Parti catholique

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Le Parti catholique (Katholieke Partij en néerlandais) est un parti politique belge unitaire et conservateur.

Naissance du Parti catholique[modifier | modifier le code]

Lors de l’indépendance de la Belgique en 1830, les partis politiques n’existaient pas encore. En effet, même si l’on parle déjà d’inspirations « catholiques » et « libérales », ces groupes ne restent que des tendances différentes assez peu structurées[1].

Le Baron Félix van den Branden écrira en 1841, « La Belgique, étant un pays catholique, presque tous les libéraux sont catholiques, et, d’un autre côté, la Belgique étant un pays libre, un État constitutionnel, tous les catholiques sont également libéraux »[2].

De 1831 à 1847, les gouvernements unis se succèdent donc, entrainant la collaboration des libéraux et catholiques. Ceux-ci s’uniront entre autres pour l’obligation d’une éducation morale et religieuse dans les écoles de chaque commune[2].

C’est vers la fin de l’année 1846 que le parti libéral se crée. Du côté catholique, il était nécessaire que le pape Pie IX soit disposé à confier à un parti politique la responsabilité de le défendre auprès du gouvernement belge. Or, selon Mgr Fornari, la cour de Rome « ne veut pas que les évêques interviennent dans ce qui est du domaine du gouvernement temporel[3] ». Il n’y a donc à ce moment-là ni parti unioniste, ni parti catholique. De plus, il était impossible de créer un parti catholique soudé étant donné que ceux-ci se divisaient en « constitutionnaliste » et « parlementaire ».

Une association constitutionnelle et conservatrice fut créée en 1858 par Malou et Deschamps, afin de se défendre contre les libéraux, leurs adversaires. Cette association fut supprimée 5 ans après. Petit à petit, Malou réussit tout de même à créer un parti grâce aux Congrès de Malines. C’est seulement en 1884 que Malou, Jacobs et Woeste prennent le pouvoir, écrasant leurs adversaires avec une majorité de 27 voix. Le parti catholique était alors un exemple en Europe, devenant une force politique organisée[4].

Le parti catholique en Belgique dans la deuxième partie du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Dans les années 1850, de nombreuses sociétés électorales catholiques furent constituées au niveau local, dont l’Union Constitutionnelle et Conservatrice qui se retrouva dans plusieurs villes (à Gand en 1852, à Louvain en 1854, à Namur en 1851). L’objectif de cette dernière était de regrouper les catholiques. En 1857, au niveau national ; elle visait à coordonner les initiatives locales, à veiller à la sauvegarde des droits et des intérêts catholiques. Ces objectifs ne ciblaient que les affaires électorales et la presse catholique.

Un parti, l’Association constitutionnelle conservatrice, fut fondé à l’initiative du Parlement en 1858 par Malou et Deschamps. Il avait pour objectif de se protéger contre les libéraux[Lesquels ?] (leurs adversaires). Il fut supprimé après seulement cinq ans d’existence. Un autre parti vit le jour par Malou, Adolphe Deschamps et trois autres fondateurs, Ducpétiaux (qui donnera l’idée de l’assemblée catholique à tenir dans une ville belge), Prosper Haulleville (il dirigea le secrétariat du congrès et recommanda la création des journaux et revues) et le comte Barthélémy Dumortier (botaniste et homme politique) : l’Union.

Vers 1862, l’idée de convoquer des coreligionnaires en une assemblée générale fut évoquée. Celle-ci avait pour but (officiellement) de rendre compte des situations des œuvres catholiques, de trouver un moyen de les protéger, leurs permettre de se développer et étendre leur action. Mais avant même que le projet n’aboutisse, des tensions surgirent quant à leur implication, soit politique (organisation de celle-ci) soit sur leur engagement axé uniquement sur le religieux (centré sur les œuvres). Pour résoudre cette question, les fondateurs se réunirent à plusieurs reprises entre janvier et juin 1863 à Maline (congrès). Ces rencontres aboutirent à la création de plusieurs commissions dont les objectifs précis étaient de préparer le futur congrès et d’organiser des réunions de comités centraux, etc. Mais la question fondamentale était de savoir si ce congrès allait être organisé dans l’esprit moderne catholique ou dans l’esprit du vrai catholique romain. Bien que la décision ne fût pas unanime, les membres décidèrent de se consacrer aux œuvres religieuses. Cela va par la suite leur permettre de sauvegarder l’union des catholiques, d’avoir le soutien des ecclésiastes[Quoi ?] et de garder sa particularité d’être international.

Après ce Congrès de Malines en 1863, Édouard Ducpétiaux et le vicomte Eugène de Kerckhove voulurent relancer la réunification des partis catholiques. Ils réorganisèrent un congrès en 1864 à Malines afin de débattre sur ce qui avait été décidé l’année précédente. Ils établirent plusieurs rectifications entre autres, sur l’apparition de l’Union Catholique de Belgique dont la volonté est de réunir tous les partis catholiques tant conservateurs, progressistes ou modérés. L’Union tentait d’institutionnaliser le déconfessionnalisme. Mais toutes ces modifications subirent des changements à plusieurs reprises (1866, pour aller dans l’action politique et en 1871 pour se limiter dans les domaines religieux). Ceux-ci résultaient du fait que tous les choix pris ne le furent pas unanimement.

Le parti catholique de Belgique apparut en 1884, bien que les parties catholiques s’organisèrent pour lui faire voir le jour dès 1867. Ce parti sera au pouvoir de 1884 à 1918. Il marqua beaucoup de par ses réformes au niveau électoral.

Fondements idéologiques et philosophiques du Parti catholique[modifier | modifier le code]

Avant la création du parti catholique en 1884, le mouvement catholique est marqué par des tendances ultramontaines ainsi que par des tendances libérales (permettant la mise en œuvre des libertés). L’évolution de ces deux courants (fondés sur la doctrine de Lamennais entre autres) a évolué vers une démocratie englobant le religieux et les libertés, le social et le politique. Le cardinal Sterckx, Mgr Van Bommel et  le cardinal Deschamps d’une part, ainsi que Léopold Ier avec son penchant anti-démocratique d’autre part, ont joué un rôle décisif dans les débuts du catholicisme politique belge. De plus, les deux tactiques utilisées par l’Église pour obtenir une influence politique sont le parlement et l’opinion publique[5].

C’est donc en 1884 que le parti catholique se crée et que l’action de la droite parlementaire est au pouvoir. Jusqu’en 1916, des gouvernements catholiques homogènes régissent la Belgique. Le parti catholique « ne cesse d’agir dans le sens de l’unité nationale, du respect de la liberté, de l’ordre et de la prudence en matière financière, se caractérisant aussi par le souci des valeurs spirituelles[6]]. Le catholicisme politique a néanmoins souffert, à plusieurs reprises, d’un problème d’opposition afin d’obtenir ou de rester au pouvoir. Cependant, les désaccords à propos des questions militaire, scolaire, sociale, coloniale et linguistique sont d’un autre genre. Tout d’abord, pour la question scolaire, les catholiques redoutant à nouveau une majorité libérale aux élections, ont habituellement conservé la politique gouvernementale mesurée, renforcée en outre par la perception d’une liberté individuelle élargie, en dépit de quelques objections catholiques. Ensuite, concernant la question militaire, des éléments moraux semblent ne pas pouvoir permettre l’élargissement du service militaire. Puis, pour la question linguistique, les catholiques ont voulu s'associer au mouvement flamand politique en raison de la réputation sociale des classes gouvernantes. Pour la question coloniale de Léopold II, on est confronté à une certaine opposition psychologique. Enfin, personne n’est en mesure de résoudre la situation ouvrière assez affligeante. Tout cela a provoqué un réel danger pour l’harmonie du parti et ce, jusqu’en 1914. C’est pourquoi, l’épiscopat s’y est interposé dans un but de devoir patriotique, selon eux.

Ministres[modifier | modifier le code]

Gouvernements catholiques homogènes à partir de 1884[6]:

Gouvernement Date de nomination Date de démission
Malou-Jacobs-Woeste 16 juin 1884 26 octobre 1884
Beernaert 26 octobre 1884 17 mars 1894
de Burlet 26 mars 1894 25 février 1896
de Smet de Nayer I 25 février 1896 24 janvier 1899
Vandenpeereboom 24 janvier 1899 31 juillet 1899
de Smet de Nayer II 5 aout 1899 12 avril 1907
De Trooz 1 mars 1907 31 décembre 1907
Schollaert 9 janvier 1908 8 juin 1911
de Broqueville 18 juin 1911 1er juin 1918

Ministres durant la période 1869-1918: Jules Joseph d'Anethan, Joseph Kervyn de Lettenhove, Prosper Cornesse, Pierre Tack, Victor Jacobs, Jules Malou, Armand Wasseige, Guillaume d'Aspremont Lynden, Charles Delcour, Théophile de Lantsheere, François Moncheur, Barthélémy de Theux de Meylandt, Auguste Beernaert, Alphonse de Moreau, Charles Woeste, Jules Vandenpeereboom, Joseph de Riquet de Caraman-Chimay, Joseph Thonissen, Joseph Devolder, Jules Le Jeune, Léon de Bruyn, Ernest Mélot, Jules de Burlet, Henri de Mérode-Westerloo, Victor Begerem, Paul de Smet de Naeyer, Frans Schollaert, Albert Nyssens, Paul de Favereau, Julien Liebaert, Gerhard Cooreman, Jules de Trooz, Jules Van den Heuvel, Louis van der Bruggen, Arthur Surmont de Volsberghe, Gustave Francotte, Edouard Descamps, Joris Helleputte, Auguste Delbeke, Armand Hubert, Julien Davignon, Léon de Lantsheere, Paul Berryer, Charles de Broqueville, Jules Renkin, Aloys Vande Vyvere, Michel Levie, Eugène Beyens en Paul Segers.

Les 10 années de Beernaert[modifier | modifier le code]

Auguste Beernaert est né à Ostende le 26 juillet 1829. Vers l’âge de trente ans déjà, Beernaert est nommé avocat à la Cour de cassation. C’est en 1873 que Malou, ayant déjà reconnu la valeur exceptionnelle de cet homme, le nommera Ministre des travaux publics. En 1884, après les élections et la victoire du parti catholique, c’est le ministère Malou qui reprend le pouvoir[7]. C’est grâce à la direction de Beernaert que le parti s’imposera, prônant des valeurs d’unité[8].

La même année, c’est tout naturellement que Auguste Beernaert devient ministre des finances et chef du gouvernement, remplaçant M. Malou qui prend sa retraite.

De 1884 à 1894, Beernaert parvient donc a assurer une certaine stabilité au sein du parti politique des catholiques. Pendant ces dix années, il organise des réformes sociales, réduit le déficit, et remonte le moral du peuple Belge[9]. A cette époque, c’est-à-dire vers 1884, l’état reconnu la nécessité d’agrandir le réseau ferroviaire en Belgique. Le longueur totale des lignes étaient en 1884 de 4365 km, passant en 10 ans à 4.602 km[10].

Le successeur de Malou jouera également un grand rôle dans la colonisation du Congo ainsi que dans la révision constitutionnelle. Malgré sa démission du ministère en 1894, Beernaert garde un rôle important en devenant président de la chambre. Il gagnera le prix Nobel de la paix en 1909, avant de s’éteindre le 6 octobre 1912.

Auguste Beernaert

Les réformes du Parti catholique[modifier | modifier le code]

Les plus importantes réformes mises en place par le parti catholique de Belgique entre 1884 et 1921 sont sans aucun doute les réformes au niveau électoral. C’est à Auguste Beernaert, figure emblématique de l’histoire du parti que vient en premier l’idée de réformer ce système électoral de fond en comble.[11] Ce dernier se rendit bien compte qu’il ne pourrait pas mettre en œuvre sa législation sociale désirée sous un régime électoral qui ne permettait qu’aux gens aisés de voter. En effet, lors des élections de 1831, c’était le système du suffrage censitaire qui était en place. Cela signifiait qu’il fallait payer pour pouvoir voter, et que seulement quelques citoyens pouvaient se permettre de payer ce « cens », cet impôt. Ce n’étaient donc que les citoyens les plus riches qui avaient le pouvoir de choisir les parlementaires dans le système de la démocratie représentative[11]. Alors, lorsqu’en 1890, Beernaert leur proposa de s’intéresser au projet de révision de constitution de Paul Janson, il leur demandait en fait de réformer le système électoral qui les avaient menés au pouvoir à quatre reprise, grâce au censitaire qui votaient pour eux.

Après une énorme grève sanglante, lancée par un appel du conseil général du Parti ouvrier belge, on aboutira, en 1893 au système suivant :  tout homme, âgé de minimum 25 ans, ayant la nationalité belge et résidant depuis minimum un ans dans la même commune, se verra attribué le droit de vote. Néanmoins, le système du vote plural est également mis en place. Cela signifie que chaque homme dispose d'une voix mais que certains citoyens ont droit à une ou deux voix supplémentaire. Ces hommes sont les capacitaires, les diplômés, les capitalistes (2.000 francs de capital ou 1.000 francs de revenu) ou encore les pères de famille censitaires. Cette première révision de la constitution imposa également l'obligation de vote[1].Le suffrage universel pur et simple est introduit en 1919, à cette date l'âge minimum pour voter passera de 25 à 21 ans.

Il faut savoir que ce n’est pas seulement au niveau de l’électorat que le parti catholique amena des changements. En effet, le Parti catholique joua également un rôle primordiale, à la fin de la première guerre scolaire en 1884 (année de leur arrivée au gouvernement) dans l’évolution de l’enseignement en abrogeant la dite « loi de malheur », adoptant à la place une nouvelle loi scolaire, connue sous le nom de « loi Jacobs ». Cette loi dépouilla l’Etat de son monopole scolaire et instaura plusieurs changements : les communes furent autorisées à remplacer l’école neutre par une école libre sur la demande de minimum vingt père de famille ; le cours de religion figurait au programme des écoles mais pas de manière obligatoire ; l’enseignement normal devenait libre, … En 1895, la « Loi Schollaert » apporta d’autres modifications : toutes les écoles libres respectant quelques conditions légales recevaient, tout comme les écoles officielles et adoptées, des subsides gouvernementaux ; l’enseignement de la religion devint non plus facultatif mais obligatoire.

Au niveau de la question sociale, les catholiques vont également jouer un rôle très important et énormément se préoccuper du développement du monde ouvrier (on voit évidemment là un avantage à ce que toute cette population d’ouvrier ne glisse par vers le parti ouvrier, c’est un combat contre le socialisme). Les catholiques vont énormément prendre en charge cette partie de la population en créant des associations coopératives, des sociétés de secours, en arrangeant des accords avec les agriculteurs. Un syndicat chrétien des ouvriers est créé en 1912.

Evolution du parti[modifier | modifier le code]

Pendant l’entre-deux-guerres, deux périodes sont à différencier concernant le Parti catholique. Tout d’abord, en 1921, le Parti catholique va être renommé l’Union Catholique Belge. Cette Union va être composée de 4 standen (la Ligue nationale des travailleurs chrétiens (LNTC) –Algemene Christelijke werkersverbond (ACW), le Boerenbond, la Fédération nationale des Classes Moyennes ainsi que la Fédération des Associations et Cercles Catholiques). L’Union est néanmoins traversée par de nombreux conflits qui rendent la composition d’un programme  commun impossible. Indépendamment de cette structure hétérogène du Parti, l’Union Catholique subit aussi un clivage linguistique entre le Nord et le Sud du pays.

Ensuite, après une importante défaite électorale en 1936, l’Union nécessite une nouvelle réorganisation. Le Parti devient donc le Bloc Catholique Belge en 1936. Il compte alors une section flamande (le Katholieke Vlaamse Volkspartij (KVV)) et une section francophone (le Parti Catholique Social (PCS)). Dès lors, en introduisant le principe du personnalisme, le Parti va aller au-delà de l’intérêt des standen afin de composer un programme de l’intérêt général.

En 1945, le Parti se modifie à nouveau et devient le Parti social chrétien – Christelijke Volkspartij (PSC-CVP). Les standsorganisaties sont désormais abolies et le Parti doit s’assurer d’une cohésion et homogénéité nécessaires[12].

Enfin, du point de vue flamand, suite à une lourde défaite électorale en 1999, le CVP devient le Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V) en 2001. Aussi, du côté francophone, après une défaite électorale en 1981 et puis en 1999, le PSC se transforme en Centre démocrate humaniste (CdH) en 2002.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b X.MABILLE, Histoire politique de la Belgique, Bruxelles, Crisp,
  2. a et b G. GUYOT DE MISHAEGEN, Le parti catholique belge de 1830 à 1884, Bruxelles, Larcier, , p. 65
  3. A. MELOT, Le parti catholique en Belgique, Louvain, Éditions Rex, , p. 69
  4. A. MELOT, Le parti Catholique en Belgique, Louvain, Édition Rex, , p. 60
  5. A. SIMON, Catholicisme et Politique Documents inédits, Wetteren, Editions Scaldis, , p. 9-30
  6. G. GUYOT DE MISHAEGEN, Le parti catholique belge de 1830 à 1884, Bruxelles, Larcier, , p. III
  7. A. MELOT, le Parti catholique en Belgique, Louvain, Editions Rex, , p. 69
  8. A. SIMON, Le parti catholique belge, Bruxelles, La renaissance du livre, , p. 84
  9. F. PASSELECQ, Auguste Beernaert : sa carrière et son œuvre politique, Bruxelles, Dewit, , p. 22
  10. C. HUBERT et al., Vingt-cinq années de gouvernement, Bruxelles, Dewit, , p. 22
  11. « Evolution du droit de vote en Belgique - Elections législatives fédérales 2003 », sur www.elections.fgov.be (consulté le 14 novembre 2016)
  12. J. SMITH, Les scandent dans les partis sociaux-chrétiens, Bruxelles, CRISP, , p. 84

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Parti catholique.