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Nismes

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Nismes
Nismes
L'église Saint-Lambert et le pont sur l'Eau Noire.
Blason de Nismes
Héraldique
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Namur Province de Namur
Arrondissement Philippeville
Commune Viroinval
Code postal 5670
Code INS 93090G
Zone téléphonique 060
Démographie
Gentilé Nismois(e)
Population 1 847 hab. (1/1/2025)
Densité 75 hab./km2
Géographie
Coordonnées 50° 04′ 29″ nord, 4° 32′ 54″ est
Superficie 2 474 ha = 24,74 km2
Localisation
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Nismes
Liens
Site officiel http://www.viroinval.be

Nismes (prononcé : [niːm] ; en wallon : Nîme) est une section de la commune de Viroinval située en Région wallonne dans la province de Namur. Elle y abrite le siège administratif de la commune. Elle est bornée au nord par Dourbes ; à l'est par Olloy et Oignies ; au sud, elle touche à Couvin, et à l'ouest, à Petigny et à Frasnes-lez-Couvin. Les habitants sont surnommés les Crayas, appellation wallonne du mâchefer, en souvenir de l’extraction du fer, d’où aussi le lieu-dit Fondry (fonderie).

Elle se situe dans le Parc national de l'Entre-Sambre-et-Meuse créé en 2022.

C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.

Le toponyme est attesté très tôt dans les sources médiévales : Nemaus en 827, Nima en 1061, puis Nime dans des formes locales ultérieures. Le village est établi sur le cours du Nimay, nom ancien désignant l’actuelle Eau Noire, rivière qui traverse le site[1].

L’origine du nom Nismes fait l’objet de plusieurs hypothèses toponymiques :

  • Une dérivation du gaulois nemeton, signifiant « bois sacré » ou « sanctuaire ».
  • Une filiation avec un radical préceltique \ nemausu*, interprété comme « temple » ou « lieu sacré », et que l’on retrouve notamment dans le nom de la ville française de Nîmes.
  • Une évolution locale liée au nom du cours d’eau Nimay, dont le toponyme pourrait constituer une forme dérivée ou associée.

Ces différentes pistes témoignent de la richesse des strates linguistiques présentes dans la région, où se superposent héritages préceltique, gaulois et roman[1].

Géographie

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Situé dans la vallée de l'Eau Noire, le village de Nismes est surtout connu pour ses réserves naturelles et ses curiosités géologiques de la région calcaire de la Calestienne comme le Fondry des Chiens, le Fondry Matricolo et la roche Trouée. Il existe un petit train touristique pour un circuit d'une heure au travers des différentes régions de l'entité.

Géographie physique

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Nismes est bâti au fond de la vallée de l’Eau Noire, un couloir naturel étroit dominé par des collines et plateaux calcaires qui forment la frange orientale de la Calestienne. Cette bande géologique, longue d’environ 130 km, est connue pour ses sols calcaires très perméables, ses tiennes (collines sèches et pelées) et ses gorges naturelles[2] elle est formée de roches du Dévonien moyen et supérieur (Givétien et Frasnien). Ces calcaires, riches en fossiles marins, constituent un substrat très perméable, propice au développement d’un karst complexe. Les grottes de Neptune, par exemple, sont creusées dans ces calcaires dévoniens et appartiennent pleinement à ce massif. Le village se trouve sur le bord sud du Synclinorium de Dinant, une grande structure plissée qui a contrôlé l’organisation des couches et leur érosion.

Vue sur le Fondry des Chiens.

Les reliefs autour du village sont marqués par[3]:

  • des pentes abruptes et des versants secs ;
  • des plateaux boisés au sud, annonçant la grande forêt ardennaise ;
  • des dépressions karstiques profondes, dont les célèbres fondrys (gouffres naturels).

Le site le plus emblématique est le Fondry des Chiens, une gorge spectaculaire creusée par l’érosion pluviale dans un calcaire très pur.

Paysage de la Calestienne et de la Fagne.

Le site du Fondry des Chiens expose une lentille biohermale exceptionnelle, épaisse d’environ 64 m, composée de stromatopores massifs et de coraux. Ces récifs fossiles se sont formés dans un environnement marin chaud et peu profond, puis ont été exondés et karstifiés au fil des millions d’années. L’étude microfaciologique montre une succession de 10 microfaciès carbonatés, allant de milieux marins ouverts à des environnements lagunaires proches de l’émersion, témoignant d’une évolution régressive et d’une subsidence irrégulière[4].

La géologie de Nismes est dominée par un karst actif, caractérisé par :

  • des dolines et dépressions d’effondrement ;
  • des gouffres spectaculaires comme le Fondry des Chiens ;
  • des pelouses calcaires (tiennes) très sèches ;
  • des abannets, vallons humides encaissés.

Le Fondry des Chiens est un exemple emblématique : un gouffre d’effondrement où l’érosion a mis à nu les récifs fossiles, créant un paysage quasi « grand canyon » en miniature.

Hameaux et lieux-dits

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Nismes vu du Tienne aux Pauquis.

Le village de Nismes possède plusieurs hameaux et lieux-dits : Sainte-Anne, Saint-Joseph, Pont Polet, Regniessart, Inzèvaux, Tienne del Batieulle, Petit Breumont, Grand Breumont, Tienne Morainy, Les Abannets, Les Gréats, Tienne du Fourneau, Tienne du Boulîs, Chalaine, Coubry, Tienne, Montagne aux Buis, Tienne des Tanneurs, Roche à Lomme, Revers des Hesses, Roche aux Faucons, Haut Champ, Trois Champs, Baterage, Ternia d'Honte, Les Nobuissons, Croix Jean Lambert, Fond des Tournelles, Le Bossu et Fond Coco[5].

Hydrographie

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L'Eau Noire.

Un bras de l'Eau Noire, après la traversée des grottes de Neptune, réapparait près du centre de Nismes, à la grotte du Pont d’Avignon pour rejoindre le bras principal de l'Eau Noire. Cette réapparition d'eau n'est autre qu'une résurgence (prouvée par l'utilisation d'un colorant).

Évolution démographique

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  • Source: DGS, 1831 à 1970=recensements population, 1976= habitants au 31 décembre

Préhistoire

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Parmi la faune présente sur le territoire de Nismes et de Viroinval, seuls le cerf élaphe et le sanglier sont encore les grands mammifères présents.

Ère Paléolithique

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L’occupation humaine la plus ancienne du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse remonte au Paléolithique moyen (100 000–35 000 av. n. è.), période durant laquelle la région est fréquentée par les Néandertaliens, chasseurs-cueilleurs nomades. Les vestiges sont rares et se limitent à quelques outils en silex issus de prospections de surface. Le seul site d’habitat identifié est le Trou de l’Abîme à Couvin, daté d’environ 45 000 ans[6].

Le Paléolithique supérieur (35 000–8 500 av. n. è.), marqué par l’arrivée de l’Homme moderne, est attesté dans la région du Viroin par des silex isolés et par les fouilles de la grotte Saint-Joseph à Nismes qui s'ouvre dans le flanc ouest de la Roche Trouée. Celle-ci a surtout servi de repaire à des carnivores (loup, renard polaire, ours des cavernes, hyène des cavernes) dont les restes témoignent d’une faune glaciaire comprenant notamment cheval, rhinocéros laineux, bison des steppes, renne, cerf géant (mégacéros), cerf élaphe et même un jeune mammouth[7].

Age Néolithique

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Vers 8 500 av. n. è., la fin de la dernière glaciation entraîne un réchauffement et la transition vers une forêt mixte. La faune froide disparaît au profit d’espèces tempérées comme des cerfs, des sangliers et des chevreuils, et les ressources forestières modifient les pratiques humaines. Le Mésolithique (8 500–4 500 av. n. è.) se caractérise par l’usage de l’arc, la miniaturisation de l’outillage lithique et une occupation diffuse, représentée par de nombreux sites de surface, surtout sur la Calestienne[7].

La transition climatique qui marque la fin de la dernière glaciation favorise, au Proche-Orient, l’émergence de nouvelles pratiques économiques fondées sur l’agriculture et l’élevage, innovations qui définissent le Néolithique. Dans la région du Viroin et ses abords, la période la mieux représentée est le Néolithique final (env. 3000–2000 av. J.-C.). Les prospections de surface y révèlent un matériel abondant, notamment des pointes de flèches et de nombreux fragments de haches polies, témoignant d’une occupation structurée et durable[7].

La Roche à l'Homme.

Les fouilles ont également mis au jour plusieurs sépultures en grotte, individuelles ou collectives. Parmi les sites les plus significatifs figurent[8]:

  • la grotte de la Roche Percée, au sud du massif de la Roche Trouée ;
  • le Trou des Blaireaux à Dourbes, sur le flanc oriental du Tienne aux Tassons, près du château de Haute-Roche.

Au cours de la période comprise entre 3000 et 1700 avant notre ère, la région de la Meuse se caractérise par une présence néolithique abondamment attestée, notamment par la découverte, dans de nombreux champs et zones cultivées, de silex taillés provenant du centre minier de Spiennes, retrouvés sur des sites tels que Mousty, la Roche Trouée, les Abanets, le Tienne aux Pauquis, la Roche à Lomme ou encore la Roche aux Faucons, témoignant d’un réseau d’échanges étendu et d’une circulation régulière de matériaux lithiques de haute qualité[9].

La Montagne aux Buis.

Les collections du musée de Nismes (aujourd'hui disparut) conservaient plusieurs fragments de céramique rubanée, illustrant l’implantation de traditions techniques propres aux premières communautés agricoles. À ces éléments s’ajoute la mise au jour, dès 1885, d’une sépulture installée dans la caverne sud‑ouest au pied de la Roche Trouée, où furent exhumées une hache en chloromélanite, des dents humaines ainsi que divers ossements, confirmant l’usage funéraire de certaines cavités naturelles[9].

La région conserve également plusieurs marchets tumulus de pierres caractéristiques du Franc Bois ainsi que des indices d’occupation dans les secteurs des Roches, de Petigny, de l’Adugeoir ou encore de Dourbes, qui témoignent d’une fréquentation diffuse mais continue des reliefs calcaires. Les fouilles de la caverne du Chaffour Saint‑Joseph ont livré, en 1955, des fragments de poterie, une dent de cerf et des restes de céréales, révélant un environnement où pratiques agricoles, chasse et collecte coexistaient au sein d’un même système économique[9].

Age du Bronze et du Fer

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Entre 1700 et 700 avant notre ère, la région voit apparaître les premières manifestations attribuables aux populations celtiques, dont témoignent notamment la découverte, à Linnery secteur englobant les Abanets et Dourbes d’une hache à douille en bronze, ainsi que la mise au jour d’une sépulture au revers de Godia, à Dourbes, éléments qui s’inscrivent dans un ensemble de données issues des fouilles de Nismes et des travaux de G. E. Mariën. Cette période, qui s’étend jusqu’au milieu du Ier millénaire avant notre ère, correspond également à une phase de cohabitation entre groupes néolithiques résiduels et populations celtiques migrantes, parmi lesquelles les Gaulois, les Belges et les Aduatuques, dont les mouvements sont attestés par les découvertes régionales[10].

Durant la période hallstattienne, l’activité économique se caractérise par une exploitation systématique des minerais de fer, comme en témoignent les vestiges des Fondrys des Abanets, des Fondrys des Chiens ou encore du Grand Bois, où des bas‑foyers et des amas de scories indiquent une métallurgie active. À cette même époque, des poteries découvertes à la Roche à Lomme confirment l’existence d’une occupation structurée, tandis que la vallée de l’Eau Noire semble avoir abrité un village gaulois, probablement établi à proximité immédiate de la source sacrée NEM, dont la toponymie suggère une continuité cultuelle pré‑romaine[10].

La période laténienne est illustrée par plusieurs sites fortifiés, notamment l’oppidum d’Olloy (Contiennau) et l’oppidum des Aduatuques à Linnery, où poteries et objets divers témoignent d’une occupation dense et organisée. Les traditions religieuses gauloises, telles que les Grands Feux, se maintiennent dans la région jusqu’au début du XXe siècle, révélant une remarquable persistance culturelle. Un petit oppidum gaulois est également attesté à la Roche à Lomme, où des vestiges de murs confirment l’existence d’une structure défensive. La conquête césarienne, menée entre 58 et 51 avant notre ère, intègre la région dans la sphère romaine, comme l’attestent les références au De Bello Gallico (livre II, année 57). Plusieurs sites ont été interprétés comme des installations militaires, notamment un camp de légion supposé dans le Bois d’Hauteroche (Dourbes‑Fagnolles) et un possible oppidum des Aduatuques à Linnery. La région est ensuite intégrée à la cité des Tungri, dont elle suit l’évolution administrative et religieuse[11].

Période Gallo-Romaine

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Les chaussées romaines, dont un diverticulum reliant Givet à Saint‑Quentin, traversent Nismes et Dourbes, où se trouvent les fermes gallo‑romaines de Bieurre, témoignant de l’intégration de la région dans les circuits commerciaux. Dès le IIIe siècle, une forteresse romaine est édifiée sur la Roche à Lomme, comprenant des murs et une tour, fouillés en 1972‑1973 par la SNFE et documentés dans Archéologia Belgica 160. Les fouilles ont livré une quantité importante de matériel daté des IIIe et IVe siècles : poteries, fibules, verre, clous, objets en bronze, ardoises, tuiles, monnaies (entre 250 et 400 exemplaires), ainsi que des restes alimentaires, étudiés notamment par C. Robert dans son analyse des monnaies de la Roche à Lomme. L’activité métallurgique est attestée par de vastes crassiers, dont celui de Saint‑Joseph, vidé en 1863, contenant des vestiges romains, ainsi que par les Fondrys des Chiens, où furent retrouvées des tuiles romaines et des encoches de treillis. Des maisonnettes ont été identifiées sur la Roche Trouée, avec murs, tuiles, ardoises, poteries et clous, tandis que d’autres vestiges apparaissent à la Roche Sainte‑Anne, au Tienne aux Boulies et dans divers secteurs du Grand Bois (Mortlame, Percé des Crayats, Fond des Nayes), dont les crassiers furent exploités jusqu’à la fin du XIXe siècle[12].

La région abritait plusieurs villas rurales, notamment à Bieurre et Dourbes, ainsi qu’un probable village gallo‑romain au Parc ou au Fourneau, peut‑être lié au domaine carolingien mentionné sous le nom de praedio Nemaus. Un cimetière fouillé en 1848 sur le versant du Fourneau Licot a livré poteries, vases, une statuette de Gaulois assis (IIe siècle), un bouc en bronze, un bracelet et des plats en bronze étamé. Des découvertes similaires sont signalées à Dourbes, Petigny, Couvin et dans l’ensemble des localités voisines. Les premières invasions franques, contenues puis pacifiées vers 253, marquent une transition politique, tandis que le commerce avec l’Italie se maintient jusqu’au IVe siècle. L’édit de Milan (312), promulgué par Constantin, entraîne la christianisation progressive de l’Occident. La région, intégrée à l’évêché de Tongres, voit arriver ses premiers missionnaires vers 340, sous le patronage de saint Servais, vénéré notamment à Dourbes. Les recherches récentes suggèrent l’existence probable d’un fanum romain au Mousty, autour duquel aurait pu se développer un habitat, hypothèse appuyée par la découverte de blocs de tuf de Roly et de fragments de tuiles romaines lors des fouilles de l’ancienne église[13].

Dominant le confluent de l’Eau Blanche et de l’Eau Noire, l’éperon rocheux de la Roche à Lomme constitue un point stratégique majeur du paysage. Il est occupé dès le IIIe siècle par une petite garnison de l’armée romaine intégrée au deuxième limes. Les fouilles ont révélé un système complexe de portes contrôlant l’accès à un site naturellement protégé par des falaises abruptes. Le lieu semble également avoir eu une fonction cultuelle, comme l’indiquent les milliers de monnaies romaines retrouvées sur ses pentes, probablement déposées en offrande. Abandonné vers le milieu du Ve siècle, l’éperon est réinvesti au Haut Moyen Âge (VIIe – VIIIe siècles), période à laquelle est édifiée une tour de guet à son extrémité, témoignant de la permanence de son rôle défensif dans le contrôle du vallon du Viroin[14].

Découvertes archéologiques à Nismes[15]:

  • Hache en bronze : découverte d’une hache d’origine armoricaine attribuée au Bronze récent.
  • Villae : présence d’une villa romaine attestée sur le territoire de Nismes, documentant l’occupation rurale et la romanisation.
  • Cimetières : fouilles et découvertes de nécropoles locales, témoignant de pratiques funéraires antiques.
  • Fortification Roche Sainte‑Anne : vestiges d’une fortification locale signalée parmi les structures défensives de la région.

Ces éléments confirment l’intégration de Nismes dans le réseau d’occupation et d’exploitation du sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse durant l’Antiquité.

Période Franque

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Les Mérovingiens
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Au cours de l’année 350, les Francs Saliens, déjà installés en Campine, amorcent un mouvement d’expansion qui s’inscrit dans le vaste processus de transformation des marges septentrionales de l’Empire romain, processus qui s’accélère brutalement lorsque, le , diverses tribus franques franchissent de force le Rhin à hauteur de Mayence et se répandent dans les provinces gallo-romaines, provoquant la destruction de nombreuses exploitations rurales telles que les fermes de Bieurre ainsi que de maisons isolées comme celles de la Roche Trouée, et entraînant la ruine de plusieurs villages, avant de s’installer durablement dans les vallées, notamment autour de Dourbes, Nismes et d’autres localités, où ils cohabitent progressivement avec les populations gallo-romaines encore présentes, tandis que se succèdent les grandes invasions des peuples dits barbares[16].

En 451, le général romain Aetius inflige une défaite décisive à Attila et aux Huns lors de la bataille des Champs Catalauniques, événement majeur qui contribue à stabiliser temporairement la Gaule, avant que Clodion, roi franc, ne s’établisse à Tournai en 455, prélude à l’effondrement définitif de l’Empire romain d’Occident en 476. Quelques années plus tard, en 481, Clovis, installé lui aussi à Tournai, entreprend la conquête de la Gaule septentrionale et défait en 486 le dernier représentant de l’autorité romaine, Syagrius, à Soissons, avant de soumettre progressivement les autres peuples germaniques, puis de recevoir en 496, à Reims, le baptême des mains de saint Remi, événement fondateur qui entraîne la conversion du peuple franc au christianisme[16].

Vers l’an 500, une monnaie de l’empereur Anastase, découverte à Sainte-Anne, témoigne de la persistance des échanges à longue distance, tandis qu’en 508, le royaume franc, désormais centré sur Paris, intègre notre région au sein du Pagus Lommensis, où la langue latine finit par s’imposer, parallèlement à l’essor de l’Église en Gaule, comme l’attestent les tombes découvertes à Dourbes (Église, Petit Tienne), Petigny et Nismes, ainsi que la présence d’un fourneau de réduction du fer au Revers Merdjan[16].

Sous le règne de Childebert, fils de Clovis, qui fonde en 543–546 l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, se développe un vaste mouvement monastique qui, dès le VIIe siècle, rattache notre région à l’évêché de Maestricht ; c’est probablement à cette époque qu’il faut situer l’édification de la première église de Nismes, au Mousty, où, conformément à l’usage des premiers évangélisateurs, les vestiges des cultes païens notamment le fanum gallo-romain dédié à une divinité locale nommée Nemaus furent détruits pour laisser place à un moustier ou oratoire chrétien, peut-être d’abord consacré à saint Quentin, puis ultérieurement à saint Lambert. Une tombe mise au jour sur la butte de l’Hazelle (Abanets), contenant un scramasaxe, une boucle de ceinturon damasquinée, un briquet à silex et divers objets, illustre la présence franque dans la région[17].

Carolingiens
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L’année 622, marquée par l’Hégire de Mahomet et les conquêtes arabes, coïncide dans nos régions avec l’activité de saint Lambert à Liège, tandis que saint Hubert, évêque de Maestricht, transfère en 725 le siège épiscopal à Liège, au cœur du duché d’Austrasie, où les rois mérovingiens affaiblis les « rois fainéants » laissent le pouvoir effectif aux maires du palais, dans un espace mosan qui devient le berceau de la dynastie carolingienne, favorisé par l’existence de marchés actifs le long de la Meuse, axe majeur de communication[18].

Au début du VIIIe siècle, Pépin de Herstal offre la terre de Couvin et ses environs à l’abbaye parisienne de Saint-Germain-des-Prés, qui porte alors le vocable de Saint-Vincent–Saint-Germain, et qui, jusqu’en 754, est également connue sous le nom de monastère de Sainte-Croix et Saint-Vincent. En 732, Charles Martel, maire du palais, arrête l’avancée arabe en battant Abd-er-Rahman à Poitiers, tandis que son fils Pépin le Bref, devenu roi en 751, meurt en 768, laissant le trône à Charlemagne, couronné empereur d’Occident en 800, dont les filles, selon la tradition, appréciaient particulièrement les forêts giboyeuses de l’Entre-Sambre-et-Meuse[18].

Aux alentours de l’an 800, la découverte à Nismes de trois pièces d’or des Sultans fatimides atteste l’existence d’un commerce à longue distance reliant les vallées du Viroin et de la Meuse à l’Orient, tandis que les fortifications de la Roche à Lomme connaissent une occupation sporadique à l’époque carolingienne. En 827, les Acta Sanctorum rapportent le miracle par lequel Hadelingus, homme du Pagus Lommensis et du domaine rural de Nemaus, recouvra la vue au sanctuaire de saint Quentin, témoignage précieux de l’existence, dans la vallée de l’Eau Noire, d’un établissement rural héritier des villae gallo-romaines et probablement situé près de la source sacrée qui donna son nom au village, issu du radical celtique NEM associé à la terminaison latine -AUS, à l’origine du toponyme Nemausus (Nîmes)[19].

Vers 840, l’existence d’un atelier monétaire local est attestée par un denier de Charles le Chauve, portant la mention fisco Cuvinio, tandis que le traité de Verdun de 843, qui partage l’Empire carolingien, rattache le Pagus Lommensis à la Lotharingie. En 868, Doherpa (Dourbes) apparaît dans les archives de l’abbaye de Lobbes, et en 872, Charles le Chauve confirme à l’abbaye de Saint-Germain toutes ses possessions, parmi lesquelles figurent Cuvinium, Fraxinum, Nimam, Evam et Bens, situées dans le pagus lommensis[20].

Période féodale

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À partir de 880, la fondation de la première abbaye de Lobbes coïncide avec l’émergence du système féodal, alors que les comtes cherchent à s’affranchir de l’autorité royale ; en 891, les Normands sont vaincus à Louvain, et deux moines de Saint-Germain, Ermer et Varembert, transportent les reliques de saint Venant et prennent possession du pays de Couvin. En 929, saint Gérard, quittant l’abbaye de Saint-Denis avec douze religieux, fonde le monastère de Brogne (futur Saint-Gérard) en Entre-Sambre-et-Meuse, déposant au prieuré de Couvin les reliques de saint Eugène lors de son voyage à Liège[21].

À la fin du Xe siècle, sous l’épiscopat de Notger (974) et alors que Hugues Capet devient roi de France en 987, s’opère la réunion de la région au comté de Hainaut, lorsque Robert le Pieux, fils d’Hugues, donne sa sœur Hedwige en mariage au comte Rénier de Mons et échange avec l’abbaye de Saint-Germain la seigneurie de Combles, près de Paris, contre les terres de Couvin, Nismes, Frasnes, Eve (Aublain) et Bens (Boussu). Cet échange est confirmé en 1061 par un diplôme du roi Philippe Ier, qui cite explicitement les villas de Cuvinum, Fraxinum, Nimam, Evam et Bens[22].

Au XIe siècle, l’histoire régionale est marquée par la construction de l’église romane d’Hastière en 1007, par les épiscopats de Nithard (1038) et Théoduin (1048), ainsi que par la signature, en 1060, d’une charte par Frédéric de Durbe (Dourbes). À la même époque, Wauthier de Chimay, seigneur de la châtellenie du même nom, apparaît dans les sources, tandis que les événements européens notamment l’invasion de l’Angleterre par Guillaume de Normandie en 1066 et la bataille de Hastings s’inscrivent dans un contexte politique en pleine recomposition. Enfin, en 1071, la comtesse Richilde de Hainaut inféode à perpétuité le comté à Théoduin, évêque de Liège, acte qui scelle durablement l’intégration de la région dans la sphère d’influence liégeoise[22].

Au moment où débute la Première Croisade, la région de Couvin et des vallées voisines connaît une profonde réorganisation politique et féodale, qui s’amorce en 1096 lorsque Bauduin de Mons, futur Bauduin II de Jérusalem, comte de Hainaut, fils de Richilde et arrière‑petit‑fils de Rénier II, se préparant à rejoindre l’expédition armée vers la Terre sainte, décide de vendre pour la somme considérable de cinquante marcs d’or l’ensemble des cités, terres, dépendances et appendices du pays de Couvin à celui qui en était déjà l’évêque et souverain spirituel, Otbert de Liège, tandis que, simultanément, Godefroid de Bouillon cède au même prélat les cités et domaines relevant de la châtellenie voisine de Hierges, incluant notamment Olloy, la frontière entre les deux ensembles étant fixée au Ry de Balmont, également appelé Dernier Ryw ; cette transaction, consignée dans un acte solennel invoquant la Sainte Trinité, précise qu’Otbert, « pour l’honneur et l’utilité de l’Église », acquiert le castellum de Covino cum appenditiis suis afin d’assurer la paix et la tranquillité d’un territoire alors ravagé par les exactions de brigands les malefactores qui, installés dans des fortifications de bois, pillaient et tourmentaient misérablement l’évêché. Peu après cette acquisition, l’évêque Otbert, soucieux de rétablir l’ordre, fait raser les châteaux en bois servant de repaires aux malfaiteurs, et il est vraisemblable que le château du Mousty, à Nismes, figurait parmi ces constructions détruites. En 1099, les Croisés de Godefroid de Bouillon s’emparent de Jérusalem, événement qui marque durablement l’imaginaire européen[23].

La tourelle de l'ancien château dit du Pont d'Avignon.

Au début du XIIe siècle, la région est dominée par la puissante maison de Chimay, puisque Alard de Chimay, époux de Basilide, apparaît en 1111 comme haut‑voué, vassal et seigneur de la châtellenie de Couvin, situation confirmée sous le règne de l’évêque Alberon II en 1136. C’est à cette époque que s’élève le premier château‑fort en pierres de Nismes, dont la construction, datée entre 1148 et 1155, s’inscrit dans la politique militaire du prince‑évêque Henri II de Leez, qui entreprend de restaurer et reconstruire en pierre les forteresses du sud‑ouest de la principauté de Liège afin d’en renforcer la défense, tandis que le pays de Chimay demeure un comté hainuyer vassal de Liège, comme l’indique la mention Castrum de Couvin innovavit[23].

En 1148, Alard II de Chimay, fils du précédent, époux d’Ide de Marle, devient seigneur de la châtellenie de Couvin, et en 1155, l’empereur Frédéric Ier Barberousse, « empereur des Romains », confirme par diplôme les possessions de l’Église de Liège, incluant Couvin et toutes ses dépendances, tandis que la bulle du pape Adrien IV réaffirme la liste des castra relevant de l’autorité liégeoise. Sous l’épiscopat de Rodolphe (1167), la documentation mentionne pour la première fois, en 1170, la seigneurie de Dourbes, et en 1178, Gilles de Chimay, fils d’Alard II et époux d’Alix de Rosoy, devient à son tour seigneur de Couvin. En 1188, apparaît le premier curé connu de Nismes, Gilbert, cosignataire des décisions du conseil décanal de Chimay, entérinées par une charte de Raoul de Zähringen, évêque de Liège, tandis qu’en 1189, Albert III de Chimay, fils de Gilles, accède à la charge de châtelain de Couvin. À la fin du XIIe siècle, une querelle éclate pour le siège épiscopal de Liège entre Albert de Cuyck, soutenu par Bauduin V de Hainaut, et Simon de Limbourg, appuyé par le comte de Louvain ; en attendant l’arbitrage pontifical, le comte de Hainaut conserve en séquestre plusieurs châteaux‑forts, dont Couvin, auquel est rattaché Nismes[24].

En 1208, le prince‑évêque Albert de Cuyck accorde sa célèbre charte proclamant que « tout homme en sa maison est roi », tandis que l’art mosan atteint un sommet avec la châsse de Notre‑Dame de Tournai, œuvre de Nicolas de Verdun. En 1214, dans le contexte de la querelle entre l’Empire et la Papauté, le pape Innocent III délie le prince‑évêque Hugues de Pierrepont de son serment de fidélité à l’empereur Othon IV, lequel, réuni en conseil à Nivelles, projette de démanteler la principauté de Liège et d’en distribuer les territoires à ses alliés, projet anéanti la même année par la victoire décisive du roi de France Philippe‑Auguste à Bouvines. En 1215, les premières églises gothiques de Tournai s’élèvent, et en 1218, un acte mentionne pour la première fois la Castellania de Covinio, alors dirigée par Roger de Chimay, époux d’Agnès. En 1226, Jean, comte de Soissons, fils de Raoul, épouse Marie de Chimay, fille du comte Roger, et devient châtelain de Couvin, tandis que les évêques de Liège Jean d’Apremont (1226) puis Henri de Gueldre (1247) exercent leur autorité sur la région[25].

Au milieu du XIIIe siècle, l’orfèvre Hugo d’Oignies travaille à Walcourt, tandis que meurt en 1270 le roi saint Louis IX ; à la même époque, le fils aîné de Jean de Soissons, également nommé Jean, époux de Marguerite de Montfort, devient seigneur de Couvin. En 1275, une « noble dame de Gela », dame de Dourbes‑le‑Mont, veuve d’un Alard de Chimay, seigneur d’Haybes, apparaît dans les sources, confirmant que Dourbes‑le‑Mont constituait l’apanage de la branche cadette de la maison de Chimay, dont Alard devait être un membre. La pierre tombale de ce dernier est conservée à la collégiale de Molhain. À la fin du XIIIe siècle, Hugues de Soissons, fils de Jean, seigneur de Chimay et Couvin, épouse Jeanne d’Argis, tandis que les épiscopats de Jean de Flandres (1282) et les règnes de Philippe le Bel (1285) s’inscrivent dans un contexte où la bataille de Woeringen (1288) met fin à l’autorité effective de l’empereur d’Allemagne dans la région. Vers 1300, Jeanne d’Argis, veuve du comte Hugues, est châtelaine de Couvin, tandis que la frontière entre la France et la principauté de Liège est fixée jusqu’au rieu de Renné (Reniowez), le Renisart constituant la limite méridionale des terres liégeoises, tandis que la Franche Forêt, jusqu’à l’Alysse, demeure terre de Hainaut jusqu’à Revin[25].

Entre 1250 et 1300, Watriquet de Couvin compose Les Trois Chanoinesses de Cologne ou les Trois Dames de Paris, œuvre littéraire représentative de la production courtoise régionale. Le 22 novembre (début XIVe siècle), plusieurs villes liégeoises, dont Dinant et Couvin, concluent avec Jean, comte de Namur, et son frère Guy, un traité par lequel elles achètent, pour 750 livres de petits noirs tournois, la protection de ces princes en cas de conflit avec le prince‑évêque. En 1301, un acte des échevins de Couvin précise les droits de l’évêque de Liège dans la ville et la châtellenie, ceux de l’avoué, ainsi que les privilèges des habitants, affirmant notamment que l’évêque possède la souveraineté sur Coving, Reniewez, Rieux, Teignies, Nymes, Frasnes, Boussut, la Motte, Peisse, Dailly, Aublaing et Gonrieux, tandis que le châtelain partage avec lui les revenus des bois de Couvin et de Frasnes[26].

En 1302, la bataille de Groeninghen affaiblit l’autorité du roi de France sur la Flandre, et Jean de Roly, à la tête de 600 cavaliers de nos régions, combat aux côtés des Flamands, ce qui vaut à son écu d’arborer désormais le lion de Flandre. En 1309, une petite guerre oppose le prince‑évêque Thibaut de Bar à Philippine de Luxembourg, veuve du comte Jean, alliée à son fils Guillaume de Hainaut ; le frère de ce dernier, accompagné d’Arnould d’Enghien, met le siège devant Couvin, avant que l’archevêque de Reims ne règle le conflit. En 1314, Jean de Bailleul, seigneur de Morialmé, conduit 6000 chevaliers et soldats d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse au secours des Hutois révoltés contre le prince‑évêque Adolphe de la Marck, tandis qu’en 1316, Jean de Hainaut, époux de la fille d’Hugues de Soissons, devient châtelain de Couvin. La même année, la Paix de Fexhe, acte fondamental consacrant les principes de représentation nationale et de souveraineté du pays, est conclue entre le prince‑évêque et les villes de Liège, Huy, Dinant, Saint‑Trond, Tongres, Tirlemont, Fosses, Couvin, Thuin et d’autres[27].

En 1324, les « Lettres des Vingt » s’inscrivent dans un contexte où s’amorce le gothique brabançon, illustré par les chantiers de Notre‑Dame d’Anvers et de Saint‑Rombaut, tandis que la guerre entre la France et l’Angleterre inaugure ce qui deviendra la Guerre de Cent Ans. En 1336, Jeanne, fille de Jean de Hainaut, épouse Louis de Châtillon, comte de Blois et seigneur d’Avesnes, qui devient seigneur des châtellenies de Chimay et Couvin. Au milieu du XIVe siècle, les troubles se multiplient : Jacques van Artevelde est assassiné à Gand en 1345, et en 1346, Louis de Châtillon, seigneur de Couvin, est tué à la bataille de Crécy, où les Anglais triomphent du roi de France. La Grande Peste de 1348 ravage l’Europe et emporte près d’un tiers de la population. En 1349, son fils Louis II de Châtillon lui succède comme avoué héréditaire de Couvin, fait relief en 1360, mais meurt célibataire en 1372[28].

En 1351, meurt Alard de Resves, seigneur de Haybes et possesseur du fief de Dourbes‑le‑Mont, dont la pierre tombale est conservée à Molhain. En 1355, une nouvelle loi liégeoise est promulguée sous le prince‑évêque Englebert de la Marck, tandis qu’en 1360, le chroniqueur Jean Froissart, originaire de Chimay, commence son œuvre. En 1369, Guy de Châtillon, frère de Louis II, épouse Marie de Namur, fille du marquis Guillaume, puis Catherine de Savoie, et devient châtelain de Couvin en 1372. En 1377, un record rappelle les privilèges des habitants de la ville et de la châtellenie de Couvin, notamment le droit d’entrecours, permettant de faire paître le bétail sur les terres voisines, privilège confirmé sous le prince‑évêque Jean d’Arckel, et précisant que les habitants de Couvin, Nismes, Tignies, Frasnes, Boussus, la Motte, Aublaing, Dailly, Peches et Gonrieux peuvent en user « sans abuser ». Vers 1380, l’art mosan produit des œuvres remarquables de dinanderie, telles que l’aigle‑lutrin de Notre‑Dame de Tongres[29].

Période Bourguignone

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La période dite bourguignonne, qui s’ouvre dans les dernières décennies du XIVe siècle, marque pour la région de Couvin, de Nismes et des vallées voisines une succession d’événements politiques, féodaux et militaires qui s’inscrivent dans le vaste mouvement d’intégration progressive des principautés et seigneuries locales dans l’ensemble territorial en formation autour des ducs de Bourgogne. Ainsi, en 1384, l’union dynastique scellée par le mariage de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, avec Marguerite de Maele, fille du comte de Flandre, inaugure une période d’expansion bourguignonne qui aura des répercussions profondes sur les équilibres régionaux, tandis qu’en 1386, sous l’épiscopat du prince‑évêque Arnould de Hornes, la « Loi Nouvelle » de Liège subit une mutation qui reflète les tensions croissantes entre les villes et le pouvoir épiscopal[29].

En 1391, Guy de Châtillon, comte de Blois, tente de vendre à son beau‑frère Jean de Namur les châtellenies de Chimay, Soissons et Blois, transaction qui demeure sans effet, avant que, quelques années plus tard, en 1397, la terre de Chimay ne soit achetée par Jean de Croy, événement qui marque l’entrée de cette puissante famille dans l’histoire politique de la région. À la mort de son époux, Marie de Namur, comtesse de Blois, relève en 1398 la châtellenie et l’avouerie de Couvin, confirmant la continuité de l’autorité seigneuriale. Au début du XVe siècle, les tensions entre les villes liégeoises et le pouvoir épiscopal s’exacerbent, comme en témoigne la Ligue des bonnes villes de 1404, à laquelle participent notamment Couvin et plusieurs cités de la principauté, ligue formée pour défendre leurs privilèges contre le prince‑évêque Jean de Bavière, dont la sœur Marguerite est l’épouse du duc de Bourgogne Jean sans Peur. À la même époque, le décès d’Everard de Resves, successeur d’Alard dans le domaine de Dourbes‑le‑Mont, entraîne la transmission du fief à son fils Alard de Resves et Haybes, probablement en 1410, comme l’indiquent les reliefs féodaux[30].

En 1405, Pierre de Brabant, dit Clignet, amiral de France, seigneur de Landreville et de Saint‑Dizier, épouse Marie de Namur, veuve et châtelaine de Couvin, renforçant ainsi les liens entre la noblesse régionale et les grandes familles du royaume de France. Mais l’année 1408 marque un tournant dramatique : les villes liégeoises, révoltées contre le prince‑évêque assiégé à Maestricht, provoquent l’intervention du comte de Hainaut, frère de Jean de Bavière, qui assiège, prend et incendie Couvin ainsi que plusieurs autres villes, événement relaté par Jean de Stavelot, qui précise que « la ville et le château de Couvin furent pris, brûlés et détruits ». Le 23 septembre de la même année, les troupes liégeoises, déjà affaiblies, sont écrasées à Othée par les forces combinées de Jean de Bavière et de Jean sans Peur, entraînant des représailles d’une extrême violence contre les villes et châteaux de la principauté, où, selon les chroniqueurs, « dans presque toutes les villes et bourgs, un nombre innombrable de personnes furent tuées ou noyées »[31].

Site de l'ancienne église Saint-Lambert.

À la suite de cette défaite, les 24 octobre et , les villes perdent leurs libertés, leurs institutions, leurs magistrats, leurs chartes et leurs fortifications, le duc de Bourgogne imposant une reprise en main totale du pouvoir, ordonnant notamment l’abattement des portes, tours et murailles de Fosses, de Couvin et d’autres localités. Il est certain que le château‑fort de Nismes subit le même sort, la démolition consistant généralement à abattre les toitures et à démanteler certaines tours ou sections de muraille, sans toutefois raser entièrement l’édifice ni en évacuer les pierres, dont le volume était considérable. Les traces de ces destructions, suivies de restaurations rapides, sont encore visibles dans les maçonneries de la tour et de l’enceinte du Mousty, tandis que les fouilles de 1974 dans l’ancienne église ont révélé une couche d’incendie associée à des monnaies de Guillaume de Namur (vers 1390). C’est probablement à cette époque qu’est édifiée la Maison des Baillis, seconde église paroissiale et centre administratif, construite en pierre au pied de la forteresse démantelée, conformément à l’interdiction de rebâtir le château‑fort ; son style architectural, caractéristique du début du XVe siècle, correspond à la fonction de résidence du bailli, représentant du prince‑évêque. Le premier seigneur connu à y résider serait Jehan d’Avignon, mentionné dans le cadastre de 1451[31].

En 1409, les villes de Fosses et Couvin refusent de livrer leurs chartes de privilèges et de métiers, malgré les injonctions épiscopales, tandis qu’une modération ultérieure autorise la reconstruction des murailles après un délai de cent ans, à condition que les nouveaux châtelains prêtent serment de ne rien entreprendre contre les comtés de Hainaut et de Namur, déjà intégrés aux possessions bourguignonnes. En 1412, meurt Marie de Namur, épouse de Pierre Clignet de Brabant, tandis qu’en 1415, la défaite française à Azincourt, où Henri V aurait lancé son célèbre cri « Mon royaume pour un cheval », voit Pierre Clignet se distinguer, alors que Jean de Crouy, fidèle serviteur du roi de France, y périt avec son fils Archambault. En 1417, l’empereur Sigismond d’Allemagne, suzerain de la principauté, annule la sentence de 1408 et rétablit les institutions urbaines, permettant la reconstruction progressive des murailles et des châteaux‑forts[32].

En 1419, Philippe le Bon devient duc de Bourgogne, tandis que les fils du seigneur de Chimay, Antoine et Jean de Croy, sont accrédités à la cour de France et jouissent simultanément de la faveur du duc. Sous l’épiscopat de Jean de Wallenrode, en 1420, Pierre Clignet de Brabant vend la haute‑avouerie de Couvin à Jacques d’Enghien, transaction sans effet, avant que l’héritière Jeanne de Chalon de Landreville ne relève l’avouerie. En 1422, celle‑ci est vendue à son frère Gille delle Glisuelle, seigneur de Neuville‑sur‑Sambre, qui la transmet à sa sœur Isabelle de Chalon, laquelle la revend à Godefroid de Sombreffe, fils de Godefroid et de Marguerite d’Enghien, sœur de Jacques[33].

À la mort de Godefroid en 1424, son héritière est sa mère Marguerite d’Enghien, fille du seigneur de Havré, Mons, Fagnolles, Vierves, etc., qui avait épousé en secondes noces, en 1406, Henri de Withem, chevalier, seigneur de Beersel et Ruysbroeck, issu d’une lignée apparentée aux ducs de Brabant. Les multiples transferts de propriété s’expliquent par l’état des fortifications et par la crainte, largement fondée, d’une mainmise bourguignonne sur les terres féodales situées en zone frontalière entre la France et les Pays‑Bas. Henri de Withem devient ainsi vassal et haut‑avoué du prince‑évêque Jean de Heinsberg et seigneur de Couvin, comme l’atteste sa pierre tombale à Beersel, où il est qualifié de « seigneur de Nismes, Couvin, etc. ». Les années suivantes sont marquées par des événements majeurs : la fondation de l’Université de Louvain en 1425, l’action de Jeanne d’Arc, qui fait couronner Charles VII à Reims en 1429, l’entrée de Philippe le Bon en possession du comté de Namur, puis la conclusion d’une trêve avec les Liégeois. En 1431, la mort de Jeanne d’Arc précède le Traité de Malines, qui renforce l’emprise bourguignonne sur la principauté, tandis que la ville de Couvin figure parmi les signataires de la paix conclue entre Jean de Heinsberg et Philippe le Bon[34].

En 1433, une troupe de 316 cavaliers français, déserteurs regroupés au sud de Rocroi, pille et rançonne Couvin et les localités voisines pour un montant de 1400 clinkars d’or, avant d’être rattrapée et massacrée à Hanappes par les milices de la châtellenie, conduites par Ouste d’Aublain et Gérard de Tilly. En 1434, Jean II de Croy, qui avait acquis la terre de Chimay à Thibaut de Soissons, l’agrandit par échange avec Philippe le Bon des Neuf Villes lez Chimay, devenant capitaine général et grand bailli du Hainaut. La région demeure cependant ravagée par les bandes armées : Tristan de Morialmé, fils d’un capitaine‑brigand, persécute la châtellenie, capture Jean d’Yves, bailli de Thuin, et défait les troupes liégeoises de Gilles de Floion, tandis que d’autres chefs de guerre Philippe de Savigny, Jean de Ligny, Jean de Beaurain multiplient les déprédations à Florennes, Boussu, Nismes et dans les environs, établissant l’un de leurs quartiers généraux à Fagnolles. Les archives mentionnent à cette époque la vente de bois et de revenus par les habitants de Nismes, sous la menace de ces « gens d’armes nommés gascons », qui exigeaient paiement sous peine d’incendie et de destruction. C’est dans ce contexte troublé que la Maison forte des Baillis de Nismes, construite en pierre dans sa partie sud‑ouest, devient à la fois cense, trésorerie et résidence du bailli, représentant du prince‑évêque et détenteur des revenus fiscaux, fonction qu’elle conservera jusqu’en 1745. Les baillis de cette période sont Jean Davignon, mentionné en 1451, Jehan de Henry, puis Jean Son, prévôt de Couvin[35].

En 1436, les milices liégeoises parviennent enfin à détruire la forteresse de Bosenove (Bossa‑Nova), repaire des brigands, qu’elles incendient après avoir massacré les occupants, ainsi que plusieurs villages complices, tels qu’Aubigny, Haut‑Châtelet et peut‑être Beauraing. À la même époque, Henri II de Withem reçoit de son père la châtellenie de Couvin et épouse en 1438 Jacqueline de Glymes de Brabant, tandis que les frères Van Eyck, peintres gantois, illustrent l’apogée artistique des anciens Pays‑Bas. Enfin, en 1445, les milices du pays de Couvin soutiennent le prince‑évêque Jean de Heinsberg contre son vassal Everard de la Marck, qui avait déclaré la guerre au duc de Bourgogne, et participent au siège d’Agimont, marquant l’un des derniers épisodes militaires de cette période agitée[36].

Au milieu du XVe siècle, la région de Couvin, de Nismes et des vallées voisines s’inscrit dans un paysage politique profondément marqué par l’influence bourguignonne, les rivalités féodales locales et les répercussions des grands conflits européens, comme en témoigne la mention, en 1450, du manoir de Hauteroche, cité à propos des tensions opposant les familles de Jauche et de Berlaymont, dont les querelles illustrent la fragmentation seigneuriale caractéristique de cette époque. L’année 1451 constitue un jalon essentiel pour la communauté de Nismes, qui obtient alors sa Charte des seigneurs Henri de Withem, père et fils, document rédigé sur parchemin qui fixe avec précision les droits et devoirs réciproques, les modalités de perception des taxes, l’organisation du moulin et du four banal, ainsi que le cadastre complet des chemins du village, témoignant d’une structuration administrative avancée[37].

En 1453, la prise de Bordeaux met fin à la Guerre de Cent Ans, tandis que la chute de Constantinople aux mains des Turcs bouleverse l’équilibre géopolitique européen. L’année suivante, en 1454, Jean de Withem, fils d’Henri II, devient châtelain et haut‑avoué de la châtellenie de Couvin, période durant laquelle le second château‑fort de Nismes, réduit à un donjon, quelques tours et l’église, constitue encore le cœur défensif du village. En 1455, Couvin et les cités voisines entreprennent de relever leurs murailles, finançant les travaux par un emprunt contracté auprès de Jean de Wespin de Dinant, dont la famille possède des sépultures dans l’église Saint‑Hilaire de Givet[37].

En 1456, Louis de Bourbon, neveu du duc de Bourgogne, est élu au trône épiscopal de Liège, tandis qu’en 1461, Louis XI accède au trône de France. Trois ans plus tard, en 1464, la mort sans héritiers de Jean de Withem entraîne la transmission de l’avouerie de Couvin à son frère Henri III de Withem, chevalier de la Toison d’Or, seigneur de Beersel et de Ruysbroeck, amman de Bruxelles, conseiller et chambellan de Philippe le Bon, qui relève officiellement l’avouerie le 16 juin. C’est vraisemblablement ce même Henri III qui offre à l’église de Nismes les remarquables tuniques gothiques‑renaissance, ornées de parements en tapisseries bruxelloises et d’orfrois brodés d’or nué représentant des scènes bibliques situées dans le paysage même de Nismes, où l’on distingue le château‑fort partiellement démantelé, les tiennes calcaires dénudées, le Mousty et son église caractéristique dotée d’un clocher latéral et d’une tour fortifiée[37].

En 1465, Jehan de Henry de Nismes, époux de Marie de Maron et propriétaire de la cense et du parc actuels, ainsi que Simon d’Argent, sont délégués par les huit villes de la châtellenie à l’exception de Couvin pour organiser à Dinant la défense de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse contre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui soutient le prince‑évêque déchu Louis de Bourbon contre Marc de Bade, élu par les États de Liège. Dans ce contexte, les villes de Nismes, Boussu, Fraisnes, Dailly, Tignies, Peisse, Gonrieux et Aublain, conscientes de la désobéissance croissante envers l’autorité bourguignonne, se regroupent pour organiser leur résistance, tandis que Louis XI conclut une alliance avec les villes liégeoises. Les Bourguignons remportent cependant les victoires de Montlhéry et de Montenaken, consolidant leur domination[37].

En 1466, le premier traité de Saint‑Trond instaure un protectorat bourguignon sur la principauté de Liège, tandis que la révolte de Dinant entraîne une répression féroce : Charles le Téméraire et son père Philippe le Bon mettent la cité à sac, multipliant noyades et exécutions. L’année suivante, en 1467, la défaite de Brustem provoque une nouvelle insurrection liégeoise, suivie de la prise de Couvin et des forteresses voisines, puis de la sentence de démantèlement et de privation des franchises urbaines, comme l’atteste la charte du [38].

En 1468, le sac de Liège et l’épisode des 600 Franchimontois marquent l’apogée de la violence bourguignonne, tandis que la seconde démolition du château‑fort de Nismes est ordonnée. En 1469, une troupe de 300 soldats bourguignons exécute la sentence et démolit partiellement les remparts de Couvin, Nismes et d’autres localités, comme le rapporte le Mémoire historique ecclésiastique du Pays de Liège. L’année 1470 voit l’établissement d’une crénée générale un cadastre fiscal imposée par Charles le Téméraire, qui taxe les communautés et établissements ecclésiastiques de la principauté : Nismes doit ainsi 32 livres 8 sous pour 72 feux, tandis que les villages voisins affichent des chiffres variés, tels que Oignies (42 feux), Roly (54), Fagnolles (102), Dourbes (54), Olloy (60), Vierves (63), Ossogne (36), Matagne‑la‑Petite (22) ou Maisnil‑Saint‑Martin (14)[38].

En 1473, l’imprimerie de Thierry Maertens d’Alost témoigne de la diffusion des techniques nouvelles, tandis que la terre de Chimay est érigée en comté par Charles le Téméraire, et que Philippe de Quiévrain, fils de Jean II de Croy, est fait chevalier de la Toison d’Or. La mort de Charles le Téméraire devant Nancy en 1477 ouvre une nouvelle phase politique, au cours de laquelle Philippe de Quiévrain de Chimay, premier chambellan et lieutenant général du duc Maximilien d’Autriche, gendre et successeur du Téméraire, joue un rôle majeur. En 1478, Marie de Bourgogne restitue le Perron à Liège, symbole du rétablissement des libertés urbaines, tandis que la principauté obtient le statut de neutralité perpétuelle. En 1481, Gérard de Boussu est prévôt de Couvin, et en 1484, une rivalité éclate à Liège entre Guillaume de la Marck et Jean de Horne pour le titre de prince‑évêque. L’année suivante, en 1485, Gérard de la Marck, surnommé le Sanglier des Ardennes, est exécuté pour avoir assassiné Louis de Bourbon, tandis que Gérard Gayman, seigneur de Petigny, obtient un emplacement et un droit d’eau pour établir un fourneau et une affinerie de fer, témoignant de l’essor métallurgique régional[39].

En 1486, Couvin se déclare neutre par lettre officielle, tandis que Jean de Horne est élu prince‑évêque, et que la châtellenie paie sa part de compensation aux La Marck, soit 249 florins et 7 patars. À la même époque, Charles de Croy, fils de Philippe, est nommé prince de Chimay, lui qui avait été le parrain du futur Charles Quint, tandis qu’un couvent des Frères de l’Observance est attesté à Boussu. En 1491, Henri III de Withem transmet l’avouerie de Couvin à son fils Philippe, époux de Jeanne de Halewijn, dont un ancêtre pourrait être à l’origine de la famille Martin, notable à Nismes un siècle plus tard. Un document relatif à l’hôpital de Couvin mentionne « deux journaux de terre en la voie de Frasne selon l’eau qui fut jadis Gera Marten », témoignant de la continuité foncière locale. En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique, événement qui ouvre l’ère des grandes explorations, tandis qu’en 1500, la principauté de Liège est intégrée au Cercle de Westphalie, confirmant son insertion dans les structures impériales du Saint‑Empire romain germanique[40].

Temps modernes

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La Renaissance

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Au début du XVIe siècle, alors que s’ouvre la période de la Renaissance, la région de Couvin, de Nismes et de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse se trouve profondément affectée par les guerres franco‑espagnoles, conflits récurrents qui ravagent les frontières méridionales des Pays‑Bas et entraînent le passage fréquent des armées, comme en 1505, lorsque les troupes françaises traversent Couvin et les terres voisines « en la Faigne, pays de Liège » et descendent jusqu’à Nismes, laissant derrière elles destructions, réquisitions et désorganisation économique, sous le règne du prince‑évêque Érard de La Marck, dont l’épiscopat inaugure une longue période de tensions militaires et politiques. En 1509, les sources signalent l’existence de trois fourneaux de fer dans le pays de Couvin, témoignant de l’essor métallurgique régional, tandis qu’en 1516, le grand bailli de Thuin et d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, Monseigneur de Melen, conjointement avec le prince‑évêque Érard de La Marck, promulgue un édit interdisant la vente des bois dans les Aisements, ces portions de forêts réservées aux usages collectifs des habitants, mesure rendue nécessaire par les abus commis lors des décennies précédentes, lorsque les édiles de Nismes avaient dû vendre ces bois pour payer les rançons exigées par les bandes armées[40].

Les années 1517-1521, marquées par la prédication de Martin Luther, voient également l’apparition de nouvelles figures locales, telles que Jean d’Aix, bailli d’Hauteroche, et David, fils naturel du seigneur d’Aymeries et seigneur de Dourbes‑le‑Val, tandis que les tensions religieuses européennes commencent à se faire sentir. En 1518, Érard de La Marck conclut un accord avec Charles Quint, scellé par le traité de Saint‑Trond, qui établit une alliance durable entre la principauté de Liège et l’Empire. En 1520, le grand peintre allemand Albrecht Dürer visite les Pays‑Bas, voyage qui influencera durablement l’art de la région. Trois ans plus tard, en 1523, Henri IV de Withem, baron de Bautershem, chambellan de Charles Quint, amman de Bruxelles et époux de Jeanne de Lannoy, cède l’avouerie de Couvin à son frère, geste qui s’accompagne vraisemblablement de l’offrande à l’église de Nismes de la somptueuse chasuble du Songe de Jessé, où figurent au moins deux membres de la famille Withem[41].

En 1524, son frère George de Withem, seigneur d’Ysques, de Beersel, de Ruysbroeck, de Nismes, d’Aublain, de Frasnes et d’autres lieux, relève officiellement la châtellenie de Couvin ; il épouse en 1534 Jeanne de Mastaing, et c’est à lui que l’église de Nismes doit la grande chape dite La Résurrection, dont les soldats sont représentés sous la forme de reîtres inspirés des gravures de Dürer. L’année 1526 voit l’ascension de Guillaume bâtard de Rosée, époux de la veuve de David d’Aymeries, elle‑même fille naturelle d’Everard de La Marck, qui devient seigneur d’Hauteroche et de Dourbes‑le‑Val, tandis que les grands événements européens traité de Madrid en 1526, Paix des Dames en 1529 redessinent les équilibres continentaux. En 1530, Everard Chevallier signe comme receveur de la châtellenie, et une garnison est installée à Hauteroche sous les ordres de Jean de Grandjan de Renoué, époux d’Agnès de Romerée, fille naturelle du prévôt de Vierves[41].

Les années suivantes sont marquées par des troubles sociaux, comme la révolte des Rivageois à Liège en 1531, suivie de son châtiment, tandis que l’Europe connaît des bouleversements religieux majeurs, tels que l’excommunication d’Henri VIII en 1534 et la mort d’Érasme en 1536. En 1538, Corneille de Berghes devient prince‑évêque de Liège, période durant laquelle l’art renaissant s’épanouit avec Brueghel, Van Orley, Patenier de Dinant et l’académie de Lambert Lombard. Le prince‑évêque lève alors une contribution de 18 000 florins pour remettre en état les fortifications de Couvin, notamment celles d’Hauteroche. En 1540, Gilles de Berlaymont, seigneur de Dourbes‑le‑Val, apparaît dans les sources, tandis qu’en 1543, une partie de la garnison de Maaseik, commandée par Everard Chevallier, s’installe au château de Couvin et entreprend de relever les murailles. L’année suivante, en 1544, Nismes et les villages voisins sont appelés par Couvin pour participer à la défense contre les bandes de soldats pillards, les échevins de Liège allant jusqu’à condamner les habitants des villages à monter la garde dans la ville[42].

En 1546, François Ier, roi de France, visite le théâtre des opérations militaires ; deux écus d’or à son effigie ont d’ailleurs été retrouvés dans une maison de la Longue Rue à Nismes. Entre 1546 et 1550, Charles Quint, en accord avec le prince‑évêque, fait construire la place forte de Mariembourg, destinée à protéger le sud des Pays‑Bas, en plein territoire liégeois, entre Pont‑à‑Frasnes et Verofle, au confluent de la Brouffe et de l’Eau Blanche. En 1549, meurt Philippe II de Croy, époux de sa cousine Anne de Croy, fille du premier prince de Chimay, chevalier de la Toison d’Or depuis 1516, chambellan de Charles Quint et grand bailli du Hainaut. Deux ans plus tard, en 1551, le prince‑évêque Georges d’Autriche promulgue le célèbre Édit sur les Bois, qui réglemente les coupes et usages forestiers dans toute la principauté, tandis que Philippe III de Croy succède à Chimay à son frère Charles[43].

En 1552, Jacques Auxbrebis de Saint‑Mard, grand bailli de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, appelle les bourgeois et habitants de la châtellenie de Couvin à se mobiliser contre les « courses et pilleries » des Français, ennemis du moment. Deux ans plus tard, en 1554, une armée française commandée par le connétable Anne de Montmorency s’empare de Chimay, Couvin, Fagnolles et Hauteroche, tandis que Couvin et Dailly sont incendiés, et que la place forte espagnole de Mariembourg tombe aux mains des Français. Henri II de Nevers, futur roi de France, fortifie Rocroi, prend Agimont, Dinant, Fosses, Bouvignes, Florennes, et pénètre en Hainaut. En 1555, Philippe II succède à Charles Quint, tandis que le duc de Nevers, battu par les troupes espagnoles de Guillaume de Nassau, abandonne Fagnolles, Couvin et Boussu, dont les forts servent d’avant‑postes à Mariembourg ; Guillaume le Taciturne fait alors sauter et ruiner ces châteaux‑forts, tandis que le château‑fort de Nismes est incendié par les Français. Une armée espagnole de 3 500 chevaux et 40 enseignes d’infanterie occupe les hauteurs de Fagnolles et Couvin, avant d’entrer dans la ville, prélude à l’édification des fortifications de Philippeville, puis de Charlemont à Givet[44].

Guerre de Trente Ans

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En 1559, la mort d’Henri II de France ouvre la période des guerres de Religion, tandis que la gouvernance des Pays‑Bas est confiée à la régente sous l’influence du cardinal Granvelle. Jean de Mastaing, parent de la mère du haut‑avoué de Couvin, Claude de Withem, est nommé bailli de la châtellenie, rendue au prince‑évêque après la paix de Cateau‑Cambrésis et le retrait des Français. Mariembourg revient alors à Philippe II d’Espagne. Entre 1556 et 1561, les frères Marotte, maîtres de forges puissants, s’installent dans le sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, cherchant du bois à carboniser pour alimenter leurs fourneaux, dans une région encore largement boisée. En 1560, Monseigneur d’Ermalle est bailli de la châtellenie de Couvin, tandis que l’évêque de Liège saisit l’avouerie au profit de Claude de Withem, son frère Antoine ayant négligé d’en faire le relief. En 1561, Jean Marotte achète la Franche‑Forêt de Oignies, tandis qu’en 1564, Nicolas Marotte acquiert la baronnie de Vierves auprès de Lamoral d’Egmont, châtelain de Vierves. La même année, la cour de justice de Couvin publie un édit sur les bois, rappelant les ordonnances de 1377 et de 1551, et s’adressant aux villages obéissant à la ville de CouvinPesches, Gonrieux, Aublain, Dailly, Boussu‑la‑Motte, Frasnes, Nismes et Petigny afin de réglementer l’usage forestier dans un contexte de pressions économiques et militaires croissantes[45].

Au milieu du XVIe siècle, après plusieurs décennies de troubles militaires, de rivalités seigneuriales et d’ingérences étrangères, la région de Couvin et de Nismes connaît un tournant décisif avec le retour de l’autorité directe du prince‑évêque de Liège, événement scellé le 17 avril 1565, lorsque Gérard de Groesbeeck, nouvel évêque‑prince, acquiert pour une rente annuelle de 3 000 florins l’ensemble de l’avouerie c’est‑à‑dire le droit de vassalité ainsi que la châtellenie héréditaire et la prévôté de Couvin, auprès de Claude de Withem, après accord avec son frère Antoine, seigneur d’Yssche, et leurs sœurs Anne, chanoinesse de Nivelles, et Jeanne, épouse du baron Philippe de Recourt de Licques en Artois ; cette acquisition inclut explicitement Nismes, Dailly, Aublain et Frasnes, avec tous les cens, rentes, bois, prés, moulins, terres, rivières, droits de chasse, fiefs et arrière‑fiefs, droits de patronage, mortemains, tonlieux, vinages, afforages, terrages, dîmes, huttaiges, appletaiges, mines et minières, constituant ainsi une prise de contrôle totale sur les ressources économiques, judiciaires et territoriales de la châtellenie[46].

Quelques mois plus tard, le 13 décembre 1565, un record (acte officiel) atteste que Louis de Horne, époux d’Ydelette Ryckman dont la pierre tombale, jadis dans la vieille église de Nismes, fut transférée à la Maison des Baillis est nommé mayeur de Nismes, devenant ainsi le premier magistrat local désigné directement par le prince‑évêque, désormais propriétaire de la châtellenie ; il réside dans la Maison des Baillis, qui sert à la fois de demeure officielle, de cense‑trésorerie et de relais administratif hors du chef‑lieu Couvin, où l’autorité du prévôt demeure prépondérante. Ce record, signé au nom du prince‑évêque et du bailli de Couvin Jean Ermalle, fixe les limites des droits de sartage et de hauverie (défrichement et prélèvement de bois) des habitants de Nismes, représentés par Jean Lescuyer dit Gondon, Jan Dany le jeune, Lambert Renson et d’autres sarteurs, qui rappellent, selon la tradition orale des anciens échevins, que ces droits s’étendaient « jusqu’au Pommier del Mortihomme », devenu plus tard Mortlame. Le document est signé par les échevins Collart de Virelle, Bartolomé de Virelle, Jacques Colliche, Gille Stevenot, Jan le Charlier, Michiel Anceaux et Renson Roland, sous la plume du greffier Pierre de Fecheroulle. Les comptes du bailli indiquent qu’à cette époque, la forge de Nismes était tenue par Louis de Horne et Renneson Roland, qui la tenaient eux‑mêmes de Barthélemy Anuzet, actif jusqu’en 1569 ; détail singulier, quatre siècles plus tard, la scierie du Fourneau, héritière du Fourneau Licot, était encore exploitée par un Aril Anuzet, témoignant d’une étonnante continuité familiale. L’année 1566 est marquée par le Compromis des Nobles, mouvement de résistance à la politique de Philippe II, tandis qu’en 1568, Jean Marotte, époux de Marie de Henry, fille du mayeur de Châtelet, achète le château et domaine de Boussu à Robert de Fays, seigneur de Boussu, ainsi que la prévôté de Couvin qui y est attachée, acquisition qui donnera lieu à de nombreux procès ; devenu bailli de la châtellenie, Marotte et ses frères exploitent intensivement les taillis des forêts de Oignies, Olloy et Nismes, activité dont subsiste le toponyme Taille Marotte. La même année éclate la guerre entre le duc d’Albe et Guillaume d’Orange, tandis que Jean de Mérode, sire de Loverval, exerce la charge de grand bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, et que Louis de Horne, lieutenant‑bailli de Couvin, intervient dans un procès[47].

En 1569, Pierre Noël, mayeur et meunier de Nismes, apparaît dans les comptes, tandis qu’en 1570 naît Jean du Moustier, issu d’une lignée de maîtres de forges et de prévôts, apparentée aux seigneurs de Bohan et d’Orchimont, dont les ramifications s’étendent à Virelles, Châtelet, Momignies, Macon, Fumay et Baileux ; sa fille Catherine du Moustier épousera à Nismes le mayeur André Martin, futur bailli et receveur. Les années suivantes sont marquées par de profonds bouleversements religieux et politiques : en 1572, après le massacre de la Saint‑Barthélemy, le curé de Couvin Henri Lecuyer et Jean Goreux obtiennent l’autorisation de réédifier une partie du château‑fort comme maison ; en 1575, Jean II de Marotte épouse Marguerite de Sire de Gougnies, tandis que Charles de Cosee, bailli‑receveur depuis 1569, administre la châtellenie. En 1576, il est remplacé par Hercule Auxbrebis de Saint‑Marc, seigneur de Neuville et Vodecée, membre d’une famille établie à Aubrives près de Hierges[48].

En 1577, Liège revient à la neutralité, et Lambert Scohyer devient mayeur de Nismes. L’année suivante, en 1578, la garnison espagnole de Mariembourg érige une potence à la Croisette carrefour des routes Couvin‑Frasnes et Nismes‑Boussu pour intimider les villageois qui résistent aux pillages ; le prince‑évêque Gérard de Groesbeeck publie alors un édit appelant les villages à s’entraider contre les soldats espagnols, tandis qu’un autre édit ordonne la vente de très vieux chênes dans la forêt de Couvin. En 1579, Alexandre Farnèse conclut la Paix d’Arras avec les nobles du Sud, tandis qu’un meunier nommé Azor Rasquin est attesté à Nismes. En 1581, un accord entre les communes de la châtellenie organise la convocation des défenseurs contre les soldats pillards espagnols, et la même année, le prince‑évêque de Bavière publie une Grande Charte confirmant les privilèges des villes et de la châtellenie de Couvin, ainsi que les records de 1301 et 1377 ; elle est signée par Jean de Marotte, bailli, et Pierre Noël, mayeur de Nismes, dont la pierre tombale, réutilisée au XIXe siècle comme linteau de fenêtre, témoigne de la longévité de sa mémoire locale[49].

En 1582, le prince‑évêque ordonne aux baillis de placer des garnisons dans les villes frontières du pays de Couvin, cette fois pour se prémunir contre les incursions françaises, mais aucun affrontement n’a lieu. Les années suivantes voient l’assassinat de Guillaume le Taciturne en 1584, la destruction de l’Invincible Armada en 1588, et la nomination en 1590 d’Henri de Hamal, baron de Vierves, comme bailli de Couvin. En 1591, Jean II de Marotte redevient bailli et gagne son procès comme seigneur de Boussu et prévôt héréditaire de Couvin. En 1593, Pierre Martin de Nismes achète à la commune une îlette sur l’Eau Noire, attenante à son douaire du Parc, où sera construite, deux siècles plus tard, la nouvelle église ; il meurt en 1603. En 1594, Jean Dubois est curé de Nismes, tandis qu’en 1600 naît à Pesches Servais Baillet, futur bourgmestre, qui épousera Jeanne Martin, sœur du curé de Nismes, et dont le fils Jacques Baillet deviendra l’un des plus célèbres baillis de la châtellenie. Le début du XVIIe siècle est marqué par l’essor du style baroque, mais aussi par des épisodes sombres, comme le procès de sorcellerie de 1601, qui condamne au bûcher plusieurs habitants de Nismes Jeanne Dany, Gille Lambert, Jacqueline, veuve de Crépin Francq, et Jeanne, veuve de Jean Stevenot événement à l’origine de la légende du Maugré, mauvais sort jeté sur le parc actuel. En 1602, un soldat nommé Lambert Danis meurt à la guerre, tandis qu’en 1603 s’éteint Élisabeth 1re d’Angleterre. En 1604, le comte de Bellejoyeuse devient grand bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, et en 1606, s’achèvent les travaux de restauration de la chapelle castrale, devenue église de Nismes, agrandie d’une tour ancienne détruite en 1555 ; à cette époque, la Maison des Baillis est habitée par Sébastien Martin, chirurgien, fils de Pierre, qui occupe également la cense du Maugré et le fourneau, témoignant de la continuité des lignages locaux dans l’administration, l’économie et la vie quotidienne de la châtellenie[50].

Au début du XVIIe siècle, alors que la région de Couvin et de Nismes demeure soumise aux tensions politiques, aux rivalités seigneuriales et aux répercussions des conflits européens, les archives signalent qu’en 1606, Rigaut de Bourtembourg, habitant de Nismes, est engagé dans un procès relatif au moulin de Vireux‑Wallerand, litige qui illustre la fréquence des contestations liées aux droits d’eau et aux installations hydrauliques dans une région où moulins et forges constituent des éléments essentiels de l’économie locale. La même année, Sébastien de Martin, lieutenant‑bailli de la châtellenie de Couvin et époux de Geneviève Martin, entreprend la construction d’une maison‑ferme au pied de la Maison des Baillis, consolidant ainsi l’implantation de cette famille dans les structures administratives et foncières du village[51].

En 1609, son fils André de Martin exerce la fonction de greffier, tandis que Thomas Deni est meunier de Nismes et Lambert de Goreux receveur de Couvin, témoignant d’une administration locale structurée autour de lignages influents. Les années suivantes sont marquées par de grands événements européens, tels que l’assassinat d’Henri IV en 1610, tandis qu’en 1611, un procès de sorcellerie à Boussu est jugé par Jean II de Marotte, révélant la persistance des croyances et des peurs collectives dans une société encore profondément marquée par les superstitions. En 1616, la mort de William Shakespeare coïncide avec celle de Maître Sébastien Martin, bailli de la châtellenie et mayeur de Nismes, dont les pierres tombales, ainsi que celles de son fils André, qui lui succède comme mayeur, receveur et bailli, pavent l’ancienne église du village. Deux ans plus tard, en 1618, éclate la Guerre de Trente Ans, conflit majeur qui, bien que centré sur l’Empire, aura des répercussions sur les régions frontalières des Pays‑Bas[51].

En 1620, sous l’épiscopat de Ferdinand de Bavière, meurt le curé Jean Dubois, tandis qu’en 1622, un soldat nommé Jacques Dubois est tué au combat de Fleurus, épisode qui témoigne de l’implication indirecte des populations locales dans les conflits européens. À la même époque, Dorothée de Croy d’Havré, héritière de Chimay‑Beaumont et veuve de Charles de Croy, transmet la terre de Chimay à Alexandre, fils d’Anne, sa nièce, lequel décède en 1629, illustrant les successions complexes des grandes familles princières. En 1623, une ordonnance communale de Couvin décide « d’abanner » les jeunes coupes de taillis, c’est‑à‑dire de les rendre banales et accessibles à l’usage collectif, décision qui donnera naissance au toponyme plateau des Abannets, souvent confondu à tort par certains géologues avec les « fondrys », confusion que les sources locales s’efforcent de corriger. Entre 1623 et 1624, les registres paroissiaux mentionnent la mort de plusieurs centenaires, dont les âges 114, 110, 107, 106 ou 100 ans résultent probablement d’erreurs de recopie commises en 1672 par un curé transcrivant des registres détériorés[51].

En 1625, une nouvelle instruction judiciaire vise plusieurs habitants soupçonnés de sorcellerie Marie la Béguine, Anne Anseau, Godefroid Picquen, Jennie Regnier, et d’autres interrogatoire ordonné par le comte de Bellejoyeuse, bailli de la châtellenie, et son lieutenant Toussaint Robaux, mais aucune condamnation n’en résulte. L’année suivante, en 1626, Nicolas Anceau est tué à la guerre, tandis que le 8 octobre, la peste est introduite à Nismes par Gilette, fille de Jeanne, veuve de Lambert Vielhomme, revenue de Mons ; l’épidémie ravage le village pendant plus d’un an, causant en 1627 une succession de décès mensuels, souvent groupés dans les mêmes familles, jusqu’à ce que le curé Jean Noé fasse un vœu et que la peste cesse. En mémoire de cette délivrance, la paroisse érige la chapelle Saint‑Roch sur le trieu de la Maladrerie, au centre du cimetière des pestiférés. En 1628, plusieurs habitants Pierre Leclercq, Jean Caffaret, Nicolas Lecuyer, Hubert Clent meurent des suites de la guerre ou de maladies, tandis qu’en 1630, les trois autels de l’église sont consacrés, et Toussaint Robaux de Pesche exerce la fonction de bailli de Couvin. L’année suivante, en 1631, meurt André de Martin, époux de Catherine du Moustier, héritière de vastes biens, dont la Maison des Baillis, les terrains, jardins et fourneaux du Maugré[52].

À partir de 1635, les hostilités prennent une ampleur nouvelle : Charles de Lorraine et 10 000 soldats espagnols campent en Entre‑Sambre‑et‑Meuse, rejoints par les capitaines Piccolomini et Deweert, transformant les villages neutres en zones de passage et de réquisitions. En 1638, Jean Donneau est bourgmestre de Nismes, tandis qu’en 1639, Piccolomini s’empare de Couvin, suspectée de sympathies françaises. En 1640, la Paix de Tongres apaise temporairement les tensions entre le prince‑évêque et ses villes, mais le maréchal de Milleraye et 20 000 Français campent à Pesche, multipliant les déprédations. En 1641, meurt le curé Jean Noël, remplacé par Jacques Martin, frère de Jeanne et oncle de Jacques Baillet. Deux ans plus tard, en 1643, le prince de Condé remporte la victoire de Rocroi, poursuivant les Espagnols jusqu’à Oignies par le « Marais des Morts » dans la forêt de Bruly, où l’on retrouvera en 1930 des fers à cheval ; cette campagne laisse des traces toponymiques comme le chemin des Créquys et le Trieu des Cavaliers. La même année, la population de Nismes est évaluée à 585 habitants[53].

Guerres de Louis XIV

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En 1644, Jacques Baillet, fils du mayeur de Pesche, épouse à Nismes Françoise Martin, fille du bailli André et de Catherine du Moustier ; le couple s’installe dans la Maison de l’Ange, au confluent du Ry Goyeutte et de la rivière d’Avignon. En 1648, le traité de Westphalie redessine les frontières, tandis qu’en 1650, François de Raucroix est mayeur de Nismes et Jean Martin bourgmestre ; la même année, un calice gothique daté de 1650, portant l’écu aux « trois fourmis » des Martin, devient propriété du chanoine Jean Martin de Dinant. Les guerres de Louis XIV débutent peu après : en 1653, Condé, passé au service de l’Espagne, prend Couvin ; en 1654, la paix de Tirlemont reconnaît la neutralité de la principauté de Liège, et une pièce à l’effigie du prince‑évêque Maximilien de Bavière est retrouvée sous le dallage de l’ancienne église. En 1655, Mariembourg est incendiée, entraînant la destruction de ses archives. En 1656, Pierre de Bourtembourg est mayeur de Nismes[54].

En 1658, un acte partage les biens d’André de Martin entre ses filles Françoise épouse de Jacques Baillet et Catherine, future épouse de Jacques Bronchin ; la Maison des Baillis revient au couple Baillet‑Martin, qui l’aménage et y élève ses enfants, dont Jeanne‑Thérèse (1650), Anne‑Catherine (1652) et Philippe‑Jean (1657), futur chanoine de Chimay. Jacques Baillet, bailli et receveur depuis 1650, acquiert également la cense du Maugré et la forge. En 1659, le traité des Pyrénées attribue Mariembourg et Philippeville au roi de France, tandis que Michel Anceau est mayeur de Nismes. En 1660, Jacques Baillet est nommé contrôleur des forêts, fonction stratégique dans une région où le bois alimente forges et industries. En 1662, Martin Anseau est prêtre, tandis que Philippe, comte de Hamal, exerce la charge de grand bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, période durant laquelle les armées étrangères pénètrent à nouveau dans le pays[55].

En 1666, Jacques Baillet vend son titre de seigneur de Bellefontaine et Wissart au chapelain de Bosier, Jean Haye, tandis qu’en 1667, à la mort du curé Jacques Martin, celui‑ci lègue à son neveu Jacques Baillet l’ensemble de ses biens, dont les jardins Davignon. Les enfants de Jacques Baillet François‑Louis (1659), futur seigneur de Dourbes‑le‑Val, André (1662), Gérard (1664), futur bailli, et Charles‑François (1667), second successeur de son père perpétuent la lignée. En 1668, Jean Coppée devient curé de Nismes, année qui voit également la naissance de Pierre Bosseau, futur général des armées espagnoles, vice‑roi de Catalogne, capitaine général de la Vieille‑Castille et marquis de Châteaufort. En 1670, le sculpteur liégeois Jean Del Cour illustre l’essor artistique régional, tandis qu’en 1671, Théodard Cochet, professeur de philosophie, assure l’intérim de la cure après la mort de Coppée. En 1672, Jean Anseau est bourgmestre de Nismes, tandis que le curé Augustin Toussaint, ancien desservant de l’église des Onze‑Mille‑Vierges à Liège, prend possession de la paroisse ; la même année, le prince‑évêque Maximilien‑Henri de Bavière accorde libre passage aux troupes de Louis XIV, qui se livrent aux réquisitions et déprédations habituelles, plongeant une fois encore les villages de la châtellenie dans l’insécurité et les charges militaires[56].

Au cours du dernier tiers du XVIIe siècle, alors que les guerres de Louis XIV bouleversent l’équilibre politique des Pays‑Bas méridionaux et que la principauté de Liège tente de préserver sa neutralité tout en subissant les incursions répétées des armées étrangères, les fouilles de l’ancienne église de Nismes ont révélé une pièce frappée sous le règne du prince‑évêque ainsi que plusieurs monnaies de Louis XIV, témoignant de la présence simultanée des autorités liégeoises et françaises dans une région constamment traversée par les troupes. C’est dans ce contexte troublé que le comte de Montal, gouverneur de Charleroi, s’empare de Couvin et procède à la démolition systématique de ses fortifications, abattant murailles et défenses, ne laissant subsister que les vestiges du château, opération qui s’inscrit dans la stratégie française de neutralisation des places fortes frontalières. En 1673, Martin Perlau exerce la charge de bourgmestre de Nismes aux côtés de Nicolas Gaye, tandis qu’en 1675, Louis XIV, en campagne dans la région, loge à Couvin, imposant aux communes environnantes la vente forcée de bois pour payer les rançons exigées par les troupes, situation qui plonge les populations dans une misère profonde. Trois ans plus tard, en 1678, Jacques Baillet, bailli de la châtellenie, entreprend la réédification en pierres de la chapelle Sainte‑Agnès, située au carrefour de la route du Grand Bois et de la grande voie Couvin‑Vierves‑Hierges‑Meuse, édifice qui sera ultérieurement dédié à Saint Joseph ; cette même année, Pierre Grinard et Jean Bertrand sont bourgmestres, tandis que la paix de Nimègue enlève Bouillon à la principauté de Liège et met fin à la guerre de Hollande[57].

En 1679, la population de Nismes est évaluée à 360 habitants, et le traité de Nimègue confirme la fin des hostilités. L’année suivante, en 1680, Pierre Bourtembourg est mayeur de Nismes, tandis que Jeanne‑Thérèse Baillet, fille du bailli, épouse Nicolas Gaye, originaire de Dourbes, futur édificateur de la maison Gaye‑Delhalle‑Bivort au pied du château‑fort en ruines et futur receveur général d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse. En 1681, un édit mentionne la Blanche Eauwe et la rivière de Nymais, tandis que les cartes du comte de Beaulieu, cartographe de Louis XIV, orthographient déjà cette dernière sous la forme Eau Noire. En 1682, naît Marie‑Françoise Gaye, future épouse de Michel Delhalle, tandis que le marguillier de la paroisse exerce également la fonction d’instituteur communal. En 1686, la population de Nismes atteint 514 habitants, selon la visite de l’archidiacre de Famenne, et les huit cités de la châtellenie totalisent 3 812 habitants. La même année, Philippe‑Louis d’Alsace, comte de Boussu, succède à son cousin Ernest d’Arenberg comme prince de Chimay, avant d’être remplacé en 1688 par Charles‑Louis‑Antoine, issu des lignées de Hennin d’Alsace et de Boussu[58].

En 1687, un édit du prince‑évêque ordonne de remplir les anciens puits de mines de fer, dont certains sont « hors de mémoire d’homme », mesure qui ne sera jamais réellement appliquée. Le comte Jacques de Groesbeeck, seigneur de Roly, exerce alors la charge de grand bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, tandis que Pierre de Bourtembourg demeure mayeur de Nismes. L’année suivante, en 1688, la guerre reprend : les autorités françaises ordonnent de couper le bois sur une largeur déterminée le long de la route de Rocroi, tandis que le prince‑évêque Jean‑Louis d’Elderen exhorte les villes à réparer et garder leurs remparts, allant jusqu’à déclarer la guerre à Louis XIV. En 1689, toute chasse est suspendue pour deux ans, et les villes de la châtellenie Couvin, Gonrieux, Boussu‑en‑Fagne, Aublain, Pesche, Petigny, Nismes et Dailly doivent payer une amende pour ne pas avoir exécuté les coupes de bois ordonnées par l’intendant de France. En 1691, Liège est bombardée par le maréchal de Boufflers, tandis qu’en 1693, D.F. Voisin, seigneur de Mesnil, ordonne aux communes de réprimer les voleurs et malfaiteurs, dont le nombre augmente en période de guerre[59].

En 1694, les réquisitions pour l’armée du roi de France se multiplient, et en 1696, Nismes doit payer une lourde amende pour n’avoir pas fourni les réquisitions militaires exigées. L’année suivante, en 1697, un ordre impose la destruction de tous les ponts de bois sur l’Eau Noire, mesure destinée à entraver les mouvements ennemis. En 1698, face aux désastres accumulés, une attermination générale accorde un répit de six ans pour toutes les dettes dans les Pays‑Bas, tandis que la population de Nismes est estimée à 413 habitants. L’Atlas hollandais de Coens et Mortier orthographie alors le village Niesmes. Entre 1692 et 1699, plusieurs jeunes filles de Nismes épousent des militaires espagnols, anglais ou français témoignant de la présence constante des troupes étrangères. En 1699, le prince‑évêque Joseph‑Clément de Bavière rappelle les édits forestiers de 1551 et 1570 et restaure l’alliance avec la France, tandis que Soville, officier de Philippeville, enlève des mayeurs et bourgeois de la châtellenie en représailles d’une exécution opérée par l’abbé de Waulsort sur des terres relevant du roi de France[60].

Au début du XVIIIe siècle, en 1703, quatre compagnies de gardes‑dragons du prince‑évêque hivernent à Couvin. En 1705, la fille de Nicolas Gaye épouse Michel Delhalle, issu d’une lignée de maîtres de forges et d’ardoisiers remontant à 1416. En 1706, Joseph‑Clément de Bavière confirme les chartes de 1301 et 1377 aux villes de la châtellenie, tandis qu’un procès oppose la commune au bailli Jacques Baillet et à son gendre Nicolas Gaye. En 1707, la commune paie 245 florins pour le chauffage de trois compagnies de gardes, tandis que le curé Augustin Toussaint dessert Nismes. Les premières grandes routes pavées apparaissent, et le régiment de M. de Chassanville hiverne à Couvin. En 1708, de nouveaux édits rappellent les lois forestières, et en 1709, le comte de Groesbeck réquisitionne un chariot et six chevaux pour des transports militaires entre Maubeuge et Valenciennes. En 1710, la commune paie 225 florins pour le chauffage des soldats et un impôt de 470 florins pour le bois destiné aux fortifications de Châtelet, Marchienne‑au‑Pont et Thuin. En 1711, la cavalerie française du comte d’Aure stationne à Couvin, et en 1712, deux compagnies des gardes du prince‑évêque hivernent à Couvin et Nismes[61].

Période Autrichienne

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L’année 1713 marque la signature du traité d’Utrecht, qui fixe la frontière méridionale des Pays‑Bas avec la France de Louis XIV ; la même année naît Marie‑Thérèse Delhalle, future Madame Bivort, tandis que Gérard Baillet, fils du bailli Jacques, épouse Marie‑Thérèse de Sire de Gougnies, issue d’une famille de maîtres de forges, et offre à l’église de Nismes une copie du Couronnement de la Vierge d’après Rubens. En 1715, Charles Baillet, frère de Gérard, devient bailli et receveur de la châtellenie, tandis que naît Charles‑Raymond de Baillet, futur vicomte de Merlemont, dont la descendance sera intégrée aux Gardes wallonnes de l’Empire autrichien. La même année, le traité de la Barrière place Mariembourg et d’autres forteresses sous contrôle autrichien, inaugurant la période autrichienne, durant laquelle les Pays‑Bas du Sud passent sous souveraineté des Habsbourg. On recense alors 11 fourneaux et 14 forges dans la châtellenie de Couvin, témoignant d’une activité métallurgique intense[62].

En 1717, Pierre Virelle est vicaire, et en 1719, un record relatif au pâturage des bois est signé par les cours de justice de Couvin, Nismes et des villages voisins, avec la signature du mayeur Payemaux et des échevins Bouche et Brunet. La maison du mayeur Payemaux, datant du XVIe siècle, se situe entre la Maison des Baillis et le futur presbytère. En 1721, le curé est Georges‑René Toussaint, neveu de son prédécesseur, et en 1723, Lambert Bouko est mayeur de Nismes, tandis que la population atteint 614 habitants. En 1727, elle redescend à 525 habitants, et en 1728, la mort de Gérard Baillet laisse son frère Charles, bailli célibataire, veiller sur ses enfants et signer la reconduction de la charte de 1451[63].

En 1729, la sacristie acquiert une armoire pour les ornements liturgiques, et en 1730, le mayeur est H. Tellier, année marquée par la visite à Nismes du général espagnol Pierre Bosseau, marquis de Châteaufort, qui offre à l’église un plateau, des burettes en argent et un calice. En 1731, Lambert Scohyer est mayeur, et en 1736, Nismes doit fournir d’importantes quantités de pain et de fourrage aux hussards en garnison, pour un coût dépassant 1 100 florins. En 1737, le premier pont de pierre est construit sur l’Eau Noire, tandis que la population de Nismes est de 420 habitants et celle de la châtellenie de 4 298 habitants. En 1739, le marguillier est instituteur communal, et en 1740, la guerre de Succession d’Autriche éclate sous le règne de Marie‑Thérèse. En 1741, Gilles Pacot est mayeur, et les réquisitions françaises reprennent : un ordre du prince‑évêque Georges de Berg impose à Nismes de livrer 11 500 livres de foin, 180 bottes de paille et 264 mesures d’avoine, transportées à Anseremme sur cinq chariots. Enfin, en 1742, un édit réglementant les fosses et minières de fer paraît, suivant l’avis du bailli Charles‑Raymond Baillet, marquant la volonté des autorités d’encadrer une activité minière ancienne mais souvent anarchique[64].

Au milieu du XVIIIe siècle, alors que la région de Nismes et de la châtellenie de Couvin entre dans une période de relative stabilité après les guerres du siècle précédent, s’ouvre ce que l’on peut qualifier de siècle des Maîtres de forges, marqué par l’essor industriel, la consolidation des lignages métallurgiques et la transformation progressive du paysage économique local. C’est dans ce contexte que, en 1745, Charles‑Raymond de Baillet, déjà seigneur de Merlemont et héritier d’une longue tradition administrative, vend l’ensemble de ses biens nismois Maison des Baillis, dépendances, cense et parc du Maugré, fourneau, forge et autres propriétés à Michel Licot, maître de forges à Vireux, fils de Gille Licot et d’Anne Tamison, et époux de Marie‑Thérèse Rowez, elle‑même fille de Gérard Rowez, maître de forges à Nismes au service des Baillet. Installé au domaine du Maugré, Michel Licot fait bâtir la chapelle Saint‑Michel, qui deviendra en 1925, après restauration, la chapelle Sainte‑Thérèse, et développe un véritable réseau métallurgique en exploitant également les forges de l’Eau Noire Nimelette, Pont Saint‑Nicolas (anciennes forges Jean Petit) et Pré Brûlard à Baileux. En 1746, le curé de Nismes est Martin‑Joseph Toussaint, successeur de son oncle Georges‑René, tandis que l’Europe culturelle est marquée, en 1747, par la mort de Jean‑Sébastien Bach. L’année suivante, en 1748, la population de Nismes atteint 463 habitants, selon les relevés de F. Bertrand. En 1749, M. Darche, maître de forges à Tromcourt, devient receveur de la châtellenie, tandis que les bourgmestres de Nismes interviennent à Liège pour faire cesser les empiètements des laboureurs sur les bois communaux, signe de la pression croissante exercée sur les ressources forestières[65].

En 1752, on compte cinq fourneaux dans la châtellenie de Couvin, et une nouvelle confirmation des chartes communales est enregistrée. L’année suivante, en 1753, est édifié le presbytère actuel, construit sur un terrain ayant appartenu à Adrien Payemaux, à proximité du réservoir de M. Bivort au Pont du Bi, lui‑même édifié à l’emplacement d’une ancienne tourelle défensive du château‑fort. En 1754, un édit de Marie‑Thérèse d’Autriche impose aux maîtres de forges d’apposer leur marque distinctive sur tous les produits issus de leurs usines, mesure destinée à lutter contre les fraudes et à garantir la qualité des fabrications. En 1756, Nismes reconnaît une rente annuelle de 400 florins à J.G. de Chokier, propriétaire de fondrys, tandis que le prince‑évêque interdit la sortie des mines hors de la principauté et impose un droit de sortie sur les gueuses de fonte, provoquant une crise dans l’industrie du fer. En 1757, J.G. Rowez, beau‑père de Michel Licot, décédé, gère le fourneau en attendant la majorité des enfants Licot Michel, Françoise et Philippe et stocke la fonte en prévision de la suppression de la taxe. En 1759, Lambert Scohier est mayeur de Nismes, tandis que J. Brousmiche est meunier ; les mines de Nismes fournissent alors un tiers du minerai utilisé par le fourneau Licot, lequel consomme 800 bennes de charbon de bois et 500 cens de mines lavées par an[66].

En 1761, le curé est Lambert Nanquette, né à Revin en 1730 et ordonné à Liège en 1753, figure marquante de la paroisse. Un questionnaire remis par le mayeur indique que presque tous les habitants travaillent aux mines, fourneaux, forges ou fauldes, confirmant la spécialisation industrielle du village. En 1763, un règlement fixe la distribution des parts de bois à 25 sols la pièce, tandis que l’on recense 18 fourneaux dans le pays de Couvin. En 1764, Jacques‑Gérard Rowez exploite la forge de Rance à Salles, qu’il lèguera à ses petits‑fils en 1768. Entre 1766 et 1791, se succèdent de nombreux vicaires abbés Anceau, Tellier, Minet, Pierkot, Jacob, Pierre Scohier, Billuart, Robert, André, Goderneau tandis qu’en 1767, le comte Philippe de Hamal, baron de Vierves, est grand bailli. En 1768, sous le prince‑évêque Charles d’Oultremont, la forge du Pont Saint‑Nicolas, exploitée par Michel Licot, produit 214 000 livres de fer fabriqué, tandis que Lambert Scohier, notaire et mayeur, administre Nismes[67].

En 1770, un incendie ravage Fagnolles, détruisant dix‑huit maisons, tandis que l’un des bourgmestres de Nismes est François Stuaille. La même année, des querelles opposent le curé Nanquette aux sœurs du chanoine Guerite de Lens‑en‑Artois, tandis que les minières Licot s’étendent et que les mineurs travaillent souvent pour leur propre compte, vendant leur minerai au maître de forges. En 1771, Simon Bivort, maître de forges, épouse Marie‑Thérèse Renson et s’installe à Nismes. En 1772, le Traité des Limites attribue à la France les localités liégeoises de la rive gauche de la Meuse Vireux, Molhain, Hierges, Aubrives, Chooz provoquant l’émigration à Nismes d’Albert Scohyer, meunier d’Aubrives et notaire à Hierges, qui loue le moulin de Nismes à Licot. Sa fille Adélaïde épouse Jean‑Joseph Guillaume, frère du juge de paix Jean‑Baptiste Guillaume, et le couple reprend le moulin. En 1773, Philippe Licot épouse Marie‑Catherine Gendebien, deviendra notaire impérial et prévôt de Hierges, tandis que les écoles de garçons et filles sont séparées[68].

En 1774, la mort de Louis XV et l’avènement de Louis XVI coïncident avec le mandat de François Perlaux, bourgmestre de Nismes. En 1776, le comte de Hamal demeure grand bailli, tandis qu’en 1777, le curé Nanquette est nommé doyen du concile de Chimay ; la même année, François‑Xavier Licot meurt noyé dans la rivière en crue. En 1778, Charles Billuart est vicaire, et en 1779, un mandement du grand bailli interdit les loteries étrangères. Une querelle scolaire oppose les instituteurs François Renot et Pierre Colle, et l’école est transférée sous la sacristie. En 1780, Joseph II d’Autriche devient empereur des Pays‑Bas, tandis qu’en 1781, Jacques‑Michel et Philippe Licot héritent des biens paternels forge, fourneau, cense, jardins pour une valeur totale de plus de 11 000 livres. En 1783, naît Michel Licot, futur maître du fourneau, tandis que ses frères et sœurs Adélaïde, Amand, Eugénie s’allient à des familles influentes de la métallurgie régionale[69].

En 1785, les maîtres de forges fixent officiellement la dimension de la queue, unité de mesure du charbon de bois, à raison de 10 queues pour une banne, tandis que la population de Nismes atteint 810 habitants. En 1786, on recense huit fourneaux dans la châtellenie, et le fourneau de Nismes consomme 700 bennes de charbon de bois par an. Enfin, en 1788, Jean‑Baptiste Guillaume, juge de paix à Couvin, devient mayeur de Nismes, tandis que Pierre Lambert est bourgmestre et que le doyen Nanquette est nommé commissaire religieux du prince‑évêque à Givet, marquant la fin d’une période où la métallurgie, l’administration locale et les lignages familiaux ont profondément façonné l’identité du village[70].

Époque contemporaine

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Révolution et période française

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À la fin du XVIIIe siècle, alors que l’Europe entre dans une période de bouleversements politiques sans précédent, la région de Nismes et de la châtellenie de Couvin est entraînée dans le vaste mouvement révolutionnaire qui, parti de Paris avec la prise de la Bastille le , se propage rapidement vers les Pays‑Bas autrichiens, où éclate la Révolution brabançonne, donnant naissance aux États belgiques unis, tandis que la principauté de Liège demeure sous l’autorité du prince‑évêque Constantin‑François de Hoensbroeck. En 1791, la mort de Wolfgang Amadeus Mozart marque l’Europe culturelle, mais c’est surtout en 1793 que les événements prennent une tournure décisive pour la région : le 8 mai, Liège adhère officiellement à la Révolution française, et le 3 juin, jour de la Trinité, les révolutionnaires liégeois arrivent à Nismes, où ils interdisent immédiatement le paiement de la dîme au curé, comme en témoigne le mémoire du curé Lambert Nanquette[71].

À cette époque, Nismes compte 790 habitants répartis dans 174 maisons, et le dernier prince‑évêque de Liège, Antoine de Méan, voit son autorité s’effondrer. En application du décret du 31 janvier, seuls 70 habitants sur 790 participent au vote sur le rattachement à la France, dont 64 se prononcent pour et 6 contre, proportion similaire dans les villages voisins. Le 11 juillet, le maire Jean‑Louis Colle procède à l’inventaire des trésors de l’église, dont de nombreux objets ont été cachés, tandis que le 3 août, la réunion à la France est proclamée à Couvin et qu’un Comité de surveillance est créé à Nismes. Le 27 septembre, le village est menacé d’exécution militaire pour retard dans les réquisitions, et le 8 octobre, de nouvelles réquisitions de chevaux et de charbon de bois sont imposées. Durant le Brumaire an II, onze jeunes gens de Nismes Villez, Perleau, Gérard, Noël, Marthoz, deux Félix, deux Danis et deux Regnier sont incorporés dans les armées de la République, au 33e chasseurs, armée de la Moselle. Le 30 brumaire, un ordre impose d’enlever et marteler blasons et plaques, tandis que le 2 frimaire, vingt‑sept autres conscrits sont appelés, dont sept désertent. Le 27 frimaire, tous les hommes de 18 à 25 ans sont convoqués, mais aucun ne répond. Le 30 pluviôse, l’Arbre de la Liberté est planté sur le Try Falen, au pied de l’église. En novembre, les chapelles le long des chemins sont abattues, et le 14 novembre, les cloches de l’église sont descendues du clocher. Le 24 novembre, le curé Nanquette est arrêté, puis transféré le 3 décembre à la prison de Givet, avant d’être conduit, sous escorte de seize fusiliers, à Reims via Fumay, Rocroi, Laon et Rethel[72].

En 1794, après la bataille de Fleurus, la Belgique est annexée à la France, et le canton de Couvin est intégré au département des Ardennes. Le curé Nanquette, toujours détenu, adresse une pétition au représentant Robert, originaire de Gimnée, tandis que le 7 frimaire an III, le département adresse à Nismes une note dénonçant la conduite des conscrits réfractaires. Le 15 novembre, Nanquette, libéré, rentre à Revin, sa ville natale. Le maire de Nismes est alors Louis‑Joseph Stavelot, tailleur d’habits et époux de Marie‑Josèphe de Sire, descendante des familles de Sire et Baillet, qui offriront plus tard un ostensoir à l’église. La population demeure stable, avec 790 habitants, dont 294 couples et 79 veufs ou veuves. L’ermitage des Récollets dans les bois de Couvin est détruit et ses biens vendus. En 1795, le curé Nanquette retrouve son presbytère, vidé, et célèbre la première messe depuis seize mois. Le 21 septembre, Laurent Danis, carabinier au 3e corps, blessé à Eylau, meurt à l’hôpital de Trèves. La commune alloue 3 214 livres aux familles des défenseurs de la patrie. Le 3 frimaire an IV, le président de Mézières rappelle Nismes au respect des lois républicaines. À partir de cette année et jusqu’en 1814, le canton de Nismes dépend de l’arrondissement de Rocroi[72].

En 1796, le curé est expulsé du presbytère, puis réintégré dans la moitié du bâtiment. Des battues sont organisées pour éliminer les loups nombreux dans les bois. Les contributions atteignent 11 000 livres, et les retards entraînent des réclamations répétées. Le fer produit par Michel Licot est transporté par chariots ou par eau vers le Hainaut occidental, le nord de la France et la Flandre, tandis que la forge du Pré Brûlard est gérée par F.G. Briquet. En 1797, le maire est Simon Bivort, descendant des Gaye et Baillet, dont quatre fils sont mobilisés : Simon, tué à Eylau ; Xavier et Ildepont, officiers ; Charles, volontaire de l’an X, tué à Marengo. En 1799, Nismes compte 731 habitants, et en 1800, le curé est Pierre Guittard. En 1802, les minières et forges prospèrent grâce aux guerres : les boulets produits dans l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse sont réputés pour éclater à l’impact, ce qui assure la prospérité des familles Licot et Bauchau. En 1803, Licot exploite également les forges de Nimelette, Pont Saint‑Nicolas et Pont Brûlard. En 1804, Napoléon devient empereur, et plusieurs soldats nismois meurent en campagne : Regnier Lambert à Tarente (1804), Lambert Pierre à Corenza (1806), Charles Gravier à Bromberg (1807), François‑Xavier Noël à Strasbourg (1808), Gravier Charles à Malines (1809), Lambert Philippe à Nimègue (1810), Mancaux Gaspard à Lierre (1812), Dalmagne Hubert noyé en Hollande (1812), Danis François à Saragosse (1812), Lambert Georges à l’artillerie (1812), tandis que Fooz Pierre‑André, blessé à Essling, disparaît sans nouvelles[73].

En 1807, les forges Licot produisent 740 000 livres de fer, mais en 1813, une crise frappe les forges et fourneaux : les mines de Nismes sont peu exploitées, celles d’Yves, Florennes et Morialmé étant jugées plus rentables. En 1815, après Waterloo et le Congrès de Vienne, la région est annexée au royaume des Pays‑Bas sous Guillaume 1er d’Orange. Les populations forestières, qui n’ont pas oublié les violences des sans‑culottes en 1793 ni la Guerre des Paysans, se vengent en pratiquant la chasse aux Français, abattant les traînards de l’armée impériale avec les vieux fusils à baguette utilisés pour les loups et sangliers, selon une tradition orale rapportée par F. Guillaume, Mile Cosse et Géronsart. La même année, Mariembourg est assiégée par les Prussiens, et un cosaque nommé Pawlov s’établit à Nismes, devenant l’ancêtre de la famille Pavlot. Sous la période hollandaise, en 1816, Michel Licot devient bourgmestre de Nismes, tandis que les routes et les forges connaissent un essor remarquable, notamment aux fondrys Matricolo, Squélard, Midoux et au Fondry des Hess. En 1817, Hyacinthe‑Rémi Pircar, curé de Dourbes, hérite de la maison ancestrale des Pierkot, dite des Baillis, qu’il vend à Jacques‑Joseph Laurent. En 1819, la métallurgie reprend grâce aux techniques anglaises de fonderie. Entre 1822 et 1829, Licot extrait 8 755 cens de mines de fer à Nismes, soit plus de 27 500 tonnes, et en 1824, ses forges produisent 109 000 kg de fer. Une querelle l’oppose à Hannonet‑Gendarme de Couvin pour les concessions minières[74].

Période hollandaise

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Intérieure de l'église Saint-Lambert, construite en 1829 en style néo-classique par Jean Kuypers.

En 1826, une petite école est construite face à Davignon, et l’année est exceptionnelle pour la production de fer : 3 105 cens de mines sont extraits à Nismes‑Dourbes, 678 tonnes de fonte sont produites, et le personnel comprend une douzaine de mineurs, neuf femmes porteuses, plusieurs voituriers, laveurs, tamiseurs, ainsi que des fondeurs, chargeurs, bocardeurs et porteurs au fourneau. En 1827, Hubert Fooz est bourgmestre, et naît Auguste Licot, futur maître du domaine du Château de Nismes. En 1829, commence la construction de la nouvelle église, tandis que les mineurs revendiquent leur liberté d’extraction : ils sont 90 sur 900 habitants, auxquels s’ajoutent 6 à 10 voituriers, travaillant dans 4 à 13 minières. Les édiles écrivent au gouverneur pour rappeler que l’essentiel de la population vit de l’exploitation du fer. Les métiers sont nombreux : mineurs, porteurs, laveurs, tamiseurs, fauldeurs, fondeurs, fournelleurs, bocardeurs, chargeurs, affineurs, marteleurs, goujarts, monteurs de feux, etc. Les enfants Lico Alphonse (1825), futur époux de Léonie Jacquier de Rosée, et Marie (1829), future épouse du comte Charles Hennequin de Villermont perpétuent la lignée métallurgique et foncière qui a marqué l’histoire de Nismes depuis près d’un siècle[75].

Indépendance belge

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Au lendemain de la Révolution française et des profondes mutations qui ont bouleversé l’Europe, la région de Nismes entre, à partir de 1830, dans l’ère nouvelle de la Belgique indépendante, inaugurée par les journées de Septembre, lorsque les soulèvements de Bruxelles et d’autres villes conduisent à la formation d’un gouvernement provisoire et à l’affirmation d’une identité nationale distincte. Le 7 septembre, après un cortège patriotique parcourant les rues du village, un groupe de citoyens exaltés, conduit par le « sieur Buzon », hisse le drapeau tricolore au clocher de la nouvelle église, geste symbolique qui sera toutefois annulé le 21 septembre par l’intervention de la maréchaussée, soucieuse de maintenir l’ordre dans une période encore incertaine[76]. Le , un violent incendie dévaste le village, provoquant de lourds dégâts et détruisant de nombreuses habitations. Le conseil sollicite alors l’autorisation de prélever 300 chênes sur le quart en réserve (portion des bois communaux rarement exploitée et servant de réserve) pour venir en aide aux sinistrés. Le , le Régent Surlet De Chokie accepte la demande, mais augmente le nombre de chênes à 590[77].

En 1831, l’accession au trône de Léopold 1er, premier roi des Belges, marque la stabilisation du jeune État, tandis que Albert Leclercq exerce la fonction de bourgmestre de Nismes. En 1835, Nicolas Côte lui succède, à un moment où les fourneaux fonctionnent encore activement et où l’expansion des charbonnages, verreries et métallurgies du bassin de Charleroi entraîne une transformation profonde de l’économie régionale. En 1842, Albert Leclercq reprend la charge de bourgmestre, et l’année suivante, en 1843, le chemin de fer de Charleroi atteint Walcourt, annonçant l’intégration progressive de la région dans les réseaux modernes de transport[76].

En 1845, la construction du pont nouveau sur l’Eau Noire le futur pont du Maugré, devenu ensuite pont de l’Église accompagne l’inauguration et la dédicace de la nouvelle église, tandis qu’un autre pont est édifié à la Roche à l’Homme. En 1846, la décision est prise d’abattre la tour de la vieille église, qui servait alors d’école gardienne. L’année suivante, en 1847, Auguste Licot, héritier de la grande lignée métallurgique nismoise, épouse Henriette de Coghen, fille du comte de Coghen, ministre des Finances, alliance qui renforce encore le prestige de la famille. Leurs nombreux enfants Michel (1850), Henri (1853), Théodore (1856), Charles (1858), Valentine (1848), Auguste (1857), Marie (1860), Pierre (1862), Paul (1865), Joseph (1866) perpétueront la présence Licot dans la vie locale, bien que certains destins soient tragiques, comme celui de Julie, fille de Joseph, assassinée en 1968 à la Forge Jean Petit[78].

En 1848, Nicolas Côte redevient bourgmestre, tandis qu’en 1852, Napoléon III devient empereur des Français. En 1853, le chemin de fer de l’Eau d’Heure atteint Cerfontaine, puis, en 1854, la ligne est prolongée jusqu’à Mariembourg et Vireux, renforçant les échanges transfrontaliers. En 1857, le curé Bodart est nommé, et en 1858, Ferdinand Cabaraux, premier échevin, assure la fonction de bourgmestre faisant fonction. En 1861, Charles Mouvet devient bourgmestre, tandis que la décennie 1860‑1870 voit l’édification de la mairie et de l’école communale, implantées sur la place entre la Longue Rue et la rue des Maucouverts[79].

En 1863, l’exploitation du crassier Saint‑Joseph permet d’acheminer par wagons les crayats vers les usines de Thy‑le‑Château. En 1864, la Fanfare Saint‑Michel est fondée par Licot, tandis que, de 1864 à 1890, la ferme du Maugré est progressivement agrandie et transformée en château Licot, avec aménagement du parc et de l’étang. En 1865, la fin de la guerre de Sécession aux États‑Unis coïncide avec le déclin des minières du Mousty et la fermeture du fourneau de Nismes, l’industrie métallurgique se déplaçant vers le bassin de Charleroi, mieux desservi par le charbon et les chemins de fer, tandis que le minerai de Lorraine devient plus compétitif. Les maîtres de forges du pays Licot, de Villermont et autres participent alors à la fondation de la Providence et d’autres grandes usines, entraînant avec eux de nombreux ouvriers nismois, dont Narcisse Perleaux. En 1869, la Maison des Baillis devient la propriété de Jules Guillaume, qui rachète les parts de ses belles‑sœurs pour 9 000 francs or. La guerre franco‑allemande de 1870‑1871, dont la Belgique neutre reste à l’écart, entraîne paradoxalement une période de prospérité visible dans les constructions de l’époque. Les carrières se multiplient Baptiste (Danis), Lefranc, Mouvet, Saint‑Roch, Breumont, Orgeveaux ainsi que les fours à chaux (Saint‑Joseph, Sainte‑Anne), tandis que la scierie Licot remplace l’ancien fourneau éteint[79].

En 1872, Émile Blondeau devient bourgmestre et supervise le boisement du Matricolo en épicéas. En 1880, une scission de la fanfare conduit à la fondation de la société musicale L’Écho d’Avignon, sous l’impulsion de Florent Pavot, Aubin Regnier et Joachim Henrard, avec M. Moreau, docteur, comme président, et M. Eglem comme chef de musique, remplacé l’année suivante par Constant Quoilin. La même année, la bouchonnerie Florent Fooz est fondée rue Vieille Église, tandis que le téléphone et la distribution d’eau sont installés entre 1880 et 1886. La saboterie connaît alors un essor spectaculaire : jusqu’à 200 sabotiers Magain, Stavelot, Fooz, Lapôtre, Collet, Mélin, Laurent, Gérard, Nicolas, et d’autres surnommés Baskir, Blan Jule Philippe, Blan Mouchon, Niclet, Bédo, Carrè transforment les bouleaux en sabots, tandis que les femmes fabriquent les fleurs décoratives, dans une ambiance de guindailles et de farces restées célèbres[80].

En 1890, les dernières mines de fer de la Franche Fosse, de la Tourette, de la Gourlotte et du versant du Mousty sont exploitées, le minerai étant lavé à la rivière entre la passerelle et le pont du Dailly. Une émeute éclate contre un garde‑chasse de Roly ayant abattu un braconnier nismois, nécessitant l’intervention de la troupe casernée à Mariembourg. La vieille église, devenue salle de distribution des prix puis remise à bois, voit son toit s’effondrer lors d’une tempête ; elle est démolie et vendue comme pierres à bâtir à Honoré Mouvet, habitant la Maison des Baillis. En 1892, Edmond Gouttier préside l’Écho d’Avignon, tandis qu’en 1893, Florent Lapôtre devient bourgmestre et supervise la canalisation de la rivière, la remise à pompes d’incendie et le pavage réalisé avec les pierres de la vieille église. En 1894, la Fanfare Saint‑Michel est constituée, présidée par Jules Guillaume, dirigée par Oscar Laurent, puis par Constantin Petit, remportant trois premiers prix à Nogent‑sur‑Marne en 1897. En 1895, l’Écho d’Avignon s’installe chez Victor Degrelle, puis en 1896, dans une salle de la rue Vieille Église, en face du manoir fondé par Jehan d’Avignon quatre siècles plus tôt. La même année, J.-B. Périquet fonde la Boulangerie coopérative socialiste, puis, entre 1898 et 1908, un atelier sabotier à gestion ouvrière[81].

En 1899, des pins noirs d’Autriche sont plantés sur le Morainy et le Mousty, tandis que l’Arboretum est créé sous l’impulsion du garde général des Eaux et Forêts Lucien Blondeau, originaire de Nismes, futur directeur général des Eaux et Forêts. Pour la première fois, les tiennes pelés, trys incultes depuis des millénaires, commencent à se couvrir de verdure. L’année est également marquée par de vives luttes politiques. En 1900, un Nismois, Zoé‑Romain Côte, pionnier des chemins de fer du Bas‑Congo, meurt à Piami‑Lukanda, et une plaque commémorative est apposée sur sa maison natale. En 1901, éclate la guerre des Boers ; en 1904, Séverin Petit devient bourgmestre ; en 1905, la guerre russo‑japonaise secoue l’Asie ; en 1908, la bouchonnerie est incendiée puis reconstruite. En 1909, Albert 1er devient roi des Belges. En 1910, les routes de Petigny et de Regniessart sont empierrées, une centrale électrique est installée sur la route de Petigny, et le Patronage Saint‑Georges est bâti pour la Fanfare Saint‑Michel et les œuvres paroissiales du curé Arthur Gruslin. En 1912, Roch Anciaux devient bourgmestre, et en 1914, Oscar Gouttier préside l’Écho d’Avignon[82].

Le printemps 1914 voit les derniers Grands Feux sur le Morainy et le Tienne Breumont, coutume héritée des druides, où l’on crie d’un tienne à l’autre : « Vive les Fondryons qui viquèrent ! Merd’ pou les Longruons ! ». Entre 1910 et 1918, la scierie Saint‑Joseph s’installe à la gare, tandis que l’ancienne tannerie des Baillis, animée par la famille Leclercq, fonctionne au Pont du Bi, et que la tannerie Houben de Verviers s’établit à la Roche à Lomme. Les troupeaux de chèvres et moutons sont encore conduits au pâturage par un herdier communal Tchantchet, puis le Gigolo (Auguste Fresson) jusqu’en 1925[83].

Première Guerre mondiale

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L’invasion allemande de 1914 provoque la fuite des habitants dans les bois, des combats à la gare de Nismes aux côtés des Français, faisant dix morts, ainsi que le pillage des maisons et l’incendie de Frasnes et Dourbes. Le château Licot est transformé en Kommandantur. Les victimes nismoises de la guerre civils et militaires sont nombreuses : Victor Fichet, Jules Nicolas, Emile Perleaux, Alfred Grégoire, Achille Collard, Gaston Lapôtre, Ernest Moreau, Auguste Denis, Eugène Colle, Michel Tonneau, Ernest Riez, Numa Magain, Raphaël Depret, Pierre Hermant, Paul Fooz, Prudent Fichet, Lucien Noël. Entre 1914 et 1917, la bataille de l’Yser retient l’armée belge, tandis qu’en 1916, Paul Regnier dirige la bouchonnerie. Durant 1916‑1917, plusieurs soldats français se cachent dans une caverne du Fondry Midoux, ravitaillés par les habitants ; l’un d’eux reviendra en visite des années plus tard. En 1917, la révolution russe bouleverse l’Europe, et en 1918, l’offensive libératrice conduit à l’armistice, suivi des grandes fêtes franco‑belges de la victoire et du Traité de Versailles, qui clôt la période[83].

Entre-deux-Guerres

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Au lendemain de l’Armistice de 1918, alors que l’Europe tente de se relever des destructions matérielles et morales provoquées par la Première Guerre mondiale, la localité de Nismes entre dans une période de profondes recompositions sociales, culturelles et économiques, caractéristique de l’entre‑deux‑guerres, où les traditions anciennes coexistent encore avec les premières manifestations d’une modernité industrielle et politique en pleine expansion. Dès 1919, la vie associative reprend vigueur : Paul Regnier devient chef de musique de l’Écho d’Avignon, tandis que la mouvance ouvrière, portée par l’essor du socialisme et par la conscience politique née dans les tranchées, fonde une nouvelle formation musicale, La Lyre Ouvrière, qui s’installe dans la Maison du Peuple, symbole de l’émancipation culturelle des classes laborieuses. La même année, la grippe espagnole, qui a ravagé l’Europe depuis 1918, continue de faire sentir ses effets, tandis que l’instauration du suffrage universel masculin transforme profondément la vie politique locale, ravivant les rivalités partisanes et les clivages idéologiques. Les saboteries, autrefois artisanales et dispersées dans le village, se mécanisent progressivement autour de la gare, profitant de la proximité du rail, et se structurent selon les appartenances politiques : la Saboterie Stavelot Frères, les Ateliers du Viroin, la Saboterie du Progrès, ainsi que les ateliers Noël, Nicolas, Colle‑Stavelot et plusieurs indépendants, témoignent de cette industrialisation encore modeste mais déjà marquée par les tensions sociales. En 1920, la nouvelle salle de l’Écho d’Avignon est inaugurée, confirmant le rôle central des sociétés musicales dans la vie culturelle nismoise. L’année 1921 voit l’élection d’Urbain Stavelot comme bourgmestre, tandis que 1922 est marquée par l’apparition des premières TSF (postes de radio), qui introduisent dans les foyers une fenêtre inédite sur le monde, au moment même où Mussolini accède au pouvoir en Italie, annonçant la montée des totalitarismes[84].

En 1923, la vente des Domaines Licot marque un tournant majeur : la commune acquiert le château et le parc, financés par la vente d’arbres séculaires, tandis que la scierie Licot passe successivement entre les mains de M. Lambillotte (avec Edmond Collart comme directeur), puis de Ottelet et Anuzet, avant d’être reprise par Joseph Dubuc. Entre 1900 et 1940, les forêts de Nismes sont exploitées principalement en taillis, fournissant écorces de chêne pour les tanneries, bois de mines pour les perches et étançons, grumes pour traverses et menuiserie, et bouleaux pour la saboterie. Les habitants reçoivent des parts de bois, les bûcherons travaillent encore à la hache, et les voituriers utilisent des chevaux, tandis que les premiers pins et sapins arrivent à maturité. Les exploitations forestières sont dominées par Marcel Blondeau et Oscar Gouttier. La vie sportive et récréative se développe également : jeux de petite balle au tamis, premières courses cyclistes (dont le « tour de Saint‑Joseph »), et création du premier club de football, qui, après avoir porté un maillot vert et jaune, devient l’équipe des Sabots bleu et rouge, en référence à l’industrie locale[84].

En 1925, le premier pèlerinage paroissial à Sainte‑Thérèse est organisé à la chapelle du parc. En 1927, Paul Regnier devient bourgmestre, tandis que Berger dirige les fanfares Saint‑Michel, présidées par Edmond Collard, qui remportent quatre premiers prix au concours international d’Anderlecht. Avant que la modernisation ne transforme radicalement la société, il convient de rappeler une tradition immémoriale qui s’efface progressivement : celle des sobriquets, véritable marque identitaire des familles nismoises. Depuis le XVIIe siècle, les habitants portent des surnoms individuels ou héréditaires. Ces sobriquets, transmis de génération en génération, constituent un patrimoine immatériel précieux[84].

En 1928, Edmond Thiry du Livin, tambour de l’Écho d’Avignon, accomplit l’exploit pittoresque de rallier Nismes à Namur à pied, en sabots, tout en jouant du tambour. La même année, plusieurs familles offrent à l’église des vitraux d’art, dont un Christ‑Roi en façade, malheureusement détruits en 1940 lors de l’explosion de la passerelle. Entre 1929 et 1933, les mouvements de jeunesse connaissent un essor remarquable : troupe scoute, meute, Chevaliers de Sainte‑Thérèse, JOC, JOCF, tous très actifs. Le Syndicat d’initiative est fondé pour promouvoir le tourisme, le camping et le folklore local, animé par Paulin Tamboise, Oscar Nicolas, Raymond Riez, Jules Fooz et d’autres. Un terrain de camping est aménagé dans le parc communal. Mais la crise économique mondiale frappe durement la région, entraînant chômage et précarité[85].

En 1931, éclate la guerre sino‑japonaise. En 1932, Ernest Meunier devient curé de Nismes, tandis que les écoles libres se développent. En 1933, Georges Tincler dirige les fanfares royales de l’Écho d’Avignon, avant d’être remplacé l’année suivante par Paul Regnier. En 1934, la mort accidentelle du roi Albert 1er bouleverse le pays ; Léopold III lui succède. Bourmorck dirige les fanfares royales Saint‑Michel, qui remportent trois prix au concours de Malmédy. La même année, le groupe carnavalesque Les Chats Bottés, issu de l’Écho d’Avignon, participe pour la première fois à la Cavalcade d’Olloy. La Lyre Ouvrière est dirigée successivement par Degrez, Hostelet A., puis Rouvez, tandis que Paulin Tamboise, Jules Fooz et Georges Mouvet en assurent la présidence[85].

En 1935, l’usine Regnier d’agglomérés de liège, dite Les Agglos, s’installe derrière le « château Bivort », alors habité par la famille Petit. La même année éclate la guerre d’Éthiopie, suivie en 1936 par la guerre d’Espagne, événements qui annoncent les tensions internationales croissantes. En 1938, Ernest Harvengt devient chef de musique des fanfares Saint‑Michel, tandis que la politique expansionniste d’Hitler fait trembler l’Europe et entraîne une mobilisation de trois jours. En 1939, un incendie détruit la Coopérative socialiste (boulangerie) rue de la gare, et la mobilisation générale est décrétée dans le contexte de la guerre en France et en Pologne. Jules Fooz est bourgmestre, et l’abbé Lebrun curé de Nismes[85].

Seconde Guerre mondiale

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Le , l’invasion allemande provoque la fuite des habitants vers le sud. L’explosion de la passerelle du Monument détruit de nombreuses maisons, tandis que Hitler installe son quartier général à Brûly‑de‑Pesche. La population est évacuée à Florennes. Plusieurs Nismois sont tués lors des bombardements. Après la campagne des 18 jours, l’occupation allemande s’installe. Entre 1942 et 1944, des maquis se forment dans les bois de Regniessart. Le bourgmestre imposé est Marcel Stavelot. Les victimes nismoises de la guerre sont nombreuses : Civils : Vital Stavelot, Léon Colle, Fernand Stavelot, Jeanne Colle, Jeanne Bouko, Roch Anciaux, Alphonse Soussigne. Militaires : Louis Perleaux, Jean Mouvet, Stéphane Binon. Déportés et politiques : Marie Noël, Joseph Lambert[86].

Entre 1941 et 1945, le cercle Art et Charité organise des représentations théâtrales au profit des prisonniers de guerre, sous la présidence d’honneur d’Auguste Masson, avec Albert Grégoire comme président, Raymond Fichet comme secrétaire, Côme Chardin puis Maurice Fooz comme régisseurs, et Ernest Soussigne comme trésorier. Plus de 150 000 francs sont distribués aux familles entre 1941 et 1944[87]. Le vers h 15, un bombardier britannique, de retour d'un bombardement à Stuttgart, est abattu au-dessus du bois de Nismes. Les 7 hommes d'équipage sont tués. Le , une stèle a été dressée à Regniessart en souvenir de ces braves.

En 1944, l’ancien Hôtel de Ville, déjà endommagé en 1940, est démoli. Le , Nismes est libéré par la 3e Armée américaine du général Hodges, après un combat d’arrière‑garde à Frasnes où trois chars américains sont détruits. Lors de l’offensive Von Rundstedt (bataille des Ardennes), la région est épargnée[87]. Les troupes américaines poursuivent les Allemands en déroute sur la route Couvin-Charleroi[88]. Les résistants occupent le château et maintiennent l'ordre à Nismes avant de recéder le château à l'administration communale[88]. Jules Fooz demeure bourgmestre. Enfin, le , le V‑Day marque la fin de la guerre en Europe et le retour des prisonniers, ouvrant une nouvelle période de reconstruction[87].

Après guerre

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Europe entière tente de se reconstruire matériellement et moralement après cinq années de destruction, de privations et d’occupation, la commune de Nismes entre dans une période de profondes transformations sociales, culturelles et économiques, marquée à la fois par la résurgence des traditions locales, par l’essor d’infrastructures modernes et par l’adaptation progressive à un monde en mutation rapide. Entre 1945 et 1955, les sociétés carnavalesques nismoises Les Confetti de l’Écho d’Avignon, Les Vénitiens de Saint‑Michel et Les Hispanos de la Lyre Ouvrière connaissent un succès considérable, perpétuant l’esprit festif et satirique qui caractérise depuis longtemps la culture populaire de la région, et offrant à la population un exutoire bienvenu après les années sombres de l’occupation[87].

En 1945, Maurice Tamboise devient président de l’Écho d’Avignon, bientôt suivi par Paul Harroy, directeur de la tannerie Houben à la Roche‑à‑Lomme, tandis que les vice‑présidents successifs Alphonse Gérard, Auguste Parlier et Élisée Danis contribuent à la vitalité de la société musicale. L’année 1946 est marquée par un premier prix obtenu au concours de Dinant en deuxième division, par l’essor de l’imprimerie Bourtembourg frères, et par la présidence d’Albert Collard à la tête des Fanfares Royales Saint‑Michel, épaulé par Louis Anciaux et Paul Lapôtre. Les fanfares remportent trois premiers prix au concours international de Dinant, dépassent les cent exécutants, tandis que les saboteries, autrefois florissantes, disparaissent presque toutes, à l’exception de la saboterie Nicolas, qui subsistera jusqu’en 1960[87].

L’année 1947, marquée par une sécheresse exceptionnelle, voit également l’« Affaire Royale » qui secoue la Belgique, ainsi que le curage de l’Eau Noire, la distribution de l’eau épurée provenant du sourson d’Avignon, et le classement des sites de la Montagne au Buis et de la Roche à Lomme, témoignant d’une prise de conscience patrimoniale croissante. En 1948, les femmes obtiennent le droit de vote, la « bataille du charbon » mobilise le pays, et les premières télévisions apparaissent dans les foyers. En 1949, l’église est restaurée pour réparer les dommages de guerre, le château communal est équipé d’un chauffage central, la route principale est tarmacadamisée, et le curé Louis Longpré s’installe à Nismes. La même année, un incendie détruit les « Agglos »[89].

Vue sur l'Eau Noire, le pont et l'église Saint-Lambert en 2009.

En 1950, Paul Bourtembourg devient bourgmestre, et les chemins intérieurs ainsi que la route de Regniessart sont tarmacadamisés. En 1951, la passerelle du Monument est restaurée. En 1952, l’Écho d’Avignon obtient 88 % au concours d’Ostende et accède à la division d’honneur. En 1954, le hameau de Regniessart, progressivement dépeuplé, se transforme en lieu de villégiature ; l’école y est vendue. Paul Bourtembourg devient président des Fanfares Saint‑Michel. En 1955, un premier barrage automatique est installé sur l’Eau Noire, près de l’église[90].

En 1956, sous la présidence de Gérard Alphonse, l’Écho d’Avignon obtient un classement en troisième section, division d’honneur, au concours Namur‑Luxembourg. Entre 1956 et 1958, d’importants travaux de voirie sont réalisés, notamment la macadamisation des chemins de campagne. En 1959, la Société des Chasses de Nismes‑Petigny réalise un tableau record de 189 chevreuils, tandis qu’Ernest Allard, bourgmestre, supervise l’électrification de Regniessart, la transformation du Grand Hôtel en maison de repos, et la reconstruction de la passerelle de la ruelle d’Or. La forêt de Nismes, autrefois exploitée pour le bois de mine, se tourne désormais vers la production de bois à panneaux, tandis que 600 000 résineux sont plantés entre 1947 et 1972 sur 140 hectares[90].

L’année 1960 voit la plantation d’arbres dans plusieurs rues, la création d’un nouveau quartier derrière la gare, et l’essor des mouvements de jeunesse (Patro, Guides), ainsi que l’organisation de courses de moto‑cross au Chaffour Saint‑Joseph, la fondation de l’Olympic Club de football et d’un club de balle pelote. En 1961, Nismes adopte officiellement les armoiries de sa charte de 1451. En 1962, Ernest Allard, devenu député‑bourgmestre, préside les Fanfares Royales Saint‑Michel, dirigées par Frison ; une nouvelle distribution d’eau est construite, le château et le parc sont illuminés, et la conciergerie ainsi que les jardins Licot sont vendus à l’État pour l’édification d’un nouveau bureau de poste. La même année, Julien Jourquin prend la direction de l’Écho d’Avignon, assisté du sous‑chef A. Bouko[90].

En 1963, un réseau de télédistribution est installé, un nouvel éclairage public comprenant 170 points lumineux est mis en place, un second barrage automatique est construit sur l’Eau Noire (rue Bizette), et la Réserve Naturelle des Abannets et de la Montagne au Buis est inaugurée, complétant celle d’Olloy et préfigurant la création du Parc Naturel du Viroin sous l’égide d’Ardenne et Gaume. En 1964, l’intérieur du château est restauré, un centre familial de délassement est aménagé, comprenant un bassin de natation et une plaine de jeux dans les anciens jardins Licot. En 1965, de nouveaux quartiers Saint‑Joseph et Grandchamps sont construits, tandis que le Concile Vatican II transforme la vie religieuse. De nouvelles rues sont ouvertes : la rue de la Croix de Frasnes et celle du Tienne Breumont[91].

En 1968, le carrefour de la Bassidaine est réaménagé, la bascule supprimée, le chemin de Frasnes goudronné, la Tourette restaurée, et le parc éclairé le long de la rivière. En 1969, les fanfares Saint‑Michel et l’Écho d’Avignon fusionnent, l’église reçoit un nouveau pavement, la commune parraine le 3e Bon QM d’Etterbeek, et une nouvelle rue des Genêts est ouverte vers Regniessart. La même année, l’ancienne saboterie nismoise de la rue de Petigny devient le Home de Vacances Espoir et Fraternité, destiné aux enfants handicapés ou abandonnés, bientôt agrandi grâce à l’ancienne saboterie Colle‑Stavelot. L’animateur en est José Bourtembourg[92].

En 1970, la Journée de l’Arbre du 18 avril voit la population planter 5 500 arbres et arbustes dans le parc communal, célébrant l’Année européenne de la Conservation de la Nature. La commune achète la Maison des Baillis, qu’elle transforme en musée et en centre culturel. Le pont de l’église est élargi à 9 mètres tout en conservant son aspect. En 1972, la chasse connaît une année record avec 81 sangliers tirés sur Nismes‑Petigny. En 1973, la décision est prise de construire une nouvelle maison de repos. Entre 1972 et 1973, la Roche à Lomme fait l’objet de fouilles par le Service National des Fouilles, dirigé par R. Brulet, révélant des fortifications du Bas‑Empire romain réoccupées sporadiquement jusqu’à l’époque carolingienne[92].

En 1974, l’église est repeinte par Auguste Laurent, et une tranchée géologique ouverte par l’Armée aux Pommiers Sauvages est classée en réserve, permettant d’observer les couches du Couvinien et de préserver ce nom dans la nomenclature géologique internationale. Un nouveau stade de football est aménagé à l’ancienne gare. Entre 1974 et 1975, la route à quatre bandes CharleroiCouvin est achevée, tandis que six mois de pluies ininterrompues, la modernisation de la route du Viroin, l’inflation, la crise pétrolière et la récession marquent l’entrée dans une nouvelle ère économique plus incertaine[92].

En 1977, à la suite de la loi sur les fusions des communes, Nismes est fusionnée avec sept autres communes pour former l'entité de Viroinval dont Nismes et le siège de la nouvelle commune.

Héraldique

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Armes de l'ancienne commune de Nismes
Les armes de la commune de Nismes se blasonnent ainsi

« De gueules à la fasce d'argent. Pour se différencier de Bouillon ou Louvain qui possèdent les mêmes armes, l'écu de Nismes doit être posé devant un Saint-Lambert debout en habits épiscopaux, nimbé, tenant de la dextre une crosse, le crosseron à l'extérieur et de la senestre un livre fermé, le tout d'or[Note 1],[93]. »

Liste des bourgmestres de 1830 à 1977

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  • Albert Leclercq, de 1830 à 1848 (unioniste).
  • Nicolas Côte, de 1848 à 1861 (Parti libéral) .
  • Charles Mouvet, de 1861 à 1876 (Parti libéral).
  • Emile Blondeau, de 1876 à 1879 (tendance catholique).
  • Louis Moreau, de 1879 à 1891 (Parti libéral).
  • Julien Fooz, de 1891 à 1894 (Parti libéral).
  • Florent Lapôtre, de 1895 à 1904 (Parti catholique).
  • Séverin Petit, de 1904 à 1912 (Parti catholique).
  • Roch Anciaux, faisant fonction, de 1912 à 1921 (Parti catholique).
  • Urbain Stavelot, de 1921 à 1927 (Parti catholique).
  • Paul Regnier, de 1927 à 1933 (Parti libéral).
  • Gillain Colle, de 1933 à 1939 (Parti libéral).
  • Jules Fooz, de 1939 à 1942 (POB).
  • Marcel Stavelot, faisant fonction, de 1942 à 1944 (Parti catholique).
  • Jules Fooz, de 1944 à 1947 (PSB).
  • Ernest Allard, de 1947 à 1950 (PSC).
  • Paul Bourtembourg, de 1950 à 1959 (PSC).
  • Ernest Allard[Note 2], de 1959 à 1977 (PSC).

Patrimoine et culture

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Patrimoine architectural

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L'église Saint-Lambert.
  • L'église Saint-Lambert, édifice construit en 1829 par l'architecte Jean Kuypers, a été partiellement reconstruite en 1845[94]. L’église, réemploie le mobilier de l’ancien édifice et se distingue par son volume ample et lumineux, adapté à la croissance du village alors porté par l’essor de l’industrie du fer. Les travaux furent confiés à l’entrepreneur Henri Boine (Charleroi), assisté des maçons Lambert Legrand et Pierre Bouko (Nismes). Une partie des murs en briques s’effondra en 1829, entraînant une reconstruction en pierre locale provenant des carrières du Fourneau et de Jean Danis, sur le versant des Abannets. L’église fut consacrée le par Nicolas‑Joseph Dehesselle, évêque de Namur. Les reliques de saint Amand et de saint Donat furent déposées dans le maître-autel. À cette date, le curé était Jean‑Balthazar Macoir, le bourgmestre Hubert Fooz et les échevins Alexis Bourtembourg et Michel Licot. Le chronogramme de 1829 gravé sur la porte d’entrée “Quam terribilis est locus iste! Hic est Deus veritatis et bonitatis” témoigne d’une tradition locale entretenue plus tard par le curé Gruslin. L’intérieur conserve les autels de l’ancienne église, agrandis et repeints en blanc et or en 1834. Les retables baroques de style fin Louis XIV, ornés de guirlandes, angelots, torches et colonnes, reposent sur des tables restaurées en marbre rouge de Neuville et illustrent l’esthétique monumentale de la première période d’industrialisation[9].
  • Vue sur les ruines de l'ancienne église Saint-Lambert.
    L'ancienne église Saint-Lambert, reconstruite en 1606[50] et désaffectée en 1845 au profit de la nouvelle église et démolie en 1890[95][96]. L’édifice a été bâti sur les substructions de l’ancien château, ce qui en a déterminé la configuration. Les vestiges visibles forment un large rectangle à trois nefs, fouillé en 1935, 1974 et entre 1991 et 1999. L’analyse suggère l’existence d’une nef unique primitive, probablement du XVIe siècle, occupant la moitié sud de l’ensemble actuel ; deux fenêtres de style gothique, dont l’une désaxée à l’est et l’autre au sud, antérieure à un mur de refend, renforcent cette hypothèse. Un désordre dans la maçonnerie occidentale indique l’emplacement du mur gouttereau nord. L’agrandissement à trois nefs semble dater du début du XVIIe siècle, avec un chevet plat renforcé par un contrefort central. Le mur gouttereau nord s’appuie sur une maçonnerie perpendiculaire héritée du château. Quelques colonnes toscanes encore en place matérialisent l’organisation des nefs. L’ancien cimetière est entouré d’une enceinte fortifiée reprenant le plan castral, conservant au nord‑ouest une petite tour circulaire remaniée et coiffée d’une poivrière. Un accès muré marque l’emplacement de la courtine d’origine. L’ensemble castral, incluant la ruine de l’église, est classé depuis le [97].
  • La chapelle Sainte-Thérèse, bâtiment néoclassique du XVIIe siècle, autrefois dédiée à Saint-Michel[98]. Cette chapelle se situe à côté du château communal.
  • La chapelle Saint-Roch. Édifice en pierre bleue construit en 1627 par le curé Jean Noël et classé monument le . L’ensemble se présente comme une mononef courte de deux travées, chaînée aux angles et éclairée par des baies cintrées à large embrasure, sous une bâtière à croupette orientale. Les ouvertures côté rue sont agrandies au XIXe siècle, époque à laquelle la nef est prolongée vers l’ouest par une façade et une tour engagée à trois niveaux. Celle‑ci s’ouvre par un portail en plein cintre surmonté d’une pierre de remploi portant le chronogramme 1627 et d’une niche abritant saint Roch. Le clocher, en charpente bardée, est coiffé d’une courte flèche octogonale. Le chœur, étroit et surbaissé, est percé d’une baie cintrée latérale et fermé par un chevet aveugle à trois pans[99][100].
  • La chapelle Saint-Joseph. Édifiée en 1678, la chapelle se présente comme un petit oratoire en pierre bleue, implanté à l’ombre d’un tilleul ancien. L’édifice adopte un plan carré et est couvert d’une toiture en ardoises. Sa maçonnerie est structurée par des chaînages d’angle harpés, tandis que les élévations latérales sont percées chacune d’une fenêtre à linteau droit. L’arrière du bâtiment est occupé par une abside hémicirculaire aveugle, formant la clôture du sanctuaire. La façade-pignon est ordonnée autour d’une porte cintrée, portée par des jambages chaînés et remaniée au XIXe siècle. Elle est surmontée d’une pierre dédicacée et millésimée, rappelant l’origine de la construction. L’édifice bénéficie d’une protection patrimoniale : la chapelle est classée comme monument, et l’ensemble constitué par le bâtiment et ses abords est inscrit comme site depuis le [101][102].
  • Le château Licot.
    La maison des Baillis.
    Le château Licot. Le château Licot occupe l’emplacement de l’ancienne cense du Maugré, possession de la maison des Baillis puis de la famille Martin jusqu’en 1658, date de son acquisition par la famille Baillet. En 1745, le domaine passe à Michel Licot (1713‑1757), maître des forges de Vireux. Entre 1864 et 1890, Auguste Licot, cofondateur des usines La Providence, transforme profondément la ferme pour en faire une demeure de prestige, dans le contexte de la fermeture du fourneau de Nismes. Acquis par la commune en 1923, l’ensemble est restauré en 1964. Il ne subsiste du bâti ancien qu’un fragment de mur du XVIIIe siècle et une pierre millésimée « ANNO 1736 ». L’édifice actuel, en pierre bleue et couvert d’ardoises, adopte un plan en L flanqué de deux tours quadrangulaires et ponctué de tourelles et échauguettes. Son architecture relève du courant historiciste belge du XIXe siècle, marqué par le recours aux styles néo‑roman, néo‑gothique et aux compositions éclectiques inspirées du Moyen Âge et de la Renaissance. Conçu comme résidence d’un industriel, le bâtiment affirme une dimension quasi seigneuriale : tours évoquant le donjon, silhouettes complexes, façades rythmées rappelant les palais classiques. Les grandes baies et la taille mécanique de la pierre trahissent toutefois son époque. Une aile plus récente fut aménagée pour accueillir des locaux scolaires. Aujourd’hui hôtel de ville de Viroinval, le château Licot a bénéficié de restaurations soignées et s’adapte pleinement à ses fonctions administratives[98][103].
  • Le château Bivort.
    La Maison des Baillis. Édifice classé depuis le , la Maison des Baillis fut la résidence des baillis de la châtellenie de Couvin. Située au pied du château et de l’ancienne église, elle se présente comme un haut quadrilatère en pierre bleue, briques et ardoises, construit à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle sur un noyau plus ancien. Le bâtiment, élevé sur cave, comporte à l’arrière trois travées de baies à croisée. La façade principale, remaniée à plusieurs reprises, conserve une porte à linteau déprimé, une baie d’imposte repiquée et des ouvertures murées ou retouchées aux XVIIIe et XIXe siècles. La longue façade latérale est percée de cinq fenêtres du XVIIIe siècle sous une corniche en bois et une toiture à croupes jadis dotée de lucarnes à pyramidion. Un corps accolé, daté de la seconde moitié du XVIIe siècle, présente un rez-de-chaussée en moellons et un étage en briques du XVIIIe siècle, marqué par un cordon et ouvert par deux fenêtres à linteau droit. Une analyse dendrochronologique réalisée lors des restaurations de 2001 a daté la charpente principale des années 1609‑1619[99][103].
  • Tourelle de l'ancien château.
    Le moulin à eau.
    Le château Bivort. Il également appelé hôtel Baillet, est situé au nord des ruines du pont d’Avignon, à la jonction des rues Saint‑Antoine et Vieille‑Église. Édifié en pierres bleues et organisé en plan en U, il présente l’allure d’un manoir de style classique. L’édifice résulte de campagnes de construction successives du XVIe au XVIIIe siècle. Le noyau primitif, visible dans la partie gauche, est une bâtisse carrée de deux niveaux sur cave, identifiable par ses chaînages d’angle et sa corniche en bandeau d’inspiration XVIe siècle. Au XVIIe siècle, sous l’impulsion de Thérèse Baillet et de son gendre Michel Delhalle, un édicule latéral est ajouté et l’ensemble est remanié au début du XVIIIe siècle. Au milieu du XVIIIe siècle, deux ailes perpendiculaires viennent compléter le corps principal, uniformisant la façade percée de grandes baies quadrangulaires et d’une porte à imposte en doucine. La toiture combine une bâtière à lucarnes à croupe et deux volumes couverts à la Mansart. La façade arrière conserve une baie millésimée 1777, tandis que la façade avant intègre une niche de saint Donat datée de 1625[104][105].
  • L’ancienne ferme Bivort, construite au XVIIIe siècle, était la propriété d’une famille portant le même nom[106]. Elle se situe rue Saint-Roch.
  • L’ancien château du Pont d’Avignon, qui tirait son nom d’un ancien seigneur, fut détruit en 1554 pendant les guerres de Charles Quint[95].
  • Le monument aux morts surmonté de la statue La Victoire, œuvre du sculpteur Auguste Puttemans.
  • Centre Culturel des Fagnes Espoir et Fraternité, rue du Calvaire.
  • Boite à Cultures Action Sud. Institution phare du territoire, Action‑Sud est décrit comme un acteur majeur du développement culturel régional, proposant concerts, expositions, ateliers, collaborations scolaires et publications locales. Son implantation à Nismes en fait un moteur essentiel de la diffusion artistique et de la mise en réseau des acteurs culturels du sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[107].
  • Cinéma : Ciné Chaplin.
Sculptures dans le parc.

En 2007, la rénovation du parc communal de Nismes servit de cadre à la création d’une exposition permanente de sculptures en plein air, initiative portée par Action Sud afin de promouvoir la création plastique contemporaine. Ce « parc à sculptures », conçu comme un prolongement culturel du programme de revitalisation touristique, donna naissance au projet annuel Action Sculpture[108].

La première édition mit à l’honneur l’artiste régional Jean Morette, dont les œuvres s’inspirent de la tradition métallurgique locale. Sa sculpture Le Crayat, référence au mâchefer et au surnom des habitants de Nismes, constitue un hommage à l’histoire industrielle et aux maîtres de forge du village[108].

Musée du Petit Format d'Art Contemporain. Il trouve son origine dans une galerie fondée en 1981 à Cul-des-Sarts, à l’initiative de Georges André, bourgmestre de Couvin et amateur d’art. Sur proposition de l’artiste Gabriel Belgeonne, trois cents créateurs internationaux sont invités à envoyer une œuvre sur papier au format A4, donnant naissance à la première Biennale internationale Petit Format de papier. Le succès de l’événement et le don inattendu de 108 œuvres par les artistes conduisent à la création du musée[109].

Depuis 1981, chaque biennale enrichit la collection d’environ 200 œuvres supplémentaires. La manifestation réunit des artistes contemporains vivants, sélectionnés par un comité composé de spécialistes belges des arts graphiques. Les participants envoient une à trois œuvres ne dépassant pas le format A4, qu’ils peuvent ensuite récupérer ou offrir au musée. Depuis 2006, les dons s’accompagnent d’une cession écrite des droits de reproduction[109].

La collection, forte de plus de 1 500 artistes belges et internationaux parmi lesquels Ben, Bram Bogart, Pol Bury, Christo et Jeanne-Claude, Jo Delahaut ou Félix Roulin constitue un panorama représentatif de l’art contemporain de petit format. L’asbl Musée du Petit Format poursuit son objectif initial : promouvoir la connaissance et l’appréciation de l’œuvre contemporaine sur petit format à travers une politique active de conservation, d’expositions et d’initiatives internationales[110].

La marche dédiée à Saint-Lambert se déroule chaque année le troisième week-end de septembre[111].

Événements

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Marché Terroir et Artisanat, 1er et 3e samedis du mois de mars à novembre.

Enseignement

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Le village possède deux écoles une communale et une libre :

  • école communale de Nismes ;
  • école libre des 3 Vallées.

Lieux publics

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Le parc communal.

Le parc communal possède des sculptures.

Cimetières

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Nismes possède deux cimetières : cimetière de Nismes, rue Saint-Antoine et cimetière, rue du Fourneau.

Anciennes industries à Nismes

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Les bois importants fournissaient du travail à nombre d’habitants : bûcherons, sabotiers, fauldeurs ou charbonniers de bois, préparateurs d’écorces de chêne, scieries notamment Saint-Joseph et Licot. L’industrie du fer est importante : extraction et forgerie. En 1797, la commune regroupait un large éventail d’artisans : tisserands, maréchal-ferrant, serrurier, arpenteur, cordonnier, tonnelier, tailleur d’habits et de pierres, menuisier, maçon et sabotier. Cette année-là, Nismes comptait aussi deux brasseries, un moulin à farine et deux établissements industriels notables, dont une tannerie-corroyerie et un fourneau dirigé par Michel Licot[112].

Vers 1830, un haut fourneau était actionné par l’Eau Noire. Au début du XXe siècle, on exploite des carrières de pierre et la saboterie occupe 200 sabotiers. Pendant un siècle, le rail a desservi la localité. En 1879, une carrière fut exploitée dans les bois de Nismes, à la fois pour l’usage personnel des habitants et pour un usage industriel par les entrepreneurs de voirie[113]. Divers entreprise furent créées à Nismes comme la Société Anonyme des Carrières et Fours à chaux de Nismes[114].

En 1900, une concession d’extraction de minerai de fer couvrait tout le territoire de la commune, sauf la Montagne au Buis déjà attribuée. La commune accorda aussi l’exploitation d’une carrière et d’un four à chaux situés à la Roche aux Faucons, aux Abannets, moyennant un loyer de 250 francs par hectare exploité et par an. Peu après, cette concession fut reprise par un ingénieur de Seilles[115].

En 1935, une usine d'agglomérés de liège du nom d'Usine Regnier qui était située derrière le château Bivort, cette usine fut détruite en 1949[116].

Nismes, a connu une période de prospérité notable durant la première moitié du XXe siècle, principalement grâce à l’exploitation forestière et aux activités de transformation du bois. Dans ce contexte économique favorable, la fabrication de sabots occupa une place centrale et mobilisa un nombre important d’artisans locaux. À l’origine, les saboteries se présentaient sous la forme de petites structures en bois, souvent installées à proximité immédiate de l’Eau Noire. Ces installations furent progressivement remplacées par des bâtiments en dur, dont plusieurs subsistent encore aujourd’hui. L’artisan sabotier exerçait fréquemment une activité complémentaire afin d’assurer sa subsistance, la production de sabots étant réalisée de manière flexible et souvent à la demande[117].

Le début du XXe siècle fut marqué par l’introduction de procédés mécaniques, entraînant une transformation profonde du secteur. Des établissements de plus grande envergure, tels que les saboteries du Progrès, du Viroin et de Stavelot, devinrent les principaux pôles de production. Cette industrialisation, bien que génératrice d’un important volume de fabrication, provoqua le déclin progressif des petites unités familiales. La production en série et la division du travail modifièrent durablement les relations professionnelles ainsi que la singularité artisanale du produit fini[117].

La mécanisation permit une baisse significative du prix des sabots et une augmentation de leur disponibilité. Toutefois, à partir de 1935‑1940, la demande évolua en faveur des galoches, chaussures combinant une semelle en bois et un dessus en cuir, plus coûteuses mais jugées plus résistantes. Dans les années 1950, la généralisation de la chaussure entièrement en cuir entraîna la fermeture progressive des dernières usines sabotières de Nismes[117].

Le passé sabotière demeure perceptible dans le paysage urbain. Plusieurs cheminées d’anciennes fabriques subsistent, de même que des ateliers alignés le long de l’Eau Noire. Nombre de ces bâtiments ont toutefois été reconvertis en garages ou en commerces, témoignant de la disparition d’une activité autrefois emblématique de la vie économique et sociale du village[117].

Exploitation de minerais

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L’année 1846 marque une phase d’intense activité minière à Nismes, caractérisée par de multiples demandes de concessions pour l’extraction de plomb, calamine et, plus marginalement, fer[118].

Plusieurs entrepreneurs sollicitent la commune [118]:

  • 7 février : M. Henry (Dinant) obtient l’autorisation de recherches de plomb et de calamine.
  • 11 juin : Mᵉ Philippe Doignon (Philippeville) demande la concession de la Montagne aux Buis pour les mêmes minerais.
  • 14 juin : La Société Anonyme de Couvin requiert l’installation d’une pompe à vapeur pour assécher la minière dite Thomas Laurent.
  • 22 juin : M. H. Willame (Petigny) sollicite l’extraction de fer, plomb et calamine au Mousty ; la commune n’accorde que le plomb et la calamine, maintenant le libre accès traditionnel pour le fer.

Le , la commune concède à la Société Anonyme de Couvin 1 hectare pour ouvrir une nouvelle minière, équipée d’une pompe à vapeur, à proximité de la minière Thomas Laurent. Les deux exploitations sont délimitées séparément et leurs minerais doivent être lavés distinctement. Le dérentage est fixé à 2 francs, et la cense à quarante brouettes de Nismes. La minière Pierre Joseph Colle – Jean Joseph Pierre, exploitée depuis plus de quinze ans et située entre la minière Thomas Laurent et la Place à charbon du fourneau, reste hors concession et continue d’être exploitée indépendamment, sur un périmètre de 12 mètres de rayon[118]. Après la création de nouvelles mines et la mise en place de la ligne de chemin de fer de la compagnie Entre-Sambre et Meuse, la situation financière de la commune s’améliore rapidement[119].

Tissu économiques actuel à Nismes

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Les scieries de Nismes s’inscrivent dans un paysage industriel façonné par l’abondance des forêts de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse et par la présence de cours d’eau comme l’Eau Noire. Historiquement, la région a vu se développer divers métiers du bois notamment la saboterie et les scieries y occupent une place structurante dans l’économie locale[120]. Les scieries de Nismes s’inscrivent dans une logique de valorisation du bois local et de circuits courts, contribuant à l’économie rurale. Les pratiques de traitement et de stockage visent à garantir la durabilité du matériau, tandis que la gestion des forêts environnantes et la traçabilité des essences restent des enjeux pour la filière[121],[122].

Scierie Saint-Joseph (Ets Lapôtre & Fils)
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Activité : Spécialisée dans le sciage du chêne, production de planches sur quartier, parquets et poutres en chêne; propose aussi des produits industriels comme traverses et planchers de wagons. Historique : entreprise familiale avec une longue tradition locale[121],[123].

Scierie du Fourneau
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Activité : Scierie familiale fondée au XXe siècle, fournissant bois de construction, traitement (trempage, autoclave), livraison et matériaux complémentaires (plaques, isolants). Services : vente au détail et livraison sur chantier, traitement pour durabilité[124],[122].

Produits et savoir-faire
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  • Produits : planches et poutres en chêne, parquets massifs et semi‑massifs, bois de menuiserie, bois de chauffage, traverses et éléments pour usages industriels[125],[123].
  • Techniques : sciage sur quartier pour qualité dimensionnelle, trempage et traitement autoclave pour durabilité, confection de parquets en plusieurs qualités[125],[122].
Le centre du village.

Le commerce à Nismes s’inscrit dans l’évolution d’un village dont l’économie a longtemps reposé sur des activités artisanales et forestières. Les sources disponibles indiquent que l’économie locale est traditionnellement structurée autour de petits ateliers, de commerces familiaux et d’une activité artisanale marquée, notamment la saboterie, qui fut l’un des secteurs les plus emblématiques du village jusqu’au début du XXe siècle[120]. Aujourd'hui, Nismes possède des commerces de proximités notamment épiceries, cafés, bouchers, boulanger, librairie, etc.

Enfants qui jouent au jeux d'eau dans le parc.

Nismes est intégré au Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse (créé en 2022), ce qui souligne la valeur écologique de ses milieux. Le village est entouré de collines calcaires, de pelouses sèches et de formations karstiques spectaculaires. Parmi les sites les plus emblématiques[126]:

  • Le Fondry des Chiens, gouffre naturel emblématique de Wallonie, creusé par l’érosion dans les calcaires dévoniens ;
  • La Roche Trouée, arche naturelle percée dans la roche ;
  • La Roche à Lomme et les pelouses sèches environnantes, riches en biodiversité.

Ces sites sont largement mis en valeur dans les guides touristiques officiels de Viroinval.

Un cerf qui brame comme ont peut entente chaque automne dans les forêts au sud de Nismes.

Nismes abrite l’Office du Tourisme de Viroinval.

Principaux attractions du village notamment le « Jardin d'O de Nismes » situé dans le parc communal[127],[128],[129]:

  • un train touristique « L'Espérance »[130];
  • un minigolf « Golfe d'O » dans le parc[131];
  • promenades sur des barques[132];
  • randonnées pédestres[133] notamment des activités de randonnées autour du brame du cerf[134].

Le village est traversé par le train touristique des Trois Vallées de Mariembourg à Treignes. De mi-septembre à mi-octobre, dans les forêts des environs de Nismes, se déroule la période du brame du cerf[135],[136],[134].

Maison de repos Le Repos Trois Vallées, rue Ainseveau, poste de police de proximité de Viroinval, rue Saint-Roch, poste : Bpost, rue Saint-Roch.

Sports et vie associative

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Infrastructures

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Nismes possède des infrastructures sportives notamment à la rue de la Station :

  • stade Joseph Morelle ;
  • salle Maurice Renaux ;
  • courts de tennis intérieurs et extérieurs[137].
  • Tennis : Tennis Club Nismes.
  • Football : Olympic Club Nismes[138].
  • Tennis de table : Palette des Trois Vallées.
  • Cyclisme : Cyclo Club Nismes[139].

Vie associative

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Fondée en 1968 par José Bourtembourg, cette association est un pilier historique de la vie associative nismoise. Elle accueille depuis plus de 60 ans des mouvements de jeunesse, écoles et familles dans un esprit de solidarité et de convivialité. Son centre d’hébergement, rue du Calvaire, est un lieu emblématique des activités collectives locales[140].

Maison des Jeunes de Viroinval (MJV), basée à Nismes, elle propose des espaces d’accueil et d’activités pour les 12‑26 ans, renforçant la cohésion sociale et l’implication des jeunes dans la vie locale[141].

Le Marché de Noël de Nismes, organisé chaque premier week‑end de décembre, mobilisant associations, artisans et habitants[141].

La Course de Baignoires de Nismes, manifestation festive et humoristique sur la rivière Eau Noire[141].

Drapeau de la France Châtillon-en-Vendelais (France).

Personnalités liées à la commune

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  • Pierre Bosseau (Nismes, , Zamora, ), militaire, marquis de Châteaufort[142].
  • Michel Licot, ancien bourgmestre de Nismes (XIXe siècle) et ancien propriétaire du château du même nom dans le parc.

Notes et références

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  1. Concédées par Arrêté Royal du 4 octobre 1962
  2. Dernier bourgmestre de Nismes.

Références

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Le patrimoine monumental de la Belgique : Wallonie, vol. 9, t. 1 et 2 : Namur, Arrondissement de Philippeville, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 694 p. (ISBN 2-8021-0040-8)
  • Itinéraire des gares rurales, vol. 4, Société royale belge de géographie, coll. « Hommes et paysages », , 45 p.
  • Pierre Blondeau, Contribution à l'histoire de Nismes, Cercle Culturel de Nismes ASBL, , 139 p.
  • Pierre Blondeau, « Histoire des cabanes abandonnées : I. Les lieux-dits de Nismes - A. Le grand bois B. Les tiennes et les champs II. Le village et les gens », Au Pays des Rièzes et des Sarts, nos 96 à 104,‎
  • Pierre Cattelain et al., Le patrimoine de Viroinval, Agence Wallonne du patrimoine, coll. « Carnets du patrimoine » (no 92), , 64 p. (ISBN 978-2-87522-081-3)
  • Jean-François Goffin et Auguste Soupart, « Généalogie Martin, de Nismes et environ », Cercle d'Histoire de Cerfontaine, no 755,‎
  • Françoise Jacquet-Ladrier, Communes de Belgique, Crédit Communal,
  • Guy Lapaille, Sylvain Hottiaux et Glen Turner, Le Short Stirling BF513 n'est pas rentré : The Short Stirling BF513 failed to return, Commune de Viroinval, , 40 p.
  • André Lépine, « La coopérative L’Espérance de Nismes en 1907 », Au Pays des Rièzes et des Sarts, no 113,‎ , p. 25 à 30
  • André Lépine, « La ligne 132 en cartes postales anciennes », Cercle d'Histoire de Cerfontaine, no 500,‎
  • André Lépine (dir.) et al., « Notes d’histoire sur l’entité de Viroinval (1) », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 281,‎ , p. 30
  • André Lépine (dir.) et al., « Notes d’histoire sur l’entité de Viroinval (2) », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 377,‎ , p. 40
  • André Lépine (dir.) et al., « Notes d’histoire sur Nismes », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 461,‎ , p. 29
  • Paul Magotteaux et Colette Monier, Nismes - 1.591 extraits d’actes des anciennes cours et justice de 1531 à 1742, Wépion
  • Marc Waine, Nismes : Deux siècles d'histoire, t. I, II et III, Oignies-en-Thiérache, Maison des Jeunes de Viroinval, , 418 p.

Liens externes

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