Plébiscite jurassien

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Par le plébiscite jurassien du 23 juin 1974, le peuple jurassien choisissait de se séparer du canton de Berne pour former le Canton du Jura.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Question jurassienne.

Le Jura historique appartient à l'évêché de Bâle. En 1792, le dernier prince-évêque de Bâle est chassé de sa résidence de Porrentruy par le vent de la Révolution française. Le 19 décembre est proclamée la République Rauracienne, première république « sœur » de la République française. En mars 1793, elle est annexée de fait par la France, la République rauracienne devient un département sous le nom de Mont-Terrible avec pour chef-lieu Porrentruy, puis est regroupé avec le Haut-Rhin.

En 1815, par décision du Congrès de Vienne, le Jura est annexé à la Suisse et attribué au canton de Berne, germanophone, pour compenser ses pertes, le Canton de Vaud et l'Argovie. Au XIXe siècle, le Jura parvient, malgré la férule bernoise, à préserver sa langue et sa culture. Au sein même du Jura, des tensions apparaissent entre le nord, agricole et catholique, et le Sud, protestant et qui petit à petit s'industrialise. Lors de la Première Guerre mondiale, le fossé linguistique et culturel s'élargit entre Berne et le Jura. En 1917 est constitué le « Comité pour la création d’un canton du Jura ».

Le 20 septembre 1947, Georges Moeckli, conseiller d’État jurassien francophone, se voit refuser par le parlement bernois, la direction du Département des travaux publics sous prétexte qu'il parle mal le dialecte bernois et que cela engendrerait des problèmes de communication. En conséquence, un Comité d'action pour la défense des droits du Jura, qui sera nommé plus tard « Comité de Moutier », est créé à Delémont le 2 octobre. Il est chargé de réunir les forces politiques des régions jurassiennes et d'en dresser le catalogue de revendications. Dans le même temps, le « Mouvement séparatiste jurassien » est fondé le 30 novembre 1947 par les groupes souhaitant une séparation d'avec le canton de Berne. Le Mouvement séparatiste jurassien devient le Rassemblement jurassien et se constitue officiellement et demande la création d'un 23e canton suisse.

En 1963 apparaissent deux mouvements séparatistes, le « Front de libération du Jura », qui revendique des barbouillages et des incendies de fermes, et le Groupe Bélier formé de la jeunesse séparatiste. Manifestations, tentative de sabotage de la ligne ferroviaire contraignent finalement le Gouvernement bernois à former une « Commission des Vingt-quatre », chargée de présenter un plan de règlement de la Question jurassienne. Elle présente son rapport en 1968.

Plébiscites en cascade[modifier | modifier le code]

À la suite du rapport de la « Commission des Vingt-quatre », un additif constitutionnel est soumis au vote populaire et est accepté le 1er mars 1970. Il détermine les modalités d'une procédure d'autodétermination dans le Jura bernois en trois étapes de votation, ou plébiscites.

  • Premier plébiscite : Décision des 7 districts concernés de créer un nouveau canton
  • Second plébiscite :
    1. En cas de non majoritaire dans l'ensemble du Jura, les districts ayant voté oui peuvent revoter pour se séparer de l'ancien canton.
    2. En cas de oui majoritaire dans l'ensemble du Jura, les districts ayant voté non peuvent revoter pour choisir de rester dans l'ancien canton.
  • Troisième plébiscite : À la suite de ces deux votes, les communes limitrophes avec la nouvelle frontière peuvent choisir, sur référendum, de rester dans le canton de Berne ou dans le canton du Jura

Le premier plébiscite, qui propose la création d'un nouveau canton, est fixé aux 22 et 23 juin 1974, lors duquel une majorité se dégage en faveur de la création d'un nouveau canton. Dans les 3 districts du nord, Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes, le « oui » est largement majoritaire, c'est l'inverse qui se produit dans les trois districts du sud et le Laufonnais.

Le second plébiscite a lieu le 16 mars 1975. Les districts de Moutier, Courtelary, La Neuveville et Laufon décident de demeurer dans le canton de Berne. Les communes se situant à la nouvelle frontière cantonale entre le futur canton du Jura et celui de Berne pourront choisir de rester ou non dans leur district.

Lors du troisième plébiscite, Rebévelier rejoint le district bernois de Moutier, huit communes quittent le district de Moutier (Courrendlin, Châtillon, Corban, Courchapoix, Mervelier et Rossemaison intègrent le district de Delémont et Les Genevez, Lajoux celui des Franches-Montagnes) et Roggenburg rejoint celui de Laufon.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Paul-Otto Bessire, Histoire du Jura bernois et de l’ancien Évêché de Bâle [détail des éditions]
  • Pierre Boillat, Jura, naissance d'un État : aux sources du droit et des institutions jurassiennes, Lausanne, Payot, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-601-03054-9, LCCN 89196052)
  • Adolf Gasser, Berne et le Jura (1815-1977), Berne, Imprimerie fédérative SA, (ISBN 978-3-7280-5302-2)
  • Claude Hauser, L'aventure du Jura : cultures politiques et identité régionale au XXe siècle, Lausanne, Editions Antipodes, coll. « histoire.ch », (ISBN 978-2-940146-41-3, LCCN 2006388826)
  • Alain Pichard, La Question jurassienne : avant et après la création du 23e canton suisse, vol. 16, Presses Polytechniques Romandes, coll. « Le savoir suisse », (ISBN 978-2-88074-575-2)