lakanal de Sceaux Bourg-la-Reine, il est reçu premier au concours d'entrée à l'École normale supérieure, où il fait ses études de 1921 à 1924. Il est reçu premier à l'agrégation de philosophie[2].

Ruyer se marie avec Jeanne-Marie Larretgère en 1926, ils ont deux enfants (Bernard et Dominique)[3]. En 1930, Ruyer soutient sa thèse de doctorat, Esquisse d'une philosophie de la structure (principale) et L'humanité de l'avenir d'après Cournot (complémentaire)[4].

En 1939, il est mobilisé pour la Seconde Guerre mondiale, puis fait prisonnier en 1940 pendant cinq ans. Il crée une université dans le camp (Oflag XVII A en Allemagne), avec le biologiste Étienne Wolff et le mathématicien Roger Leray. Il rédige les Éléments de psychobiologie, livre publié en 1946[4].

Lors de son retour en France, il est nommé professeur de philosophie à Nancy (faculté de Lettres) en 1947. Il y restera de jusqu'à sa retraite en 1972. Il pratique la métaphysique et a pu être qualifié de matérialiste en raison de son ouvrage Éloge de la société de consommation paru en 1969[1]. Pourtant, dans l'un de ses ouvrages majeurs, Néo-finalisme paru en 1952, Ruyer fait la critique des philosophies matérialistes et mécanistes, se ralliant plutôt à une forme de panpsychisme[5].

Selon Sylvie Leclerc-Reynaud, le cheminement philosophique de Ruyer connaît schématiquement trois étapes. D'abord la thèse en 1930, où Ruyer propose une « vaste philosophie du monde » de nature mécaniste. Puis, de 1937 (parution de La Conscience et le Corps[6]) à 1950, Ruyer oriente sa philosophie vers la notion de « formes vraies », qui rompt avec le mécanisme trop étroit. Enfin, à partir de 1950, Ruyer étudie la cybernétique de Wiener et la théorie de l'information de Shannon et Weaver, et propose sa propre philosophie de l'information et du « survol absolu » (étudié dans Néo-finalisme notamment). Ruyer passe d'une philosophie strictement mécaniste à une philosophie finaliste[7].

Raymond Ruyer a été fait officier de la Légion d'honneur[1]. Il a écrit un volume de Souvenirs en 1986.

Ses proches et ses étudiants notent son humour fin et bienveillant. Gisèle Georges, une de ses anciennes étudiantes, raconte qu'« il lui arrivait de glisser dans un exposé d'une parfaite clarté quelque phrase incompréhensible ou saugrenue avant d'observer, mi-malicieux, mi-déçu, ses auditeurs occupés à la transcrire imperturbablement »[8].

Philosophie et métaphysique[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (août 2016).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Le domaine du trans-spatial[modifier | modifier le code]

Raymond Ruyer s'intéresse tout spécialement à l'étude de la physique quantique, de la biologie[9], de la psychologique et de la cybernétique[9]. Il propose en métaphysique une nouvelle version du panpsychisme.

Pour Ruyer, l'étude de la biologie, en particulier de l'embryologie expérimentale[9], révèle l'existence de régions inobservables de mémoire spécifique et typique, de thèmes actifs et formatifs en conjugaison avec des localisations strictes dans l'espace-temps du code génétique. Des formes spécifiques comme les instincts formatifs et les comportements nécessitent également le domaine du « trans-spatial », non localisable dans l'espace-temps de la physique.

Considérant la genèse interne par embryogenèse et le comportement des organismes comme un tout d'action structurée et structurante, Ruyer s'oppose à ce que toutes les formes de vie, de l'amibe à l'homme, ne relèvent que du seul mécanisme. Le mécanisme apte à décrire un présent spatio-temporel au moment de l'effectuation ou actualisation matérielle est toujours subordonné, encadré. Il relève de l'espace et du temps, quatrième dimension de la physique. Le mécanisme, comme le monde physique, ne serait rien sans une organisation d'êtres vrais, caractérisée par ses liaisons informantes qui engendrent ou laissent à son tour des liaisons conservatrices.

La délimitation du mécanisme[modifier | modifier le code]

Ruyer pense qu'il est insuffisant d'appliquer et de généraliser la causalité mécanique à l'existence, c'est-à-dire à la création et au développement de la vie hors du stade de l'automatisme et de l'actualisation mécanique[10]. Un biopsychisme trans-spatial sous forme de montages anticipateurs ou renouvelés enveloppe la vie de tout organisme et guide son comportement interne et externe : au métabolisme biochimique des sucres correspond, tôt ou tard, sous une forme peut-être plus vague, une appétence de l'animal pour le sucré. Au-delà du montage bio-psychique, apparaît un agent individuel et volontaire qui continue le domaine du trans-spatial et intemporel, à la fois fournisseur spécialisé et offertoire en partie accessible de thèmes, d'essences, d'idéaux, de sens et de valeurs. Il existe une axiologie invisible, niée par les tenants de la pensée mécaniste.

Les individualités élémentaires de la physique ne sont pas des choses ou des structures inertes, mais des formations actives, des actions irréductibles à un fonctionnement selon une structure. L'atome se comporte tel un être vrai en activité, caractérisé par des incessants mouvements intrinsèques définis par les lois quantiques, activité de liaison incessante à l'origine du maintien de sa forme ou de sa participation à des structures collectives ayant elle-même une forme, des mouvements et des configurations. Un atome ou une molécule caractérisée par une axiologie trans-spatiale et intemporelle, qui porte une identité et recèle donc une dimension génératrice d'information, est en ce sens une individualité vraie par opposition aux amas ou foules diverses, agrégats ou mélanges. Une vraie entité particulaire n'a qu'une fonction connue sur le plan de l'existence. Elle ne fait qu'actualiser son existence. On comprend que les variations d'énergie, intrinsèquement liées aux temps propres, constituent une source possible de mesure du temps, ainsi l'horloge atomique.

Les individualités microphysiques, caractérisées par des liaisons vraies et des informations liantes, sont des sources d'information et de structuration, aussi primaires qu'un champ de conscience avec lequel s'effectue un survol absolu.

L'eau, un corps pur, dans la pratique composé d'un très grand nombre de molécules d'eau similaire dans une phase déterminée, est facilement caractérisé alors qu'un nuage, un brouillard ou la mousse n'est pas un être vrai. C'est pourquoi un atome ou une molécule, caractérisé par une carte d'identité physico-chimique, peuvent être identifiables par des techniques de spectroscopie.

L'encadrement des êtres[modifier | modifier le code]

Comment encadrer un être, se demande Ruyer, soucieux d'une taxinomie minimaliste ? Deux cadres descriptifs, le premier fondamental et le second dérivé existent :

I. Une individualité x ( il faut préciser : particule, atome, molécule, virus, organisme, association ou société organique...) maintient ou développe activement un certain état ou forme « conforme à un type spécifique ou idéal ».
II. Un amas tend automatiquement vers un état d'équilibre maximal.

Partant d'une exploration du second encadrement, bien développé avec les savants du siècle industriel utilisant le bilan d'énergie, par le développement des calculs statistiques, Ludwig Boltzmann a pu valider les lois macroscopiques de la thermodynamique. Mais ce faisant, sa quête de précision l'a conduit à redécouvrir la nécessité de l'hypothèse atomique. Sur le terrain de la chimie, les pionniers qui ont ouvert les perspectives les plus prometteuses ont été les plus en conformité avec le premier encadrement, suscitant des critiques.

Le mouvement, d'après la mécanique ondulatoire, est propagation, et non pas transport matériel. L'étude capitale de la physique, c'est d'abord la manière de se propager, le mouvement permet la propagation de l'information et la formation, sorte d'autocanalisation par invention, de la liaison informante et structurante. Le corps mobile dans l'espace ou la consistance matérielle du mobile n'est qu'une apparence en mécanique quantique.

Ruyer et la philosophie analytique[modifier | modifier le code]

Ruyer est très familier de la philosophie analytique naissante, et surtout de la seconde partie des Investigations philosophiques de Ludwig Wittgenstein, après que ce dernier ait définitivement abandonné sa prime posture de logicien positiviste. Il est manifestement faux de classer Ruyer parmi les assidus de Bertrand Russell ou de Georges Moore, philosophes proches des écrivains et artistes de Bloomsbury et du modernisme littéraire anglo-saxon.[réf. nécessaire]

Ruyer ne s'inscrit nullement dans le prolongement du positivisme du XIXe siècle qu'il trouve fallacieux, il est moderne par sa méfiance toute wittgensteinienne envers les fausses grandeurs et affirmations philosophiques[réf. nécessaire], il l'est surtout car il a suivi le bouleversement des sciences à partir de 1905. Il lit les physiciens Louis de Broglie, Werner Heisenberg, Arthur Eddington, il suit l'évolution de la physique, de la chimie quantique, ainsi que de nombreuses techniques tout critiquant parfois les postulats des précurseurs de la cybernétique Norbert Wiener, John von Neumann, Bigelow, V. Bush, Mac Culloch, W. B. Cannon. Il a également suivi les principaux courants de la psychologie.

Œuvres et principaux articles[modifier | modifier le code]

  • Esquisse d'une philosophie de la structure (Presses Universitaires de France, 1930).
  • L'Humanité de l'avenir d'après Cournot (Presses Universitaires de France).
  • La Conscience et le Corps (Presses Universitaires de France, 1936 puis Alcan, 1937).
  • « Le psychologique et le vital », Bulletin de la Société française de Philosophie, novembre 1938.
  • Éléments de psycho-biologie (Presses Universitaires de France, 1946).
  • Le Monde des valeurs (Aubier, 1947).
  • L'Utopie et les Utopies (Presses universitaires de France, 1950).
  • Raymond Ruyer, « L'action à distance d’après la science contemporaine », Revue Métapsychique, no 16,‎ , p. 183-196 (lire en ligne)
  • Raymond Ruyer (préf. Fabrice Colonna), Néo-finalisme, Paris, Presses universitaires de France, coll. « MétaphysiqueS », (1re éd. 1952), 296 p. (ISBN 9782130595090)
  • La Cybernétique et l'Origine de l'information (Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1954; édition révisée et complétée dans la collection Science de la nature en 1967).
  • La Genèse des formes vivantes (Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1958 ; réédité après révision et complément sous le titre L'origine des formes vivantes, collection Science de la nature, 1967).
  • La Philosophie de la valeur (Armand Colin, 1959).
  • L'animal, l'homme, la fonction symbolique (Gallimard, L'avenir de la science, 1964).
  • Paradoxes de la conscience et limites de l'automatisme (Albin Michel, Les savants et le monde 1966).
  • Éloge de la société de consommation (Calmann-Lévy, 1969).
  • Dieu des religions, Dieu de la science (Flammarion, 1970).
  • « Finalité », in Encyclopaedia Universalis, Corpus 9, Paris, 2002, article préservé, rédigé pour l'édition 1970.
  • Les nuisances idéologiques (Calmann-Lévy, 1972).
  • La Gnose de Princeton (Fayard, 1974 et « Pluriel », 1977).
  • Les Nourritures psychiques (Calmann-Lévy, 1975).
  • Les Cent prochains siècles (Fayard, 1977).
  • Homère au féminin ou La jeune femme auteur de l'Odyssée (Copernic, 1977).
  • L'Art d'être toujours content (Fayard, 1978).
  • Le Sceptique résolu (Robert Laffont, 1979).
  • Souvenirs -1- Ma famille alsacienne et ma vallée vosgienne (Vent d'Est 1985)
  • L'Embryogenèse du monde et le Dieu silencieux, manuscris nepublicat, Université de Nancy, 1983-1987, publié de façon posthume par, Klincksieck, Paris, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Ronsin 1990.
  2. a et b Leclerc-Reynaud 2006, p. 159.
  3. a et b Leclerc-Reynaud 2006, p. 161.
  4. a et b Leclerc-Reynaud 2006, p. 162.
  5. Victor Goldschmidt, « Raymond Ruyer. Néo-finalisme [compte-rendu] », Revue de l'histoire des religions, vol. 144, no 1,‎ , p. 118-120 (lire en ligne)
  6. Louis Van Haecht, « Raymond Ruyer, La conscience et le corps », Revue néo-scolastique de philosophie, vol. 43, no 67,‎ , p. 288-290 (lire en ligne)
  7. Leclerc-Reynaud 2006, p. 168.
  8. Leclerc-Reynaud 2006, p. 163.
  9. a, b et c Raymond Ruyer, « Raymond Ruyer par lui-même », Les Études philosophiques,‎ , p. 3–14 (ISSN 0014-2166, lire en ligne).
  10. Il existe un grand nombre de lignes d'activité discernables qui restent invisibles sur le plan des mécanismes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fabrice Colonna, Ruyer, Paris, Les Belles Lettres, , 282 p. (ISBN 2251760563)
  • Fabrice Colonna, Georges Chapouthier (sous la direction de), Dossier « Raymond Ruyer : l'appel des sciences », avec des textes de Raymond Ruyer, Georges Chapouthier, Fabrice Colonna, André Conrad, Denis Forest, Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 2013, no 1, p. 3-70.
  • Sylvie Leclerc-Reynaud, Pour une documentation créative : L'apport de la philosophie de Raymond Ruyer, Paris, ADBS éditions, , 196 p. (ISBN 9782843650857)
  • Fabrice Louis et Jean-Pierre Louis, La philosophie de Raymond Ruyer : Repères, Paris, Vrin, coll. « Repères philosophiques », , 180 p. (ISBN 9782711625314)
  • Laurent Meslet, Le Psychisme et la Vie. La philosophie de la nature de Raymond Ruyer, Harmattan, 2005 ISBN 2-7475-8688-X.
  • Laurent Meslet, La Philosophie biologique de Raymond Ruyer, 1997 ISBN 2-284-00489-X.
  • Albert Ronsin, « Raymond Ruyer », sur écriVOSGES.com,‎ (consulté le 25 août 2016).
  • Louis Vax et Jean-Jacques Wunenburger (dir.), Raymond Ruyer. De la science à la théologie, Éditions Kimé, 1995.
  • Xavier Verley, Sur le symbolisme : Cassirer, Whitehead et Ruyer, Louvain-La-Neuve, Les Éditions Chromatika, , 207 p. (ISBN 2930517387)
  • Les Études philosophiques, n°80, vol. 1, 2007, « Raymond Ruyer », PUF, 140 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]