Patrice Ricord

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Patrice Ricord
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Patrice Ricord, connu sous le pseudonyme de Ricor, est un caricaturiste et portraitiste français, né en 1947 à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père était sculpteur sur bois et son grand-père fut au service du peintre Auguste Renoir lors de sa dernière résidence au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer. Il en était l'intendant et son chauffeur avec le surnom de Baptistin[1]. Bachelier de philosophie à l'issue d'études au lycée Paul-Valéry à Paris, élève de l'ESAG Penninghen en 1967, Ricor entre en 1968 à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris pour cinq années d'apprentissage de l'art plastique, option gravure. En parallèle, en 1969, il rejoint l'équipe du journal Pilote[2], engagé par son directeur d'alors, René Goscinny.

L'année suivante, dans le même hebdomadaire, et en alternance avec Jean Mulatier, il inaugure la série des Grandes Gueules dont certaines d'entre elles seront reprises en 1971 dans la revue Phénix[3]. Dans le même temps, Jean-Claude Morchoisne aura rejoint le duo. Les caricatures des Grandes Gueules vont alors essaimer par la suite en couverture et dans les pages éditoriales des magazines internationaux.

Ses propres portraits-charge sont désormais publiées dans L'Express, Le Figaro Magazine, Paris Match, Le Nouvel Observateur, L'Expansion, Playboy, Lui, Esquire, Der Stern[4], Sunday Times[5], Panorama, Jornal do Brasil, Graphis (en), Zoom, Japan Illustration… En 1980, les trois associés fondent une maison d'édition qui produira une quinzaine de recueils de caricatures en France et à l'étranger, dont un best seller Ces animaux qui nous gouvernent.

En 1987, il réalise en parallèle des couvertures de livres pour les guides Gault et Millau, La Correspondance de Groucho Marx, La Vie d'Arthur Rubinstein, des affiches de films Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, Astérix et Obélix contre César, et un court-métrage, Grandes Gueules Superstars. Par la suite, il collabore régulièrement à L'Express, puis aux quotidiens Le Figaro et Nice-Matin, au Pèlerin magazine avec une bande dessinée hebdomadaire NO MAD. Enfin à FR2 télévision pour laquelle il crée une galerie de personnages politiques caricaturés et animés en 3D, qui sera diffusée lors d'une série dominicale, Politiquement correct.

Douze recueils de ses dessins sont édités par la suite, en solo ou ponctuellement avec divers collaborateurs, dont sept avec Jean-Pierre Gauffre pour les textes, soit plus de 700 caricatures et portraits réunis dans 30 albums (voir la liste ci-dessous). En , son site web remportait aux États-Unis un prix d'excellence dans la catégorie Arts graphiques/Humour tandis qu'un jury d'éminents graphistes le plaçait parmi les cinq meilleurs caricaturistes du XXe siècle.

En 2008, invité en tant que membre d'un jury international pour représenter la France par ses dessins satiriques, Patrice Ricord devient le premier caricaturiste européen à être reçu par la Chine[6]. Ses caricatures politiques sont exposées à Guiyang lors des Rencontres mondiales du dessin de presse et d'animation[7].

La même année, dans un tout autre genre, il publie son premier roman policier Mistral, signé Cent Elman.

Techniques[modifier | modifier le code]

Ricor s'est appuyé sur trois techniques complémentaires pour étendre ses recherches sur le plan graphique. La première s'est développée dans son enfance par l'observation des travaux de son père, tandis que celui-ci ciselait des rondes-bosses au creux de ses sculptures sur bois. Elle lui a permis peu à peu d'acquérir le sens du volume, grâce à la découverte progressive du passage de l'ombre à la lumière, visible en direct sous les coups de gouge alternant vides et pleins dans l'ouvrage du bois (voir la caricature de Lee Marvin dans "Les Grandes Gueules). La seconde est liée à l'apprentissage de la gravure sur cuivre ou sur pierre à L'ENSAD à Paris, dont Honoré Daumier et Gustave Doré étaient les maîtres au XIXe siècle. Il n'y a pas si longtemps encore, cette trame savante était utilisée pour le dessin des timbres et des billets de banque en Occident, héritage technique qu'il a adapté au graphisme structuré du dessin de ses visages. La troisième concerne l'éveil de la caricature à l'âge de 14 ans révélé par son admiration pour deux cartoonists américains maîtres du genre, Manning Hall et Mort Drucker. Enfin la découverte des caricatures de David Levine puis celles de Raoul Cabrol, précurseur de son propre style réaliste et caricatural, a contribué à conforter sa vocation.

Explorations graphiques[modifier | modifier le code]

La combinaison de ces techniques, s'exprimant par le besoins de rendre évidente l'architecture des visages sur le papier, a facilité leur transposition en volume. Soit par la création de masques à taille humaine, ou de têtes géantes pour les carnavals de Nice 2002 et 2003, de pièces de jeu d'échecs pour un Échiquier politique, voire aussi de personnages dessinés traduits ensuite en images de synthèse pour une émission télé Politiquement correcte. Un pâtissier confiseur alsacien s'est même attaqué à la confection d'échafaudages de friandises, s'essayant à reproduire quelques-unes des 22 caricatures composées à la manière du peintre Giuseppe Arcimboldo, assemblages concoctés dans deux ouvrages Quoi choisir ? et La Cuisine des Chefs. Des animations ou morphing ont également été réalisées à partir de ses esquisses, montrant l'évolution d'un faciès humain vers celui d'un animal lui ressemblant trait pour trait dans une expression spécifique.

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Dès leur parution dans la presse, les caricatures et les portraits de Ricor ont fait l'objet de multiples expositions, collectives ou individuelles : à Paris (1979), Buenos Aires, Mexico (1981), Londres (1986), Hambourg, Bâle, Saint-Estève (1996), Limoges (1998), Antibes (1999, 2009, 2019), Saint-Jean-Cap-Ferrat (2001, 2004, 2014, 2016, 2017, 2018, 2019), Guiyang (2008). Leur succès a vu se développer un engouement similaire chez les collectionneurs privés et les musées internationaux (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine à Paris, Musée de la caricature et du dessin humoristique de Bâle, Musée Peynet et du dessin humoristique à Antibes).

Ainsi, le style Grandes Gueules, initié par un trio en 1970, a largement fait école dans le monde, y compris dans des pays dont les régimes politiques n'étaient pas a priori réputés pour encourager un quelconque type de satire dessinée notamment en Chine, où l'humour caricatural était autrefois une tradition ancestrale. En , la diffusion dans le Quotidien du Peuple d'un large éventail de caricatures de Ricor, est venue confirmer un début d'ouverture.

En contrepartie, comme l'ont signalé maints critiques, écrivains[8] et journalistes, l'originalité et la précision de ses propres caricatures ont favorisé aussi l'éclosion de copies et de plagiats dès leurs parutions, tant de la part d'amateurs que de professionnels. Il s'agit de dessins de deuxième main, de décalques, voire de transpositions astucieuses à plat ou en volume, mais toujours directement inspirés de ses caricatures. Ils sont aisément identifiables, en regard de l'expression, de la déformation et de l'angle précis de leur mise en scène, évidente et délibérément choisie dans les dessins originaux de Ricor. Car s'il est des termes qui le caractérisent, c'est bien ceux de chercheur et d'innovateur.

Cette exigence graphique s'est exprimée par le dessin hyperréaliste d'un Coq français, voulu par Louis Pauwels pour figurer en couverture du numéro anniversaire des dix ans du Figaro magazine. Ledit coq, réalisé durant six semaines et reproduit sur une toile géante couvrant cinq étages de la façade de l'hôtel George-V à Paris, vit son image agrandie et projetée sur les fenêtres de la cour carrée du Grand Louvre, lors des illuminations festives du .

Publications[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Les années Grandes Gueules
  • Les Grandes Gueules, Paris, Éditions du Pont-Neuf, 1979
  • Grandes Gueules de France, Paris, Éditions Atelier 786, 1980
  • Grandes Gueules superstars, Paris, Éditions de l'Atelier, 1981
  • Grandes Gueules par deux, Paris, Éditions de l'Atelier, 1981
  • (nl) Het grote smoelen boek, Hollande, Mondria, 1982
  • Le Ciné club des Grandes Gueules, Paris, Dervish publications 1000, 1983
  • Le Livre d'or des Grandes Gueules, Paris, Dervish publications 1000, 1983
  • Grandes Gueules à poils, Paris, Dervish publications 1000, 1983
  • Ces Animaux qui nous gouvernent, tome 1, Paris, Dervish publications 1000, 1984
  • Ces Animaux qui nous gouvernent, tome 2, Paris, Dervish publications 1000, 1985
  • Télé ton univers impitoyable, Paris, Dervish publications 1000, 1985
  • Quoi choisir ?, Paris, Éditions Les Grandes Gueules, 1986
  • (en) The Animals who govern us, Farnham, Graphic Grins, 1986
  • (it) Palaz-zoo, Rome, Technipress, 1986
Les années Ricord
  • La Cuisine des Chefs, Paris, Éditions Carrousel B.D., 1987
  • (it) Fattoria Italia, Rome, Technipress, 1987
  • (it) Il capo é servito !, Rome, Technipress, 1988
  • Tête à Tête, Paris, Éditions Denoël, 1992
  • Gueules d'État, Grenoble, Éditions Glénat, 1995
  • L'Académie des Timbrés, Boulogne, Éditions La Sirène, 1995
  • Le Livre des Ricord, Toulon, Soleil productions, 1997
  • Les Ricord de la Musique, Toulon, Soleil productions, 1998
  • L'Envol des Aiglons, Nice, Éditions OGC Nice, 2002
  • Tout Chirac - Petite encyclopédie chiraquienne illustrée[9], Éditions Mango, 2003
  • Faces à farces[10], Paris, Éditions Fetjaine, 2009
  • (ch) No Mad, série BD publiée en Chine, 2009
  • Le grand cirque politique, Paris, Éditions de l'Archipel, 2011
Collection Le Guiness des Ricord
  • Coups de fourchettes et coups de crayons, P.R. productions 2018
  • Stars du Ciné / Le Guiness des Ricord tome 1, P.R productions 2019
  • La Cuisine des Chefs / Le Guiness des Ricord tome 2, P.R. productions 2019
  • Stars du Ciné 2 / Le Guiness des Ricord tome 3, P.R. productions 2019
  • Stars en scène / Le Guiness des Ricord tome 4, P.R. productions 2020
  • Despotes Story / Le Guiness des Ricord tome 5, P.R. productions 2021
  • Chefs de France / Le Guiness des Ricord tome 6, P.R. productions 2022

Romans et traduction[modifier | modifier le code]

dans la série Cent Elman
  • Des glaçons dans le Bordeaux, éditions Romart/Alpen, 2013
  • Mistral, éditions Romart/Alpen, 2014
  • La tête à l'envers, P.R. productions, 2015
traduction en français

Illustrations[modifier | modifier le code]

  • Petit Dictionnaire absurde et impertinent de la Médecine et de la Santé[11] de Marc Lagrange, éditions Féret, 2016

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Tac au tac de Jean Frapat, Éditions Balland, 1973
  • Chacun son chat, édition Fantôme, 1987
  • De de Gaulle à Mitterrand, BDIC, 1989
  • Traits d'humour sur toiles de maîtres, Éditions Denoël, 1990
  • Chirac dans tous ses états, Pictoris studio, 1997
  • Le Père Noël dans ses petits souliers, Pictoris studio, 1997
  • À vous Cognacq-Jay ! les grandes heures de la télé en BD[12], Édition Delcourt , 2010
  • Cher Père Noël, Éditions Télémaque, 2012
  • Des masques et vous de Gérard Ladoucette, éditions du Zanni, 2020

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Tac au tac, émissions hebdomadaires de Jean Frapat, ORTF, entre 1971 et 1975[13],[14],[15]
  • Politiquement correct, série d'animation graphique bihebdomadaire d'API Productions, France 2, 1999

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le dernier Renoir, Les éditions de Nicéphore, 2013.
  2. « Patrice Ricord dans Pilote », sur BD oubliées (consulté le ).
  3. « Patrice Ricord dans Phenix », sur BD oubliées (consulté le ).
  4. Caricature de Franz Joseph Strauss en couverture du numéro du 20 mars 1975.
  5. Caricature de Valéry Giscard d'Estaing en couverture du magazine The Sunday Times (1975), Beatchapter
  6. China Daily news, juillet 2008.
  7. Asian Youth Animation, Comics and Digital Art Contest (AYACC), juillet 2008.
  8. San Antonio, préface à La Cuisine des Chefs.
  9. Rédaction, « Tout Chirac - Petite encyclopédie chiraquienne illustrée », sur BD Info,
  10. Rédaction, « Faces à farces' », sur BD Info,
  11. Rédaction, « Petit Dictionnaire Absurde & Impertinent de la médecine et de la santé », sur Senior actu,
  12. Charles-Louis Detournay, « Xavier Cucuel : "À vous Cognacq-Jay !" parodie les grandes émissions de la télévision" », sur Actua BD,
  13. Ricord et Mulatier (invités), « Du tac au tac : émission du 15 novembre 1971 », sur INA,
  14. Ricord et Mulatier (invités), « Du tac au tac : émission du 2 septembre 1973 », sur INA,
  15. Ricord et Mulatier (invités), « Du tac au tac : émission du 6 septembre 1975 », sur INA,

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Moliterni, « Ricord / Mulatier », Phénix, no 19, 1971
  • (en) « The Nouvel Art of Caricature », Esquire, États-Unis, 1972
  • (en) European Illustration, Edward Booth-Clibborn édition, 1975-1976
  • (de) Die neue kunst der Karikatur, Esquire, RDA, 1977
  • « Les Grandes Gueules », Zoom, no 63,
  • (en) Peter Ustinov, « Three French Caricaturists », Graphis, 1980
  • (es) « Caricaturistas franceses S.A. », El Dia de Mexico,
  • (en) « Animals which govern us », Idea, no 196, Japon, 1986
  • Véronique Prat, « À boire et à manger », Le Figaro Magazine,
  • World Graphic Design Now, Kodansha ltd, Japon, 1988
  • Alain Deligne, Olga Mori, "Caricatures et surnoms. Tentative de rapprochement", Langage et société 1990.
  • « Grandes Gueules de la caricature », Graphic studio,
  • L'Art et l'histoire de la Caricature, Citadelles et Mazenod, 2006
  • René Lesné, 250 illustres, 1767-2017, Dictionnaire de l'école royale gratuite de dessin, Éditions Ar-dé, Ensad Paris 2017.

Liens externes[modifier | modifier le code]