District de Laufon

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District de Laufon
Administration
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Canton Drapeau du canton de Bâle-Campagne Bâle-Campagne
Chef-lieu Laufon
No OFS B1302
Démographie
Population
permanente
20 321 hab. (2020[1])
Densité 227 hab./km2
Géographie
Coordonnées 47° 25′ 00″ nord, 7° 30′ 00″ est
Superficie 89,56 km2
Subdivisions
Communes 13
Localisation
Localisation de District de Laufon
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District de Laufon

Le district de Laufon, appelé aussi le Laufonnais, en allemand Laufental ou Bezirk Laufen, est un des cinq districts du canton de Bâle-Campagne. Il compte 20 321 habitants pour une superficie de 89,56 km2. Le chef-lieu est Laufon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Laufonnais a longtemps relevé de l'évêché de Bâle et a été un territoire français de 1794 à 1814. Puis il a fait partie de 1815 à 1994 du canton de Berne. En 1846, le district de Laufon est créé[2].

Le district de Laufon et la création du canton du Jura[modifier | modifier le code]

Lors du processus menant à l'indépendance du canton du Jura, qui s'est séparé du canton de Berne en 1978, les habitants du Laufonnais choisissent de ne pas rejoindre le nouveau canton et le district devient une enclave[2]. Le , les Laufonnais, germanophones, rejettent en effet par 4 119 non contre 1 433 contre la création du nouveau canton, francophone[3]. Cette décision est confirmée au cours d'un second référendum, organisé le au cours duquel les citoyens confirment, par 4 216 voix contre 264, ne pas vouloir rejoindre le canton du Jura[4]. À la suite de ce référendum, la Commission de district, qui comprend des représentants des communes et des trois principaux partis politiques et qui a été mise sur pied après le premier référendum, demande une autonomie accrue pour le Laufonnais au sein du canton de Berne[5].

Le , les citoyens du Laufonnais élisent pour la première fois de manière directe les vingt-six membres de la Commission de district, qui comprend désormais douze démocrates-chrétiens, huit radicaux, deux socialistes, deux personnes hors partis et deux représentants de mouvements locaux. La Commission, élue pour six ans, a pour mission de travailler sur l'avenir du district en examinant à la fois un statut spécial au sein du canton de Berne et un rattachement à l'un des trois cantons de Bâle-Campagne, Bâle-Ville ou Soleure[6]. Il s'agit de la première représentation de district élue par le peuple en Suisse[2].

Dans un premier temps, seul le canton de Bâle-Ville se montre réellement intéressé à accueillir le district de Laufon. C'est la position de Bâle-Ville qui pousse les deux autres cantons à se déclarer également en faveur d'un rattachement du district, Bâle-Campagne parce que le conseil d'État craint qu'une union du Laufonnais avec Bâle-Ville ne remette sur la table la question d'une fusion des deux Bâle et Soleure parce que le canton a peur que cela conduise ensuite ses propres enclaves situées à la frontières françaises à vouloir changer de canton[7].

À la suite des discussions avec les différents cantons, la Commission de district décide de soumettre la question au corps électoral[7]. Pour ce faire, elle lance une l'initiative populaire posant la question suivante « Voulez-vous engager la procédure de rattachement du district de Laufon à un canton voisin ? » et qui est déposée le avec 4 960 signatures, soit 61,3 % du corps électoral de Laufon[8]. L'initiative est validée par le Grand Conseil bernois le 6 février 1978 par 141 voix, sans opposition[9]. Les Laufonnais acceptent l'initiative le par 65,08 % (4 164 voix) contre 34,92 % (2 234 voix). La participation est de 79 %. Pendant la campagne, le Parti démocrate-chrétien soutien l'initiative, tandis que le Parti socialiste laisse la liberté de vote et que le Parti radical-démocratique y est opposé[10]. Le Parti des paysans, artisans et bourgeois, l'un des ancêtres de l'UDC, n'est alors pas présent dans le district[7].

En 1979, lorsque la création du canton du Jura devient effective, la commune de Roggenburg, qui faisait partie du district de Delémont, mais qui a fait le choix de rester bernoise, est rattachée au district de Laufon[11].

Bâle-Campagne, Bâle-Ville ou Soleure?[modifier | modifier le code]

Les Laufonnais peuvent ensuite choisir lequel des cantons de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et Soleure ils souhaitent rejoindre. Le district n'a pas de frontière commune avec Bâle-Ville, mais a des liens économiques forts avec la ville, dans laquelle travaillent 1 000 des 14 000 habitants. Le canton de Bâle-Campagne a l'avantage d'avoir une frontière commune et de comprendre une partie importante de la métropole bâloise. Enfin, le canton de Soleure est majoritairement catholique, comme le Laufonnais et c'est également avec ce canton que les frontières communes sont les plus importantes[7].

Le 13 janvier 1980, les Laufonnais éliminent le demi-canton de Bâle-Ville, jugé trop lointain et trop urbain, de leur choix[7]. Avec une participation de 75,5 %, 51,50 % (3 167 voix) choisissent un éventuel rattachement au demi-canton de Bâle-Campagne, 32,51 % (1 999 voix) au canton de Soleure et 15,99 % (983 voix) à Bâle-Ville[12]. Le 16 mars 1980, les Laufonnais décident de commencer les négociations avec Bâle-Campagne par 64,65 % (4 233 voix) contre 35,35 % (2 315 voix) pour Soleure[13]. Le canton de Soleure, voisin du canton de Berne, s'est peu impliqué dans la campagne[7].

Le vote pour le rattachement à Bâle-Campagne a donc lieu le , après de longues négociations entre la Commission de district et le conseil d'État bâlois qui aboutissent à la rédaction d'un traité d'annexion comptant 111 articles[7]. Par 56,68 % (4 675 voix) contre 43,32 % (3 575 voix), les Laufonnais préfèrent rester dans le canton de Berne. La participation atteint 93 %[14]. Contrairement à ce qui s'est passé dans le Jura bernois, les pro-bernois du Laufon ne font pas appel pendant la campagne à des liens identitaires avec le canton de Berne, mais affirment que le canton peut parfaitement se développer en tant que région autonome bernoise. À l'issue du scrutin, le Mouvement laufonnais, pro-bâlois, affirme vouloir continuer à militer pour un rattachement au canton de Bâle-Campagne[7].

Répétition du référendum de 1983[modifier | modifier le code]

Cependant, en 1985, à la suite de la révélation du scandale des caisses noires au cours de laquelle il apparaît que le canton de Berne a financé les campagnes référendaires des mouvements probernois, cinq membres du Mouvement laufonnais déposent un recours devant le Grand Conseil bernois[7],[15]. Celui-ci le refuse[16]. L'affaire passe devant le Tribunal fédéral qui, en décembre 1988, ordonne une nouvelle votation car il estime que le gouvernement bernois n'avait pas le droit de s'impliquer financièrement dans la campagne référendaire de 1983[2],[15]. Le référendum a lieu le 12 novembre 1989. Cette fois-ci, par 51,72 % (4 652 voix) contre 48,28 % (4 343 voix) et avec une participation de 93,6 %, les Laufonnais décident de rejoindre Bâle-Campagne[17]. Le Grand conseil du canton de Berne annule alors le résultat du vote, en invoquant des irrégularités, mais cette décision est à son tour annulée par le Tribunal fédéral, si bien que la sécession est confirmée[15].

Le , ce sont les citoyens de Bâle-Campagne qui acceptent une deuxième fois la venue de Laufon dans leur canton. Avec une participation de 39,9 %, 59,3 % des Bâlois se prononce pour, contre 73 % en 1983[18]. Le parlement fédéral donne son aval et refuse la demande des élus bernois qui souhaitent que, lors du vote de l'ensemble de la population suisse, la majorité des Laufonnais doive confirmer sa décision de 1983 pour que le changement de canton soit effectif[15]. Le , le peuple suisse valide l'adhésion du district de Laufon à Bâle-Campagne. Le « oui » l'emporte par 75,2 %. La participation est de 39,5 %[19]. Le « oui » est également majoritaire dans le district de Laufon lui-même[15]. Le rattachement est effectif le [19].

Communes[modifier | modifier le code]

Le district compte 13 communes :

Les communes du district
Nom N° OFS[20] Population
(décembre 2020)[1]
Blauen 2781 +000689,
Brislach 2782 +001 690,
Burg im Leimental 2783 +000280,
Dittingen 2784 +000742,
Duggingen 2785 +001 554,
Grellingen 2786 +001 860,
Laufon 2787 +005 777,
Liesberg 2788 +001 101,
Nenzlingen 2789 +000447,
Roggenburg 2790 +000269,
Röschenz 2791 +001 898,
Wahlen 2792 +001 500,
Zwingen 2793 +002 514,
Total +020 321,

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Bilan démographique selon le niveau géographique institutionnel », sur Office fédéral de la Statistique (consulté le ).
  2. a b c et d Anna C. Fridrich (trad. Laurent Auberson), « Laufon (district) » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  3. ATS, « Création d'une commission de district dans le Laufonnais », Journal de Genève,‎ , p. 9 (lire en ligne)
  4. ATS, « Le Jura connaît ses futures frontières », Journal de Genève,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  5. ATS, « Laufon pourrait changer d'avis », Journal de Genève,‎ , p. 11 (lire en ligne)
  6. ATS, « Suisse: élection de la Commission de district de Laufon », Journal de Genève,‎ , p. 14 (lire en ligne)
  7. a b c d e f g h et i Alain Pichard, « Laufon et ses trois fiancés », dans Alain Pichard, La question jurassienne : Avant et après la naissance du 23e canton suisse, Lausanne, Presses polytechniques universitaires romandes, , 141 p. (ISBN 2-88074-575-6), p. 86-88
  8. « Laufonnais: dépôt de l'initiative », L'Express,‎ , p. 13 (lire en ligne)
  9. « L'initiative du Laufonnais validée par le Grand Conseil bernois », L'Express,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  10. Victor Giordano, « Avenir du Laufonnais - première étape: les électeurs tournent le dos à Berne », Journal de Genève,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  11. Patricia Zihlmann-Märki (trad. Monique Baud-Wartmann), « Roggenburg » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  12. Victor Giordano, « Laufon a dit "non" à Bâle-Ville », Journal de Genève,‎ , p. 9 (lire en ligne)
  13. ATS, « Laufon a choisi Bâle-Campagne », Journal de Genève,‎ , p. 9 (lire en ligne)
  14. Anne-Marie Ley, « Les Laufonnais resteront Bernois », Journal de Genève,‎ , p. 13 (lire en ligne)
  15. a b c d et e Alain Pichard, « Les caisses noires (1984-1992) », dans Alain Pichard, La question jurassienne : Avant et après la naissance du 23e canton suisse, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, , 141 p. (ISBN 2-88074-575-6), p. 114-123
  16. « Recours du Laufonnais rejeté », L'Express,‎ , p. 32 (lire en ligne)
  17. Anne-Marie Ley, « Laufon choisit Bâle-Campagne », Journal de Genève,‎ , p. 9 (lire en ligne)
  18. Anne-Marie Ley, « Les citoyens de Bâle-Campagne d'accord d'accueillir le Laufonnais », Journal de Genève,‎ , p. 15 (lire en ligne)
  19. a et b « C'est cinq fois nettement oui », Journal de Genève,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  20. [xls] « Liste officielle des communes de la Suisse - 01.01.2016 », sur Office fédéral de la statistique (consulté le )